CHAPITRE IL
§ ï. — Des récepteurs à axe horizontal*
6. Puissance absolue d'une chute d'eau. — Équation gêné' raie des récepteurs hydrauliques. — Lorsqu'un cours d'eau présente une chute utilisée par un récepteur hydraulique, on donne le nom de bief d'amont à la partie du cours d'eau dont le niveau est le plus élevé, ou qui amène l'eau, et celui de bief d'aval à l'autre partie, qui est généralement transformée en canal de fuite. Nous supposerons, dans ce qui suit, que le régime du cours d'eau est permanent.
Soient (fig* ï)
Fig. î.
A,B , AB deux sections transversales faites l'une dans le bief
d'amont et l'autre dans le bief d'aval; G , G leurs centres de gravité; £2 , û leurs aires;
Vo, V les vitesses moyennes de l'eau dans ces deux sections ; Q = Q V O =QV le débit du cours d'eau par seconde; H = AK la hauteur du niveau du bief d'amont au-dessus de
celui du bief d'aval ; II le poids du mètre cube d'eau ;
de l'eau gomme moteur. 9
p a la pression atmosphérique;
I l'intersection de l'horizontale de G avec la verticale AK.
Comme le mouvement de l'eau dans les deux biefs n'est généralement pas très-rapide, on peut, sans grande erreur, supposer que les pressions totales sur A B, AB sont les mêmes qu'à l'état statique, et qu'elles ont respectivement
pour valeurs
a (/? tf -+-n.A G a ), a(/>-+- n.AG).
Si A' B' , A'B'sont les sections dans lesquelles se trouvent, au bout du temps dt, les molécules situées primitivement dans A B , AB, le travail développé par les pressions ci-dessus dans cet intervalle a pour valeur
^o(^a^n.A G )V ^-n(/^-+-n.AG)V^ = nQ(A G a -AG).
Le travail dû à la pesanteur étant IIQd/IG, la somme des travaux des pressions et de la pesanteur est
nQ(lG -+- A G — AG) dt -+- UQ.AK.dc = II QË dt.
Soient S le travail transmis par seconde au récepteur; U' la somme des carrés des vitesses perdues de l'eau dans son trajet du bief d'amont au bief d'aval; la perte de travail due aux
chocs est — U 2 dt 9 et l'équation des forces vives donne
d'où
Si l'eau pouvait entrer sans choc dans le récepteur et en sortir sans vitesse, le travail utile atteindrait son maximum,
6<=nQ(H-^)
qui doit être considéré comme la puissance absolue de la chute. Le coefficient $ effet utile ou le rendement du moteur,
iO CINQUIEME PARTIE. — CHAPITRE II.
que nous désignerons para., est par suite
r G' agH + V;'
el l'on voit qu'il y a avantage à réduire autant que possible les valeurs de U el V, d'où celte ancienne règle, par trop absolue : Il faut que Veau entre dans le récepteur sans choc et qu'elle en sorte sans vitesse.
Dans tous les cas que nous avons à examiner, à l'exception d'un seul, la vitesse V, est très-faible, de sorte que l'on peut prendre tout simplement
7. Roues à augets. — Une roue à augeis (fig. 2) est formée d'un tambour cylindrique auquel sont adaptées latéralement,
et de part et d'autre;, deux joues circulaires dont la petite circonférence est la même que celle du tambour. L'espace annulaire ainsi obtenu est divisé en capacités identiques (augets)
par des cloisons {aubes), dont les arêtes sont parallèles à Taxe
de. rotation. Tout le système est réuni à l'arbre par dés bras.
L'eau sort du bief d'amont par un vannage, est dirigée, sur
une certaine étendue, par un cottrsier rectiligne CD (fig. 3) plus
Fig. 3.
■V,V. SJ„///*> tt ; ;>/ ; /y/ ^^ Wy j
ou moins incliné sur l'horizon et arrive dans le récepteur vers son sommet. Le filet moyen de la nappe d'eau, entre l'extrémité D du coursier et le point E où il rencontre la circonférence extérieure de la roue, est une parabole qu'il est facile de tracer, puisque Ton connaît la vitesse en D, qui est due à la hauteur de ce point en contre-bas du niveau d'amont, et la direction de cette vitesse.
Soient
A la hauteur de ce niveau au-dessus du point E ;
v = \l*gh la vitesse de l'eau à son arrivée dans la roue ; w la vitesse de la roue à sa circonférence extérieure.
La largeurdela couronne est assez faible pour que l'on puisse considérer la masse d'eau comprise dans chaque auget comme
possédant la vitesse de la roue à sa circonférence extérieure. On arriverait à une plus grande exactitude en substituant à cette vitesse celle qui a lieu à la circonférence moyenne; mais il suffit d'un changement d'interprétation dans ce qui suit pour passer de la première hypothèse à la seconde.
La quantité que nous avons désignée plus haut par U 3 se réduit ici au carré de la vitesse perdue m, due au choc de la veine fluide contre la roue; cette vitesse composée avec w devant reproduire v, on a
U* = iP -H W 7 — 1 VW COS ( W, v) .
La vitesse à la sortie de l'eau du récepteur étant égale à w, la perte de chute due à cette vitesse et aux chocs est
La vitesse relative en £ de la veine fluide par rapport à la
roue, v — w* n'étant autre chose que u, pour que ce liquide ne choque pas les aubes, il suffit de leur donner, sur la tangente à la circonférence extérieure, dans le sens du mouvement, une inclinaison inférieure à celle de u sur la même tangente.
Pour réduire à une proportion convenable l'effet nuisible du versement anticipé, dont nous parlerons tout à l'heure, on fait en sorte que l'eau ne remplisse que la moitié de chaque auget. Le volume total des augets peut être considéré comme égal aux | de l'espace annulaire dans lequel ils sont compris.
Soient
s l'arc de la circonférence extérieure intercepté par un auget; A la section et e la profondeur de l'auget; / la largeur horizontale de la roue.
Le temps employé par un auget pour passer sous la
lame d'eau est — -, il reçoit, par suite, le volume d'eau - Q, qui
doit être égal à la moitié de celui de l'auget; on a donc
de l'eau comme moteur. i3
D'après la forme même des augets, on peut prendre approximativement A = se, d'où
et il est ainsi facile de déterminer a priori la largeur qu'il convient de donner à la couronne lorsque l'on connaît la vitesse de la roue qui correspond au maximum de rendement.
La forme de la surface de l'eau dans les augets esta peu près celle de la surface d'équilibre résultant de la considération de la pesanteur et de la force centrifuge, c'est-à-dire celle d'un cylindre circulaire dont la trace 1 de l'axe se trouve sur la verticale du centre de la roue, à une distance de ce point égale à
10= -s-9 w étant la vitesse angulaire du récepteur.
Il est facile, par quelques tâtonnements, de déterminer la position HtG.E, des augets pour laquelle l'eau est sur le point de se déverser et qui est déterminée par la condition que Taire comprise entre l'aube, la circonférence intérieure et l'arc de cercle E,H de centre I passant par le pointE, de la circonférence extérieure soit égale à la moitié de la section des augets.
Par suite du versement anticipé, il est nécessaire d'apporter une modification à la formule générale (i).
Soient, à cet effet,
Ai, A„. . ., hi les hauteurs, au-dessus du niveau du bief d'aval, des centres de gravité des sections faites, au moment considéré, dans l'auget H.G.Ej et ceux qui se trouvent au-dessous de lui jusqu'au point le plus bas de la roue;
q la section faite dans la masse fluide contenue dans un quelconque des augets qui déversent par un plan perpendiculaire à Taxe de la roue ;
z la hauteur du centre de gravité de cette section au-dessus du niveau du bief d'aval.
Il sera facile pour chaque position d'un auget de trouver les valeurs correspondantes de q et de r.
Lorsque la roue tourne de la largeur d'un auget, le travail
l4 CINQUlfeMB PARTIE. — CHAPITRE II.
du poids du liquide des augets qui se déversent est évidemment
' qdz — M / qdz — ...— 11/ 1 qdz
= —1111 qdz = M I 'qdz.
Désignons maintenant par R le rayon extérieur de la roue et par n le nombre total de ses aubes. Le nombre v des aubes qui passent par seconde en un point déterminé est
w nw
27rR 27lR
et la valeur correspondante du travail du poids de l'eau contenue dans les augets qui se déversent
11/ / qdz = =r- / qdz,
J 27rR J
valeur que Ton pourra toujours obtenir en faisant l'application d'une méthode de quadrature par approximation.
Le travail total transmis par seconde au récepteur par le poids du liquide est
Nous aurons donc, au lieu de la formule (i), en ayant égard à la valeur (3) de la perte de chute due à l'entrée et à la sortie de l'eau,
S = nQ(H~.A 1 )-i-- ïïr g J (7^-^[p 2 -f-2^-.2^cos(P ï c V )];
d'où
. p 2 -h olw 2 — 2twcos(p, w) nwl fh x
/<! H 57r ( qdz
Comme h i dépend de w ou de tv, il ne paraît pas possible de déterminer, par le calcul, la valeur de la vitesse qu'il convient de donner à la roue pour obtenir le maximum de rendement.
DE LEAU GOMME MOTEUR. l5
Dans tous les cas, il convient de donner aux roues à augets le plus grand diamètre possible, subordonné à la hauteur de chute, et une faible vitesse pour réduire l'influence du versement anticipé.
Si Ton néglige ce versement, on a
,„ x f'+ÎH' 1 — 2PWC0S((\ w)
expression dont le maximum, par rapport à w, correspond à
(7) w= - cos(c, w),
et a pour valeur
(8) ,u = 1 - 1 ^ [1 h- sin 2 ( p, »)] = i-jg[i + sin 2 (p, w)].
On voit ainsi qu'au point de vue du rendement il convientde régler le mouvement de la roue de manière que sa vitesse soit égale à la moitié de la projection de la vitesse d'arrivée de l'eau sur la tangente à la roue au point où la lame vient la rencontrer, et de rendre aussi faible que possible l'angle compris sous ces deux directions. Si la vitesse est donnée par la formule (7), on a, en vertu de l'équation (4),
vl cos ( t>, w ) cos ( *>, w)
e' étant l'épaisseur de la lame à son arrivée dans le récepteur.
Les roues à augets ne sont applicables qu'à des hauteurs de chute au moins égales à 3 mètres ; leur diamètre ne doit pas dépasser 17 mètres.
Quand la vitesse w à la circonférence est comprise entre 1 mètre et 2 mètres, le coefficient d'effet utile p est compris entre o m ,7o et o m ,75; il descend rapidement à mesure que w augmente et se réduit à o m ,37 pour les roues de marteaux qui marchent à des vitesses de 4 à 5 mètres, quoique leur diamètre ne soit que de 3 ou 4 mètres.
A ces renseignements pratiques nous ajouterons les suivants :
On doit faire arriver l'eau vers le troisième ou le quatrième auget au delà du sommet de la roue.
l6 CIXQL'IEHK PARTIE. — CHAPITRE II.
La hauteur A doit être comprise entre les limites o™,a5 et o m ,5o.
L'épaisseur de la lame d'eau doit avoir pour limites o",o6 et o™, i5.
Les limites du débit sont o""^-^ et o mc ,25o par mètre de largeur de la lame d'eau.
La roue doit avoir une largeur supérieure de o m ,2o à celle de la lame d'eau.
8. Roues de côté. — Lorsque le niveau de l'eau du bief d'aval est sujet à des variations notables, une roue à augets se trouverait dans l'alternative de ne pas utiliser complètement la chute en basses eaux ou d'être noyée en toute autre circonstance, d'où une résistance d'autant plus grande que la roue serait plus immergée et d'un diamètre plus faible.
On atténue ce dernier inconvénient en Taisant tourner la roue de manière que sa partie inférieure se meuve dans le sens de la vitesse de l'eau sur le bief d'aval.
Fin. ?i-
On arrive à ce résultat, pour les chutes moyennes, en employant les roues de côté, dont l'axe se trouve généralement
situé à une distance verticale, au-dessus du point d'arrivée de t'eau, comprise entre i mètre et i™, 5o.
Ces roues sont formées d'aubes planes dirigées suivant le rayon et fixées à une couronne circulaire reliée à l'arbre par des bras {Jig. 4 et 5 ). Le récepteur est emboîté dans un cour-
Hg. 5.
sier circulaire (portion de cylindre limitée latéralement par des murs qui se raccordent avec le seuil du vannage); un faible jeu est ménagé entre le coursier et les extrémités des aubes.
L'eau arrive généralement sur la roue par une vanne convenablement inclinée.
La perte de chute due aux chocs s'établit de la même manière que pour les roues à augets; mais, au lieu de pertes de travail dues au déversement, il faut tenir compte ici de celle qui est due aux fuites dans l'intervalle compris entre le récepteur, le coursier et les murs latéraux. Si m, désigne la section de cet intervalle, le débit des fuites par seconde sera à très-peu près «, fagR, d'où une perte de travail égale à H.&hHv'ag'H, et l'on a, au lieu de la formule (i)d" u n° 6,
5= nQH - ^Q [.>'-»- a»' — *iwcos(i',w}]-ll« 1 H v / 2p,
l8 CINQUIEME PARTIE. — - CHAPITRE II.
d'où
/*= ! n l^ +î«^- awcosfp, «01 V* •
Le maximum de cette expression par rapport à w correspond à
w = - cos(*>, w) = y v 2 ^ 008 ^» w )»
et a pour valeur
P = i - - g [i -+- sin>(e, w)]- — -q^—
Comme pour la roue précédente, on voit qu'il y a avantage à réduire autant que possible l'angle formé par les directions des vitesses v et w.
Dans la pratique on prend généralement tv=o,45c, et l'on s'arrange de manière que la vitesse w reste comprise entre i et a mètres ; les limites du jeu sont 2 et 3 millimètres ; pour H = 2,5o, l'expérience donne comme chiffre moyen ^ = 0,70 et /* = o,5o lorsque H = 1,20.
La modification suivante, due à M. Sagebien, est une application très-heureuse des roues de côté, lorsque l'on a à débiter une grande épaisseur de lame d'eau {Jig. 6). L'eau est distribuée au récepteur par une vanne plongeante inclinée, constituant un déversoir dont on peut faire varier à volonté la hauteur du seuil. Les aubes, qui sont suffisamment prolongées vers le centre pour que l'eau ne puisse jamais se déverser par-dessus le bord intérieur des palettes entre les couronnes qui les maintiennent, sont inclinées sur le rayon, dans le sens du mouvement, pour faciliter leur entrée dans Feau et le remplissage des intervalles compris entre les palettes; toutefois cette inclinaison est supprimée sur une longueur de o m , 12 a o m , i5 à partir des extrémités des aubes, pour éviter les broutementssur le coursier. Cette roue ne peut, avec la même vitesse, recevoir qu'un même volume d'eau, déterminé parla hauteur du niveau dans le bief d'amont, et remplit ainsi le rôle d'un véritable compteur ; d'où la dénomination de roue-vanne qui lui a été donnée. On éprouve une certaine diffl-
DE L EAU COMME MOTEL'K. ï£
culte à la mettre en train, attendu qu'elle ne se remplit que lentement ei uniquement en raison du jeu déterminé par le coursier. Si les résistances viennent à augmenter, le mouvement
Fi B . 6.
de la roue se ralentit; elle débile moins d'eau et reçoit par cela même moins de travail moteur, tandis que le contraire devrait avoir lieu. Il convient par ce motif de n'employer ce système de roues que dans le cas de cours d'eau réguliers et pour faire fonctionner des opérateurs qui doivent effectuer un travail sensiblement constant.
D'après MM. Tresca et Alcan ('), la roue Sagebien peut donner, dans certaines circonstances, un rendement supérieur à 80 pour 100.
Malgré son rendement, la roue-vanne présente les inconvénients suivants : 1 " on doit lui donner de grandes dimensions et une grande solidité pour supporter le poids d'eau considérable qu'elle doit dépenser; 2° comme elle marche avec une grande lenteur, il faut, lorsqu'elle doit produire un mouve-
(') Rapport à la Société d'encouragement le 14 Juillet ■:
20 HINQUIÈSIK V1KTIE. — CUAPITRE II.
ment de rotation rapide, employer une transmission complexe dans laquelle se développent des résistances passives qui absorbent une partie du bénéfice que procure le système.
9. Roues à aubes planes recevant l'eau en dessous. — Ces roues (fig. 7), uniquement applicables aux chutes dont la hau-
teur est tout au plus égale à i m ,3o, ne diffèrent des roues de côté qu'en ce que le coursier, au lieu d'être circulaire, est rectiligne, légèrement incliné sur l'horizon (^ à ^), et est, au jeu près, tangent à la circonférence décrile par les extrémités des aubes.
Comme on a ici (v, w) = o, h — H, le rendement maximum est
et correspond à
Le jeu entre la roue et le coursier est généralement compris entre o m ,oi et o m ,o3;la hauteur des aubes varie entre 2 et 3 fois la levée verticale de la vanne, ci leur distance mesurée
sur la circonférence passant par leurs centres de gravité a pour limites leur hauteur et i £ fois cette hauteur. Généralement le diamètre de la roue est compris entre 3 mètres et 5 mètres. Dans la pratique, on prend ordinairement
et, en raison du jeu, on n'obtient qu'un rendement de 3o pour 100.
10. Boues à aubes courbes de Poncelet.— Cette roue [Jtg. 8) ne diffère essentiellement de la précédente qu'en ce que les
aubes sont circulaires en présentant leur concavité à l'action du courant; elles font avec la circonférence extérieure un angle qui ne dépasse pas 3o degrés.
Cette modification delà roue en dessous, tout en lui conservant ses avantages, a pour effet, comme nous allons le faire voir, d'augmenter considérablement son rendement.
La pression en chaque point de la lame d'eau qui circule ' sur une aube, étant à peu près égale à la pression atmosphérique, ne produit pas d'effet sensible sur le mouvement de
chaque élément fluide, de sorte que chacun de ces éléments se meut à très-peu près comme s'il était isolé. Soient a l'inclinaison {fig. 9) des aubes sur la circonférence
extérieure delà roue; u la vitesse relative du liquide, à l'entrée d'un aubage, immédiatement après que l'effet du changement brusque de vitesse s'est produit. Concevons que l'on imprime à l'eau et à la roue un mouvement de rotation égal et de sens contraire à celui de cette dernière ramenée ainsi au repos. La vitesse relative de l'eau avant le choc, v — w, se décompose en deux autres, l'une
(a) « = (p — w)cosa,
suivant la direction du premier élément de l'aube, et l'autre
(v — w) sina,
normale à cet élément, qui, étant détruite par la résistance de l'aube, n'est autre chose que la vitesse perdue; il résulte delà une perte de chute dont la valeur est
sin'a
(b) (v-<vy
Soient
R„ Ri les rayons des circonférences extérieure et intérieure
de la roue; R la distance à l'axe de rotation d'une molécule fluide m se
mouvant sur une aube; u sa vitesse relative.
DE L'EAU GOMME MOTEUft. *3
La variation de la vitesse relative est due à l'action combinée de la pesanteur et de la force centrifuge. Le travail de cette dernière, évalué à partir du moment où la vitesse relative était w , a pour expression
Le travail de la pesanteur, dans le mouvement relatif, est égal, comme on le sait, à la différence des travaux de la même force estimés dans le mouvement absolu et d'entraînement. Or l'entrée de l'eau dans le récepteur et sa sortie ont lieu en des* points dont les distances au centre de la roue font de petits angles avec la verticale de ce centre; de sorte que les éléments de chemin décrits en vertu du mouvement d'entraînement sont sensiblement horizontaux; le travail de la pesanteur dû à ce mouvement est donc du second ordre et peut être considéré comme nul. Le travail de la pesanteur dans le mouvement absolu se réduite mg-(R — R # ) ('), en continuant la même approximation; il vient ainsi
d'où, en ayant égard à la valeur (a),
„* = ("-«')' cos , a + R R j* (R , R , (-
(*) Lorsque Ton ne veut pas s'en tenir à cette approximation, la théorie de la roue à aubes courbes présente des difficultés inextricables ; en parlant des roues à aubes courbes, il est bien entendu que le profil des aubes ne doit pas être rectiligne, cas dans lequel nous avons résolu complètement la question au n° 90 de la première Partie.
Nous supposerons dans ce qui suit que les aubes sont circulaires.
Soient (Jîg. 10) O l'axe de rotation ; a 9 b 9 le profil d'une aube arrivée à son point le plus bas, où elle reçoit l'action
de l'eau ; G c le centre de cet arc de cercle ; a l'inclinaison de l'aube a % b 9 sur la tangente à la roue; £ l'angle formé par OC 9 avec le prolongement G N de a«C 9 ; R = Oa 9 le rayon de la roue; p le rayon a,C ;
Comme à la sortie on a, de même qu'à l'entrée, R= R , la vitesse relative à ce moment est égale à u 9 =[v — (v)cosa; mais elle est de sens contraire; la perte de chute due à la vitesse absolue à la sortie est par suite
,. w'-W/J — -2i/ f^CO8a __ fi'*-h {v — w) a COS 5 a — i(v — w)wCOS a a^
La perte de charge totale, ou la somme des expressions (6) et (</), est ainsi
w* -+- [y — cv) 1 — i ( v — w) w COS* a
a la distance OC ;
OC a la position que prend, au bout du temps t après l'entrée de l'eau dans l'aube, la figure invariable OC fl,;
Fig. 10.
m celle de la molécule liquide ayant passé par le point a 9 ;
<p l'angle variable mCa;
A et h les intersections des rayons Ca,Cm avec la verticale Oa .
Il est clair que oc et fi dépendent des éléments R„ p, a, supposés donnés.
D'après la figure, on a
a = ^RJ-j-p* — 2R |9COsa,
sin A =
R sin a
y^R l -+- p % — a R p cos a
Son minimum correspond à et a pour valeur
(g) - r-:sin 2 a
2 ig
On a donc, en remarquant que h= H et faisant abstraction des fuites,
[h) f*= i ~^sin a a,
et Ton aurait (jl= i si les aubes étaient tangentes à la roue, ce qui ne peut pas avoir lieu, comme nous le verrons plus loin.
En supposant a = 90°, on retombe sur le cas des aubes planes, pour lequel la valeur limite de p est o,5o.
Si Ton prend a = 3o°, on trouve
li= }= 0,875.
En portant la valeur (/) dans l'expression (d) f on obtient pour résultat
-7 — siira; 4 *g
puis
tf l Ad = û)f+«, ah?n= f -huit -+- a.
La composante langentielle de l'accélération g a pour valeur
— g , sin(y-i- wf-h a).
Si I est la projection de O sur la tangente à l'aube en wi, on voit que la composante tangentielle de l'accélération centrifuge
— o) , .mI=— G> asin(OC a — p)=— w*a sin(i8o° — /3 — ?)=— «* a sin(p -*-£). Le principe des forces vives dans le mouvement relatif donne
p 2^ = — ^sin(ç?-hû»f -ha) — a>*asin(p-t-/3).
Il est fort heureux que l'angle ut reste assez petit pour qu'on puisse le négliger sans grand inconvénient, ce qui revient à prendre l'équation du texte, car il paraît impossible, eu égard aux valeurs de ? -h a, ? -+- /3, d'intégrer autrement que par approximation l'équation précédente.
la vitesse absolue de l'eau à la sortie de chaque aube est ainsi égale à
- sina,
et il est facile de reconnaître qu'elle est normale a l'aube.
On voit aussi que, si l'angle a était nul, l'eau ne pourrait pas se dégager de la roue.
D'après d'anciennes expériences, le rendement de ces roues serait de 65 pour ioo. Depuis, M. le général Didion, en appliquant le frein dynamométrique à une roue exécutée sur des plans qu'il a dressés avec le plus grand soin, a obtenu un rendement de ^5 pour 100, qui s'approche beaucoup de la limite maximum donnée par la théorie.
La largeur de la couronne doit être déterminée de manière que le liquide revienne sur lui-même, en atteignant ou avant d'avoir atteint le fond des aubes, pour qu'il ne se produise pas de nouvelles pertes de chute comme nous l'avons supposé; il faut donc que Ri soit au moins égal à la valeur de R obtenue en supposant u = o, dans la formule ( c) ; cette valeur limite, en ayant égard à la valeur (/), est donnée par l'équation
OU
d'où
C os>« + r r^-(R'-r;) = o HR 1 -+-4RÎR 2 ~4R; — RîHsin 2 a = o,
Telle est la valeur minimum que l'on peut assigner à R,.
Le nombre des aubes doit être 36 pour R ^ fim et 48 pour >6-
il. Remarque. — Les roues dont nous nous sommes occupa jusqu'ici offrent un inconvénient grave quand elles sont placées sur des cours d'eau à régime très-variable. Lorsque le débit descend bien au-dessous de sa moyenne, le niveau du
bief d'aval s'abaisse et un intervalle le sépare de la roue, d'où une perte de .chute qui, ajoutée à la variation de vitesse éprouvée par sa valeur normale, réduit notablement le travail transmis. Si, au contraire, le débit dépasse beaucoup sa moyenne, le niveau du bief d'aval s'élève, d'où une résistance qui réduit également le travail transmis au récepteur, travail que, le plus souvent, on ne peut plus utiliser.
On obvie à cet inconvénient, pour les roues à palettes planes, en rendant mobile à volonté le support de la roue, autour d'un axe fixe qui est en même temps celui d'une roue dentée, qui transmet le mouvement à l'usine, engrenant avec un système de rouages partant de l'arbre et monté sur le même support. Un système de chaînes et de treuils permet d'abaisser ou d'élever la roue de manière à la placer dans des conditions convenables.
Sur le bord du Rhône, à Genève, le déplacement de la roue est produit automatiquement en la rendant solidaire avec une capacité cylindrique remplie d'air, placée dans son intérieur et qui remplit les fonctions de (loueur.