‹ Traité de mécanique générale, comprenant les lecons professées à l'Ecole polytechnique (volume 5)Chapitre 4 sur 76 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

GËNËRALITÉS.

1. (( Travailler mécaniquement, c'est vaincre ou détruire, pour le besoin des arts, des résistances telles que la cohésion, la pesanteur, T inertie de la matière, etc. Le travail mécanique ne suppose pas seulement une résistance vaincue une fois pour toutes, mais une résistance constamment détruite le long d'un chemin parcouru par le point où elle s'exerce et dans la direction propre de ce chemin, d (Pongblet, Introduction à la Mécanique industrielle.)

Supposons d'abord que la résistance R soit constante : il est clair que l'ouvrage produit ou le travail effectué sera proportionnel au chemin parcouru s; d'autre part, il sera d'autant plus grand que la résistance sera elle-même plus grande, de III. I

2 QUATRIÈMB PARTIIU — CHAPITRE I.

sorte que Ton peut prendre pour mesure du travail le produit

Si la résistance est variable, comme elle peut être considérée comm€ constante pendant le parcours d'un élément de chemin ds, le travail correspondant sera ^ds; la somme des travaux analogues pour tous les éléments de Sy bu le travail total, sera

*s Rr/y.

Soit F l'effort qui détruit à chaque instant la résistance R et qui produit le travail : on a pour l'équilibre

Fcos(F,d:y) = R,

et le travail ci-dessus devient

Fcos(F, f/y)tf/!y.

Ainsi se trouvent justifiées les dénominations de travail élémentaire et de travail total d'une force F, que nous avons adoptées au début de la deuxième Partie de cet Ouvrage ( * ).

La force F, dont la composante F cos( F, ds) est dirigée dans le sens ^u mouvement, avec laquelle elle fait un angle aigu, est une force motrice, et son travail un travail moteur.

Il peut arriver qu'une force variable puisse être alternativement motrice ou résistante; l'angle (F, ds) devenant, dans ce dernier cas, plus grand que 90 degrés, le travail élémentaire correspondant sera négatif ou résistant.

Le travail total sera donc moteur ou résistant, selon que la valeur de Thitégrale ci-dessus sera positive ou négative.

Nous rappellerons que l'unité de travail adoptée est le kilogrammètre, dont nous avons donné la définition au n"" 11 de la deuxième Partie.

2. Une machine est un assemblage de différentes pièces [organes) dont les déplacements ou mouvements, par suite de

(*) La composante normale F8in(F, ds) donnera lieu à une pression sur les appuis, qui déterminera un frottement dont nous n'ayons pas à nous occuper aetuelloment.

GÉNÉRALITÉS. 3

leur mode de liaison , dépendent les uns des autres suivant des lois purement géomAriques, et qui ont pour objet de transformer en travail mécanique le résultat de Tactivité des forces motrices.

Les parties de la machine sur lesquelles s'exercent respectivement les forces motrices et les résistances utiles qu'il faut vaincre pour produire le travail portent les noms de récepteur et i'outil ou opérateur. L'ensemble des organes, ou le mécanisme qui étalalit la dépendance entre le récepteur et ToutiU est ce que Ton appelle la transmission.

Dans le jeu d'une machine il se développe, entre le récepteur et l'opérateur, des résistances secondaires ou piusiçes, telles que le frottement, la résistance de l'air, etc.

Le mouvement d'un organe d'une machine est déterminé par celui d'un autre organe qui se trouve immédiatement en relation avec lui. Que les deux mouvements soient ou non identiques, il y a en cela ce que l'on appelle transformation de mouuetnent.

Il nous a paru logique de faire précéder l'étude des machines, considérées au point de vue mécanique, de celle des transformations de mouvement, qui fera l'objet de cette Section.

Les organes des machines n'étant généralement animés que de mouvements rectil ignés ou circulaires, continus ou alternatifs, nous devrions étudier dix transformations de mouvement; mais, comme un certain nombre d'entre elles ne sont pas ou sont peu employées, nous ne considérerons que les principales.

3. Des guides. — Les corps solides qui assujettissent un organe à avoir un mouvement géométrique déterminé portent le nom de guides.

Avant de passer en revue les principaux guides employés dans les machines, nous croyons devoir définir quelques pièces qui entrent dans la constitution de plusieurs de ces guides.

Fis. — - Concevons que l'on ait tracé une hélice sur un cylindre droit à base circulaire, puis dans un plan méridien un

4 QUATRIÈME PABTIE. — CHAPITRE I.

contour extérieur limité en deux points A, B de la génératrice correspondante; que ce plan tourne autour de Taxe du cylindre et glisse le long de cet axe, de manière que Tun des points A, B se trouve constamment sur Thélice : le profil engendrera le filet de la vis considérée au point de vue le plus général, et dont le cylindre est le noyau.

Dans les applications, le profil est ou un rectangle ou un triangle généralement équilatéral.

Écrou. — Le profil générateur du filet de la vis déterminera dans une pièce prismatique, dont les deux bases sont perpendiculaires à Taxe et dans laquelle le noyau pénétrerait normalement aux bases, une rayure hélicoïdale de même forme que le filet. Cette pièce, qui est limitée latéralement par quatre, cinq ou six pans égaux, est ce que l'on appelle un écrou. On voit que la vis peut se déplacer dans Técrou supposé fixe en éprouvant un double mouvement, l'un de translation parallèle à Taxe , Tautre de rotation autour de cet axe, et vice versa.

Boulon. — Un boulon est une tige cylindrique, presque toujours en fer, terminée normalement, d'une part par une tète de forme carrée, et de l'autre par un pas de vis (^).

Pour rendre solidaires deux ou plusieurs pièces terminées par des faces parallèles, on pratique normalement à ces faces des trous cylindriques dans lesquels on introduit des boulons d'un diamètre légèrement inférieur à celui \les trous. On amène au contact, avec la face correspondante, l'écrou de chaque boulon, de manière à obtenir un serrage suffisant ('}.

Revenons maintenant aux guides.

Guides du mouvement rectiligne. — Dans ce mouvement,

(') On dit que la partie filetée d'une tige cylindrique est taraudée, du nom de Toutil, appelé taraud, qui sert à faire le filet.

(*) On serre Técrou au moyen d'une clef, levier terminé à une de ses extrémités par une sorte de fourchette qui s'adapte exactement sur au moins deux pans de l'écrou. On agit à la main 8ur*| l'autre extrémité de la fourchette, pour faire tourner l'écrou du plus grand arc de cercle compatible avec la condition que l'on ne soit pas obligé de se déplacer; puis on adapte la clef sur un groupe suivant de pans de l'écrou, et ainsi de suite jusqu'au moment où l'écrou est serré à fond, c'est-à-dire où l'on ne peut plus le déplacer.

GÉNÉRALITÉS. 5

le guide est généralement formé : i"* ou de deux tiges prismatiques A, A parallèles [Jig, i), suivant lesquelles se meuvent

Fig. I.

deux œillets B, B de même forme, et qui font corps avec l'organe; 2® ou d'une pièce appelée glissière^ dans laquelle se trouve ménagée une rainure prismatique dont la section, légèrement trapézoïdale, a sa petite base à l'extérieur; dans celte rainure glisse à frottement doux une pièce de même forme (patin) reliée invariablement à l'organe; 3° ou enfin [fig*^),

Fig. a.

comme dans les locomotives, de deux barres A, A parallèles à la direction du mouvement, entre lesquelles circule un double patin B, B qui les embrasse par les rebords dont il est muni.

Guides du mouvement de rotation. — Pour déterminer un mouvement de rotation, on emploie une pièce cylindrique ou prismatique (arire), ou dont la surface est de révolution.

quàtriSmi pjinu. -

Chacune des fig. 3 el 3 bis représente l'une des extrémités d'un arbre en fer; la Jig. 4 celle d'un arbre en bois dont la

section est un polygone régulier ('}. L'arbre est terminé par deux cylindres A, A (tourillons) de même axe que lui, et dont les diamètres sont égaux.

Chaque tourillon s'engage dans une pièce creuse MM' (Jig. 5) {coussinet) de même forme ou d'un diamètre légèrement supérieur; le coussinet, formé de deux parties, la coquille inférieure W et la coquille supérieure M, est maintenu dans une pièce H appelée palier, dont la base (semelle] est boulonnée dans la fondation. Le palier est surmonté d'un chapeau L boulonné sur la semelle, et qui exerce sur le tourillon la pression

('] La piAce en bois est eutourés i ses eLirémités d« cercle» eater/,/,.,. l/relt€S), placés à chaud et serrés par suite du refroidlssemenl. Ces cercles ont ponr objet de mainlentr dans l'arbre le tanrillon en fer A, qni ot rtpporië.

aBNËBÀUTlB.

voulue (pression que l'on peut maintenir sensiblement consume nulgré l'usure) pour que les choses se passent de la

même manière que si le coussinet était formé d'une seule pièce ; sur le chapeau se trouve le godet de graissage K, communiquant à des rainures hélicoïdales pratiquées dans la coquillesupérieure, et qui conduisent l'huile sur le lourilJon.

La partie B de l'arbre Ifig. 3 et 4 ). à la jonction du tourillon qui, dans le cas d'efforts longitudinaux, vient s'appuyer contre le coussinet, ce qui permet de restreindre dans certaines limites les déplacements parallèles à l'axe de rotation, est un épaulement. Quelquefois, pour le même objet, on termine le tourillon par une saillie annulaire C ou collet {fig- 3 bis).

n(.6. FiR. 7- Kg- 8.

Lorsque l'arbre est vertical, le tourillon inférieur A, qui prend le nom de pivot [fig. 6, arbre en fonte coulé d'une

seule pièce avec le pivot; fig, 7 et 8, arbres en bois avec pivot rapporté ), au lieu d'être engagé dans un coussinet, re* pose par son extrémité dans une crapaudine, Làfig. 9 représente une crapaudine simple; A est le culot ou grain, et est

Fîfif- 9-

en acier; B le collet, qui est en bronze; C une botte en fonte, dans laquelle est maintenue, au moyen des vis butantes E, la crapaudine AB; entre la boîte et la crapaudine existe un certain intervalle D.

La Jlg. 10 représente une crapaudine avec soulèvement du pivot, qui ne diffère de la précédente qu'en ce que : i** la crapaudine est renfermée dans une première boîte en fonte;

Fig. 10.

B^&<s^^JO»^^^a&P^

vUv^^«U^^>^>kiSSalilS!SSS^^

2® la boîte principale, au lieu d'être fixée directement sur le sol, fait corps avec un arceau F dont la semelle est boulon-

GfiNÉRALITÉS. 9

née à la fondation. Sous l'arceau se trouve une vis I à deux filets, dont Tun, muni d'un écrou J, s'engage dans la semelle, et l'autre dans un cylindre; ce cylindre, par suite d'une saillie 'prismatique ou languette K {prisonnier), qu'il porte à sa surface extérieure et qui s'engage dans une rainure pratiquée dans F, ne peut éprouver qu'un déplacement vertical lorsque l'on fait tourner l'écrou J. Son extrémité peut être mise en contact avec la. base de la botte intérieure. En agissant sur récrou, après avoir desserré les vis £, on peut faire subir un déplacement vertical à la crapaudine, ce qui est très-utile dans certaines circonstances, dont nous n'avons pas à nous occuper maintenant.

Nous n'insisterons pas davantage sur la description des guides, et nous renverrons, pour plus de détails sur ce sujet, aux traités spéciaux de construction.

&. Des embrayages. —Il arrive souvent que Ton soit obligé, dans un moment donné, de relier un arbre en mouvement avec un autre arbre de même axe et d'abord en repos, pour qu'on puisse le faire participer au mouvement du premier, ou de supprimer cette liaison si elle existe; l'une ou l'autre de ces opérations s'effectue au moyen de dispositifs connus sous le nom A' embrayage. A cet effet, on monte respectivement sur les extrémités en regard des deux arbres deux pièces ou manchons d'embrayage; l'une de ces pièces est fixe sur son arbre ; l'autre peut être déplacée le long du sien, qui est terminé par une partie cylindrique s'il n'affecte pas celte forme sur toute sa longueur, tout en étant assujetti à tourner avec lui au moyen d'un prisonnier fixé à l'arbre, et pénétrant dans une cavité de même forme pratiquée dans le manchon.

Fig. II.

La solidarité s'établit entre le manchon fixe et le manchon mobile au moyen de griffes droites {Jig. ii) ou obliques

lO QUATBIËMB PÀITIB. — CHAFITKI I. -^ GÉNÉKALItCS.

{^g. ia), s'eogageant les unes dans les autres, ou encore en

donnant respectivement {fig^ i3) aux deux manchons les formes de cônes creux et pleins de même ouverture pou-

vant s'embotter l'un dans l'autre et s'entraîner par suite de l'adhérence.

Le déplacement du manchon mobile se produit en agissant sur l'une des extrémités d'un levier dont l'autre se termine par une fourche; la fourche est munie de deux appendices qui s'engagent dans une rainure circulaire pratiquée dans le manchon.

Nous indiquerons plus loin en quoi consiste l'embraj'age par courroies.

TIUHSPOHMâTIOK DD MOUTBNEin' RBCTILiairS GOIITIND, BTC.

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