DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Cet ouvrage est, comme le Traité d'Analyse publié en 1854, la reproduction plus ou moins fidèle des leçons de mécanique que je donne à la faculté des sciences de FUniversité de Gand , leçons que, pour la commodité de mes auditeurs, j'avais dès Tannée 1838 fait autographier pour leur être journellement distribuées. Cette date indique suffisamment que cet ouvrage était composé bien avant que des géomètres eussent agité au sein de l'Institut de France et dans le conseil impérial de Tinstruction publique la question de savoir s'il est plus avantageux pour la science de subordonner la théorie de l'équilibre des corps à celle de leur mouvement, ou si au contraire, il est préférable de fonder la dynamique sur la statique. Malgré l'autorité des hommes distingués (jui
VI PRiFACE.
• ont cru devoir user de leur influence pour faire réformer dans l'en* seignement ofliciel un mode d'exposition de la mécanique consacré par plus d'un siècle d'expérience, je n'ai pas cru devoir modifier ' celui que j'avais suivi jusqu'aujourd'hui. Cette détermination se fonde sur plusieurs motifs également puissants à mes yeux. Premièrement, l'ancienne marche présente l'avantage de procéder (lu simple au composé , puisqu'elle commence par faire abstraction de l'idée complexe du temps et du mouvement, et qu'elle procède suivant l'ordre des inventions; elle est donc celle qui convient le mieux au point de vue didactique. En second lieu , la statique est une branche de science qui n'emprunte à aucune autre ses principes fondamentaux et que par conséquent, sous le rapport de la perfection et de l'abstraction, on peut comparer jusqu'à un certain point aux mathématiques pures, tandis que la dynamique ne fait que soumettre au calcul les propriétés physiques de la matière , propriétés qui d'ailleurs ne sont pas susceptibles de démonstration directe et ne reposent que sur des hypothèses. Faire intervenir la dynamique dans l'exposition des principes de l'équilibre, c'est donc ôter bénévolement une de ses qualités les plus précieuses à la statique, qui par la nature de son objet et sa manière de procéder, établit en quelque sorte dans l'enchainement des sciences mathématiques la transition entre les mathématiques pures et les mathématiques appliquées.
Si pour ces motifs et pour d'autres encore qu'il est inutile de rappeler ici , nous croyons devoir, dans un traité purement rationnel , donner la préférence à l'ancienne méthode , ce n'est pas que nous refusions d'une manière absolue de reconnaître certains avantages à l'innovation qu'on veut introduire dans l'enseignement. Ainsi ces avantages nous paraissent incontestables quand il s'agit de l'étude de la mécanique appliquée aux machines ; là en effet la marche didactique et la recherche des conditions