CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES AFFECTIONS CUTANÉES
Besnier, pustules cat;uili;iles de Virclunv), dans lesqnollos r(''|)i(l('iiii(' ou lc< couches superficielles du derme sonl seuls allciiils. cl (pii ne laisscnl pas de cicatrices persistantes — et les p}tsliile>> profondes (pustules deriuicpics de licsnier pustules pareneliymateuses de Virehow), (pii allcii^nent les couclics profondes du derme, les détruisent, laissent après elles des cicatrices plus ou moins profondes mais toujours apparentes. Les premières correspondent auxpusiules psvdraciées des anciens auteurs, les deuxièmes aux pustules phlysaeiées, dénouiinalions baroques aujourd'hui abandonnées.
On désigne sous le nom de squames les lamelles épidermicpies sèches ou écailleuses qui se détachent de la surlace de la peau.
Les squames peuvent constituer la lésion primitive du Irgument, ou au moins la seule lésion apparente. Le plus souvent, elles sont consécutives à des lésions qui peuvent être très diverses, érythèmes, vésicules, bulles, phlyctènes.
Elles peuvent présenter des aspects très variables : tantôt minces, fines, blanches, analogues à de la farine ou à du son, elles portent le nom de squames furfuracécs ou pityi-iasiqitcs (-Tr'.Tusov, son) ; tantôt plus épaisses et plus larges, elles peuvent arriver à constituer des lambeaux étendus comme dans la scarlatine. Les squames peuvent être soulevées sur une grande partie de leur étendue ou, au contraire, adhérer plus ou moins aux surfaces sur lesquelles elles reposent; dans ce cas, leur chute peut laisser des excoriations superficielles et suintantes.
Aux diverses lésions élémentaires qui viennent d'être énumérées, peuvent succéder des altérations diverses des téguments, résultant de la dessiccation des exsudats, des pertes de substance des téguments et de la réparation de ces pertes de substance.
Les croûtes, de consistance plus ou moins dures, sont formées par la sérosité, le pus ou le sang exsudés et desséchés. Elles sont de forme variable suivant la configuration de la lésion primitive, arrondies, ovalaires ou irrégulières; leur épaisseur est également variable; elles sont parfois composées de couches superposées, rappelant l'aspect des coquilles d'huître. Celte variété de croûtes porte le nom de ri/pia, dénomination qui n'a plus qu'une valeur descriptive et ne répond plus, comme dans les descriptions des anciens auteurs, à une affection déterminée. La coloration des croûtes est des plus variables : jaune, verdâtre, brunâtre, grise ou noire, suivant le liquide dont la dessiccation leur a donné naissance.
Les croûtes reposent généralement sur des surfaces suintantes, et à knir face profonde on trouve soit de la sérosité, soit du pus.
Les pertes de substance consécutives aux diverses lésions élémentaires portent des noms différents suivant leur profondeur, leur étendue et leur forme.
Les excoriations sont très superficielles, n'intéressent que les couches les plus externes de la peau; elles résultent généralement d'un traumatisme extérieur.
Les exuloérations sont également très superficielles et ne dépassent pas la couche papillaire du derme, ou même la couche de Malpighi. Elles sont souvent arrondies et peu étendues, mais réunies en grand nombre sur une surface donnée.
Les ulcérations atteignent le derme à une profondeur variabhv bourgeonnantes ou non, donnant lieu à une supi)uration plus ou moins abondante, elles laissent toujours une cicatrice à leur suite.
Les fissures et les rhagades sont des pertes de substance généralement peu profondes et peu étendues, de forme allongée et linéaire.
IGEOBGES THIBIERGE.'i
10 MAl.ADIKS Cl'TAXKKS.
Les cicatrices soni rjihoiilissanl iilliinc de loiilcs les pcrlfs de siihstniicc de \i\ peau aHeifi;nanl lo (Icniic h^ii oulic, ccrlaiiics h'sioiis (Icnnicpics ((iii (h'inii^ciil les éléments du d<M'ine sans doiuKM- lieu à nnc nlc<''rali()n laissent a|)rès elles des cicali'ices.
Les cicatrices s(jnt lisses on irréi^idières, ^i-énéralenient brillantes; à leur nivean, la peau i-esle souvent infiltrée et dui-e pendant lui temps variable, plus tard on la voit IVécpuMumeid s'amincir; auloui" des cicatrices, la peau est souvent le siè<>e dune i)i^inentation plus ou moins intense et ])lus ou moins persistante; cette pigmentation est surtout accusée loi-scjue la cicalrice occu])e les membres inférieurs, en raison des conditions déreclueuses dr leur circulation, ipii favorise les exsudations périvasctdaires et enlrave la i(''sorplion des exsudais.
Troubles fonctionnels et généraux accompagnant les dermatoses. —
Les dermatoses peuvent évoluer sans provoquer ni i'('action locale ionclionnelle, ni trouble général d'aucune sorte.
Le plus souvent, elles s'accompagnent de troubles locaux de la sensibilité, caractérisés par des sensations de brûlure, de chaleur ou, phénomène plus important, par une sensation dite prurigineuse, ou démangeaison qui porte instinctivement le malade à se gratter.
Le prurit, d'intensité variable suivant la nature de la maladie, peut être continu ou paroxystique, les paroxysmes se produisant irrégulièrement ou à intervalles réguliers. Il constitue à lui seul toute la symptomatologie locale de certaines dermatoses. Il peut secondairement, ainsi qu'il a été dit à propos de la pathogénie des dermatoses, occasionner des lésions diverses du tégument, lésions passagères ou plus ou moins persistantes. Il a donc une grande importance au point de vue du diagnostic des dermatoses et de l'interprétation de leurs caractères et de leurs lésions.
La sensibilité peut présenter, dans les différentes dermatoses, des troubles divers, consistant soit en hyperesthésies, soit en diminution ou abolition de la sensibilité en général ou de ses divers modes.
Les sécrétions cutanée, sébacée et sudorale, sont parfois modifiées au niveau des lésions cutanées; leur altération, en plus ou en moins, n'a guère d'importance réelle, au point de vue du diagnostic, que dans les affections liées à un trouble primitif de ces sécrétions, les séborrhées et les hyperhidrosés, et quelques dermatoses connexes.
Des troubles généraux très variés peuvent se montrer au début et au cou*^ des dermatoses.
Un certain nombre s'accompagnent, <à leur dél)ut, de fièvre, d'intensité variable, accompagnée généralement des troubles digestifs et autres qui sont habituellement associés à l'état fébrile ; l'apparition de ces troubles est liée le plus souvent à la cause, toxi([ue ou infectieuse, qui provoque, en même temps que la dermatose, une réaction générale. Ils peuvent cependant être dus à l'évolution des lésions cutanées, à l'intensité des processus inflammatoires qui se développent sur le tégument.
Les lésions cidanées étendues jouent, par elles-mêmes, un rôle dans la nutrition générale de l'économie. Celles qui donnent lieu à une desquamation abondante produisent ainsi une perte appréciable en matières azotées et en soufi'e, qui contribue à affaiblir le malade.
Les troubles apportés au fonctionnement de la })eau, à lexcrétion et à la
CONSIDÉRATIONS OKNKI{ALKS SUR I.KS AI l"i;(;TI()XS Cl T.WKKS. 11
pors})irali()n (•ulan(''('s par des ](''si()ns m(''n('M-alisr('s (tu lirs rIciKliics ^onl cm-or.' mal connus et insiiriisaimncnl (''lii(li(''s, leurs (•()us(''(|iumic('s siii- lu imlrilicni générale el sur les viscères à |)eine soupçonnées.
Il est certain (pTuiu' dernialose, même étendue, uiènie IrouhNiul en apparence d'une façon j)roronde les lonclions de la ])ean, ne |)ro\o(pie pas de phénomènes comparables :\ ceux ([ui suivent le ^('rnissa<>•e du téoiimenl clie/ les animaux.
Los accidents pulmonaires et les troubles inlesUnaux survenant à la période ultime des dermatoses généralisées sont souvent produits par des causes accidentelles dont l'épuisement résultant de la longue durée de la dermatose favorise seulement l'action; les infections auxcpielles 1(> tégument alicMé el souvent ouvert peut servir de porte d'entrée intcM'viennent aussi dans rex|>licalion de ces accidents terminaux.
L'albuminurie, qui, théoriquement et à ne s'en fier qu'aux expériences de Fourcault, semblerait devoir être constante dans les dermatoses étendues, y est très rare : lorsqu'elle s'y produit, elle s'explique moins encore par lirritation des glomérules et des épithéliums rénaux au contact des toxiques en excès que par les infections primitives ou secondaires d'origine cutanée; quelquefois, et elle est alors peu abondante, elle peut être attribuée aux excitations cutanées produites par la lésion et par le grattage qu'elle provoque.
Des troubles nerveux divers se rencontrent dans les dermatoses. L'insomnie, l'agitation, le délire parfois peuvent s'observer dans les grandes dermatoses prurigineuses; la neurasthénie, des étals hystériformes, des troubles mélancoliques, ou des obsessions revêtant des formes diverses, et constituant des variétés multiples de dermatophobie, se rencontrent au cours de dermatoses nombreuses, soit que celles-ci s'accompagnent d'un prurit intense et persistant, soit qu'elles aient une longue durée et menacent d'être incurables, soit encore que leur siège sur les parties découvertes en rende l'existence plus pénible pour les malades; ces troubles nerveux ne s'observent guère que chez des sujets prédisposés et entachés déjà de névropathie.
Un grand nombre de dermatoses peuvent être le point de départ d'infections, soit banales, soit spécifiques, qu'elles-mêmes soient déjà la première étape de cette infection, ou qu'elles lui aient servi de porte d'entrée. Le retentissement sur les voies lymphatiques, vaisseaux et ganglions, traduit souvent ces infections et il est peu de dermatoses qui ne le produisent, à un degré plus ou moins apparent. Quant aux localisations ultérieures, elles sont des plus variables suivant la nature de l'agent infectieux.
La possibilité de ces infections profondes est la principale raison pour lacpielle la plupart des dermatoses ne doivent pas être laissées sans traitement, au moins sans traitement palliatif.