ÉRUPTIONS PROFESSIONNELLES ET ACCIDENTELLES
li(|ii('. cliaux ^ i\(', soude, amiii(nii;H|ii(', iiicrciu-c, brome, elilore, ;,irsenic. soiilVc. iode, elc); sels minéraux (sels de mercure, d'arsenic, d'anlimoine el de rlnonK.. suHale de chaux, chlorures de sodium, de zinc cL de plalinc, etc.); composés org-aniques (sels de quinine, chloroforme; substances dites réductrices, quinoiie, hvdrocjuinone, métol, amidol, paramidophénol, paraphénylène-diamime, etc.).
A l'action de ces corps se rattachent les éruplions professionnelles des chimistes, des j)holoi>i'aphes, des droguistes, des élcelrieiens, d(;s g-alvaniseurs , des fabricants de couleurs, des teinturiers, des chirurgiens, des plumassiers, des savonniers, des blanchisseurs, des maçons, des plâtriers, des graveurs, des raftineurs de pétrole, des épiciers, etc., celles provoquées par les teintures pour cheveux, etc.
Produits d'origine animale organiques non altérés : cantharides (ouvriers recueillant et préparant les cantharides), vers à soie (mal de ver ou de bassine chez les ouvriers qui dévident les cocons), divers papillons.
Produits organiques d'origine végétale non altérés : huiles essentielles^ lérébenthine (dermatoses des teinturiers et des ébénistes), essence d'oranges amères (chez les ouvriers employés à les peler), goudrons, huile de cade, rhus toxicodendron, rue, ellébore, clématite (sert à simuler des éruptions et à prolonger la durée des ulcérations, d'oii son nom d'herbe aux gueux), renoncules, orties, moutarde, thapsia, croton tiglium, etc., etc.
Produits organiques d'origine animale altérés par décomposition chimique r graisses rances (éruptions consécutives aux applications de pommades ,. éruptions professionnelles des imprimeurs, des mécaniciens, des fileurs de laine, etc.), cuirs préparés (éruptions professionnelles des mégissiers, des. tanneurs , des criniers) ; animaux macérés (éruptions des ouvriers en nacre de perle), etc.
Produits organiques d'origine végétale altérés par la décomposition cuiMiQUE : lin roui (éruptions des fileurs et varouleurs de lin); huiles rances, etc.
Dans la production des dermatoses professionnelles et accidentelles, l'action chimico-physique de l'eau de dissolution ou de macération, laquelle peut être chaude ou froide et agir par sa température, s'associe presque toujours à l'action chimique des corps irritants.
Aux causes chimiques qui viennent d'être énumérées il convient d'ajouter les micro-organismes existant sur la peau, qui préparent le terrain à laclion chimique des substances en question el, une fois ([ue cette action a élé mise en œuvre, en modifient les effets el en altèrent les caractères; de même, les microorganismes qui existent dans les liipiides nocifs ou dans les substances professionnellement ou accidentellement maniées en même temps qu'eux, viennent encore imprimer une marche et des caractères particuliers à ces dermatoses : ainsi, chez des sujets que leur profession expose aux contacts successifs avec des produits chimiques et des matières organiques diverses, tels que les épiciers, les lésions sont particulièrement indueneées, et dans leur {production el dans leurs caractères symplomali(|ues, par la multiplicité et la diversité de ces causes irritantes.
A cùlô du rôle des ageiils oxléiicvirs, il inut placer riiilluenco de Fctal conslitutionnel et organique du sujet alteini.
Certains agents chimiques pi-oduisent conslammeni, (juels que soient les sujets, des altérations cutanées revêtant toujours la même lormc : tels sont les caustiques et les vésicants. Mais, bien plus sou\en(, la réaction cutanée sous l'influence de ces agents est inconstante dans son existence, variable juscpi'à un certain point dans sa forme clinique : dans un même atelier, la même substance maniée par trois individus différents sera sans efTet sur l'un, produira chez l'autre une éruption passagère et sans gravité, chez le troisième une dermatose persistante ou grave.
Bien plus, telle cause, qui pendant des années sera. restée sans effet sur un sujet donné, deviendra tout à coup nocive et déterminera des lésions cutanées qui à un moment donné pourront cesser de se reproduire malgré que le sujet reste toujours soumis aux mêmes influences.
Classiquement, ces faits sont connus et expliqués par une prédisposition individuelle ou une idiosyncrasie.
Le temps est passé où cette explication, qui n'est que la traduction d'un fait et non son interprétation, pouvait être admise. C'est dans les conditions générales de la nutrition du sujet, dans les différences de résistance provenant des variations de son propre milieu, de son chimisme humoral en particulier, qu'il faut chercher les causes de ces inégalités de résistance devant les agents xîhimiques.
Sans méconnaître l'importance de l'état diathésique,- auquel ces inégalités étaient uniformément rapportées jusqu'à ces dernières années, il faut attribuer un rôle plus considérable encore aux troubles fonctionnels ou organiques des différents viscères : l'albuminurie, le développement d'une cirrhose du foie, de l'artériosclérose, des troubles digestifs entraînant des auto-intoxications, une grossesse , la ménopause , ou une perturbation grave du système nerveux peuvent presque toujours être invoqués pour expliquer la rupture d'un équilibre organique qui permettait à la peau de supporter l'action d'une substance chimique donnée; lorsque le trouble organique disparaît, la susceptibilité cutanée peut cesser, pour se remontrer à nouveau si ce trouble vient à se reproduire; c'est ainsi que certaines femmes ne sont atteintes que pendant leurs grossesses des lésions cutanées liées à l'exercice de la profession de blanchisseuse. La thèse de Combalat (') renferme de nombreuses observations venant à l'appui de cette interprétation des éruptions professionnelles. De même, on peut voir, à la suite de l'absorption d'un médicament, tel que l'iodure de potassium, certains sujets ne plus supporter sans inconvénient le contact de substances irritantes qu'ils pouvaient auparavant employer impunément.
Il suffit parfois d'un simple contact, même peu prolongé, d'une substance irritante pour provoquer ces éruptions, et il est des sujets pour lesquels les substances les plus inoffensives en apparence en sont l'occasion : ainsi , certaines peaux ne peuvent supporter des solutions antiseptiques même faibles, telles que l'eau boriquée, ou la vaseline. Ces susceptibilités sont plus accusées lorsqu'il existe déjà une dermatose dont elles entravent singulièrement le traitement.
Description clinique. — Les dermatoses artificielles de cause chimique
(') P. Combalat, Étude sur les dermatoses professionnelles. Thèse de Paris, 1895-1894.