LICHEN DE WILSON
Définition. — On désigne sous le nom de; lichen d(! Wilson une afTeclion caractérisée par le développement de papules cutanées persistantes de petites dimensions, de forme spéciale, isolées ou agminées en placards, se produisant par poussées successives et accompagnées d'un prurit souvent intense, et par des lésions analogues des muqueuses.
Description. — Les papules de lichen de Wilson ont au maximum la dimension d'un grain de millet ou d'une tête d'épingle, elles ont une coloration rouge au début, plus tard un peu brunâtre ou tirant sur le violet, et un aspect brillant tout particulier; les plis normaux de la peau qui les limitent leur donnent une l'orme arrondie ou polygonale; leur centre est uni, ce qui a valu à l'affection le nom de lichen plan proposé par Erasmus Wilson, ou plutôt légèrement ombiliqué, comme s'il avait été piqué par une pointe d'aiguille; et cette dépression présente souvent une teinte grisâtre; cependant, il est quelquefois un peu saillant, acuniiné, fait qui montre la défectuosité du terme de lichen plan. Ces papules sont de consistance dure : en pinçant la peau entre les doigts, on perçoit nettement une infiltration limitée donnant une sensation analogue à celle d'un grain de plomb enchâssé dans le derme.
Les éléments du lichen de Wilson conservent pendant toute leur durée le même aspect. Cependant, dans quelques cas exceptionnels, on les voit devenir le siège d'une légère desquamation et, plus rarement encore, on peut voir des vésicules se développer à leur surface.
Les papules peuvent rester toutes isolées les unes des autres, disséminées sans ordre, constituant le lichen plan miliaire. Plus souvent, elles se réunissent les unes aux autres, se disposent en lignes, en traînées, parfois en bandes plus ou moins longues, rappelant le trajet d'un nerf, ou bien elles se groupent en plaques d'étendue variable. Ces plaques sont constituées par un nombre variable d'éléments dont on reconnaît à la loupe les contours polygonaux et les dépressions centrales. Souvent les éléments se disposent en cercles, entourant une surface plus ou inoins étendue de peau normale ou légèrement pigmentée. La disposition des éléments est du reste loin d'être uniforme dans un cas donné ; elle varie suivant les régions, souvent même d'un élément à un autre dans une même région. En général, les groupes d'éléments lichéniens ne dépassent pas la largeur d'une pièce de 50 centimes.
Dans certains cas, les groupes atteignent des dimensions plus considérables, en même temps qu'ils deviennent saillants, et qu'ils forment des plaques épaisses de coloration grisâtre ou brunâtre, recouvertes de squames épidermiques adhérentes et fermes (lichen corné ou hypertrophique); ces plaques sont peu nombreuses, limitées ordinairement à une seule région, qui est presque toujours la face antéro-externe de la jambe, et pei^islent pendant un temps très long.
Lorsque les éléments du lichen tendent à disparaître, leur saillie s'affaisse en même temps que leur coloration devient plus foncée et ils laissent après eux une tache brunâtre, qui persiste souvent pendant fort longtemps.
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Une forme, très rare crailleurs, de lichen de Wilson est caractéi'isée pur l'atrophie scléreuse des éléments qui se réunissent en plaques plus ou moins étendues, de coloration blanche, d'aspect cicatriciel et de consistance ferme, au niveau desquelles chacun des éléments primitifs n'est plus signalé que par une dépression punctiforme(').
Le lichen de Wilson peut occuper toute la surface cutanée, mais il se rencontre surtout sur la face dorsale des mains et des avant-bras, les poignets, la face externe des jambes, la région de la ceinture.
Fréquemment l'éruption cutanée s'accompagne de lésions des muqueuses et en particulier de la muqueuse buccale(^). Les lésions de la muqueuse buccale peuvent précéder celles de la peau; elles peuvent même dans quelques cas rares exister seules pendant toute la durée de la maladie. Sur la langue, elles se traduisent par la présence de taches blanches, allongées, au niveau desquelles les papilles sont aplaties et légèrement déprimées; sur la face interne des joues, surtout à la partie postérieure, elles forment des séries arborescentes de points blancs brillants, d'un blanc d'argent, qu'on voit aussi quelquefois sur la portion muqueuse des lèvres. On peut rencontrer des lésions analogues sur la muqueuse vaginale et sur le gland.
Le prurit, qui accompagne presque constamment et même souvent précède les lésions cutanées, est généralement intense : il peut empêcher le sommeil et provoquer des troubles de la nutrition et des accidents nerveux dont l'apparition est encore favorisée par l'état névropathique fréquent chez les sujets atteints de lichen.
La durée de l'affection est toujours longue; elle se chiffre par mois pour les formes ordinaires du lichen, parfois par années pour la forme cornée. Il faut faire exception pour certains cas rares de lichen à début très rapide , se généralisant dans l'espace de quelques jours sous la forme miliaire et qui peuvent évoluer en trois à quatre semaines. Le lichen de Wilson est susceptible de rechutes tant que ses éléments éruptifs n'ont pas entièrement disparu, mais il il est exceptionnel qu'il récidive après guérison complète.
Anatomie pathologique. — La lésion initiale du lichen de Wilson est une inflammation des parties superficielles du derme à laquelle s'ajoute secondairement une hyperplasie de l'épiderme. Le derme présente une infiltration très dense de sa région supérieure par de petites cellules qui ne sont ni dès leucocytes ni des cellules plasmatiques , mais de petites cellules conjonctives (Unna), les papilles très renflées et œdémateuses semblent étouffer les bourgeons épithéliaux interpapillaires. La limite inférieure de l'infiltration cellulaire est toujours remarquablement nette; il y a cependant quelques manchons cellulaires autour des vaisseaux sous-jacents. Accessoirement, il se produit une dégénérescence colloïde de quelques cellules du corps muqueux de l'épiderme et une dégénérescence hyaline ou quelquefois une sclérose des parties supérieures du corps papillaire infiltré. Quant à la dépression centrale des éléments de faibles dimensions, elle est due, d'après les recherches de Tôrôk("), à la pré-
(') Hallopeau. Du lichen plan et particulièrement de sa forme atrophique. Union médicale.
(*) Thibierge, Des lésions de la muqueuse buccale dans le lichen plan. Annales de dermal.. 1885, p. 05.
('') TôRuK, Anatomie du lichen planus. C. R. du Congrès international de dermatologie. Paris. 1889, p. 7Ô0.
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sence d'un conduit glandulaire, le plus ordinairemenl un conduit pudorifèro, (jui empêche celle partie centrale de se laisser soulever connue les parties voisines par rinfdl ration dermique; dans les papules volumineuses, celte dépression tient aux altérations régressives que subit le corps papillaire par suite de l'hyperplasie épidermique.
Étiologie. — Plus fréquenl chez l'homme que chez la femme, le lichen do Wilson s'observe le plus souvent chez des sujels de vingt à quarante ans. La plupart d'entre eux rentrent dans la classe des nerveux, quelques-uns sont de véritables hystériques.
Des causes diverses, parmi lesquelles les émotions et les chocs moraux tiennent le premier rang, peuvent précéder l'éruption à bref délai.
Quelques auteurs ont attribué au "lichen de Wilson, sans preuves convaincantes, une origine parasitaire.
Diagnostic. — Les caractères du lichen de Wilson sont assez nets pour prêter rarement à la confusion.
Les syphilides papuleuses à petites papules en diffèrent par l'absence de brillant spécial de la surface, par leur contour régulièrement arrondi et non polygonal, par l'absence d'ombilication centrale, par la disposition des éléments en groupes analogues à des constellations d'étoiles, par les dimensions plus considérables des éléments qui sont moins fermes au toucher, enfin par l'absence du prurit.
Le lichen corné peut être confondu avec Yeczéma corné., mais il en diffère par la longue persistance des lésions en un point donné et par l'absence, sur h; reste de la surface cutanée, d'autres altérations du type de l'eczéma.
Le pityriasis ombra pilaire^ qui avait été englobé par Hcbra dans la description du lichen ruber, diffère profondément du lichen de Wilson : son élément primitif est une saillie cornée, acuminée, centrée par un poil, sans infiltration dermique; ces éléments reposent généralement sur des surfaces rouges sur lesquelles ils sont disséminés en grand nombre. L'affection a une marche très lente et s'accompagne de peu de troubles fonctionnels.
Quant aux autres affections décrites sous le nom de lichen., elles ne présentent qu'une analogie fort éloignée avec le lichen de Wilson.
Les plaques de lichen sirnplex clironique diffèrent du lichen de Wilson par leur nombre plus restreint, par leur forme souvent irrégulière, par leurs dimensions plus considérables et par la forme arrondie de leurs éléments qui nonl pas d'ombilication centrale.
Le lichen des sera fuleiix a pour localisations le tronc et est caractérisé par un mélange de papules de petites dimensions, recouvertes ou non de petites squames et de petites pustules ; il donne lieu à peu de démangeaisons, dure plusieurs mois et s'accompagne de manifestations scrofulo-tuberculeuses graves du côté des ganglions et des os.
Traitement. — Le seul agent de la thérapeutique interne qui ail une action réelle et efficace sur le lichen de Wilson est l'arsenic, que l'on doit porter et maintenir à doses aussi élevées que le permet la tolérance du malade; mais il faut bien savoir qu'il y a des cas qui lui résistent.
Jacquet, se basant sur létal nerveux des sujets atteints de lichen de Wilson et sur l'effet sédatif des douches tempérées, a proposé l'emploi des douches
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prolongées à température variant de 55'* à o?"; celte méthode réussit bien chez les sujets névropathes, ramène souvent le sommeil, mais elle aussi échoue dans un certain nombre de cas, même lorsqu'elle est appliquée avec la plus grande régvdarité.
Quant au traitement local, il consiste dans l'emploi, souvent inei'ficace , des pûtes mentholées et phéniquées, des pommades à l'acide tartrique, des lotions vinaigrées ou aromatiquées, à litre d'antiprurigineux.
Dans les formes circonscrites, on pourra se servir avec avantage des emplâtres adhésifs, en particulier d'emplâtre à l'oxyde de zinc, de l'acide pyrogallique en pommades.
Dans les formes cornées, on aura recours aux applications de savon pour décaper les pla((ues; lorsqu'elles résisteqt aux emplâtres et aux pommades à l'acide pyrogallique, il peut devenir nécessaire de les traiter chirurgicalement (grattages, cautérisation ignée).