‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 40 sur 135 · I.KS KCZKMAS · texte numérisé non relu

I.KS KCZKMAS

(les leucocyles, du sonini, cLcles celulos épilhél iules en partie ballonisées; les cellules (lu eor|)s nnujueux sont lunK'fu'es; entre elles on trouve un petit nombre Je globules blancs; (Jans le derme, où il existe de nombreuses mitoses, on trouve de rœd(;'me et de la congestion vasculaire, sans diap(3d(!'se.

Dans Feczt'ma chroni([ue, (quelle que soit son apparence clinique, on trouve toujours dans l'épiderme trois k'sions histologiques dont l'association et l'intensit(; variable donnent lieu aux difTc-rcnts aspects macroscopiques; ce sont : 1" la parakéralose, ou modification de la fonction kératosique, résultant d'un œdème des rangées les plus superficielles des cellules du corps muqueux, d'où il résulte qu'à la base de la couche cornée on trouve des couches de cellules ayant conservé leurs noyaux; cette altération est la cause de la formation des squames, qui ne sont pas constituées par la couche cornée kératinisée mais par la couche épineuse desséchée; 2^' la prolifération des cellules épithéliales (acanthose suivant la terminologie de Auspitz) avec mitoses nombreuses et généralement avec allongement des bourgeons inter})apillaires et, par suite, des papilles : cette lésion, qui est la conséquence de l'œdème de l'épiderme, se traduit par la saillie papuleuse des éléments eczémateux ; o« l'œdème interstitiel de l'épiderme, d'autant plus marqué qu'on examine des parties plus éloignées du derme; cet œdème aboutit à la dilatation des canaux interccllulaires de la couche épineuse qui présentent un état spongoïde; dans ces canaux, se fait une exsudation de liquide d'abord séreux, plus tard séro-fibrineux, peu riche en leucocvtes; leur dilatation excessive aboutit à la formation de vésicules secondaires dont la pathogénie est, par suite, différente de celle des vésicules primaires.

Du côté du derme, on trouve dans l'eczéma chronique une prolifération des cellules fixes, spécialement autour des vaisseaux sous-papillaires, très peu ou pas de leucocytes et de cellules plasmatiques.

Ces diverses altérations se modifient suivant les aspects de l'eczéma. Ainsi, dans les formes lichénoïdes, on trouve une sclérose dermique s'étendant à tout le corps papillaire. Dans les eczémas psoriasiformes, les lésions sont très analogues à celles du psoriasis et peuvent à peine en être distinguées histologiquement ; l'hyperkératose est très accusée.

De toutes les lésions de l'eczéma chronique, la plus importante est la parakératose, qui, pour Unna, est pathognomonique.

Toutes ces lésions suffisent-elles à spécifier les eczémas et à donner lindividualité à cette espèce morbide? Il est sans doute prématuré de l'affirmer, malgré l'opinion de Unna : pour leur donner une signification aussi formelle, il faudrait leur trouver un caractère commun plus spécial que la parakératose.

L'étude l)actériol()gi({ue de l'eczéma ne repose guère que sur les recherches de Unna; les résultats obtenus par lui n'ont pas été contrôlés par un assez grand nombi'e d'ob.servaleurs pour être regardés comme définitifs.

Dans les cavités éj)idermi([ues de l'eczéma vésiculeux aigu, et très souven dans le protoplasma même des cellules, Unna a trouvé un microco([ue fornu' de cocci de dimensions ti'ès inégales; ces cocci sont réunis par !2 ou par i, ou constituent des amas niùriformes, qui lui ont fait donner le nom 'de morocoque (aôpov, mure); le microcoque qui, pour Unna, e.'^l pathognomonique de l'eczéma, présente les mêmes réactions colorantes que le staphylocoque. Unna la trouvé également dans les lésions de l'eczéma chroni(pie, en particulier dans les croûtes, où il l'a vu associé à d'autres microbes vulgaires.

^GEORGES THIBIERGE.2

•258 MALADIES CLTAMŒS.

Pathogénie. — Ln patlioijfrnie des cc/.r'inap est, à riiourc ncliicMc. un des problèmes les plus ardus de la dermalolog-ie.

La question de leur origine parasitaire, que Ion pouvait à peine eiilre\oii- il y a quelques années, se pose aujourd'iiui d'une façon foi-nielle,. niais avec des incertitudes et des difficultés de démonstration qui ne peuvent être dissimulées.

Divers arguments cliniques peuvent être invoqués en faveur d<' la doctrine parasitaire des eczémas : ce sont les modes de dissémination des Ic'sjons eczémateuses et leur configuration. Quelles (jue soient la forme clinicjue d'un ■eczéma, sa localisation initiale et sa cause, il est habituel de voir se développer des foyers secondaires en des régions diverses souvent éloignées les unes des autres et généralement en des points où le grattage a pu s'exercer et s'est exercé ; le mécanisme de ces lésions, qui ont été attribuées à des troubles vasomoteurs réflexes, est facile à concevoir dans l'hypothèse parasitaire, les foyers secondaires étant, dans cette hypothèse, des centres de réinocidation successive par transport de l'agent pathogène au moyen des ongles ; de môme la possibilité <le récidive, tant que tous les foyers eczémateux ne sont pas éteints, cadre avec cette hypothèse.

La configuration des lésions, souvent arrondies comme les dermatophyties. la présence, au voisinage des foyers principaux, de lésions aberrantes qui semblent être le résultat de réinoculations périphériques éveillent également l'idée d'un parasite.

Les causes externes, irritants chimiques, thermiques ou autres, pourraient n'agir qu'indirectement, du fait de l'inoculation, sur des surfaces dénudées ou hyperémiées, de micro-organismes spéciaux et spécifiques, ou d'ordre banal. Et le parasitisme pourrait aussi expliquer comment des irritations mécaniques, telles que le grattage, provoquent des lésions d'apparence eczémateuse.

Quant aux causes internes, leur influence prépondérante dans le développement des eczémas n'est pas un argument valable contre leur origine parasitaire: les micro-organismes les plus divers demandent, pour évoluer et provoquer des lésions, des conditions spéciales de terrain que les causes générales peuvent seules réaliser.

L'histologie confirme cette idée, en montrant des altérations ayant une grande analogie avec celles que provoquent les agents microbiens.

Toutes ces raisons ont depuis longtemps fait rechercher la présence de para- -sites dans les lésions eczémateuses. De fait, on en rencontre, et en grand nombre, d'une façon constante; mais leur présence, comme leur diversité, peut s'expliquer par la superficialité des lésions et leur infection secondaire facile de l'extérieur. Unna, reconnaissant l'exactitude de cette objection générale, pense que le morocoque trouvé par lui d'une façon constante dans l'eczéma vésiculeux aigu et dans les formes chroniques représente l'agent pathogène de l'eczéma.

Il est impossible actuellement de se prononcer sur la valeur pathogène du morocoque. Tôrôk (*) a même pu dire que les lésions où Unna l'avait signalé n'appartenaient pas à la catégorie des eczémas.

D'ailleurs, il est certain que la démonstration de la valeur d'un parasite <|uelconque exige des preuves, tirées des cultures et des résultats de l'inoculation, que Unna n'a jamais fournies.

(') Tôrôk, L'eczéma est-il une mnlodio pnrasiloirc"? Auivile^ de Dcimal >h rj'e. 1808, p. 1075.

LES i:CZÉMAS. 23!)

La (Icnionslralion de la (nialilé eczémaLcuso d'un parasite ({uelconque ne résoudrail ({u'une parlic du pi-oblème : il est vraisemblable (pie, fussent-elles toutes tForigine parasitaire, les dermatoses englobées dans la descriplion actuelle des eczémas, ne relèvent pas toutes d'un seul et môme microbe.

Les perturbations du chimisme sanguin, engendrées par les causes diathésiques et les altérations viscérales qui provoquent l'eczéma, pourraient expliquer l'apparition de lésions dermo-épidermiques : elles permettent, même dans l'hypothèse parasitaire, de comprendre comment ce parasite ne se développe pas indiiréremment chez tous les sujets ({uel que soit leur état général.

L'intervention du système nerveux, régulateur de la circulation et des échanges organiques, les modifications vaso-motrices du tégument peuvent être invoquées pour expliquer certaines localisations eczémateuses, mais ne sont que des mécanismes instrumentaux, des intermédiaires.

Ces troubles vaso-moteurs, provoqués par le grattage, provoquent plus souvent encore l'eczématisation de lésions cutanées diverses que le développement primitif d'eczémas.

Diagnostic. — Le polymorphisme des eczémas d'une part et la fréquence avec laquelle d'autres alTections, en se modifiant sous l'influence de causes externes, prennent l'aspect des eczémas, d'autre part , font que ces dermatoses sont exposées à être confondues avec un grand nombre d'autres affections cutanées. L'eczéma aigu, principalement à la face, peut être pris pour un érysipèle., mais dans cette dernière affection il y a une tuméfaction plus considérable, les lésions sont plus nettement limitées par un bourrelet, les vésicules lorsqu'il s'en produit sont moins nombreuses et plus volumineuses, l'état fébrile, qui peut exister dans les deux affections, est plus intense dans l'érysipèle.

Les dermites artificielles de cause externe peuvent également simuler l'eczéma : leurs localisations initiales correspondant aux points d'application de l'agent irritant, leur configuration souvent plus ou moins géométrique en raison même de la forme des surfaces exposées à ces contacts , les commémoratifs fournis ou avoués par les malades permettent la distinction dans les cas aigus; pour les cas chroniques, nous avons précédemment assez insisté sur les difficultés d'interprétation pour n'avoir pas à y revenir.

La dyi^hidrose ofTre souvent une grande ressemblance avec l'eczéma; mais elle se limite au début sur les faces latérales des doigts, donne lieu à des vésicules plus fermes, souvent plus volumineuses que celle de l'eczéma aigu, remplies de liquide moins collant; elle se montre dans la saison chaude.

La miliaire sudorale peut également simuler l'eczéma aigu : elle s'en distingue par la transparence des vésicules dont le contenu n'est jamais un liquide collant et filant comme celui de l'eczéma et par l'absence de suintement après la rupture des vésicules.

U impétigo est très fréquemment l'occasion de confusions; la presque totalité <les cas réputés impétigos chroniques ne sont que des eczémas avec suintement, se concrélant en croules jaunes; d'autre part, bien des impétigos aigus à petits éléments sont très souvent qualifiés d'eczéma. La confusion peut être évitée si on se rappelle que les vésicules d'impétigo sont très éphémères, se transforment très rapidement en pustules qui se rompent, el dont le contenu forme en se concrétant des croûtes jaunes de forme arrondie, isolées les unes des autres, tandis que, dans les eczémas impétiginiformes, les vésico-pustules font complète-

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nu'ul (If'Cnul, les crofilos soiil larges, sans limites précises, de même que les surfaces suinlanles (jiii s"(>n recouvrent. La difficulté esl plus «^irande de distinguer un eczéma impéliginiforme d'un eczéma compliqué dimpétigo; cependant, dans ce dernier cas encore, les croûtes jaunes sont plus limitées, arrondies et non diffuses, et surtout on parvient très rai)idemenl à les faii'e tomber par des applications émollientes et à en empêcher la reproduction par des pansements appropriés, tandis (pie la disparition des croûtes de l'eczéma impétiginiforme est beaucoup plus difficile à obtenir.

Les prurigos diotltésiques rappellent de très près l'eczéma ; ils peuvent en être distingués en tenant compte des antécédents, du caractère encore plus nettement récidivant de l'affection, du développement des lésions à la suite du prurit cl de leur extension étroitement liée à la distribution du prurit, enfin du polymorphisme plus accusé encore des lésions au milieu desquelles on rencontre des saillies papuleuses brillantes rappelant plus ou moins l'aspect des papules de lichen.

Les mêmes éléments de diagnostic et, en outre, la marche paroxystique saisonnière permettent le diagnostic du prurigo de Hebra .

Le lichen de Wilson se distingue des eczémas papuleuxpar l'absence complète de suintement, par les caractères de la papule initiale, brillante, polygonale, avec une dépression centrale; cette papule est d'une consistance ferme qu'on ne rencontre jamais dans les lésions des eczémas.

Le lichen circonscrit est souvent très embarrassant à distinguer des eczémas en placards, non pas lorsqu'il se présente avec ses caractères typiques de lésion papuleuse non précédée d'un stade vésiculeux, mais lorsque le grattage et les irritations externes l'ont modifié et ont provoqué son eczématisation ; il peut encore alors être reconnu à la disposition de ses lésions en placards occupant des sièges de prédilection, les parties latérales du cou, les plis articulaires, à la présence sur ces placards, dans l'intervalle des excoriations et des croûtes eczématiformes, de papules arrondies légèrement brillantes, de coloration rouge tirant sur le brun, enfin à l'infiltration manifeste des téguments, au niveau des placards.

Les lésions eczématiformes du mycosis fongoïde sont très souvent confondues avec les formes sèches des eczémas, pendant une durée plus ou moins longue : le prurit violent qui les accompagne et qui est plus prononcé que dans la plupart des eczémas, la diffusion des lésions et l'infiltration du tégument peuvent faire préjuger un diagnostic, que l'examen microscopique de la peau permet de confirmer d'une façon absolue.

Le pitynasis rosé de Gibert, irrité par des grattages et surtout par un traitement intempestif, peut être pris pour un eczéma : la marche rapide de la maladie qui serait insolite pour un eczéma nummulaire, la topographie spéciale de l'éruption sur le tronc et principalement sur sa partie supérieure et la présence, sur quelques-uns de ses éléments moins irrités que les autres, du plissement caractéristique de l'épiderme, tels sont les éléments d'un diagnostic que les résultats du traitement calmant, qui supprime les lésions secondaires et rend plus apparents les caractères essentiels du pityriasis, permettent de confirmer.

Le psoriasis se distingue des formes squameuses de l'eczéma chronique par la facilité avec laquelle on détache ses squames, par le suintement sanguin qui succède au grattage des surfaces malades, par la topographie des lésions qui débutent au niveau des genoux, des coudes et du cuir chevelu. Il est cependant

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(les cas où le diag'iiosLie est à peu prrs iiiipossihie à ('laliîir de façon rormelle.

Certaines syphilidea teiiiaires ix-iucnl iap|)elei' de si prrs les caractères des eczémas secs (jue la dislinclion en est des ])lus endjari-assantes, en particulier lorsque les lésions siègent à la plante des pieds et à la paume des mains. Les éléments de ce diagnostic sont la symétrie habituelle des lésions eczémateuses contrastant avec Tabsence de symétrie des sy|»liilides, la configuration arrondie ou })olycycli(pu^ de ces dernières et surtout Tinlilti-ation constante et presque toujours facile à reronuju'lre de la peau à leur niveau.

Le diagnostic de Vcczéina séboi'r/ii'ique sera exposé à l'occasion de Télude de cette dermatose.

Traitement. — Une première question se pose à propos du traitement des eczémas. Faul-il traiter tous les eczémas? Cette question a été diversement résolue.

Pour certaine école dont les partisans diminuent de jour en jour, l'eczéma est une de ces maladies qu'il ne faut pas guérir, parce quelle met à l'abri d'accidents viscéraux plus graves qu'elle-même, que sa disparition est le prélude et la cause de ces accidents qui peuvent être mortels. Cette doctrine ne peut évidemment pas être appliquée à tous les cas d'eczémas. Elle ne saurait se soutenir en présence d'éruptions eczémateuses généralisées, suintantes : ces éruptions sont un supplice auquel les malades ne peuvent être condamnés et un danger réel résultant tout à la fois des pertes séreuses et épidermiques qu'elles font subir et des infections graves auxquelles elles exposent. Sur ce point, il n'y a plus actuellement de désaccord absolu : il faut traiter ces malades, ce qui ne veut pas dire qu'on parvienne toujours à les guérir rapidement.

Mais, en présence d'éruptions eczémateuses moins étendues et moins suintantes, surtout lorsqu'elles sont de date ancienne, qu'elles finissent, en raison de leur durée, par constituer une sorte d'habitude morbide de l'économie, ne peuton craindre le développement de métastases viscérales lors de leur disparition et surtout de leur disparition subite? C'est là la doctrine classique, que les dermatologistes de l'ancienne école française acceptaient sans hésitation et qui a dû une partie de sa faveur aux préjugés du public, une partie aussi à la difficulté de guérir les eczémas chroniques et à l'insufiisance des moyens généralement employés, et surtout à la manière incorrecte dont le traitement est généralement dirigé et suivi. Cette doctrine n'est plus acceptable dans son intégrité.

Bien des cas de prétendues métastases viscérales de l'eczéma ne sont en réalité que des eczémas au cours desquels se développent des complications ou des maladies intercurrentes : le début de celles-ci s'accompagne d'une diminution des lésions cutanées. Mais, comme les deux phénomènes sont presque simultanés, le deuxième est, en vertu d'une idée préconçue, considéré comme la cause du premier.

Malgré les exagérations dont la doctrine des métastases de l'eczéma a été l'occasion, il est hors de doute que, dans des cas d'ailleurs rares, très rares même, la disparition spontanée ou thérapeutiquement obtenue de l'eczéma peut être le signal de troubles viscéraux graves, céphali([ues, pulmonaires, gastrointestinaux, rénaux et que la reproduction ou le rappel des lésions cutanées est suivie de l'atténuation ou de la disparition de ces troubles. Pour ne parler que des auteurs récents, Besnier et Brocq en ont cité des observations incontestables.

TR.'V.ITÉ DE MÉDECINE, 2= Ôdil. — III. 16

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Ce qu'il faut rolcnir des faits connus, c'est que les sujets atteints d'eczémas anciens et étendus doivent èlre soumis, en cours de traitement externe actif, à une surveillance attenli\(': ({ue Tapparition de troubles viscéraux doit rendre circonspect dans la continuation de ce traitement; (pie des troubles viscéraux graves coïncidant avec la disparition rapide des lésions cutanées doivent faire agiter la question de savoir sil ne convient pas de suspendre le traitement des lésions persistantes et de rappeler léruption au moyen des révulsifs cutanés; enfin que, chez les sujets qui ont déjà présenté des alternances semblables, le traitement externe devra être réduit au minimum nécessaire j)our atténuer les inconvénients et les dangers d'infection. Aller plus loin serait dépasser ce que l'observation enseigne.

D'ailleurs le traitement bien conduit de l'eczéma expose rarement à des accidents de ce genre, surtout lorsqu'on a soin d'associer aux applications externes un traitement interne approprié à l'état général des malades. Rétablir l'équilibre des fonctions et de la nutrition chez les eczémateux est le meilleur moyen d'empêcher les répercussions viscérales en cours de traitement.

Le traitement interne est, en général, d'absolue nécessité chez tous les eczémateux, mais il doit être varié suivant leur état constitutionnel, suivant aussi la forme et la période de leur dermatose. C'est dire qu'il ne saurait se résumer en une formule unique et qu'il doit se baser sur un examen et une connaissance complets de leurs diverses fonctions et réactions.

Les arthritiques, neuro-arthritiques, uricémiques, glycosuriques, tous ceux qui appartiennent à la catégorie des ralentis de la nutrition se trouveront bien de la médication alcaline, bicarbonate de soude, carbonate de lithine, benzoates de soude et de lithine, à doses graduées suivant les nécessités de chaque cas et par périodes plus ou moins prolongées, même dans l'intervalle des poussées.

Aux sujets lymphatiques on prescrira les préparations ferrugineuses et même, dans les formes torpides, l'huile de foie de morue quoiqu'elle paraisse contreindiquée au premier abord en raison de sa composition chimique.

Chez les sujets fatigués, débilités par des causes diverses, on aura- recours aux phosphates, glycéro-phosphates, etc.

Lorsque la nutrition est insuffisante, compromise par une médication débilitante antérieure, l'arsenic est un des médicaments les plus utiles. L'arsenic ne peut plus être considéré aujourd'hui comme une panacée contre toutes les dermatoses; il ne doit même jamais être administré au cours des poussées eczémateuses aiguës qu'il exaspérerait, ou trop tôt après ces poussées, qu'il risquerait de faire reparaître ; mais, dans les formes torpides des eczémas et surtout des eczémas secs, il rend les plus grands services.

L'état des fonctions rénales est souvent une source d'indications thérapeutiques chez les eczémateux : s'il existe des troubles brightiques, si l'analyse des urines montre qu'elles sont albumineuses ou que l'excrétion des principes azotés est anormale, si l'élimination du bleu de méthylène étudiée par le procédé de Achard et Castaigne, ne se fait pas régulièrement, si, en un mot, on constate c[ue la dépuration urinaire est insuffisante, on l'aidera au moyen des diurétiques non irritants, rarement de la digitale, plus souvent du lait, des infusions de queues de cerise, de chiendent, etc., additionnées de lactose. Il y a presque toujours avantage, pour peu que l'eczéma soit étendu, aigu ou suintant, à entretenir une diurèse abondante.

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Les divers Iroubles des ronclions gnslro-inlcsliiiales seront traités toutes les fois (ju'ils se présenteront, en particulier la dilatation de l'estomac et la constipation : les eczémateux doivent toujours avoir des garde-robes faciles et, au cours des poussées aiguës, on doit leur donner des laxatifs légers et r('pétés, plus rarement des purgatifs. On y ajoutera l'usage des antiseptiques intestinaux lorsque les voies digestives paraîtront être le siège de fermentations.

Le régime alimentaire des eczémateux doit toujours être surveillé de très près. On proscrira les aliments de digestion difficile, tels cpic les crudités, les truffes, les fniifs à pépins, les frais(?s, les aliments renfermanf des foxines (gros poissons de mer, petits poissons de mer qui ne sont pas d'une fraichenr absolue, coquillages, crustacés, conserves de viande, gibier, fromages fermentes et salés), les aliments. acides (oseille, tomates, groseilles, etc.), ou frop gras (viande de porc, sauces grasses, sauce mayonnaise).

Le régime d'ailleurs peut être modifié après constatation, pour chaque malade, de la nocuité ou de l'innocuité de chaque aliment en particulier.

Dans les eczémas aigus, on réduira la quantité des aliments azotés.

Chez les enfants eczémateux, le lait sera la base de l'ahmentation, et, chez les enfants nouveau-nés, les tétées ou les prises de biberon seront réglées avec soin.

Les boissons, dans les cas aigus et intenses, se réduiront à l'eau de source, aux eaux minérales, aux infusions légèrement aromatiques, au lait; dans les cas moins graves, on permettra la bière et le vin très étendus d'eau. A tous les eczémateux on interdira, sauf exceptions particulières, les bières fortes, le vin pur, les liqueurs, le café, le thé.

En dehors du régime diététique, des indications fournies par l'état général ou par les troubles vicéraux, il est rarement nécessaire de prescrire aux eczémateux une médication interne. Cependant, dans les poussées aiguës, on a préconisé et parfois employé avec utilité des médicaments altérants, comme le tartre stibié à petites doses, des vaso-moteurs, comme la belladone, la quinine, l'hamamelis, etc.

Le prurit et l'insomnie qui en résulte peuvent fournir des indications spéciales ; un grand nombre d'hypnotiques sont le plus souvent nuisibles et ne doivent être employés qu'avec réserve, tels sont l'opium et ses alcaloïdes, les bromures, le chloral dans les cas d'insomnie absolue, plus souvent le sulfonal ou, dans les cas moins intenses, la valériane, l'éther sont les calmants à préférer. D. Bulkley recommande l'emploi des boissons chaudes au moment du coucher pour procurer le sommeil aux eczémateux.

Les traitements thermaux, qui constituent un intermédiaire entre le traitement inlerne et le trailement externe, rendent les plus grands services à nombre d'eczémateux, à la condition de ne pas les employer au moment des poussées aiguës.

Leur indication est basée sur l'état général des malades et sur la forme des lésions cutanées.

Aux eczémas secs sans infiltration prononcée de la peau conviennent les eaux sulfureuses de Luchon, Cauterets, Barèges, Saint-Gervais, les eaux sulfochlorurées d'Uriage, les eaux bicarbonatées chlorurées de Rojat; aux eczémas secs et rebelles avec infiltration lichénoïde plus ou moins accusée les eaux de La Bourboule.

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2i4 MALADIES CUTANÉES.

Les siijcis lyin|tli;ili<|iu's allciiils (rcczéiiias lorpidos, choz l('S(|U(']s il n'y a pas à redouler do pi'uvo([U('r nue poussôe innammatoire, bônôliciciil des eaux sulfureuses de Ludion, (laulerels, Barèges, Challes. Les sujets lyni|)hali(pu's ou ceux qui sont affaiblis pour des causes diverses et dont rec/j'-ina est inilahle se Irouvent mieux des eaux d'Uriage et de Saint-Gervais.

Aux lymphatiques et arthritiques débilités, on prescrira encore les eaux de La Bourboule ; aux sujets fortement entachés de lymphalisme les eaux chlorurées fortes de Salies-de-Béarn, de Salins, de Briscous, de Lavey.

Les eaux alcalines comme Royat sont surtout indiquées chez les arlhriti({ues névropathes atteints d'eczémas peu irritables.

D'autres indications sont fournies par la coexistence de manifestations articulaires et névralgiques (Plombières, Bourbon-l'Archambault, Néris), de troubles digestifs ou d'uricémie (Vichy, Vais), de la goutte (Contrexéville, Vittel, Evian).

Dans quelques cas d'eczémas très persistants généralisés, les bains prolongés de Louèche trouvent leur indication.

Le traitement externe des eczémas varie avec la forme des lésions cutanées, leurs périodes et leurs localisations. Chez un même malade, les difîérences que présentent ces lésions sur les diverses régions obligent souvent à instituer simultanément des traitements très différents d'une région à l'autre; les modifîcajtions qui se produisent dans un espace de temps restreint nécessitent des changements plus ou moins fréquents dans la médication. Aussi en réalité le traitement des eczémas est-il un problème souvent très embarrassant.

La multiplicité des foyers eczémateux rend souvent ce traitement laborieux; il ne peut être efficace qu'à la condition d'être suivi régulièrement et poursuivi jusqu'à disparition complète des lésions qui, lorsqu'elles persistent en un point quelconque, menacent toujours de repulluler et de s'étendre.

Il est indispensable d'envisager séparément le traitement de l'eczéma aigu et celui des eczémas chroniques.

Aux eczémas aigus conviennent les agents de la médication émolliente ou calmante : cataplasmes, enveloppements humides, enveloppements de caoutchouc, bains, pulvérisations tièdes et poudres.

Les poudres absorbantes (oxyde de zinc, talc de Venise, sous-nitrate de bismuth, etc.), ne sont guère employées que dans les eczémas des plis; cependant au début des eczémas érythémateux, à vésicules peu apparentes, ou avant la rupture des vésicules, la poudre d'amidon peut calmer la sensation d'ardeur que provoquent ces lésions.

Les pulvérisations tièdes, d'eau bouillie ou d'eau boriquée, servent surtout à faciliter la chute des croûtes qui recouvrent les surfaces eczémateuses : elles sont le prélude des autres traitements.

De même les bains, dans les eczémas aigus, servent à assurer la mise en état de propreté des surfaces malades : ils doivent être additionnés d'amidon, courts et peu répétés; à la suite du bain, le malade doit être essuyé sans frotter; même avec ces précautions, les bains ne sont pas toujours sans inconvénients dans les eczémas aigus, dont ils exaspèrent les lésions : aussi leur usage doit-il être très restreint et subordonné à leur innocuité.

Les pansements humides avec des compresses de tarlatane imbibées du liquide employé, puis essorées pour les rendre simplement moites, et recouvertes d'un imperméable (taffetas gommé, gulta-percha laminée) pour empêcher la dessic-

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cation, consliinoni le Irailcmonl |)ar oxix'llciu-o dos cczômas ai^ns: lorscpio les surfaces eczémateuses sont infeclées par des microljes pyogènes, le pansement ])eul èlre l'ail pendanl (pi('i(pies jours axcc une solulion de sublimé au 4000'' ou au aOOO'', puis on emploie l'eau l)<)i'i([U(''e Faible, une solution de résorcinc ou de phénosalyl au 500', rinlusion de camomdle, la décoction de racine d'aulnée, etc. Ces pansements doiveiil èlre suspendus lors(pu' r(''pidei-ine se macère cl jtrcnd une coloration blanche maie.

Les pansements picri(pu''s ont été préconisés dans les. eczémas aig-us : leur valeur est encore disculaljle ; ils ont rinconvénient de donner aux téguments une coloration jaune intense qui empêche de suivre la marche des lésions; ils ne doivent pas être employés sur les régions velues et à leur voisinage, en raison de la coloration très persistante qu'ils laissent aux poils.

Les enveloppemenis de caoutchouc, préconisés par Colson et Hardy, perlcctionnés par E. Besnier et Lailler, puis vantés de nouveau récemment par Tenneson, sont faits avec des toiles fines enduites de caoutchouc, appliquées sur la peau directement ou après enveloppement dans des compresses moites; ces toiles caoutchoutées doivent èlre tenues avec une rigoureuse propreté, changées deux ou trois fois par jour en même temps qu'on lave les surfaces malades avec une solution faiblement antiseptique. Ce traitement provoque d'abord une abondante exsudation de sérosité qui ne tarde pas à se modérer, l'épiderme se reforme, mais il faut avoir soin de suspendre le traitement si la peau se macère sous le caoutchouc. Ce mode de traitement, qui a quelque peu perdu de sa vogue, est surtout applicable aux formes croûteuses de l'eczéma. Il ne doit jamais être associé à Fusage des pommades.

Dans les formes très aiguës et surtout à leur début, les applications de cataplasmes de fécule de pomme de terre préparés à chaud et appliqués froids calment l'inflammation et modèrent la sensation de chaleur mieux que les modes précédents de traitement. Mais la gêne qu'ils causent ne permet de les appliquer que sur des surfaces restreintes ou pendant un temps court sur des surfaces étendues.

Dans les formes aiguës à leur début, les corps gras n'ont pas d'application, sauf le liniment oléo-calcaire que Besnier emploie avec succès dans les eczémas très aigus avec soulèvements épidermiques étendus.

Lorsque, sous l'influence de ces traitements, les phénomènes inflammatoires se sont calmés, on peut remplacer les enveloppements précédents par des applications de pommades, quitte à revenir temporairement aux traitements ci-dessus si les phénomènes inflammatoires, le suintement et les croûtes se reproduisent.

Les pommades qui doivent être employées tout d'abord sont les pommades anodines à l'oxyde de zinc (de 5 à 25 pour iOO), au sous-nitrate de bismuth, à base de cold-cream frais, ou de vaseline loules les fois qu'elle est supportée. Lorsque le prurit est intense, on peut les additionner de 1 pour 100 de menthol ou d'acide phénique. On a préconisé encore les pommades au kaolin, au dermatol, à l'oléate de zinc el une foule d'autres sid)slauces.

Lorsque l'inflammation est décidément calmée, et que les lésions tardent à disparaître, on peut commencer à essayer un traitement actif, pommades au goudron, au baume du Péi-ou. à Ihuile de cade, ou à base d'agents réducteurs.

Dans les eczémas chro)iiqi(('s, }\ est le plus habituellement nécessaire de commencer le traitement local par l'emploi des pommades anodines, à base d'oxyde de zinc ou par les pâtes à l'oxyde de zinc — oxyde de zinc el amidon ââ 25 gram-

[GEORGES TUIBIERGE.'i

mes, vaseline 50 grammes — additionnées de 1 gramme d'acide salicyli([i)e (pûte de Lassar) on, s'il existe du prurit, de 1 à 2 grammes d'acide [)h(Mii(jue ou de menlliol.

Ces topiques suffisent dans beaucoup de cas, lorsque l'infiltration (]ernii(|ue est peu accusée ou nulle, à modérer et à limiter les lésions, rarement à les faire disparaître.

Pour obtenir un résultat utile, il est nécessaire de recourir à des pri'paiaiions actives, en se rappelant toujours que ces préparations déterminent une inflammation dermique et que cette inflammation, si elle est trop intense, doit 6tre calmée par l'emploi des préparations anodines ou émollientes.

Le goudron, d'abord "mélangé à une pommade de zinc, — goudron 5 à iO grammes, oxyde de zinc 10 grammes, vaseline 40 grammes, — puis seul en proportion de 5 à 20 pour 100, le baume du Pérou dans la proportion de 5 à 20 pour 100, l'huile de cade, — huile de cade o à 20 grammes, extrait fluide de Panama ou savon noir q. s. pour émulsionner, glycérolé d'amidon 100 grammes, — l'huile de bouleau, sont les préparations les plus courantes ; les doses sont élevées à mesure qu'on constate la tolérance établie de la peau pour les doses inférieures.

Dans les eczémas chroniques localisés, de forme clinique variable, les pommades au calomel à 1 pour 50, à l'oxyde jaune à 1 pour 100 rendent souvent des services, mais leur emploi ne doit pas être longtemps prolongé à cause des dermites et des phénomènes toxiques qu'elles peuvent provoquer.

Le souffre, et les substances qui le contiennent (ichthyol, thiol, etc.) conviennent plutôt à l'eczéma séborrhéique qu'aux eczémas vulgaires.

Dans les formes squameuses, les préparations d'acide pyrogallique, d'acide chrysophanique (Voir p. 220 le traitement du psoriasis), de résorcine (pommade à 5 pour 100) sont préférables aux topiques ci-dessus.

Dans les eczémas chroniques avec infiltration lichénoïde très considérable, les badigeonnages répétés au nitrate d'argent constituent un des meilleurs modes de traitement.

Dans les eczémas avec productions cornées très accusées, on est obligé de recourir à une médication locale énergique : applications de savon noir, etc. Lailler, dans les formes kératosiques excessives, préconisait l'emploi d'un mélange à parties égales de savon noir, de goudron, d'huile de cade et de soufre précipité.

La forme d'emplâtre est commode pour appliquer un certain nombre de médicaments sur les surfaces eczémateuses, lorsque celles-ci sont peu étendues: les emplâtres ont l'avantage d'assurer l'occlusion de la peau, d'empêcher le grattage et les lésions secondaires qu'il détermine. Les emplâtres à l'oxyde de zinc, au minium et au cinabre (emplâtre rouge de Vidal) peuvent être employés dans les formes chroniques avec épaississement modéré et suintement nul ; dans les formes lichénoïdes, on aura recours de préférence aux emplâtres à l'huile de cade, au savon.

Dans les formes sèches avec prurit intense, on pourra encore recourir aux

applications de colles à l'oxyde de zinc. (Voir page 185 le traitement des prurits).

Un grand nombre d'autres substances ont été proposées contre les eczémas,

très souvent comme des remèdes applicables à. tous les cas; leur énumération

nous entraînerait trop loin sans utilité réelle.

. LES ECZHMAS. 247

EOZÊM. 1 SÉBORRlIh'fQ UE

L'expression (reezéma sôl^orrliéique, créée par Unna pour désigner des lésions oiilanées caraclérisées à la Cois par un i)rocessus clinique à type eczémateux el par des lésions cl des I roubles des glandes cutanées, a semblé représehlcr un progrès tout à la l'ois dans la description de cerlaines dermatoses, dans leur compréhension éliologique, patliogéni{|ue, diagnosti(pie et thérapeutiqvus L(î progrès, tout en élanl réel, est moins considérable ([ue ne semblait l'indiquer le succès obtenu par cette dénomination.

Certaines lésions englobées par Unna dans son eczéma séborrhéique étaient, avant lui, considérées déjà comme constituant un groupe très particulier parmi les eczémas : telles sont les lésions circinées si remarquables de la région présternale, dont E. Wilson et Besnier avaient déjà montré toutes les particularités cliniques.

Les relations de certains eczémas avec la séborrhée sèche du cuir chevelu étaient également connues des dermatologistes, ainsi que la facilité avec laquelle les sujets à peau grasse sont atteints d'eczéma et les caractères spéciaux de leurs eczémas.

La part de Unna dans la connaissance de l'eczéma séborrhéique a été l'affirmation plus nette des relations des eczémas avec les troubles des fonctions sécrétoires de la peau, la constitution d'un ensemble clinique renfermant ces divers types eczémateux, qu'il a surbordonnés à l'altération primordiale des 'sécrétions du cuir chevelu, et la notion très nette du traitement qui convient à ces formes cliniques.

De ces types cliniques, Unna a donné une description anatomique détaillée et une formule bactériologique qui prêtent encore singulièrement à la discussion.

Sa conception de l'eczéma séborrhéique, adoptée dans l'ensemble par un grand nombre de dermatologistes, offre, par certains détails, par rexlension qu'il lui a donnée, par la succession et le rôle réciproque qu'il attribue aux divers éléments pathologiques et pathogéniques, prise à la critique.

Tel qu'il est actuellement, l'eczéma séborrhéique est, dans la grande et si obscure question des eczémas, l'une des plus discutées, des plus obscures et des plus difficiles à exposer (')•

Description clinique. — Nous suivrons dans l'exposé des caractères cliniques de l'eczéma séborrhéique les grandes lignes de la description cjucn a donnée Unna (^).

L'aspect le plus simple de l'eczéma séborrhéique est représenté par une coloration jaune, sous forme de tache du tégument qui est brillant, gras, ou olTrc quelques squames minces et grasses. Ces taches jaunes, à contours légèrement saillants, arrondis ou polycycliques, sont de dimensions variées. Leur siège de prédilection est le visage, à sa partie moyenne, autour du nez et de la bouche, principalement dans les plis naso-jugaux.

A la coloration jaune s'ajoute, sur la plupart îles lésions, une coloration rouge, dont l'intensité varie du rose pale au rouge foncé. Du mélange des deux

(*) AuDRY. Le soi-disant eczéma sébon-héique. Aniudcf! de Dermnlologk, 1809, p. llô el '200. (-) Unna, Das seborrlioïsche Ekzeni. Sammlung klinischer Vortnige, 1895, n" 79.

[IGEORGES THIBIERGE.'i

UmiiIcs, n''sull(> une coiilciif roii^o jnunàli'o do Icinlo livs vnriahlc. le roiii^c prrdominanl au cciilrr des lâches, If jaune à la péripliéi-ie.

La desquamalioii épidenniciuo, sous forme de squames minées, |)liis on moins abondantes, constitue un au Ire élémeul symplomaticpie de l'eczéma séborrhéique : ces squames, dans leur forme la plus simple, reposant sur la peau de eoloralion normale ou à peine rosée, représentent l'état décrit avant Unna sous le nom de pityriasis simplex, ou pityriasis alba. Sur le cuir chevelu, elles constiluent des amas plus ou moins apparents; sur les membres, la face, le cou, elles forment des taches peu visibles, quoique limitées par des bords nels.

Les lésions de l'eczéma sébori-héique peuvent revèlir des caractères plus complexes, constituant les synanthèmes, ou formes élémentaires composées (Unna).

La première de ces formes élémentaires composées, à laquelle il donne le nom de type circonscrit, avait été décrite avec soin par Besnier avant qu'Unna n'étudiât l'eczéma séborrhéique. Elle est constituée par des taches variant de la dimension d'une lentille à celle d'un pois'; ces taches, de forme arrondie, sont jaunes ou gris jaunâtre, ou jaune rosé à leur centre ; leurs bords, nettement tranchés, sont rouges ou brunâtres, entourés par une mince squame épidermique nettement incisée et présentent de place en place de légères saillies d'un rouge plus accusé. Ces lésions occupent les régions médianes de la partie supérieure du tronc, la région présternale, plus rarement la région intersoapulairc. On voit ordinairement à leur voisinage de petites taches rouges, larges de 1 millimètre environ, entourées d'une squame épidermique et correspondant nettement à un orifice folliculaire. La peau environnante est recou- * verte d'un enduit gras.

Le deuxième type, auquel Unna donne le nom de type pétaloïde, est constitué par des éléments analogues, parfois moins nettement limités sur leurs bords, avec l'incisure épidermique périphérique moins apparente, mais groupés de façon à former des dessins irréguliers à contours polycycliques, ou représentant des cercles incomplets. Ces lésions occupent de préférence la région présternale, mais peuvent se rencontrer également sur les membres. Elles avaient été décrites par E. Wilson sous le nom défectueux de lichen urticatus serpiginosus.

Le type nummulaire de Unna, qui peut s'observer sur la totalité du corps, est constitué par des taches rondes ou ovales, atteignant 1 à 2 centimètres et plus, légèrement saillantes, mais planes au début, plus tard plus proéminentes, de coloration d'abord rouge jaune puis plus foncée; ces éléments se recouvrent de squames ou de croûtes grasses, d'épaisseur et de consistance très variables: le centre est squameux, blanc jaunâtre ou jaune; les bords, de coloration rouge, s'étendent par progression uniforme, sans production de vésicules. Au-dessous des squames, on trouve la couche cornée lisse, rouge, brillante et humide. La caractéristique de ce type est la présence de squames grasses; mais la surface des éléments peut devenir suintante et dans ce cas les squames disparaissent. La nature séborrhéique de l'affection peut alors être méconnue ; elle se reconnaît cependant à la présence en quelques points du corps d'éléments ayant nettement le caractère séborrhéique. Les lésions de ce type occupent surtout le cuir chevelu, sa bordure principalement, les oreilles, le cou, les parois de l'aisselle, la région anale.

• Le type annulaire résulte de le progression serpigineuse des disques nummu-

. LES ECZÉMAS. >2iO

lairos. Il s'accompagne génri-aloinonl de croules o-rasses Irès épaisses el pcul. occuper loules les régions du corps, recouvrant quelquelbis de très larges surl'aces.'

Le type concrel, résuHanI d'une hypersécrétion sébacée concrétée. est l'aboulissanl, de nombreuses all'eclions séborrliéicpies; des croules grasses reposent sur une surface cornée d'aspect, normal ou humide. Ce type s'observe surtout au cuir chevelu, sur le nez, les joues; il est ex I reniement chroni([ue et se rencontre ordinairement chez des sujets âgés el peu soigneux de leur personne.

Marche. — L'eczéma séborrhéique débute toujours par le cuir chevelu. Il y est caractérisé d'abord par un simple état pityriasique. Au bout d'un temps variable peuvent apparaître des lésions plus accusées, évoluant avec une rapidité plus ou moins grande, se reproduisant à intervalles irréguliers, et laissant après elles une alopécie persistante d'intensité variable. En même temps que les lésions inflammatoires du cuir chevelu se montrent généralement des lésions semblables des oreilles.

Les autres régions du corps sont atteintes dans un ordre variable; les poussées d'eczéma séborrhéique du visage, du tronc et des membres ne coïncident pas nécessairement avec une exacerbalion des lésions du cuii' chevelu. Celui-ci ne présente souvent que de la séborrhée sèche alors qu'on observe sur d'autres parties de la surface cutanée des lésions étendues et intenses.

Anatomie pathologique. — Les lésions de l'eczéma séborrhéique sont caractérisées par l'association aux aJtérations eczémateuses, au catarrhe de la peau, d'un état pathologique des glandes. Les lésions de parakératose et surtout d'acanthose sont très accusées; il se forme cependant des vésicules sur les bords des placards et au niveau des orifices folliculaires. Les glomérules présentent des lésions accentuées de prolifération épithéliale.

La graisse, que l'on trouve non seulement entre les cellules épiihéliales altérées, mais encore dans les fentes lymphatiques du derme et du corps papillaire et autour des vaisseaux, n'a pas pour origine les glandes sébacées : Unna base cette assertion à la fois sur un caractère anatomique, l'absence d'hypertrophie des glandes sébacées, et sur un caractère clinique, lexistence de l'eczéma séborrhéique à la plante des pieds et à la paume des mains, régions où les glandes sébacées font défaut.

Les lésions histologi(iues de l'eczéma séborrhéique varient considéraljlement suivant le type morphologique des éruptions. Leur description détaillée nous entraînerait trop loin.

Sur les coupes de peau atteinte d'eczéma séborrhéique, Unna a trouvé deux micro-organismes : le bacille bouteille (spores déjà décrites par Malassez dans la séborrhée du cuir chevelu) et le morocoque (Voir p. 'i,"?).

Étiologie. — La forme pityriasique de l'eczéma séborrhéique est dune extrême fréquence, à tel point qu'il est de constatation banale. On ne doit lui accorder d'importance pathologique que quand elle revêt une certaine intensité.

L'eczéma séborrhéi(iue, nettement caractérisé par une séborrhée intense ou des lésions inflauuuatoires, s'observe à tout âge : on le rencontre chez les

{GEORGES THIBIERGE.]

1250 MALADIES CUTAXÉKS.

nouvpau-nés, chez les enfants, comme clioz r;ulnll(^ cl le vieillard. Son maximum de fréquence, d'après Unna, s'observe de '20 ;'i 7}i\ ans.

Il peut survenir à la suite de maladies aiguës, telles (jue la roui^colc. la scarlatine.

Fréquemment, il se montre ou s'exagère à l'occasion de Irovdjles digeslifs. de dyspepsie nervo-molricc avec fermentations intestinales, de constipation hal)ituellc, d'excès alimentaires répétés, de troubles menstruels.

Des causes locales peuvent favoriser le développement de l'eczéma séborrhéique : ainsi le port direct sur la peau de flanelle ou de tissus poreux Icls que des tricots, qui restent longtemps à son contact et s'imprègnent de ses sécrétions, aident à la production et à la persistance des lésions sébori'héifpies du thorax.

Unna considère l'eczéma séborrhéique comme transmissible par contagion. Perrin a cité des cas où des lésions séborrhéiques de la région inguinale ont paru être le résultat d'une contagion, mais de nouveaux faits seraient nécessaires pour appuyer cette démonstration.

Le morocoque est, d'après Unna, l'agent principal de la production de l'eczéma séborrhéique; le bacille bouteille n'a qu'un rôle adjuvant.

Diagnostic. — Les diverses formes de l'eczéma séborrhéique prêtent à la ■confusion avec des dermatoses très différentes.

Les formes circinées pourraient être confondues avec la trkhopJiytie : leur évolution lente, leurs faibles dimensions, leurs localisations électives sur les parties médianes du thorax permettent de les reconnaître facilement et au besoin l'examen microscopique confirme la distinction.

Le jntyriasis rosé de Gibert se distingue également de certaines formes de l'eczéma séborrhéique par son évolution rapide, par sa localisation habituelle sur la partie supérieure du tronc; sur les médaillons qui le constituent l'épiderme est superficiellement plissé, caractère qu'on ne retrouve pas dans l'eczéma séborrhéique. Cependant Unna considère le pityriasis rosé comme une forme d'eczéma séborrhéique.

Les syphilifles populo-squameuses diffèrent de l'eczéma séborrhéique par leur ■coloration jambonnée, la sécheresse de leur surface, l'absence de prurit. Cependant la confusion est rendue facile, en certaines régions du visage, telles que les lèvres et le voisinage du nez, par la superposition de la séborrhée aux syphilides. A la période secondaire, l'existence de lésions cutanées généralisées, de manifestations sur les muqueuses permet de reconnaître la syphilis. A la période tertiaire, l'embarras peut être plus grand, les caractères objectifs étant identiques dans certaines formes d'eczéma séborrhéique et de syphilides de ces régions. Cependant l'évolution lente des syphilides, l'absence de prurit et de phénomènes réactionnels peuvent permettre de formuler un diagnostic que les résultats de la thérapeutique antisyphilitique confirment ensuite.

Les formes squameuses de l'eczéma séborrhéique simulent de très près le jjsoriasis et il est des faits où la distinction est impossible de par les seuls caractères cliniques et morphologiques. Cependant le psoriasis se localise de préférence au niveau des coudes et des genoux, et le grattage de sa surface fait sourdre des gouttelettes sanguines après le détachement des squames, caractères qui font souvent défaut dans l'eczéma séborrhéique psoriasitbrme. La marche de l'affection, dont les récidives sont plus rapides et plus fatales dans

. . LES ECZKMAS. 2:)l

\e pporinsis cl don! le f](''l)ul osl plus prc'cocc dans ce doj'nicr, pormol (piclipiol'ois d'arriver à un diagnostic Jillrrenliel. Dans certains cas, le psoriasis s'accompagne de séborrhée (pii en modifie les caractères; la dirtifulN'- du diagnostic devient alors extrême.

h'crzrmn non séboriii('iq>/(' se dislingue de Teczéma séljorrli(''i(pie |)ar le caractère suintant de l'éruption dans loutcs ses localisations, par l'absence de séborrhée du cuir chevelu. Il faut cependant se rappeler qu'un eczéma banal ou l'eczématisation d'une lésion quelconque, d'un prurigo par exemple, peut coïncider avec des lésions séborrhéi({ues du cuir chevelu : la constatation de celle-ci ne peut donc suffire à qualifier de séborrhéique une éruption eczémateuse.

Valeur nosologique de F eczéma séborrhéique. — La conception de l'eczéma séborrhéique, telle que l'a fait connaître Unna et telle que nous l'avons résumée d'après lui, mériterait une discussion approfondie dans laquelle nous ne pouvons entrer ici.

Elle répond, à la vérité, à un ensemble clinique (l'observation très courante et une partie de sa description ne peut prêter aux objections, c'est toute celle qui a trait aux éruptions séborrhéiques des régions médianes du thorax, aux lésions du cuir chevelu et des oreilles (*).

Les eczémas séborrhéiques psoriasiformes sont passibles d'interprétations très diverses et dans les formes nummulaires et annulaires se rangent une série de lésions cutanées très variées, qu'il est excessif de grouper sous vme même dénomination, excessif aussi de considérer comme des eczémas, malgré le sens vague de cette expression.

La conception de l'eczéma séborrhéique, avec l'extension que lui a donnée Unna, ne fait donc qu'aggraver une confusion déjà grande, tout en paraissant classer d'une façon plus précise les affections eczémateuses. Il faut la réduire aux faits incontestables, la subordination de certaines lésions du cuir chevelu, des oreilles, de la face, du tronc, plus rarement des membres, à un état anormal des fonctions sécrétoires de la peau.

Réduit ou non h een proportions, l'eczéma séborrhéique mérile-l-il le nom d'eczéma?

Audry (*), en adoptant une grande partie des idées de Unna, avait considéré les cas les plus simples non comme des eczémas, mais comme une entité particulière qu'il appelait la dermatose d'Unna et admettait que cette dermatose peut se compliquer d'un processus eczémateux, constituant alors un enseml)le qui mérite le nom d'eczéma séborrhéique. Plus récemment, il esl revenu sur ce sujet et considère la dermatose décrite sous le nom d'eczéma séborrhéi([ue comme ne rentrant, ni dans les eczémas, ni dans les affections liées à une altération des glandes sébacées.

Brocq(-) rejette également pour la généralité des faits décrits })ar Unna le nom d'eczéma séborrhéique et lui préfère celui de séborrhéide, auquel on jieut ajouter, suivant les caractères symptomatiques, les qualifications de })ilyriasique, circinée, acnéiforme, psoriasil'ornu*, etc.

(') Ch. Audry, Sur la dei-matosc d'Unna (orzc^nia sol)on'liéiqae). Aiiualeft de Dcrmatoloijie, 1894, p. 761.

(*) Brocq. Les eczémas séborrhéiques ou les séborrhéites. Presse médicale. 0 mars 1807, p. 101.

IGEORGES THIBIERGEJ

Toiok dans un travail rf'cciil ('; arrive à celte conclusion que l'eczéma séborrhéif[ne des ré<4ions médianes du thorax est une forme atténuée et h localisation atvpique du psosiasis, conclusion qui est elle aussi des plus discutables.

Quant au rôle attribué par Unna aux parasites qu'il a constatés dans les lésions de l'eczéma séborrhéique, il est aussi discutaide que celui accordé aux parasites rencontrés dans les eczémas en général.

La conclusion à tirer de la discussion précédente est que le vocable eczéma séborrhéique prête à une confusion regrettable, qu'il englobe, à côté de faits méritant une description et une dénomination particulières, d'autres faits très incomplètement différenciés et qui ne peuvent encore être séparés du groupe incohérent des eczémas.

Si nous avons rangé à cette place la desr ri]jli(jn de l'eczéma séborrhi'ifjue, c'est à la fois pour en faciliter la recherche au lecteiu- et parce que dans la confusion actuelle du langage engendré par l'abus du terme eczéma, la seule place à donner à quelques-unes de ses localisations est dans le chapitre qui porte ce titre : nous retrouverons donc encore la dénomination d'eczéma séborrhéique dans la description des eczémas envisagés suivant leur siège.

Traitement. — Les dermatoses englobées par Unna sous le nom d'eczéma séborrhéique ont pour caractéristique thérapeutique de réagir favorablement aux préparations soufrées. Les goudrons y donnent également de bons résultats, mais moins nets. Lorsqu'il y a des phénomènes inflammatoires prononcés, il y a avantage à associer ou même à substituer l'oxyde de zinc au soufre.

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