CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ECZÉMAS
Description clinique. — Les caractères cliniques des lésions eczémateuses sont des plus variables et se prêtent difficilement à une description d'ensemble.
Au point de vue morphologique, ces lésions revêtent presque toujours, à un moment ou à un autre de leur évolution, le type vésiculeux. Cesl donc la vésicule eczémateuse qui nous occupera tout d'abord. Nous décrirons ensuite ses IransCormations et les lésions qui l'accompagnenl.
La vésicule eczémateuse est constituée par un soulèvemeni épidermique à contours arrondis, tantôl hémisphérique, tantôt et plus souvent acuminé, conique ou en tronc de cône; ses dimensions varient depuis celles d'une pointe d'aiguille, appréciable seulement à la loupe, jusqu'à celles d'une grosse lèle d'épingle; les vésicules les |)Ius fines se laissent g'énéralement rompre avec une grande facilité: les plus grosses sont ordinairement résistantes et il faut les piquer pour en faire sortir le contenu; certaines ont une paroi ferme, comme les vésicules de la dyshidrose ; ce contenu est un liquide transparent, incolore, ou d'un jaune très clair, filant et collant légèrement au doigt ; essuyé avec un linge, il y forme un empois analogue à celui du sperme.
Les vésicules, transparentes tant qu'elles sont remplies de sérosité, peu-
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qu'elles soient, et si près de la giiérison qu'elles paraissenl, on doit craindre la reprise de ces lésions et leur généralisation est possible.
Lorsqu'un sujet a été une fois atteint d'eczéma, il esl liahiliicl de voir cette afleclion reparaître, sous l'influence des causes (|iii Foui pI•o^oquée précédemment, ou sans cause appréciable
Dans ces reprises successives, les lésions peuvent afîecter la même marche et les mêmes localisations ou se porter sur des régions difierentes et évoluer dune façon variable.
Les poussées d'eczéma peuvent coïncider ou alterner avec des manifestations morbides sur différents viscères : cerveau, poumons, intestins, etc. Les métastases de l'eczéma ne peuvent être niées, mais leur fréquence est assez restreinte et leur crainte a été souvent exagérée, au détriment des malades qu'elle empêchait de soumettre à un traitement suffisamment énergique.
Complications. — Les surfaces eczémateuses offrent une porte d'entrée aux diverses infections externes.
L'impétigo se développe facilement à leur niveau, et ^ ient modilier leur aspect, tout en le rendant analogue à celui de certaines formes cliniques d'eczéma.
L'ecthyma peut également se superposer à l'eczéma ; les pustules s'associent aux lésions primitives ; ces pustules et les croûtes qui leur succèdent exagèrent encore le polymorphisme de l'affection.
Les furoncles peuvent se montrer au niveau des placards d'eczéma ou à leur voisinage, surtout à la période de déclin de la maladie.
Les trois affections précédentes se développent habituellement sur une partie seulement des lésions eczémateuses, ou sur une seule des régions atteintes par l'eczéma ; une fois apparues, elles tendent à se généraliser et à envahir, si on ne protège celles-ci, toute l'étendue des surfaces eczémateuses ; souvent même le grattage produit leur inoculation en des points respectés par l'eczéma.
Les lymphangites et les adénites, généralement sans tendance à la suppuralion, ne sont pas rares dans les eczémas suintants; elles y sont cependant moins fréquentes et moins intenses que dans les dermites artificielles.
L'érysipèle peut, quoique cela ait été nié, avoir des lésions eczémateuses pour point de départ. Il est l'occasion des transformations graves des eczémas variqueux.
Les infections d'origine externe superposées aux eczémas peuvent être la cause de lésions viscérales, en particulier de lésions rénales.
Étiologie. — Les conditions qui président au développement des eczémas sont très nombreuses et doivent être distinguées en causes externes et causes internes.
Des causes externes multiples et variées, Faction de la lumière, le contact de corps irritants très divers, produits chimiques maniés accidentellement ou professionnellement, ou employés dans un but thérapeutique, etc., peuvent être l'origine d'éruptions eczémateuses; mais ce sont là des conditions de localisation plutôt que des causes véritables d'eczéma. De ces substances, les unes (voir Éruptions de cause externe, p. 142 et Éruptions médicamenteuses, p. 148) déterminent chez tous les sujets qui sont soumis à leur contact des éruptions de caractères particuliers, véritables dermites chimiques, qui ne peuvent à aucun titre être confondues avec l'eczéma; d'autres provoquent, chez certains sujets
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))r(Wlispost's seulemciil, <Ics (leiiuaLoscs à ('voliilioii ^■('iK''i'alem('nL rapide, (pii disparaissent sans laisser de traces, et ne se reproduisent plus que sous rinflucncc^ de nouveaux contacts idenliques: ici encore, il s'agit de dcrmalites artificielles, au sujet desquelles on ne saurait prononcer le nom d'eczéma.
Mais, à côté do ces faits d'interprétation facile et dont la dénomination ne prèle pas à la discussion, il en est d'autres, où le contact irritant est manifestement en cause et dont l'admission au nombre des eczémas ou le rejet hors de cette catégorie de dermatoses sont sujets à controverse.
Ces faits sont de deux ordres.
Ou bien, sous l'inlluence de contacts irritants prolongés et multipliés, il s'est développé des lésions de dermite chronique, avec vésiculations irrégulières et infiltration tégumentaire de forme lichénoïde, lésions très persistantes, survivant longtemps à la cessation des contacts irritants : tel est le cas des laveuses, des ouvriers des fabriques de produits chimiques, etc. : ici l'interprétation qui se présente à l'esprit est qu'il s'agit d'une dermite prolongée de cause externe, cl de fait celte interprétation convient à nombre de ces cas où les lésions sont et restent limitées aux régions des téguments exposées aux contacts irritants; mais, dans certains de ces faits, les lésions tégumentaires dépassent la zone d'action de ces contacts, et revêtent l'aspect des formes vulgaires de l'eczéma, de sorte qu'on est amené à les ranger parmi les eczémas.
D'autres fois une dermite aiguë, manifestement liée à des contacts irritants, accidentels ou peu prolongés, au lieu d'évoluer d'une façon rapide et normale, s'éternise sur une partie ou sur la totalité des surfaces atteintes et, changeant de caractère, revêt l'aspect de l'eczéma, récidivant plus tard sur place ou à distance : on ne peut refuser à ces faits la dénomination d'eczéma; il s'agit certainement non plus de dermites de cause externe, mais d'eczémas provoqués et localisés par une cause externe ou plutôt par une dermite de cause externe.
Ces faits, où l'eczéma succède, ou s'associe, ou se confond avec les dermites artificielles, sont très distincts des eczématisations provoquées par le grattage au niveau de dermatoses antérieures, telles que les prurigos diathésiques, le lichen circonscrit, l'ichthyose, etc. Dans ces derniers cas, il y a manifestement intervention de troubles nervo-vasculaires locaux qui viennent modifier l'état d'un tégument rendu vulnérable par une altération précédente.
Il faut signaler parmi les causes externes le contact de sécrétions altérées, telles que l'urine diabétique fermentée qui provoque des lésions eczémateuses des organes génitaux et les sécrétions sébacées altérées par macération qui sont l'origine d'eczémas des plis articulaires.
Des canses internes interviennent de façon plus ou moins apparente dans le développement d'un grand nombre d'eczémas.
Si quelques eczémateux répondent au type des lymphatiques et des slrumeux, la plupart d'entre eux olfrent les attributs de l'arthritisme et surtout du neuro-arthritisme : chez certains l'influence diathésique est rendue plus apparente par la coïncidence ou l'alternance des poussées eczémateuses avec d'autres manifestations arthritiques.
Des lésions et des troubles viscéraux sont souvent l'origine (reczémas.
Il faut attribuer une influence prépondérante aux li'oul)les des voies digestives. Les gastro-entérites provoquées par une alimentation défectueuse et par des écarts de régime et s'accompagnant de fermentations intestinales existent l>resque constamment chez les enfants atteints d'eczénuis. Chez l'adulte, la dys-
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27,6 MALADIES CUTANKES.
j)epsie ncrvo-molrice, avec conslipalion, slnsos ol l'crmeiilalions gaslro-inloslinales, se rencontre fréquemmenl associée à ces dermatoses; les poussées eczémateuses sont très souvent consécutives à des écarts de réfi^ime, ingestion (Taliments indigestes ou acides, ou riches en toxines, usage même non excessif de boissons alcoolitpies, etc.
Les lésions viscérales qui aboutissent à rinsulTisance de la dépmalion iirinaire provoquent quelquefois l'eczéma, mais plus souvent encore aggravent el prolongent des poussées eczémateuses survenues sous d'autres influences.
Il en est de même des troubles des fonctions hépatiques.
La dysménorrhée, les affections utérines jouent également un rôle dans le développement des eczémas.
Les troubles locaux de la circulation veineuse (varices, phlébite) peuvent faciliter le développement, la localisation et la persistance de lésions eczémateuses.
On voit parfois survenir des éruptions eczémateuses à la suite de troubles nerveux, d'émotions vives, de surmenage nerveux ; ces faits sont cependant moins fréquents qu'on ne le pense généralement, si on évite de confondre avec eux les prurigos diathésiques à éruptions eczématiformes. Souvent les causes nerveuses agissent par l'intermédiaire des perturbations quelles amènent dans les fonctions digestives : elles peuvent cependant parfois provoquer directement des poussées eczémateuses plus ou moins violentes.
11 n'est pas rare de voir plusieurs sujets d'une même famille atteints d'eczéma : les anciens auteurs avaient basé sur ces faits leur croyance à l'existence d'une diathèse dartreuse ou herpétique; ils impliquent plutôt en réalité la [ransmission héréditaire d'une disposition diathésique qui se révèle chez certains membres de la famille par des lésions eczémateuses ou par diverses manifestations cutanées et chez d'autres par des troubles viscéraux, hépatiques, rénaux ou autres.
La contagion des eczémas, parfois invoquée, n'a rien d'inadmissible : il faul reconnaître cependant que les faits publiés ne présentent pas de suffisantes garanties d'interprétation et que celle-ci est rendue difficile par la fréquence des eczémas et par la facilité avec laquelle des lésions eczémateuses peuvent rester longtemps inaperçues.
On peut voir les eczémas se développer à tout âge : ils sont plus fréquents chez les enfants du premier âge que dans la deuxième enfance et dans l'adolescence, et redeviennent fréquents à l'âge adulte et dans la vieillesse.
Anatomie pathologique — Les lésions anatomiques des eczémas varient considérablement, on le conçoit facilement, suivant leurs variétés morphologiques. D'une façon générale, elles sont caractérisées par une intlammation dermo-épidermique avec infiltration séreuse plus ou moins prononcée et à tendance résolutive : ce sont, suivant la dénomination usitée en Allemagne, des catarrhes humides de la peau.
Ces lésions ont surtout été bien étudiées par Unna(') qui décrit séparément l'eczéma vésiculeux aigu et l'eczéma chronique, et dont nous résumons la description.
Dans l'eczéma vésiculeux aigu, les vésicules se développent au-dessous-de la couche cornée; ces vésicules, uniloculaires, sont mal limitées; elles renferment
{'■) Unna, Die Hislopalhologie der Ilautltrankhciten, Berlin 189i. Anal, critique, par Darier.
Annales de dermat., 1896-1897.