PREMIERE PARTIE DIFFORMITÉS CUTANÉES
ICHTHYOSE
Définition. — On désigne sous le nom dichlhyose une malformation de la peau, dont laspect a pu être comparé à celui de la peau des poissons ('-/Ouç, poisson), et qui est caractérisée par la présence, pendant toute l'existence, d'écaillés épidermiques sèches, imbriquées ou juxtaposées, d'épaisseur variable.
Description clinique. — On peut considérer comme la forme la plus légère de lichthyose laffection décrite sous le nom de xérodermie pilaire ou de kératose pilaire (Brocq), dont nous renvoyons la description et la discussion à un chapitre ultérieur.
Les squames qui caractérisent lichthyose sont d'aspect variable suivant les cas ; leurs différences ont permis de décrire plusieurs formes cliniques de cette difTormité.
Tantôt elles forment une couche mince, rappelant l'aspect d"un enduit de collodion qui commence à se craqueler; tantôt elles sont plus épaisses, résistantes et opaques, de coloration grisâtre ou noirâtre, et peuvent former des couches superposées qui atteignent dans quelques cas rares plusieurs millimètres d'épaisseur. Elles peuvent former une couche continue ou se soulever sur une plus ou moins grande étendue tout en restant juxtaposées ou en s'imbriquant légèrement les unes sur les autres; parfois, elles ne sont plus fixées que par une de leur extrémité et flottent pour ainsi dire à la surface de la peau. Leur adhérence est variable et généralement d'autant plus grande qu'elles sont plus minces; leur chute ou leur enlèvement met à nu une surface recouverte d'épiderme corné, sans trace d'ulcération.
Aux diverses variétés dans lesquelles les squames sont peu épaisses, on réserve le nom d'icJithyose nacrée, par opposition avec Virhtliyose .serpentine dans laquelle les squames représentent de véritables plaques épidermiques, losangiques, carrées ou polygonales, rappelant l'aspect de la peau des reptiles. Ces plaques peuvent atteindre une grande épaisseur et offrent une coloration foncée, grisâtre ou même noire.
L'icltthyose cornée ou ichtliyose hystrix {hystrix, porc-épic), qui représente la forme la plus intense de cette affection, est beaucoup plus rare que les variétés précédentes; elle off"re un aspect assez variable : les excroissances qui la constituent présentent tantôt la forme de saillies verruqueuses et cornées, tantôt celle de cônes rappelant les piquants d'un hérisson ou celle d'ergots irrégulièrement disséminés à la surface de la peau, qui, dans leurs intervalles, est rugueuse ou tout au moins recouverte de squames.
L'ichlhyose est toujours plus ou moins généralisée, ou tout au moins occupe
iniFTiivosK. ir,
des segments tMendus de la surrjice ciilaiirc; clic res|)eclc à peu près conslammenL ccrLaincs régions : le creux axillaii'c, le pli du coude, lanus, en un mol lous les points où radossement des tég-umenlsà eux-mêmes enlrclicnl un ccriain degré d'humidité. Elle est généralement moins développée sur le tronc (pic sur les membres, moins accusée sur les extrémités (mains, pieds et face) cpie sur le reste du corps. Les lésions sont toujours symétriquement disposées.
Les cheveux, les sourcils et la barbe sont ordinairement peu Iburnis.
Les muqueuses sont entièrement respectées.
L'ichthyose ne donne lieu à aucun prurit, sauf lorsque sur\ icnt (piclque lésion accidentelle de la peau, l'eczéma, par exemple.
Les lésions eczémateuses, en elTet, ne sont pas rares chez les iclithyosicpics. provoquées vraisemblablement par des inoculations microbiennes (juc rendent plus faciles la présence des squames et l'absence de sécrétions cutanées.
La sécrétion sudoralc et sébacée est diminuée ou abolie sur les surfaces ichthyosiques.
L'anhidrose peut, chez certains sujets, représenter une forme fruste dichthyose sans production appréciable de squames.
La sécheresse du tégument est particulièrement remarquable à la paume des mains : elle permet souvent à elle seule, bien qu'en cette région les squames fassent défaut, de reconnaître l'iclithyose.
Les sujets atteints d'ichthyose sont parfois mal développés, d'autres sont vig-oureux et robustes. Les différentes fonctions s'exécutent généralement bien chez eux : cependant, on observe bien parfois de la gravelle urique ou oxalique (Bouchard), due aux modifications que la suppression des fonctions cutanées entraîne dans la nutrition générale. Quoi qu'on en puisse croire à voir le tégument recouvert de squames qui lui donnent quelque analogie avec les animaux vernissés, l'albuminurie fait défaut dans l'ichthyose; dans un des très rares cas d'ichthyose accompagnée d'albuminurie, F. Bezançon et Piatot(*) ont trouvé à l'autopsie une néphrite interstitielle par aplasie artérielle; cette lésion, dont l'existence se comprend facilement chez un sujet atteint d'une malformation cutanée comme l'ichthyose, n'implique pas l'idée d'une insuffisance des fonctions de la peau.
Marche. — Les lésions de l'ichthyose deviennent généralement apparentes vers l'âge de 2 ans; elles augmentent d'intensité jusque vers l'âge de l!2 à 15 ans et atteignent à ce moment leur maximum, puis demeurent à peu près stationnaires pendant tout le reste de l'existence. Au printemps et en été, elles sont ordinairement moins prononcées qu'en hiver, la transpiration déterminant une amélioration plus ou moins accusée. Lorsque, sous rinfluence dun traitement approprié, les téguments ont pris un aspect normal, les lésions antérieures tendent à se reproduire sous la même forme dès que le traitement est interrompu ou moins rigoureusement suivi. Il s'agit, en somme, dune afïeclion essentiellement persistante, mais susceptible d'améliorations transitoires.
Anatomie pathologique. — Les lésions de l'ichthyose occupent à la fois l'épiderme et ses annexes (glandes sudoripares et sébacées, follicules itiieux). qui sont presque toujours atrophiées, déformées.
(*) F. Bezançon et Piatot. Lésions des reins dans richllivosc généralisée, Bull. Soc. Aiiat. 1896, p. 388.
{GEORGES THIBIERGE]
Ces lésions ont clé bien éliiciiées par Unna('), qui en a le premier donné une description précise.
Dans richlhyose nacrée, la couche cornée est épaissie aux dépens de la couche épineuse atrophiée; les papilles et les bourgeons interpapillaires sont aplalis, la couche granuleuse fait partout délaul. la couche cornée descend dans les entonnoirs folliculaires et peut les oblurei-, mais respecte ordinairement les pores sudorij)ar('s. Dans les giomérules sudori|)ares, on voit constamment la lumière du tube sécréteur dilatée, ses cellules ont pris le même aspect que celle du canal excréteur et ne renferment plus de granulations graisseuses. Dans les papilles, il y a constamment des cellules lymphatiques en quantité anormale.
Dans l'ichthyose serpentine, le corps muqueux est moins atrophié et moins desséché; on voit la couche granuleuse bien développée.
Étiologie. — L'ichthyose est une affection essentiellement héréditaire : elle s'observe presque constamment chez plusieurs membres d'une même famille, soit dans la hgne directe, soit dans la ligne collatérale, appartenant à des générations successives ou séparées par une ou plusieurs générations indemnes.
En France (^), on la considère sans contestation comme une difformité cutanée en raison de son apparition dès les premières années, de la persistance indéfinie de ses lésions sans modification appréciable, de son caractère héréditaire.
Cette opinion est combattue par Tommasoli (^), qui en fait une affection acquise, une kératose auto-toxique; cet auteur base son opinion sur ce fait, que les lésions de l'ichthyose ne sont pas absolument stationnaires, qu'elles présentent une certaine tendance à évoluer; que l'ichthyose s'accompagne fréquemment de lésions inflammatoires de la peau, caractérisées anatomiquement par une infiltration cellulaire du derme et cliniquement par des lésions d'apparence eczémateuse.
Unna('') soutient une opinion analogue, en faisant de l'ichthyose une hyperkératose infectieuse comme le pityriasis rubra pilaire : il la considère commecontagieuse; les lésions du derme, constantes dans cette affection, sont contraires à l'idée d'une difformité; les poussées d'apparence eczéinateuse qu'on voit parfois dans l'ichthyose serpentine ne sont pas, pour lui, de nature eczémateuse, parce que les croûtes sont plus sèches que dans l'eczéma, moins infiltrées de fibrine et de leucocytes, ne renferment pas de morocoques ; ces poussées ne seraient qu' une simple exagération d'un état inflammatoire qui existe toujours à l'état plus ou moins latent dans l'ichthyose.
Diagnostic. — Les lésions qui peuvent simuler l'ichthyose et quelquefois s'en rapprochent beaucoup par leurs caractères extérieurs peuvent toujours en être distinguées par leur marche et leur époque d'apparition. Toutes, en effet, sont des lésions acquises, se développant à un âge plus ou moins avancé. De plus, elles sont presque toutes limitées à des surfaces cutanées assez restreintes.
II en est ainsi pour les lésions squameuses pseudo-ichthyosiques qui succèdent à des pressions répétées, dans certaines professions, pour celles qui s'observent
(') Un.na, Die Ilistopathologie der H.iulkrankheitcn. Berlin 189i. (Analyse critique, par J. Darier. In Annales de Dermatologie, 48U5-1806).
(*) TniBiERGE, Art. Ichlhyose du Dict. encycl. des sciences médicales.
(5) Tommasoli, Considerazioni sulla istologia e sulla nalura dell' iltiosi. Giorn. liai. d. malat. veneree e délia pelle, 1889, p. 515, et 1891, p. 58. — Tommasoli, Sur l'histopathologie ■et la pathogenèse de l'ichthyose. Aiinales de Dermatologie, -1895, p. 557 et 709.
(*) Unna, Loeo cifato.
ICIITHVOSE 1 ŒTAIJ:. 17
dans le cours des Irslon^^ neivcu^cx : laljos (Foiiniicr, Hallcl, ri Dulliil), mal de Poil (Lancereaiix), iK'viilcs périphériques (Pilros el Vaillard), Iraumalismes des nerfs (Weir Milchell, Guelliol, Leioir).
Dans le cours des con\alescences cl des caclicxics, il se développe parfois un élal squameux, 1res analogue à Ticblhyose, (pii a v\r (h'-ciil sous le nom de j'ilijriasi^ tabe^^cenliioii ri (pii esl dû à une pei'\(>rsion de la s(''rr(''lif)n sébacée; son apparition tardive le dislingue de richlhyosc;.
Certaines formes de la séborrhée peuvent rapix'lci- 1 idilliyose et onl fait à loil attribuer à celle-ci une origine sébacée, mais elles se développent à un Cxgc plus avancé que l'iclilhyose, el n'ont pas sa ténacité; la face profonde des squames séborrhéiques est hérissée de saillies se prolongeant dans les glandes sébacées, tandis que celle des squames ichlhyosiques esl unie.
Certains nœiu verri/qiicux et corn^'-s offrent les caractères de Ticblhyose hyslrix, mais en différent par leur localisation et leur systématisation sous forme de plaques ou de bandes rappelant plus ou moins le trajet d'un nerf et correspondant à un terriloire métamérique.
On a décrit, sous le nom (Virhiinjose congénitale ou mieux d'ichtJitjose fœtale, une lésion qui n'a pas de rapports avec Ticlilhyose vraie et à laquelle nous consacrons une description spéciale.
Traitement. — Le traitement de l'ichthyose est presque uniquement un traitement externe. Il consiste essentiellement, ainsi que l'a formulé Lailler, en bains répétés, et en applications de corps gras à la surface de la peau. Les bains, suffisamment prolongés et aidés de frictions avec du savon ordinaire ou additionné de pierre ponce, amènent facilement la chute des squames et donnent à la peau une apparence normale. Leur usage fréquent entretient les téguments dans cet état, en même temps que les corps gras, et en particulier la glycérine, appliqués chaque jour sur toute la surface cutanée, lui rendent sa souplesse.
Ce traitement doit d'ailleurs être continué sans interruption pendant toute l'existence, quitte à espacer les bains et les onctions glycérinées d'une façon convenable pour que la peau reste souple dans leurs intervalles.
Lorsque les glandes cutanées ont conservé une activité suffisante, les bains de vapeur sont un adjuvant utile du traitement précédent.
L'administration interne de l'huile de foie de morue, une alimentation riche en graisses, qui activent les sécrétions de la peau, rend des 'services chez les ichthyosiques, surtout chez les ichlhyosiques jeunes et à tendance lymphatique. L'arsenic a été proposé en raison de son action élective sur l'épiderme; son emploi demande à être surveillé, car il est souvent mal supporté. Le jaborandi et la pilocarpine, qui ont été proposés dans le but d'activer les fonctions de la peau, ont des effets passagers et douteux.
ICHTHYOSE FŒTALE
Définition. — On décrit sous le nom d'ichthyose congénitale, ou mieux dichthyose fœtale ou intra-utérine, une malformation cutanée, apparente dès la naissance, à laqiielle on a encore donné les noms de kéralome dilVus c^ongénital.
TRAITÉ DE MKDECINi:, 'S" 0(111. — III. '2
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Description clinique. — Los enlauls altoinls de celle diironnilé ont, dès leur naissance, le .^tég-umenl loul enlier recoiiverl de productions épidermiques souvent épaisses, parcourues par des fissures plus ou moins profondes.
Dans les cas les plus accusés, le visage est absolument hideux, la bouche est ouverte, les lèvres sont le siège de fissures circulaires ou radiées et profondes, le nez est aplati, les paupières largement ouvertes laissent saillir le globe oculaire sous la forme d'un bourgeon rouge et mollasse; les membres et le tronc sont immobilisés par une carapace dure et profondément craquelée. Souvent il existe des malformations viscérales.
A ce degré Fichthyose foetale n'est pas compatible avec la vie et l'enfant meurt en quelques heures ou quelques jours, succombant soit à l'inanition que détermine Fimmobilité de ses lèvres, soit aux infections qui ont pour origine les fissures des téguments.
Mais, à côté de ces formes très accusées, il en est de plus légères, qui permettent la survie : à la naissance, l'enfant a le tégument tout entier lisse et vernissé, un peu épais, parfois parcouru par quelques fissures superficielles; souvent il y a de l'ectropion, parfois une hernie de la conjonctive bulbaire. Au bout de quelques jours ou de quelques semaines, on voit les squames devenir apparentes, le visage prend un aspect presque normal.
A un âge plus avancé, le sujet a l'aspect de richthyose vulgaire, serpentine; mais il en diffère par la présence de squames et de productions cornées souvent très considérables dans les plis articulaires, par la conservation de la sécrétion sudorale.
L'ichthyose fœtale est donc compatible avec la vie, ainsi que le montrent jes observations de Hallopeau, Thibierge et Darier.
Anatomie pathologique. — Dans les formes intenses, rapidement mortelles, de l'ichlhyose fœtale, les lésions consistent en une hyperkératose considél'able.
Dans 5 cas de la forme atténuée, compatible avec l'existence, Darier (Communication orale) a vu la couche cornée de l'épiderme atteindre une épaisseur énorme, formée de lamelles cornées remarquablement denses et cohérentes et contenant moins de graisse qu'à l'état normal; la couche granuleuse était très développée et riche en éléidine, le corps muqueux épaissi, les papilles allongées et élargies, irrégulières en certains points. Dans le derme, on voyait des cellules rondes assez nombreuses autour des vaisseaux du corps papillaire, avec intégrité des trames conjonctives et du réseau élastique, et présence de graisse sous forme de gouttelettes ou de grosses gouttes dans le corps papillaire et même dans les papilles. L'hyperkératose se prolongeait profondément dans les entonnoirs folliculaires ; les glandes sébacées étaient atrophiées, l'épilhélium sécréteur des glandes sudoripares tuméfié et trouble, mais non tolalemejit dépourvu de granulations grasses.
Comme le fait remarquer Darier, la plupart de ces lésions peuvent s'observer dans les formes graves d'ichthyose vulgaire; mais les modifications dans la répartition de la graisse qui a dans le derme une localisation anormale et est très diminuée dans l'épiderme, donnent aux altérations anatomiques de l'ichthyose fœtale un cachet spécial.
Nature et étiologie. — L'ichthyose fœtale est manifestement une difformité
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cutanée; elle n'est pas hérédilaircet il est exceptionnel d'en rencontrer plusieurs exemples dans une môme faniille. Mais elle coïncide souvent avec des difîormitf^s chez le sujet qui en est poricnr, ou chez d'autres entants de la môme famille.
Elle n'a pas de rapport avec l'ichthyose vulgaire. Peul-ôtre est-elle, dans (juelques cas, en relation avec l'hérédilé sypi)ilili({ue.
Traitement. — Les enfants atteints d'ichthyose fœtale doivent ôtre placés dans la couveuse, plongés plusieurs fois par jour dans des bains faiblement antiseptiques, de préférence boriques, et tenus avec une propreté rigoureuse. Ils doivent être nourris à la cuiller.
Lorsque l'ichthyose fœtale est compatible avec l'existence et (jue le sujet qui en est porteur est âgé de quelques mois ou plus, il doit être soumis au môme traitement que s'il était atteint d'ichthyose vulgaire.
XÉRODERMIE PILAIRE
Définition. — La xérodermie pilaire ou kératose pilaire est caractérisée par des saillies cornées occupant le pourtour des poils, et par une atrophie plus ou moins complète du poil; cette afï'ection, à évolution très lente, aboutit à la destruction du follicule pilaire et à la production de cicatrices.
Elle a encore été désignée sous les noms de lichen pilaire, d'ichthyose folliculaire, de cacotrophie des follicules, d'ulérythème ophryogène.
Description. — L'élément primordial de la xérodermie pilaire est une saillie conique ou légèrement aplatie, de coloration grisâtre, de I millimètre de diamètre environ, de consistance ferme. A son centre, on voit le plus souvent l'extrémité d'un poil; par pression de la base de la saillie, on fait sortir le poil qui est atrophié, court, aminci, souvent contourné sur lui-même.
La peau sur laquelle reposent ces saillies a une coloration tantôt normale, tantôt rouge, que l'on aperçoit par transparence à travers l'élément corné; doù deux variétés de l'affection : xérodermie blanche et xérodermie rouge, celte dernière correspondant à une irritation provoquée par la présence des productions kératosiques et à une vascularisation souvent apparente sous forme de fines dilatations variqueuses des capillaires.
L'élément kératosique, enlevé par le grattage ou détaché par les frottements, laisse à sa place une légère dépression, de coloration rosée, sur laquelle il peut se reproduire. Au bout d'un temps variable, il tombe définitivement et on voit à sa place une cicatrice blanche, lisse, à peine déprimée, ne dépassant pas 1 millimètre de largeur, dont la présence permet le diagnostic rétrospectif de l'affection.
Sauf dans les cas de xérodermie pilaire rouge du visage, où il existe parfois un léger degré de prurit, on n'observe dans cette affection aucun trouble fonctionnel; rien n'attire l'attention sur elle; elle est découverte par hasard.
Les lésions de la xérodermie pilaire peuvent être disséminées ; le plus souvent elles forment des placards hérissés de cônes cornés rapprochés les uns des autres à la distance normale de-; follicules pilaires de la région; en passant la
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20 MALADIES CLTANKFS.
main sur ces surfaces, on ôprouve la sensation d'une rûpe. Sur ces plaques, on peut voir, à rôle des cônes cornés apparents, les cicalriccs résultant de l'évolution d'éléments anciens.
La xérodermie pilaire a des sièges de prédilection. Elle occupe le plus ordinairement la face postérieure des bras dans ses deux tiers inférieurs, où elle revêt son aspect le plus caractéristique, la région postéro-externe des cuis^^es, les mollets, la partie interne des jambes, souvent aussi la saillie de l'apophyse épineuse de la septième vetèbre cervicale.
A la face, où elle est plus rare et où elle ne s'observe pour ainsi dire jamais sans exister aux membres, elle occupe surtout la région des sourcils et le front ; elle y revêt des caractères atténués, les saillies cornées sont moins volumineuses, mais souvent très serrées, reposent sur une base rouge et aboutissent à l'atrophie du follicule et à la formation de petites cicatrices blanches(').
Au cuir chevelu, elle est plus rare encore et se traduit par la présence de cônes coi'nés péripilaires, souvent très nombreux et très rapprochés, différant des productions séborrhéiques par leur adhérence, leur sécheresse et par d'importantes altérations des cheveux eux-mêmes. L'atrophie des follicules se traduit par un développement irrégulier du poil, qui tantôt atteint son volume normal et tantôt reste au-dessous de celui-ci ; ces alternatives de développement complet et incomplet donnent au cheveu un aspect moniliforme très remarquable. L'atrophie folliculaire peut aller plus loin et arrêter la croissance du poil : il en résulte une alopécie, affectant souvent la forme de plaques irrégulières ou de clairières au niveau desquelles la peau est recouverte de cônes épidermiques ou parsemée de petites cicatrices^.
Marche. — La xérodermie pilaire débute généralement dans le jeune âge : elle est déjà apparente chez des enfants de 2 ans et atteint généralement son développement complet sur les membres vers Fâge de 10 ans, plus tarda la face et au cuir chevelu. A l'âge adulte, elle devient moins apparente; on la rencontre rarement à l'état d'activité chez les sujets âgés, où elle ne se traduit plus que par des cicatrices peu apparentes et appréciables seulement à un examen attentif.
Anatomie pathologique. — Les cônes cornés de la xérodermie pilaire sont constitués par une accumulation de cellules épidermiques ayant en grande partie conservé leur noyau et situées au-dessus de l'orifice folliculaire. Il en résulte que cet orifice est oblitéré et obstrué; le poil ne peut plus sortir du follicule ; celui-ci, secondairement, subit une réaction inflammatoire aboutissant au développement d'une infiltration cellulaire plus ou moins prononcée à la périphérie. Ces lésions inflammatoires déterminent une sclérose cicatricielle périfolliculaire, d'où la terminaison de la maladie lorsque le follicule est complètement détruit.
Nature et étiologie. — Bien que la xérodermie pilaire ne reste pas stationnaire, qu'elle subisse une évolution plus ou moins rapide, mais toujours apparente, elle doit être considérée comme une malformation cutanée, ti'ès voisine de l'ichthyose avec laquelle on la voit souvent coïncider. Les phénomènes
C) Taenzer, Ueber das Ulervlhema ophryogenes. Monatahefte f. prakt. Dermalol., 1880. t. VIII, p. 197.
(-) Bnor.Q, Notes ])Our servir à l'histoire de la kératose pilaire. Annales de Dermatologie, 1800 p. 2.S. 07 et 222.
\KHoi)i:iniii'; i'ilahu:. " 21
innamnialoires qui raccompagnent el (^onslilucnl sa manière (révolucr sont secondaires et résultent du siège môme de la malformalion.
Cette lésion est, comme l'ichtliyose, très souvent héréditaire et familiale; l'hérédité est surtout remarquable dans les formes accentuées; les formes atténuées sont d'une extrême fréquence qui rend moins net le rôle de l'hérédité dans leur production.
Il est d'observation couianle (jue les formes intenses de la xéroderuiie pilaire des membres se renconirent surtout chez les sujets lymphatiques, d'où le nom d'ichthvose des strumeux qui lui a été parfois donné.
Les localisations faciales, plus rares, sont souvent favorisées ou tout au moins accentuées par toutes les causes qui produisent la congestion habituelle du visage : troubles dyspeptiques, troubles menstruels, etc.
Diagnostic. — La xérodermie pilaire est facile à reconnaître; l'aspect, la consistance, le siège des lésions, l'absence de prurit permettent de la distinguer de toutes les affections qui offrent quelque ressemblance avec elle.
Aux membres, le pityriasis rubra pilaire pourrait prêter à la confusion; mais il a une marche plus rapide, les cônes cornés péripilaires sont plus nombreux, plus rapprochés, souvent plus larges, tronqués à leur sommet et centrés par un poil nettement apparent ou'coupé ; dans le pityriasis rubra pilaire, la face dorsale des phalanges des doigts est le siège de lésions caractéristiques qui font défaut dans la xérodermie pilaire, tandis que celle-ci a une prédilection pour la face externe des membres.
A la face, la confusion peut être faite avec le lupus érythérnateux, mais celui-ci a une marche extensive qu'on n'observe pas dans la xérodermie; ses lésions sont le plus souvent arrondies, recouvertes de squames larges, les cicatrices y sont également plus larges que dans la xérodermie.
La couperose pourrait être confondue avec la xérodermie pilaire, mais elle occupe surtout le centre des joues et le nez, les varicosités y sont plus volumineuses ; on observe souvent des poussées pustuleuses et on ne voit pas de cicatrices comme dans la xérodermie.
Au cuir chevelu, la présence de squames et de cônes à la base des poils, l'aspect moniliforme très accusé de ceux-ci, la longue durée de l'affection distinguent l'alopécie xérodermique de la pela/le; l'apparence cicatricielle moins accusée la distingue des alopécies liées à des follicidites dépilantes ou consécutives au favus.
Traitement. — Le traitement de la xérodermie pilaire est très analogue à celui de l'ichtliyose.
A l'intérieur, on administrera l'huile de foie de morue, l'iodure de fer l'arsenic, en raison des troubles des fonctions glandulaires de la peau et souvent aussi en raison de l'état général des malades.
Localement, on aura recours aux bains, aux frictions avec des savons simples ou additionnés de pierre ponce ou de soufre, suivies d'onctions grasses.
On peut encore employer des pommades soufrées et résorcinées dans la xérodermie des membres.
Pour la xérodermie de la face, ces traitements, les applications de pommades à l'ichthyol, à l'acide salicylique, quelquefois les frictions au savon mou de potasse peuvent également être utiles, à condition que leur emploi soit surveillé
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22 MALADIES CUTANKES.
et cessé s'il survient des pliénomènes d'irritation Irop intenses. (Contre ceux-ci, s'ils se produisent, on emploiera les pommniades calmantes el anodines, à l'oxyde de zinc, etc.
Dans les cas où la vascularisalion est très prononcée, on peut recourir aux scarifications linéaires.
Dans la xérodermie du cuir chevelu, on peut également [employer les pommades soufrées.
XERODERMA PIGMENTOSUM
Définition. — Kaposi a décrit, en 1870, sous le nom de xeroderma pigmentosum, une affection cutanée caractérisée par le développement, sur les parties découvertes, de taches pigmentaires, d'atrophie cutanée avec télangiectasies et de tumeurs épithéliales.
Cette affection a reçu des noms très divers : mélanose lenticulaire progressive (F.-J. Pick), liodermie essentielle avec mélanose et télangiectasies (Neisser), atrophodermie pigmentaire (R. Crocker)(^).
Description. — Les taches pigmentaires, qui sont généralement la première manifestation du xeroderma pigmentosum, ont une coloration variant du jaune au brun foncé; elles ressemblent aux taches de lentigo par leurs dimensions mais en ditîèrent par leur forme plus irrégulière et souvent anguleuse. Elles peuvent être en petit nombre ou très abondantes.
Dans l'intervalle de ces taches, la peau est le siège de dilatations vasculaires sous forme généralement de stries irrégulières, de points ou d'étoiles, ou de plaques d'étendue variable.
Ces télangiectasies disparaissent ou deviennent moins apparentes à mesure que la maladie progresse et, en même temps, la peau s'atrophie, se rétracte, se plaque sur les parties sous-jacentes, l'épiderme devient mince, cassant, se fendille, et desquame par places en petites lamelles.
A ces lésions s'ajoutent, à une période plus avancée, de petites tumeurs épithéliales, aplaties d'abord et analogues à des verrues séniles; ces tumeurs peuvent tomber, s'exfolier et laisser à leur suite des cicatrices plus ou moins larges sans tendance à la récidive; mais, au bout d'un temps variable, on voil une ou plusieurs de ces tumeurs prendre un développement plus considérable, s'ulcérer, envahir une étendue considérable de la face et offrir la marche des tumeurs malignes dont elles partagent la terminaison.
Les quatre éléments symptomatiques qui caractérisent le xeroderma pigmentosum sont réunis en proportions variées sur le visage, le cou, les oreilles, le dos des mains et les avant-bras, exceptionnellement sur les jambes et le dos des pieds.
Par suite de l'atrophie et de la rétraction dermiques, on voit survenir à une période avancée des déformations : amincissement du nez, rétrécissement des
(*) Kaposi, Xeroderma piiimenlosum. Wiener 7riedhinische Jahrbucher, 1882: traduct. in Annales de Dermat., 1885, p. 20. — E. Vidal. De la dermatose de Kaposi (Xeroderma pigmentosum). Annciles de Dermat., 1885, p. 621. — P. Archambault. De la dermatose de Kaposi (Xeroderma pigmentosum). Thèse de Bordeaux, t889-1890.
.\i;i!()i)i;i!MA i'i(iMi:\r()si M. 'j-,
narines cl (1(^ rorilicc l>urcal. ccl ropioii cnlraînanl des l('-sion.s de nuliil ion (1(; 1 diil.
La niarclic du xci-odcniia csl Icnic. Il (h'-hiiic Ir plus souvcnl dan-- le jeune Age, est souvent apjiarenl dès la ])i'cuîière ou la d(Mixième année, el (le\ ient par la suite de plus en plus prononcé pour ahoulir à la l'orniation di' tumeurs bénigiu's vers Tago de 5 ou 6 ans et se terminer par les progrès d'iuK; tumeur maligne vers Fàge de 15 0 25 ans. Dans cpiekjues cas, on Ta vu ne devenir apparent ou tout au moins n'être remarcpié qu'à l'âge de 5 ou 6 ans et même, dans des cas douteux il est vrai, <he/. des adultes. Exceptionnellement les sujets atteints de xeroderma ])euvent atteindre l'âge de 50 à 55 ans.
La marche de l'atreclion est exaspérée par l'influence des causes ex((''rieures, l'exposition au soleil, à l'air et surtout au vent; aussi a-t-elle une gravité plus considérable chez les campagnards.
Anatomie pathologique. — Les lésions histologiques du xeroderma pigmentosum consistent d'une part en une prolifération conjonctive papillaire accompagnée de dilatations vasculaires et suivie de la rétraction du derme, d'autre part en une prolifération épithéliale, aboutissant à la production de lésions ayant les caractères du carcinome. Les tumeurs malignes seraient (juelquefois des sarcomes, comme dans un cas de Pick; cependant la ressemblance de certaines tumeurs épilhéliales, en particulier des carcinomes secondaires aux nœvi, avec les sarcomes doit rendre très réservé dans l'interprétation de ces faits. Ouant au pigment contenu dans les taches, il a les caractères histologiques du pigment mélanique.
Étiologie et nature. — Le xeroderma pigmentosum est une maladie de famille, atteignant simultanément plusieurs frères ou sœurs, ou plusieurs cousins : il est tout à fait exceptionnel d'en rencontrer vm seul exemple dans une famille. La consanguinité des parents a été notée dans plusieurs cas (Pringle, Thibierge, etc.). On a noté à plusieurs reprises une hérédité cancéreuse.
Le caractère familial, d'une part, le développement dans le jeune âge, d'autre part, concordent pour le faire considérer comme une difformité cutanée, vraisemblablement une difformité épidermicpie avec retentissement dermique secondaire.
Le développement» des tumeurs malignes, évolution normale du xeroderma, n est pas contraire à cette idée, car les nsevi sont sovivent le siège de transformations analogues; il y est seulement plus précoce et plus constant.
Diagnostic. — Le xeroderma pigmentosum peut être confondu avec le lentigo, mais celui-ci se développe plus tardiviMuent, ne s'accompagne pas de dilatations vasculaires et d'atrophie dermique, non plus que de tumeurs.
La sclérodcrmie peut simuler le xeroderma; mais, si la sclérose cutanée peut s'accompagner de télangiectasies, elle ne coïncide jamais avec des taches pigmentaires limitées ni avec des néoplasies épidermiques.
Traitement. — Les sujets atteints de xeroderma pigmentosum tloivent être soustraits à toutes les causes d'irritation tégumentaire, entre autres à raction prolongée du soleil et du vent qui exagèrent et aggravent leurs lésions; leurs téguments doivent être soigneusement tenus propres.
Lorsqu'il se développe des tumeurs, t^lh^s (loi\ent être dès leur début traitées
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24 MALADIES CL'TANÉES.
comme les (''pitlirliomas (•uliiii(''s, s(jil j)iir les procédés (jiii en aiiiéiienl 1 ext'olialion si elles sont 1res siiperlieielles, suit par la (leslnielioii ou rahlalion si elles atleigiienl un certain volume.
Définition. — On donne le nom de nœvus à toute altération cutanée, congénitale et circonscrite, caractérisée par le développement exagéré d'un quelconque des éléments normaux de la peau.
Les nœvi, quoique toujours d'origine congénitale, ne sont pas fatalement stationnaires : ils se développent en proportion de l'accroissement du corps; ils peuvent même, ainsi qu'y ont insisté particulièrement E. Besnier et Hallopeau, continuer à se développer après la fin de la croissance, ou se développer dans des proportions plus considérables que ne le comporte l'accroissement général du corps; ils peuvent subir diverses transformations et dégénérescences.
Les nsevi sont fréquents, à tel point que chez presque tous les sujets on en peut rencontrer un nombre plus ou moins considérable; chez certains ils acquièrent, par leurs dimensions, par leur siège sur des régions découvertes ou par leur multiplicité, une importance véritable et deviennent une infirmité réelle.
Division. — Le groupe des neevi comprend un certain nombre de formes anatomiques décrites à tort dans des chapitres différents par la plupart des auteurs.
Ce sont : 1" les naîvi vasculaires; 2" les nsevi pigmentaires; 3" les naevi verruqueux; 4° les na3vi molluscoïdes ; 5° certaines tumeurs d'origine congénitale.
Le plus souvent, lorsque les nœvi sont multiples, les diverses formes s'associent entre elles soit en des régions différentes, soit dans les mêmes régions et le plus souvent simultanément sur toutes les régions du corps : souvent aussi ils affectent une symétrie plus ou moins nette.
Les diverses formes de nœvi, principalement les nœvi vasculaires, pigmentaires et verruqueux, ont, lorsqu'ils atteignent des dimensions un peu considérables, tendance à revêtir des formes topographiquement systématisées : on les voit alors fréquemment rappeler la disposition des lésions cutanées du zona, et occuper la zone de distribution d'un filet nerveux ou d'un nerf; l'étude plus précise de ces nœvi systématisés zoslériformes permet souvent de reconnaître qu'ils affectent la même distribution que les troubles sensitifs cutanés consécutifs à des lésions des racines rachidiennes, ou, en d'autres termes, que, suivant la théorie proposée par Brissaud pour un certain nombre de troubles nerveux, ils reproduisent la division métamérique de l'organisme.
Pour Philippson, certains nœvi verruqueux correspondent non pas aux territoires de distribution cutanée des nerfs et des racines nerveuses, mais aux limites des territoires cutanés des nerfs (lignes de Voigt).
Les nœvi vasculaires présentent des variétés nombreuses au point de vue de la coloration, de la saillie et de l'état de la peau qui les recouvre. Les uns forment une simple tache rouge ou rosée, non saillante, mal limitée sur ses bords {nœvi érythématei(x)^ disparaissant par la pression : le type est fourni par les taches rouges que l'on rencontre si fréquemment à la nuque des jeunes enfants et qui,
N.i:vi. 25
plus lard, s'aLLéniionL ou sont caclK''('s par les cheveux. I)'auLres s(;ul, do coloralion rouge plus ou moins foncée ou bleuâlre et ("ont une saillie plus ou moins apparente au niveau de kupielle la peau peut ôlre soit lisse, soit irrégulière, presque papiiloniateuse (nœrus frinnba'iiiforitie). Leurs dimensions sont vaiiables : parfois ils ne dépassent pas le volume d'une tête d'épingle, sur l'abdomen par exemple; sur le visage, ces ntevi i)uncliforiues sont souvent le cenlre de petites dilalations vasculaires divergentes [nœvl stcJltih-es). SouAcnt ils sont plus saillants et plus étendus comme dans la variété à lacjuelle ou dcjuue le nom de l/niicirrs ércrtlles; ils peuvent acipiérir des dimensions eonsidc-rabies, principalement à la face que ces « taches de vin » défigurent horriblcmeul. Les vaisseaux qui se rendent aux nœvi vasculaires peuvent se dilater et atteindre des dimensions considérables; ainsi se forment les anévrysmes cirsoïdes, qui consliluent une véritable complication, parfois très grave.
Les lynijjJiangiomes congénitaux constituent une forme de nœvi beaucoup plus rares; circonscrits à une région limitée de la peau, ils sont caractérisés par une tuméfaction étalée, parsemée de petits soulèvements épidermicjues vésiculeux renfermant de la lymphe; leur base, plus ou moins large, est infdtrée et de consistance mollasse.
Les nsevi pigmcntaires. sont également très fréquents : leurs dimensions sont variables, depuis celles d'une tète d'épingle jusqu'à celles d'un segment de membre tout entier. Leur surface peut être glabre, ou couverte de poils {nœv/oi pilaire), elle peut être lisse ou plus ou moins irrégulière. Leur coloration varie de la couleur café au lait au noir le plus foncé. Les njevi pigmentaires peuvent devenir l'origine de tumeurs mélaniques, qui se généralisent rapidement, et cette complication est surtout à redouter dans les cas où les nœvi ont une coloration très foncée, quelle que soit leur étendue.
Les 7iœvl verruqueux peuvent présenter de grandes variétés : lanlùl daspect papillomateux sans changements bien appréciables dans la coloration du tégument, tantôt de colorationjaunâtre ou bistrée, ils ont, dans quelques cas rares, une coloration grisâtre ou même noire; celte dernière variété se présente parfois sous forme de bandes ou de traînées très étendues, dont la direction générale parallèle à l'axe des membres reproduit plus ou moins exactement le trajet des nerfs, suivant l'opinion ancienne, la topographie d'un métamère suivant la théorie de Brissaud. Ces nœvi verruqueux zoniformes ont été souvent, et à tort, considérés comme une variété d'ichthyose hyslrix.
Les nsevi moUusco'ùJes, ou molluscum fibreux des auteurs, sont constitués par des saillies sessiles, de volume variable, au niveau desquelles la peau a conservé sa coloration et son aspect normaux; par les progrès de l'âge, ils forment des tumeurs plus ou moins volumineuses qui tendent à se pédiculiser, et de là leur est venu le nom de molluscum : ils peuvent subir une dégénérescence qui, de tumeur bénigne qu'ils étaient initialement, les transforme en une tumeur maligne susceptible de donner lieu à une généralisation rapide.
Il faut classer dans les nœvi molluscoïdes, en raison de son origine congénitale, l'affection connue sous le nom de neurofibromatose qui a été l)ien décrite par Recklinghausen ('), P. Marie (-), Feindel (•'). Cette affection est caractérisée ;
(') Recklinghause.n', Ueber dio nuiUiploii Filiroino (1(M- Ilnnl und iliri> r>('/.i('luinii:cn zu don mulliplen Nouromon. Berlin, 1882.
(-) P. Marie, Leçons de clini(iiie médicale (Ilùlel-Dieu, 1S94-18'.):)). Paris. 18'.K>. (^) E. Feindel, Sur quatre cas de neuioliln'omatose généralisée. Tlicse de A/rtV, 1896-1897.
{GEORGES TH1BÏERGE.'\
1^ par (les tumem's doiil le nombre Ifès variable peiil alleiiidre pbi^ieiirs centaines: ces lunieuis soni mollasses, pédiculées ou i)lus souvent sessiles, souvent même w laisant aucune saillie; au-dessus des b'^umenls, correspondaiil ou non au trajet des nerfs péripliéri<jues; elles peuvent actpiérir des dimensions considérables el sont alors accompagnées d'un épaississement pachyderniicpie des tégumeuls devenus brunAIres et verru(iueux : dans quelques cas rares, les tégumenls éjtaissis lorment des replis atteignant juscpi'à 20 et 50 centimètres de hauteur [tlennatolyse); 2'-' par des taches pigmentaires, de coloration café au lait, les unes punctiformes disséminées en très grand nombre sur les diverses régions du tégument; les autres larges, allongées transversalement sur le tronc, longitudinalement sur les membres, parfois symétriques; outre ces taches pigmentaires, qui constituent de véritables nsevi pigmentaires plans, rarement pileux, les téguments de la face et du cou ofTrent souvent une coloration difl'use gris jaunâtre très spéciale: 5" par des troubles cérébraux consistant en une asthénie générale, une dépression intellectuelle, un développement intellectuel général incomplet. Parfois à cette triade symptomatique s'ajoutent des malformations osseuses.
Ces ditîérents ordres de symptômes coïncident habituellement; dans certaines formes incomplètes, les tumeurs peuvent cependant faire défaut, mais les taches pigmentaires permettent alors de reconnaître- la maladie ('). Le nom de neurofibromalose donné à cette affection prête à la discussion, car les tumeurs peuvent faire défaut sur le trajet des nerfs et les tumeurs cutanées peuvent ne pas renfermer de tvdjes nerveux (Chauffard, P. Marie). Aussi le nom de maladie de Recklinghausen a-t-il pu être proposé pour désigner cette affection que les anciens auteurs ont décrite sous la dénomination de molluscum généralisé.
Les tumeurs congénitales^ qui doivent être assimilées aux naîvi, sont : les hidradénomes, les adénomes sébacés, certaines formes de xanthome. L'étude en sera faite à propos des affections des glandes cutanées et du xanthome.
Étiologie et pathogénie. — Les nsevi ont été considérés comme dus à des émotions ou impressions éprouvées par la mère pendant la grossesse : des fables ont été seules les bases de cette théorie.
Il est incontestable que les nœvi, tout en étant d'une extrême banalité, sont parfois héréditaires, qu'on retrouve dans plusieurs générations un nsevus de même forme et de même siège.
La disposition topographique, si remarquable de certains naevi, a depuis plusieurs années attiré l'attention siu' la possibilité de leur origine nerveuse.
II est difficile cependant de se prononcer catégoriquement sur cette question et d'en faire résolument des troubles trophiques consécutifs à une altération de la moelle ou des nerfs remontant à la période embryonnaire, ainsi (pie cela a été soutenu : la topographie, incontestablement métamérique, d'un certain nombre de nsevi, ne saurait être considérée comme une raison décisive en faveur de l'origine nerveuse de ces ntevi, car le métamère, s'il répond à une période embryologique du système nerveux, répond aussi à une période embryologique
(') G. TuiuniRGE, sur un cas rie maladie de Recklinghausen (neurofibromatose généralisée) sans fibromes cutanés ni fibromes nerveux. Sor. méd. des hôpitaux, 18 février 1898. — E. Feindel el Oppenheim, Formes frustes de la neurofibromatose, Airh. génér. de médecine, 1898.
du Ic'gumenl et il se peut que le trouble de loiniution porte exelusivement suile revêtement d'un métamèresans altération antérieure de l'appareil nerveux de ce métamère.
D'ailleurs, il est des nœvi glandulaires <lans lescjuels riiilcrvenlidii du système nerveux est certainement nulle et cpii sont dus à une maHormalion embryonnaire d'une portion difTérenciéc de l'appareil tégumenlaire, sans cpi'on connaisse le pourquoi de cette malformation.
Il est à noter cependant que [certaines de ces malfoimations congénitales du tégument coïncident avec un état de déchéance du système nerveux confinant à l'idiotie s'il ne lui appartient pas.
Anatomie pathologique. — Les Jiœvi vasculmres sont eonstilués par la dilatation des vaisseaux sanguins du derme; le tissu conjonclif est également infiltré de cellules embryonnaires ou en transformation fibreuse partielle.
Les lymphangiomcs sont constitués par une dilatation des vaisseaux lymphatiques hypodermiques et des fentes lymphatiques du derme.
Les nœvi pigmentaires., lorsqu'ils sont plans, ne présentent d'autres lésions qu'une exagération de la pigmentation, qui occupe surtout les couches profondes de l'épiderme et le derme. Dans les formes tant soit peu saillantes, on trouve des lésions interstitielles consistant en infdtration de cellules considérées par certains auteurs comme d'origine conjonctive, par Unna comme d'origine épithéliale et dont la prolifération est l'origine des dégénérescences malignes des nœvi pigmentaires.
Les nœvi ve rruqtiei(X sont constitués par l'hypertrophie de la couche papillaire et de son revêtement dermique ; on y trouve souvent des glandes cutanées hypertrophiées.
Les nsevi molluscoïdes sont formés d'un tissu fibreux de consistance molle, de structure peu dense, à faisceaux ondulés et souvent entre-croisés.
Traitement. — La plupart des nsevi ne réclament aucun traitement; un certain nombre d'entre eux deviennent moins apparents quà la naissance: d'autres, au contraire, présentent un accroissement plus ou moins prononcé et peuvent être l'origine de complications locales et de métamorphoses qui réclament une intervention chirurgicale. Certains encore déterminent jtar euxmêmes une gêne sensible ou défigurent les malades qui demandent à en être débarrassés.
Chez les enfants nouveau-nés, on peut, en pratiquant la vaccination à leur niveau, faire disparaître complètement les nœvi vasculrnres et les remplacer par une cicatrice; cette méthode est cependant de moins en moins employée : elle a l'inconvénient d'exposer à des accidents septiques et de laisser après elle des cicatrices qui ne permettent d'y avoir recours que sur les parties couvertes ou au cuir chevelu. Chez les enfants déjà vaccinés et chez les adultes, la cautérisation ponctuée ou l'électrolyse peuvent les faire disparaître ou en atténuer considérablement la coloration. Lorsqu'il s'agit de petits nsevi stellaires, la cautérisation ponctuée est la méthode de choix et ne laisse pas de cicatrice apparente. Dans les nsevi plus étendus, l'électrolyse peut être pratitpiée en enfonçantdans le nœvus une ou plusieurs aiguilles reliées au pôle positif, tandis que le pôle négatif, représenté par une large plaque métallique garnie de peau de chamois imbibée d'eau salée, est placé au voisinage ; cette méthode est
{GEORGES THIBIERGE.]
toujours Irt'S Iculo ol assez doulourousc ; elle doinande une grande patience de la pari du nuMlccin ol de la pail du malade.
Les nœvt pinmenlaires senihlenl peu jusiiciables de ces Irailemenls, quoique quelques auteurs aient obtenu de bons résultais de rélectrolvse néj^ativc ; et on n'a guère contre eux d'autre ressource ({ue rexérèse lorsqu'ils sont trop gênants.
Certains nœvi verruqueux peuvent èlre modifiés ])ar les grattages, les applications de résorcine et d'acide salicylique ; dans les cas où ils sont gênants et saillants, le seul remède est de les extirper.
YI LENTIGO
Définition. — On donne le nom de lenligo ou de taches de rousseur à des taches pigmentaires de coloration grise ou brune, de forme arrondie, non saillantes, de dimensions égales ou inférieures à celles d'une lentille, persistant pendant plusieurs années ou pendant toute la vie.
Description. — Les taches de lentigo sont généralement arrondies et régulières, quelquefois légèrement irrégulières et anguleuses, à bords nettement arrêtés, de la largeur d'une tête d'épingle en général, quelquefois plus larges. Leur coloration varie du jaune pâle au gris légèrement brunâtre et quelquefois au noir; le plus souvent elle est analogue à celle du café, assez souvent jaune fauve ; elle est uniforme sur toute l'étendue de la tache. Ces taches sont disséminées en nombre plus ou moins considérable, quelquefois assez abondantes pour se réunir par places en larges plaques.
Elles peuvent s'observer sur toutes les régions de la peau, mais sont surtout nombreuses sur les parties découvertes, et principalement au visage ; elles sont presque toujours disposées symétriquement.
Le lentigo devient en général apparent vers l'âge de 8 ou JO ans ; il persiste pendant quelques années, puis disparaît entre 10 et 20 ans pour se montrer quelquefois de nouveau, pendant un certain temps, à une époque ultérieure. Chez les sujets dont le système pileux est de coloration rousse, il persiste pendant toute l'existence et offre souvent un développement considérable.
L'exposition au soleil d'été, la vie en plein air rendent plus apparentes les taches de lentigo qui pâlissent au contraire pendant l'hiver.
Étiologie. — Le lentigo se rencontre chez presque tous les enfants des deux sexes vers l'âge de la puberté ; il est plus persistant et plus prononcé chez les jeunes filles dont les fonctions menstruelles s'établissent d'une façon ou anormalement précoce ou anormalement tardive. Il constitue une difformité à peine apparente chez certains sujets qui ne l'offrent à un degré un peu prononcé qu'au moment de l'adolescence, très considérable au contraire et permanente chez d'autres.
Anatomie pathologique. — Les lésions du lenligo consistent, comme presque toules les pigmentations anormales, en une accumulation de pigment
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dans la zono rclicnlrc do Malpii^l'ii (Dciiiic'villc). sans infilliJilioii roiH-oniil.inlc do collnlos lyni|)liali(|iios dans le cliorioM.
Diagnostic. — Le diagnostic dn loidii^o n"(»(Ti(' ;iiu-nn(î dilli(ull(''.
Dans les cas très accusés, il ponrrail «-opondanl ôiro confondu avec le xeroderma pigmentosurn. Djuis collo alToction la |)(';in c^l le siôi^o ;'i l;i l'ois de fines dilatations vasculaires, d'une alropliio romar(|ual)lo cl do polilcs linnoin-s r\nlliôiiomatcnsos ot ces lésions ont débuté dans le jouno àgo.
Los épJtêlidcs avec los(piolIos on conlond qu(d(piorois à tort le lenlig-o sont dos taches brunes ou jaunàli'os, occupani une grande partie du visage, dill'uses, développées sous rinfluence de la lumière solaire et disparaissant l'hiver.
Le cJiloasittn est également constitué par des taches brunes ot dilïuses, développées chez dos femmes enceintes ou atteintes de troubles menstruels.
Hutchinson a décrit sous le nom assez défectueux de lentigo malin une affection qui ne s'observe prosfpio que chez les vieillards ot qui est caractérisée par une tache pigmentée unique, généralement assez foncée, de forme arrondie ou irrégulière, pouvant atteindre la largeur d'une pièce de 2 francs, susceptible de se déplacer et sur laquelle se développe, au bout d'un temps assez long, une tumeur épithéliale à marche rapide.
Traitement. — Le lentigo ne nécessite ordinairement pas de traitement. Il est, de plus, très difficile d'agir sur lui par les moyens médicamenteux. Les préparations soufrées, celles de sublimé atténuent quelquefois sa coloration. Leloir a vanté les applications d'acide chrysophanique, qui ne doivent être employées qu'avec précaution. Unna, dans des cas intenses, a provoqué la chute de l'épiderme par des applications de pâte d'oxyde de zinc renfermant 50 pour 100 de résorcine, répétées pendant 5 ou 4 jours.