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AFFECTIONS DES ONGLES

La pathologie des ongles est un des chapitres les moins connus de la dermatologie.

Ces annexes de l'épiderme sont altérées par des causes très diverses : des traumatismes sur lesquels nous n'avons pas à insister ici, des parasites végétaux, des agents chimiques; ils peuvent subir l'action des lésions du derme sus-unguéal, et celle des troubles généraux de la nutrition ; ils peuvent aussi être le siège de lésions propres, indépendantes de toute cause générale.

Les parasites végétaux qui peuvent atteindre l'ongle (onychomycoses) sont le trichophyton etrachorion,dont les lésions unguéales ont été décrites au chapitre de la trichophytie et du favus.

Des agents chimiques peuvent modifier la coloration de l'ongle, ou former des enduits à sa surface ; ces altérations ne retentissent pas profondément sur la nutrition de l'ongle et, bien qu'elles puissent avoir une importance comme stigmates de certaines professions, elles ne doivent pas nous arrêter.

Des lésions cutanées des phalanges peuvent atteindre le derme sus-unguéal et provoquer des altérations secondaires de l'ongle. Les dermites artificielles, professionnelles surtout, déterminent des troubles de la nutrition des ongles se caractérisant par leur épaississement irrégulier, des dépressions transversales, quelquefois un état piqueté de leur surface, plus souvent un aspect rappelant celui d'une cocjuille de mollusque.

Dans d'autres dermatoses, les altérations unguéales se développent sous l'influence simultanée des lésions locales du tégument des phalanges et de la cause générale qui produit la maladie : ainsi, dans les érythrodermies, dans le pityriasis rubra pilaire, dans le pemphigus à kystes épidermiques, etc., la nutrition de l'ongle est gravement compromise et ses troubles se traduisent par la présence de profonds sillons transversaux ou même par la chute totale de l'ongle.

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Ccrhiines derinaloscs, enfin, pciivcnl donner lieu à des alU'-iaLions un<4U<'';d<'s sans l'intermédiaire de lésions des parties adjacentes de la peau : telles sont les onvcliopalhi(!S de Veczéina et du psorinsla^ rpii peuvent même être, pendant un temps variable, la seule manilestation de ces affections.

Toutes ces lésions unguéales ont été décrites à propos des diverses dermatoses aux((uelles elles sont liées.

Les n/fecrion>i du système nerveux qui s'accom[)agiicnl de troubles lro|)bi(|ues culanés retentissent sur les ongles : on observe l'atrophie ou des déforniiilions considérables des ongles dans la sclérodermie, dans la maladie de Morvan, dans la syringomyélie; on peut voir les ongles s'atrophier ou au contraire présenter une augmentation anormale de leur épaisseur à la suite des sections nerveuses et dans diverses myélites; leur chute, sans altération préalable, s'observe dans le tabès.

L'existence de lésions unguéales dans les affections du système nerveux a fait attribuer une origine trophique à des onychopathies généralisées ou tout au moins symétriques, auxquelles on ne peut reconnaître une autre cause.

Ces dystrophies iinyiiéalcs, dont l'étude est à peine faite, et dont l'origine nerveuse est des plus discutables, revêtent des types très variés : tantôt elles sont constituées par l'amincissement de l'ongle, son décollement plus ou moins complet, tantôt elles se traduisent par l'augmentation de son épai.sseur, avec ou sans changement de sa couleur; souvent son extrémité libre se transforme en un tissu feuilleté ou prend un aspect rappelant celui de la moelle de jonc.

Un type très particulier, qui s'observe surtout chez des sujets atteints de troubles névropathiques et particulièrement de troubles mélancoliques, est constitué par un arrêt complet de la pousse des ongles, dont le tissu prend une coloration jaune rappelant celle de l'ambre, un aspect un peu terne, tandis que leur surface reste unie, mais s'incurve fortement dans le sens vertical et dans le sens transversal; cette dystrophie, qui porte simultanément sur tous les ongles des mains et des pieds, peut se compliquer d'altérations secondaires des couches profondes de l'ongle et aboutir à son décollement et à sa chute, ou se terminer au bout d'un temps variable par la reprise de la coloration et de la pousse de l'ongle.

Après un grand nombre de maladies générales, fièvres éruptives, fièvre typhoïde, etc., ou plus exactement à la suite de toutes les maladies qui ont retenti sur l'état général et de toutes les causes qui ont troublé profondément la nutrition pendant un certain temps (fatigue, surmenage, etc.), on voit se produire sur les ongles, sans autre altération, des sillons transversaux; ces dépressions traduisent une diminution de l'épaisseur de l'ongle correspondant aux périodes de nutrition insuffisante : elles commencent à apparaître à \i\ racine de l'ongle trois à quatre mois après la cause qui leur a donné naissance, et se rapprochent de l'extrémité de l'ongle à mesure que celui-ci pousse.

Les affections qui entravent l'hématose provoquent des changements de forme de l'ongle connus sous le nom d'ongle hipporrati([ue et qui peuvent coïncider, comme dans la tuberculose, la cyanose, lostéo-arthropathie hypertrophiante pneumique, avec des déformations de la phalange elle-même.

Les lésions propres des ongles consislonl. soit (huis leur hy[)orlr(ii>hie, soit dans le changement de leur cok)rntion.

Viiypci'trophie unguéale peut être congénitale: plus souvent elle est acquise, s'observe chez des sujets âgés et peu soigneux de leur personne, et siège ordi-

IGEORGES THIBIERGE]

Ô76 MALADIES CUTANEES.

naircmonl gur les ongles des gros orteils. Elle est parfois ivf^ulière el porle sur loule rélendue de roiiglc. Presque toujours elle est irrégulière, la l'ace dorsale de l'ongle présente des sillons transversaux plus ou moins accusés, Textréniité antérieure s'épaissit, se soulève, sincurve, l'ongle prend l'aspect d'une griffe, quelquefois môme se recourbe sur lui-même en tire-bouchon. A ce degré, l'hypertrophie unguéale porle le nom d'onychogrypiiose.

Le traitement de l'hypertrophie unguéale consiste dans l'ablation de la partie saillante de l'ongle au moyen de la curette ou de la scie. Lorsque l'ongle a été enlevé, on peut en régulariser la repousse par l'emploi de pommades salicylées et surtout d'emplâtres salicylés, mais il est souvent nécessaire de revenir fréquemment à l'emploi des procédés mécaniques.

U'atrophie unguéale est presque toujours consécutive à une des causes générales qui ont été énumérées plus haut. Elle se traduit par l'amincissement de l'ongle, en totalité ou par îlots, par son effritement, parfois par sa disparition complète.

Que l'atrophie de l'ongle soit primitive ou secondaire à une altération cutanée de la phalange, elle peut presque toujours être amendée par des applications locales, emplâtre de Vigo, emplâtre rouge de Vidal, huile de cade, huile de bouleau, quelquefois par les pansements avec une solution iodo-iodurée.

Les dyschromies unguéales n'offrent guère d'intérêt pathologique.

L'hyperchromie se traduit par des taches brunes d'étendue variable, se voit dans la maladie d'Addison, etc.

L'achromie, caractérisée par des taches d'un blanc mat, analogue à de la porcelaine, de forme irrégulière, s'observe surtout chez les jeunes sujets et est parfois consécutive à des traumatismes de la région sus-unguéale.

Par le Dr GEORGES THIBIERGE

Médecin de riin|iil:il de In l'ilic.

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