CHAPITRE PREMIER SYPHILIS
La syphilis, lues venerea, mal français, mal napoliLain, encore appelée vulgairement vérole, est une maladie générale chronique, produite par la pénétration et la reproduction dans l'organisme humain d'un contage encore inconnu dans son essence, que l'on désigne sous le nom de virus syphilitique.
Saut lorsqu'elle est transmise par hérédité ou qu'elle est communiquée à une femme enceinte par un fœtus infecté héréditairement, la syphilis débute toujours par une lésion locale, appelée chancre, développée après une incubation prolongée au point d'introduction du contage, lésion qui donne lieu à un retentissement sur les ganglions lymphaticjues correspondants.
Après une période variant de 40 à 50 jours, pendant laquelle l'infection ne se traduit que par le chancre et l'adénopathie concomitante, période à laquelle on a donné le nom de seconde incubation, apparaissent des troubles de la santé générale et des accidents portant sur la peau, les muqueuses et les organes profonds, accidents à tendance résolutive manifeste, se reprodui.sant à intervalles irréguliers et dont l'ensemble constitue la syphilis secondaire. Ces accidents se déroulent pendant plusieurs années dans un ordre déterminé presque constant, tout en présentant une tendance de plus en plus marquée à se localiser ; puis les manifestations de la syphilis changent de caractère ; elles peuvent encore occuper les téguments ou les parties profondes, mais plus particulièrement les viscères, et se présentent sous la forme de lésions localisées, à tendance dégénérative et destructive ou proliféralive etscléreuse qui portent, dans leur ensemble, le nom de sypJdlis tertiaire.
La division de la syphilis en syphilis secondaire et syphilis tertiaire, classique depuis Ricord, est théorique plus que clinique; elle ne répond pas exactement à l'ensemble des connaissances actuelles, car on voit souvent des manifestations semblables à celles de la période tertiaire se produire dans les premières années de la syphilis, en pleine période secondaire ; elle est cependant commode comme schéma général d'une description de la syphilis. D'ailleurs, les exceptions (pii viennent d'être signalées n'infirment nullement cette notion générale que la syphilis évolue sous la forme d'épisodes séparés par des entr'actes de durée variable.
A la division de la syphilisen'syphilis secondaire et syphilis tertiaire, on peut
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superposer la division en pt'-riode conLagieuse ou virulente, qui rôpond à la première, et période non virulente, qui, sauf exceptions absolument rares, correspond à peu près exactement à la période dite tertiaire.
On décrit encore quehiuefois sous le nom de ■■syphilis r/uaternaire \c9i accldenlfi qui surviennent un grand nombre d'années après rinl'ection, et qui ont les caractères anatomiques et cliniques de la période tertiaire, mais présentent une localisation plus étroite que ceux de cette dernière.
Parmi les manifestations de la syphilis, les unes semblent relever directement de l'action du virus syphilitique ou de ses toxines, elles sont influencées par le traitement spécifique de la syphilis; d'autres, auxquelles A. Fournier(') a donné le nom iï affections parasypJiilitiques, ne sont pas sous la dépendance directe de l'agent infectieux de la syphilis: elles se développent à la suite de la syphilis, sont d'origine et non de nature syphilitique et ne sont pas influencées sensiblement par le traitement antisyphilitique.
Comme un certain nombre de maladies spécifiques, l'infection syphilitique confère l'immunité contre toute nouvelle atteinte de la même maladie. Un grand nombre de faits de réinfection syphilitique, qu'on trouvera réunis et critiqués dans une Revue générale de Hudelo(^), ont trait à des erreurs de diagnostic et à des lésions de la période tertiaire simulant l'accident primitif. Cependant, quelques faits, en particulier un fait récent de Du Castel (^), semblent témoigner contre une loi à laquelle les exceptions doivent d'ailleurs être considérées comme extrêmement rares.
ETIOLOGIE
La syphilis est actuellement une maladie de tous les pays, bien que, en raison de conditions climatériques ou autres, elle offre dans certaines régions une gravité bien plus considérable que dans d'autres. Elle présente son maximum de fréquence dans les agglomérations urbaines, où un grand nombre de causes, et en particulier une insuffisance dans la surveillance de la prostitution, en favorisent le développement et l'extension.
Le plus ordinairement, elle se transmet uniquement d'un individu à un autre.
Dans certaines conditions, lorsque des groupes sociaux sont exposés à une cause déterminée d'infection, elle peut constituer de véritables épidémies. Certaines de ces épidémies ont, comme celle qui a succédé au retour en Europe des marins de C. Colomb, leur place dans l'histoire. Plus récemment et de nos jours encore, la syphilis s'est présentée sous la forme d'épidémie : telles sont les épidémies de syphilis vaccinale de Rivalta (1861) ou les épidémies provoquées par des nourrissons syphilitiques dont Massazza et Truffi (^) ont encore dernièrement rapporté un exemple; ces épidémies ne s'observent avec une certaine intensité que lorsque la nature de la maladie reste ignorée; dès qu'elle est reconnue et son mode de transmission déterminé, il est facile d'en arrêter l'extension.
(') A. FouRMER, Les affections pnrasuphilitiques. Paris, 1894.
(*) HuDELO, De l'immunité syphiliLi(iue (auto-inoculation, réinoculalion, réinfeclion).^)?»a/e.s de dermat., mai et juin 1891, p. 7ro7) et 470.
{'') Du Castel, Syphilis récidivée, Annales de dermat., 1898, p. 1Ô4.
(*) M.vssAzzA et Truffi, Epidemia di silîlide nel comune di Casatisma (provincia di Pavia), durante gli anni 1895-189G. Giornale italiano délie malallie vencrce e délia pelle, 1897, p. 275.
Modes de transmission. — Ln syphilis poul se liunsmellre, soiL par contagion médiate ou ininiédialo, soil j)ar iK'-it'-diU'', soil encore par la voie placontairc, de la mère an fœlus ou invors(Mncnl.
1° Contagion. — Bien ([ue reconnaissant tous pour mécanisme, en dernière analyse, Tintroduclion, dans Torganisme d'un sujet jusfju'alors indemne, du virus syphilili(|ue contenu dans des tissus ou des sécrétions provenant d'un sujet atteint de syphilis, les modes de contagion sont extrêmement variables, suivant la nature de la substance contaminante, suivant sa voie d'introduction.
Ou a cru pendant fort longtemps c|ue le chancre était la seule lésion dont les produits renfermassent le virus syphilitique, et Ricord a nié jusqu'en 1859 la contagiosité des accidents secondaires. Des faits nombreux, cliniques et expérimentaux (confrontations de A. Fournier, inoculations de Wallace, de l'Anonyme du Palatinat, de Galligo, de Gibert, etc.), ont prouvé que les sécrétions des accidents secondaires (plaques muqueuses, syphilides cutanées ulcéreuses, etc.) sont éminemment contagieuses, et ce sont certainement ces lésions qui, à cause de leur siège fréquent sur les organes génitaux et au niveau de l'orifice buccal, sont l'origine du plus grand nombre des syphilis.
A une période plus avancée, les lésions syphilitiques cessent d'être contagieuses. Cette règle souffre cependant des exceptions, car on a vu (Landouzy, Fournier, Feulard, etc.) des sujets devenir syphilitiques au contact d'un conjoint porteur de lésions des organes génitaux ou de la langue. Ces faits sont réunis dans un travail de Feulard (*): dans la grande majorité des cas, les accidents qui donnent lieu à ces contagions tardives ne revêtent pas l'aspect des syphilides communes, mais sont constitués par des érosions d'apparence très simple.
Le sang des sujets atteints de syphilis est éminemment contagieux, au moins pendant les premières périodes: les expériences de l'Anonyme du Palatinat. de Gibert, de P. Pellizzari, et les faits de transmission de la syphilis à la suite d'une écorchure des organes génitaux pendant le coït, par des sujets qui n'ont aucune trace de lésions de ces organes, voire même aucune lésion en activité apparente en aucun point du corps, le prouvent suffisamment. Combien de temps le sang reste-t-il infectieux? Malgré les résultats négatifs des expériences de Diday et de Profeta, on manque encore de données précises sur ce point; cependant, un fait de Landouzy (-) semble prouver que le pouvoir virulent du sang n'est pas éteint au bout de quatre ans. Il est à remarquer que le sang des nouveau-nés syphilitiques est contagieux alors qu'ils sont issus de parents dont le sang n'est vraisemblablement plus virulent.
On admet que les sécrétions normales (lait, salive, urines, larmes, sueur, sperme) ne sont pas contagieuses, à la condition qu'elles ne soient pas mélangées de sang ou de produits de lésions syphilitiques virulentes: de même le pus de lésions banales (blennorragie, vulvite, vaginite, etc.), non accompagnées de lésions syphilitiques, ne semble pas virulent; mais, enlace de celte innocuité théorique, il faut i)lacer en pratique la nocuité résultant de la contamination fréquente ou du moins fréquemment possible de ces divers liquides. Ainsi, ce
(') H. Fkilard, Durée de la période contagieuse do la svphilis. Annules de dernuitoloQie, 1896, p. 1025.
(^) Landouzy. Note sur la conlagion syi)hilitiqueau delà de la période secondaire. C.R.du Congrès inlernational de Dermalologie. Paris. 188',», p. 713.
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580 MALADIES VÉN'ÉRIENNES.
serait s'exposer graluilenienl à un danger imminent que de recueillir du vaccin sur un enfant syphilitique, sous prétexte que le vaccin pur, non mélanijé de sang, est théoriquement incapable de transmettre la syphilis ; peut-être la vi-i-ulencc de la lymphe vaccinale tient-elle à ce que celle-ci renferme habilucllcnicnr des globules rouges (Balzer).
Les liquides virulents conservent leurs propriétés alors même qu'ils sont étendus en proportions notables d'un liquide indifférent, tel que l'eau : on ne sait exactement si les antiseptiques détruisent cette virulence. La dessiccation paraît la faire cesser, mais encore ne peut-on se fier à elle, car on a vu la syphilis se développer à la suite de la vaccination avec du vaccin sur plaques.
Le virus syphilitique conserve son activité après la mort; des médecins en ont fait la triste expérience dans des autopsies de syphilitiques.
La question de la virulence de l'agent contagieux de la syphilis sera examinée à propos du pronostic de cette affection : il y a lieu cependant de se demander si ses variations ne jouent pas un rôle dans la difficulté ou la facilité de la contagion.
La transmission de la syphilis peut se faire et se fait le plus souvent d'une manière immédiate, par contact du sujet contaminé avec le sujet contaminant. En raison du siège habituel de ses manifestations, c'est surtout dans les rapports vénériens normaux ou anormaux qu'elle se produit.
Mais, à côté de ces contacts vénériens, il faut citer toute une série de modes de contagion auxquels ressortissent la plupart des faits que Bulkley (') et A. Fournier (-) désignent sous le nom de syphilis imméritées : les baisers et en particulier les baisers de parents à enfants et ceux des enfants aux adultes, qui font le grand danger des enfants syphilitiques ; les morsures; la succion d'une plaie par un sujet syphilitique et surtout la succion de la plaie de la circoncision chez les enfants israélites par un opérateur ou mohel atteint de plaques muqueuses buccales ; l'allaitement d'un enfant syphilitique, qui est parfois l'origine de véritables épidémies de syphilis si l'enfant est mis successivement au sein de plusieurs nourrices ; enfin le toucher vaginal, qui est la cause ordinaire de la syphilis professionnelle des médecins et des sages-femmes.
La transmission médiate peut avoir pour agents tous les corps les plus divers susceptibles d'être mis en contact régulièrement ou accidentellement avec des organes ou des sécrétions de sujets syphilitiques. Citons, parmi ceux qu'on aura le plus souvent à accuser, les ustensiles de ménage (verres, cuillers, fourchettes, biberons), les jouets d'enfants, les objets de toilette (éponges, canules vaginales), les latrines, les bassins, les instruments de musique, les pipes, le rasoir du barbier ; parfois les instruments de chirugie (spéculum, abaisse-langue, scarificateur à ventouses, porte-crayon à nitrate d'argent, cathéter de la trompe d'Eustache, instruments de dentiste) ; on a vu. dans des ateliers de verriers, la syphilis .transmise de bouche en bouche par la canne qui sert à souffler le verre ; le tatouage avec des substances mélangées à la salive d'un individu syphilitique peut également être l'origine delà syphilis : dans les vaccinations en série, la lancette peut transmettre, au vaccinifère ou aux autres sujets vaccinés, la syphilis dont est atteint l'un des vaccinés. On a cité des faits plus extraordinaires dans lesquels les rapports sexuels ont été la cause de la transmission médiate de la syphilis : une femme restée saine ayant
(*) D. Bllkley, Sijphilis in tlie innocent {syphilis insonlium). New-York, 180ô. (-) A. FouRMER, Les Chancres exlra-génitaux. Paris, 1897.
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eu des rapports avc'c un liouuuc sain après en avoir eu avec un iionirne alleinl de lésions suinlanles de la verge.
Le simple conlacL d'une sécrétion virulente avec le tégument ne sultit pas à transmettre la syphilis. Il est de toute nécessité que la surface, cutanée ou muqueuse, sur laquelle l'agent contagieux est déposé, soit le siège d'une solution de continuilé : <'ou[)ure, morsure, écorchure, érosion, crevasse ou excoriation consécutive à l'herpès, à l'eczéma, à une balanite, à la gale, etc.
Il est remarquable, vu les occasions multiples de transmission de la syphilis, (pie cette maladie ne soit pas plus répandue encore qu'elle n'est; il est surtout remarquable que, dans les agglomérations hospitalières de syphilitiques, la contagion ne soit pas plus souvent réalisée chez des malades porteurs de lésions cutanées diverses non syphilitiques. Il semble qu'un contact prolongé avec un virus syphilitique actif et non desséché soit habituellement nécessaire pour réaliser l'inoculation. Il serait cependant dangereux de négliger les précautions d'hygiène et d'antisepsie vis-à-vis des syphilitiques porteurs de lésions suintantes.
Existe-il des sujets réfractaires à la syphilis? L'innocuité a^ec laquelle certains sujets s'exposent d'une façon répétée à cette infection tendrait à le faire penser.
Il est incontestable cependant que les sujets nés de parents syphilitiques, même ceux qui ont eu dans l'enfance des manifestations de l'hérédo-syphilis, ne sont pas nécessairement à l'abri des inoculations syphilitiques.
'2'^ Hérédité. — La syphilis peut être transmise à l'enfant par ses parents, lorsque ceux-ci sont atteints de cette affection au moment de la conception. C'est là la véritable hérédité, hérédité due à l'infection de l'ovule, ou du sperme, ou de l'un et de l'autre, par l'agent pathogène de la syphilis.
Il est certain, et cela pouvait être supposé a priori, que la syphilis a plus de chances (92,2 0/0 d'après Fournier) d'être transmise au produit de la conception lorsque les deux géniteurs en sont atteints. De même la transmission est plus probable lorsque la mère est seule syphilitique (84 0/0 d'après Fournier) que quand le père est seul syphilitique (57 0/0 d'après Fournier) au moment de la procréation. Des faits bien observés, tels que ceux de E. Vidal, de Bassereau, de Lancereaux, de Fournier, et bien d'autres ensuite, semblent mettre hors de doute que la syphilis de l'enfant peut avoir pour seule origine la syphilis de son père, la mère ayant été avant la conception et étant restée pendant toute la grossesse indemne de toute manifestation syphilitique apparente.
La transmission de la syphilis au produit de la conception n'est cependant pas fatale, alors même que les deux géniteurs en sont atteints. L'immunité est d'autant plus probable que l'infection des parents remonte à une époque plus éloignée ; elle peut être espérée lorsque les parents ne présentent plus aucun des accidents réputés contagieux. Il y a néanmoins à cette règle des exceptions nombreuses : des hommes, plus rarement des femmes, en pleine période de manifestations syphilitiques secondaires, peuvent procréer des enfants indemnes de syphilis ; d'autre part, des sujets qui n'ont plus présenté depuis plusieurs années de manifestations de leur syphilis, ou qui n'ont plus que des manifestations tardives et non contagieuses, procréent des enfants syphilitiques. A. Fournier a vu des enfants naître syphilitiques de parents dont la .syphilis remontait à 18 et même 20 ans. La faculté de transmettre la syphilis à l'enfant paraît persister plus longtemps chez la femme que chez Ihomme. ce qui s'explique
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facilement par ce fait que les ovules, étant formés dès l'enfance, peuvent être tous infectés et receler longtemps le virus syphilitique, tandis que les spermatozoïdes se développant incessamment peuvent avoir été formés après l'infection de l'organisme paternel.
En pratique, on peut admettre quun sujet, dont la syphilis, remontant à i ou 5 ans, a été soumise à un traitement régulier et suffisamment prolongé, et (jui, depuis 18 mois à 2 ans au moins, n'a plus présenté de manifestations syphilitiques quelconques, a chance de ne pas transmettre la syphilis à sa descendance : ce sont les conditions que A. Fournier conseille d'exiger pour permettre le mariage des syphilitiques.
En règle générale, lorsqu'un sujet a procréé un enfant sain, il est peu probable que les suivants ofTrent des manifestations syphilitiques : c'est là une des conséquences de la loi qui régit la syphilis héréditaire, loi d'après laquelle celle-ci offre en général une gravité décroissante à mesure que la syphilis des parents devient plus ancienne et que les grossesses se succèdent.
L'influence du traitement subi par les parents dans les périodes C|ui précèdent la conception est souvent manifeste : des enfants procréés après un traitement de quelques semaines (traitement du père de famille, comme l'appelle familièrement A. Fournier) peuvent être indemnes, tandis que le produit d'une grossesse ultérieure non précédée d'une période active de traitement est plus ou moins gravement infecté.
Toutes les questions relatives à l'hérédité paternelle de la syphilis sont d'une interprétation particulièrement difficile, et les opinions formulées jusqu'à ces dernières années au sujet de leur mode instrumental sont sujettes à revision : la transmission héréditaire, c'est-à-dire le transfert par le spermatozoïde lui-même de l'agent infectieux, quel qu'il soit, de la syphilis comme d'ailleurs de toute autre maladie infectieuse, est difficile à comprendre, car un spermatozoïde infecté par un virus organisé semble théoricjuement privé de toute vitalité et de tout pouvoir fécondant. Il se pourrait que tous les faits attribués à l'hérédité paternelle ne fussent c[ue des contagions ovulaires ou des infections par la mère contaminée antérieurement, ou simultanément à la conception. Cette vue théoricjue, qui entraînerait la caducité de toutes les données relatives à la transmission paternelle des maladies infectieuses, laisse toujours intactes les données fournies par l'observation clinique, en particulier la transmission de la syphilis du père à l'enfant sans infection cliniquement apparente de la mère.
On a cité quelques observations de transmission héréditaire de la syphilis à la troisième génération : ces faits sont exceptionels, et pour la plupart peu probants; quelques-uns cependant, entre autres celui de C. Boeck, sont presque absolument démonstratifs. Fournier, ainsi que E. Besnier et Lannelongue, sont disposés à admettre cette hérédité à longue portée.
5° Syphilis par infection intra-utérine. — On confond ordinairement avec la syphilis par hérédité véritable la transmission au fœtus de la syphilis contractée pendant la grossesse ; le mode de contamination est cependant différent dans les deux cas. Dans la syphilis héréditaire proprement dite, l'être nouveau est procréé syphilitique, l'infection est d'emblée totale ; dans la syphilis transmise pendant la grossesse, le produit de la conception insuffisamment protégé par le filtre placentaire reçoit un sang qui l'infecte, de môme que, dans les expériences de Straus et de Chamberland, les fœtus des femelles rendues charbonneuses sont
inrcclrscl rciilVniuMil en jx'lil iioiiihi'c des l);icl('Ti('s (|iii Icurconrrreiil riimiiuiiiU'. Le foie, qui subit le premier ce conhicl inrcclicnx, (•<! ;ill('iiil ;'i un plus haut (Ici^ré que les autres viscères : c'est à ces cas (jue conviendrait l'expression imagée de chancre hépatique.
La transmission de la syphilis |)ar voie placentaire paraît ne plus se faire que rarement lorsque la mère est infectée après le sixième ou le septième mois de sa grossesse; elle est déjà rare dans les syphilis postérieures au cinquième mois.
Ces deux catégories de syphilis congénitales, la syphilis héréditaire proprement dite et la syphihs par transmission maternelle, rentrent dans une description clinique commune; on n'a pas suffisamment poursuivi leur étude différentielle pour pouvoir leur assigner de caractères particuliers.
i" Loi de Baumès-CoUes et syphilis par conception. — Lorsqu'une femme à mis au monde un enfant atteint de syphilis héréditaire, elle est désormais à l'abri de la contagion syphilitique. C'est ce principe qu'on désigne sous le nom de loi de Colles, dénomination à laquelle on doit préférer celle de loi de Baumès- Colles, car, ainsi que l'a démontré Fournier, l'observateur lyonnais a précédé et surpassé en clarté le médecin anglais. Cette immunité, affirmée par l'observation clinique, est précieuse, car elle permet à la mère de nourrir sans danger son enfant syphilitique. Pendant longtemps, on a admis pour l'expliquer que la mère est devenue syphilitique, en portant un enfant syphilitique, mais que le seul caractère symptomatique traduisant sa syphilis est l'immunité contre une infection nouvelle; cette immunité a été bien mise en lumière par les observations de Caspary, Neumann, Finger, qui ont sans succès tenté d'inoculer la syphilis à des femmes ayant mis au monde des enfants syphilitiques.
Les connaissances actuelles sur les toxines bactériennes permettent de penser que cette immunité résulte non pas d'une infection qui ne se traduit jamais par aucun signe, mais de la fîltration à travers le placenta de produits solubles élaborés par l'agent pathogène de la syphilis et pourvus de propriétés antitoxiques : cette opinion, formulée par C. Pellizzari(*), a été, en des termes un peu ditîérents, admise par divers auteurs, notamment par Finger(^).
Toujours en admettant que la syphilis dérive du produit de conception luimême et non d'une infection contemporaine au début de la grossesse, les cas de syphilis par conception méritent d'être rapprochés de ceux oij la syphilis maternelle est contractée au cours de la grossesse et transmise au fœtus par la voie placentaire : ils représentent la série diamétralement inverse, une sorte de syphilis héréditaire à l'envers, de choc en retour, et serviraient à montrer une fois de plus que le placenta n'est pas, contre l'invasion microbienne, le fdtre parfait que croyait Davaine.
Il convient de signaler ici la contre-partie de la loi de.Baumès-Colles, contrepartie connue sous le nom de loi de Profeta, qui peut être ainsi formulée : l'enfant né d'une mère syphilitique ne prend pas la syphilis de sa mère : cette loi, qui s'explique de la même façon (jue la loi de Baumès-Colles, est passible d'un nombre assez considérable d'exceptions.
Dans les cas répondant à la loi de Baumès-Colles, l'immunité seule, c'est-à-
(') C. Pellizzari, Traltalo ilaliano (ii palhologia e Lcrapia medica. Art : Sifilide. Milan, (-) Finger, Die Vererbung der Syphilis. Wioiev KUnik, 1898, p. 4 et 5.
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584 MALADIES VÉXÉRIKNNES.
dire un caraclèrc nég-alil", Iradiiil \c relenlisscMiKMil sur la mère <lii produit syphilili([uc de la eoncepUon.
' Ce relentissemeiil peul se manifester par des caraclères positifs, c'est-à-dire par des accidents syphilitiques, se développant soit au cours même de la grossesse, dès le 2« ou le o« mois, soit après elle, parfois même longtemps après l'accouchement, au bout de plusieurs années seulement, et cela sans qu on puisse trouver de porte d'entrée à la syphilis, sans qu'il y ait jamais eu de chancre. La réalité de ces syphilis par conception, admise par Ricord, Diday, Depaul, Hutchinson, Fournier, Zeissl, n'est guère discutable.
Reste à en déterminer le mécanisme. S'agit-il de syphilis inoculées par le sperme ou en même temps que le sperme dans les organes génitaux profonds ? Ou bien s'agit-il de syphilis transmises à la mère par un produit de conception provenant d'un père syphilitique? Et, dans cette deuxième hypothèse, le virus syphilitique passe-t-il directement de l'organisme fœtal dans Torganisme maternel sans déterminer de lésions placentaires, ou bien se produit-il, au point par lequel il pénétre, une lésion placentaire jouant le rôle de chancre (chancre utéro-placentaire de Frânckel)? Dans l'hypothèse où la syphilis par conception aurait pour origine un produit de conception syphilitique, les différences dans l'époque d'apparition des accidents de cette syphilis s'expliquent facilement par la pénétration placentaire, à dose variable, antérieurement ou postérieurement à l'infection, de produits bactériens solubles et immunisants.
Agent pathogène de la syphilis. — Les recherches tentées dans le but de déceler l'agent pathogène de la syphilis sont restées jusqu'ici complètement infructueuses. Les micro-organismes colorés ou cultivés par Klebs, Aufrecht, Birsh-Hirschfeld, Morison, etc., n'ont certainement aucun rapport direct avec la syphilis. Le bacille rencontré par Lustgarten (1884-1885) dans le chancre induré et dans les gommes, bacille présentant d'étroites analogies morphologiques et chromophiliques avec ceux de la lèpre et de la tuberculose, a semblé pendant quelque temps pouvoir être considéré comme le parasite de la syphilis; mais sa vogue a peu duré : les recherches d'Alvarez et Tavel (1885) sur le bacille du smegma préputial ont fait voir la ressemblance, ou plus exactement l'identité de ce saprophyte avec le bacille de Lustgarten, et actuellement on ne semble plus, même à Vienne, accorder à ce dernier la moindre valeur. Doutrelepont a décrit dans les lésions syphilitiques un bacille qu'il considère comme propre à celles-ci et à la syphilis et dont il n'a pu obtenir de cultures pures. Dans des recherches plus récentes, mais qui ne semblent pas avoir éclairé la question, van Niessen décrit comme propre à la syphilis un micro-organisme très polymorphe.
Un seul fait se dégage des nombreuses recherches bactériologiques entreprises sur la syphilis, c'est la présence fréquente dans ses lésions ou dans les tissus des syphilitiques, en particulier des hérédo-syphilitiques (Kassowitz et Hochsinger, Chotzen, etc.), de microcoques dus à une infection secondaire, mais n'ayant aucune relation de cause à effet avec la syphilis elle-même.
Alors même qu'on aurait constamment trouvé dans les lésions syphilitiques un bacille de forme et de caractères nettement différenciés et qu'on en aurait obtenu des cultures pures, on se trouverait encore en présence de difficultés sérieuses pour en étudier le rôle et les propriétés, car on ne connaît aucun animal susceptible de contracter la syphilis. Les recherches sans nombre entre-
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j)risos sur co poiiil ]);iil iciilirrciiM'iil iiiipoi-hiiil, «le la s\ pliilis ('riinihiill. Velpeau, Auzias-Turcmic, (lullerici-, Siginiind et Rosner, Horand el Peuch, Mossé, etc.), ont toutes (''clioiié sans exception. Aucun dos faits do Lep^ros (cochon d'Inde), do (^arenzi (génisse), de Klebs (singe), de Ilansel (lapin), de Marlinoau (porc et singe), auxquels leurs auteurs attachent une importance plus on moins considérable, n'a pu entraîner la conviction : les lésions plus ou moins étendues constatc'os dans ces divers cas relevaient d'une septicémie dont l'agent avait été inoculé en même temps que les tissus sypliiliti<pu's.
Cette impossibilité de trouver un animal réactif de la syphilis prive l'étude de cette afTection d'un appoint important, car la pathologie expérimentale pourl'ait éclairer certains points de son histoii'o (pie la clinicpie est incapable de tian cher définilivement.
Quoiqu'il en soit, il est permis de concevoir l'agent pathogène de la syphilis comme très voisin, au point de vue biologique, de ceux de la tuberculose el de la lèpre : les lésions qu'il détermine présentent, comme celles engendrées par c'es deux bacilles, une évolution lente et une incubation longue, en même temps (|u'elles oITrent des caractères hislologiques très comparables.