‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 7 sur 135 · GALE · texte numérisé non relu

GALE

dos taches, des lignes et des poils, et, sur sa face ventrale, également arrondie, A pattes à 5 articles de chaque côté, 2 antérieures, garnies d'un tube armé d'une ventouse, 2 postérieures terminées par un poil. A l'extrémité antérieure se trouve la tète, pourvue de 6 soies avec 4 paires de demi-niAfhoires et 2 palpes à 5 articles; à l'extrémité opposée, l'anus et les organes sexuels.

Le mâle est plus petit que la femelle, également de forme convexe, mais plus aplati et moins régulier; il présente à la dernière paire de pattes un ambiilacre armé d'une ventouse au lieu d'un poil; sur la face abdominale, près de l'extrémité postérieure, entre les insertions des pattes, on voit les organes génitaux formant des saillies distinctes.

Les acares sont faciles à mettre en évidence, avec un peu d'habitude; pour cela, avec une aiguille ou mieux avec la pointe d'un canif, on rompt l'extrémité d'un sillon et on recherche à l'aide d'une loupe le point blanc qui y est apparent ; on peut déposer le parasite, soit sur l'ongle, soit, mieux, sur une lame de verre recouvrant une surface de coloration foncée, et on l'y Aoil se mouvoir avec une assez grande rapidité.

On peut encore, au moyen de ciseaux fins et courbés sur le plat, exciser tout un sillon : en examinant celui-ci au microscope, on constate qu'il contient des petits corpuscules foncés, qui ne sont autres que les déjections des acares, et des œufs à diverses périodes de développement : les uns, situés près de l'orifice du sillon et déshabités, les suivants renfermant des larves plus ou moins bien développées, les plus profonds remplis d'un vitellus cloisonné.

On se rend ainsi compte de la formation du sillon que la femelle creuse en s'insinuant entre les couches épidermiques. La plupart des auteurs pensent que le sillon occupe la couche muqueuse, c'est-à-dire la partie la plus succulente de l'épiderme. Tôrôk(') et W. Dubreuilh (^) ont montré qu'il est entièrement creusé dans la couche cornée, ce qui explique pourquoi il est complètement sec et ne laisse pas suinter de liquide. Le parasite dilacère l'épiderme avec ses mandibules, y pondant, à mesure qu'il y progresse, ses œufs dont le développement est par suite d'autant plus avancé qu'ils sont plus près de l'orifice d'entrée.

Étiologie. — La gale ne reconnaît pas d'autre cause possible que la présence des acares. Ceux-ci sont transmis par contact direct et seulement lorsque le contact est prolongé. Il faut, en outre, que le contact ait lieu au moment où le parasite circule librement à la surface de la peau, ce qui ne se produit guère que pendant la nuit ou du moins à la chaleur du lit. Il en résulte que c'est ordinairement par la cohabitation que se fait la transmission de la gale : il est à peu près sans exemple qu'un simple contact, comme celui du médecin avec un sujet atteint de gale qu'il examine, ait suffi à transmettre cette maladie.

Cependant, le lit dans lequel a couché un galeux peut conserver quelc|ues larves errantes ou des œufs ; il en est de même des vêtements qu'il a portés^ d'où la possibilité d'une contagion indirecte qui, dans la pratique, s'observe rarement; plus souvent, les draps et les vêtements du galeux sont la cause de réinfection de celui-ci après guérison, d'où la nécessité de les désinfecter en même temps que le malade est soumis au traitement.

Les animaux sont sujets à la gale, mais elle est produite chez eux par des

(') TouôK, Zur Anntomie dcr Scabies. Monat><li. f. prakt. Dermat. 1889, T. \Ul, p. 560. (*) W. DuBREiTiLH, Anatomie patlioloi^nque de la galo. Annales de Dermat. 1805, p. 450.

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variétés dinV'ronlcs d'acares <|iii s'acclimalcnl mal die/. Ilioinnic. Aussi, la finale provenant du chien, du chai, du cheval, elc, osl-elle moins violente que la gaie ordinaire et présente-l-elle souvent une tendance spontanée à la guérison. Exceptionnellement, cependant, la ^ale des animaux peut se transmettre à l'homme et revêtir une «j;rande intensité : Hesnier (') a vu une éruption rouge généralisée, avec prodiiction de croûtes épaisses sur le visage, le cou et la nuque, causée par le sarcopte du cheval.

Pronostic. — Non traitée, la gale persiste indéfiniment en s'aggravant. Avant les modes actuels de traitement, elle constituait ime maladie grave, déterminant souvent un état de cachexie prononcée. Aujourd'hui, elle est devenue ljeaucou|) plus bénigne et la rapidité de sa guérison permet de ne plus guère la redouter. Quoiqu'elle puisse donner lieu, en servant de porte d'entrée aux agents pathogènes, à des accidents viscéraux, tels que l'albuminurie, et même faciliter l'infection syphilitique, et que, par sa longue persistance et l'insomnie qu'elle détermine, elle puisse porter atteinte à la santé, il suffit presque qu'elle soit reconnue pour cesser d'être grave.

Les maladies fébriles intercurrentes, en modifiant la nutrition générale, troublent le développement du parasite de la gale. Aussi n'est-il pas rare de voir, pendant leur cours, le prurit et les lésions diverses de la peau s'amender ou même disparaître ; mais, au moment de la convalescence, les embryons d'acares, qui n'avaient fait que sommeiller, reprennent leur activité, et l'affection reparaît avec tous ses caractères,^

Diagnostic. — Le diagnostic de la gale repose essentiellement sur la constatation du parasite ou tout au moins du sillon qui est l'indice de sa présence.

Le sillon peut être confondu avec des lésions traiimatlques diverses, écorchures, égratignures, mais s'en distingue par sa forme irrégulière, plus ou moins sinueuse, et, dans les cas douteux, par la présence de l'acare lui-même. En l'absence du sillon, les localisations des lésions aux espaces interdigitaux, aux plis du poignet, au sommet des coudes, à la partie antérieure de l'aisselle, aux seins, à la verge, associées au caractère nocturne du prurit, ont une telle valeur qu'elles peuvent presque à elles seules suffire au diagnostic de la gale.

Certaines éruptions professionnelles des mains, chez les maçons, les épicier.s (gale des épiciers) peuvent simuler la gale, mais en diffèrent par l'absence des sillons, par la localisation exclusive à ces régions.

On observe parfois chez les jeunes sujets lymphatiques, principalement au moment des chaleurs, une éruption très discrète de vésicules transparentes, occupant les espaces interdigitaux et la partie antérieure du poignet; cette éruption, qui semble être une forme particulière de dyshidrose, rappelle objectivement de très près la gale, mais en diffère par l'absence de prurit et par son évolution très rapide.

La phthiriase donne lieu à un prurit et à des lésions qui occupent principalement, sinon exclusivement, la partie supérieure du dos et la nuque.

Le prurigo de Ilebra est fréquemment confondu avec la gale chez lenfanl: son siège de prédilection sur le côté de l'extension des membres, l'envahissement du visage, l'intégrité des mains et des organes génitaux, le caractère du

(') E. Besmer, l'n cns do tj.Tle anormale, gale rouge croùteuse. Aunales de Dermul. 1892, j). 62 L

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pruril (|ui <'sl plus prdiioncô prndaiil le Joiir cl ^iiiloiil loisipic le malade se découvre, enfin les l'écidivcs niullij)les de Ja maladie, à épcxpies de l'anni'-e presque toujours les mêmes, peuvent l'aire préjuj^ei-, avant (junn n'ail rechercjié les sillons, qu'il ne s'agit i)as <le la gale.

Diverses formes iVerz-éina, les éruptions prurigineuses de Fentance peuvent présenter quel([ues-nns des caractères de la gale, mais en dillei-ent pai- leurs localisations en des points autres cpie ceuxoccui)és pai- la gale, ou par leur siège en une seule des régions de prédilection des acares.

L'extension d'une éruption eczémateuse ou ectliymateuse à des rt'gions multiples, son évolution lapide, l'intensité du pruril (pii l'accompagne, le caractère vespéral de celui-ci doivent faire rechercher attentivement si elle n'est pas sous la dépendance de la gale et imposent un examen minutieux de toutes les régions où peuvent se rencontrer les sillons.

Certains sujets, extrêmement nerveux et impressionnables, sont hantés par la crainte de la gale, et un prurit quelconque, avec ou sans lésion cutanée, peut être chez eux l'occasion d'une erreur de diagnostic d'autant plus facile qu'ils déclarent eux-mêmes être atteints de la gale ; un examen attentif de toutes les régions où peuvent siéger les manifestations de la gale est nécessaire pour déterminer si ces acarophobes{^) sont ou non atteints de la maladie qu'ils redoutent. La difficulté est surtout grande lorsque ces sujets ont été déjà atteints de la gale et ont subi récemment le traitement de cette affection : il faut alors déterminer si les lésions dont ils sont atteints sont le reliquat de leur première atteinte ou s'ils portent encore le parasite de cette affection, soit qu'ils n'aient pas été guéris par le premier traitement, soit qu'ils aient une récidive de gale; la présence d'un sillon, fût-il unique, peut seule trancher cette question.

Traitement. — Le traitement de la gale, tel qu'il a été régularisé par Hardy, consiste essentiellement dans l'emploi combiné des bains et des frictions au savon, destinés à ramollir l'épiderme, et des frictions énergiques avec une pommade parasiticide dont le contact avec le parasite est assuré par les moyens précédents.

Ce traitement, connu sous le nom de frotte, est réalisé à l'hôpital Saint-Louis de la façon suivante : 1" le malade est frictionné pendant vingt minutes au savon noir, sur toutes les parties du corps, en insistant surtout sur celles qui sont les sièges de prédilection du parasite ; Î2« il prend un bain tiède de trois (juarts d'heure, pendant lequel il se frictionne encore énergiquement ; 5" il est frictionné pendant vingt minutes sur tout le corps avec la pommade d'Helmerich modifiée (h2 parties d'axonge pour 2 parties de soufre sublimé et lavé et 1 partie de souscarbonate de potasse), puis, tout en conservant sa pommade, il revêt ses vêtements qui ont été passés à l'étuve pendant la durée du traitement et le lendemain il prend un bain tiède.

Le traitement de Hardy donne 59 guérisons sur 60 malades (Hardy), 90 à 9a guérisons pour 100 malades (Besnier); il a l'avantage de ne pas obliger à hospitaliser les malades, mais il est trop irritant pour beaucoup de sujets: mêir.e l'emploi des bains d'amidon après le traitement n'empêche pas toujours la peau d'être le siège de dermites parfois intenses. Aussi convient-il généralement. <lans la pratique, de diminuer la dose de carbonate de potasse au moins de

(M G. TniBn:RGE, Les acaropliobes. Reoue générale de rlinique et de thérapentiquc. -M avi'ii 1SU4, p. 7,"j.

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moilié, d'additionner la pommade de menthol (jui calme le |)nirit et modère l'irritation cutanée, et de ne pas prolonjii'er le contact de la pommade soufrée avec la peau pendant plus d'une heure ou deux : au bout de ce temps, le malade doit prendre un bain ou se laver avec une éponge et se poudrer à l'amidon.

Même ainsi mitigé, le traitement de Hai'dy n'est j)as encore appli(;able à certains sujets à peau particulièrement fine et irritable, aux enfants, aux femmes, surtout aux femmes enceintes, aux sujets porteurs de lésions cutanées irritatives intenses et étendues, aux galeux albuminuriques.

Dans ces divers cas, on i)eut avoir recours à la pommade au naphtol à 10 pour 100 qui a été recommandée par Kaposi, mais qui a l'inconvénient grave de provoquer une sensation de brûlure intense, aux onctions avec une pommade renfei-mant de 5 à 25 pour 100 de baume styrax ou de baume du Pérou et additionnée de 0,25 à 1 pour 100 de menthol, onctions répétées chaque jour et entremêlées de bains émollients. On a encore recommandé les badigeonnages à la teinture de benjoin, les onctions d'huile simple ou mentholée suivies d'un saupoudrage au soufre précipité.

Lorsqu'il existe des lésions irritatives, antérieures ou consécutives au traitement, on aura recours à l'emploi des pommades à l'oxyde de zinc additionnées de menthol et aux bains d'amidon ou de gélatine.

On aura toujours soin de faire désinfecter les vêtements et les couvertures du malade par le passage à l'étuve, de faire changer les draps de lit, et on soignera simultanément tous les membres d'une même famille, afin d'éviter les réinfections successives.

PÉDICULOSE

Définition. — On donne le nom de pédiculose ou de phthiriase aux lésions cutanées produites par les poux.

Les poux sont des animaux de la famille des Pédicules, insectes aptères sans métamorphoses, dont la tête, supportée par un thorax peu distinct de l'abdomen, porte des mandibules avec lesquelles ils mordent la peau et un rostre qui leur sert à pratiquer la succion. Les femelles, beaucoup plus nombreuses que les mâles, pondent un grand nombre d'œufs et les déposent sur un poil où ils sont collés par une charpente de chitine qui entoure le poil comme une gaine ; ces œufs sont connus sous le nom de lentes.

Trois espèces de cette famille peuvent infecter le corps de Ihomme; l'habitat de chacune d'elles détermine le siège des lésions qu'elle produit.

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