‹ Traité de médecine (volume 2)Chapitre 81 sur 135 · CHAPITRE III BLENNORRAGIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III BLENNORRAGIE

Sous le nom de blrnnornn/ii' (de (jàévvï, nuicus, pv,YVj|j.'.', je chasse dehors), on désigne une affection caractérisée clini([uemenl par un écouhMnent i)uruhMit ayant pour siège ordinaire lurèlre clie/, riionime et chez la fenune. mais pouvant donner lieu à des manifestai ions analogues sur diverses autres mutpu'uses

(') Ahnozan' et ViciNEuoN, Du liailcincnt de la chanci-elie el du bubon cbancrelleux par les applications locales d'etvu chaude; Juur, de mcd. de Bonlcaiu:, 1800-181)1, p. 577.

IGEORGES THIBIERGE]

452 MALADIES VK\i:ruy:\XEs.

el se compliquor de phénomènes généraux; celle ulï'eclion esl produite par un micro-organisme spécifique, le gonocoque d'A. Neisser.

Confondue longtemps avec la syphilis el le chancre mou, el attribuée au prélendu virus vénérien, la blennorragie ne fui définitivement séparée des deux maladies précédentes que lorsque les recherches pratiquées à l'hôpital du Midi eurent démontré que l'inoculation du pus blennorragique ne provoquait pas le développement d'un chancre('): elle a été plus longtemps encore confondue avec les urétrites banales, non transmissibles d'un sujet à un autre, évoluant plus rapidement, provoquées par des irritations simples, non spécifiques : la connaissance du rhumatisme blennorragique a bien laissé soupçonner la spécificité de la blennorragie, que Féréol affirmait dès 1866; mais sa démonstration restait à faire. L'agent pathogène recherché par Jousseaume, puis par Salisbury, par Bouchard, entrevu par Rallier, fut décrit par Albert Neisser en 1870. Les recherches ultérieures, malgré quelques constatations en apparence discordantes, ont confirmé le rôle du gonocoque.

jDii gonocoque de Neisser{^). — Le gonocoque est un diplocoque, dont les deux moitiés ont l'aspect de 2 grains de café adossés parleur surface plane; ces deux moitiés sont plus ou moins nettement séparées ; les auteurs allemands le comparent à deux petits pains (Semmel). Les deux éléments du diplocoque mesurent dans leur ensemble i [j., 23 de long sur 0,7 u. de largeur environ; ils sont contenus dans une capsule amorphe non colorée par les réactifs. Le gonocoque est doué de mobilité.

Le gonocoque est en général contenu dans les leucocytes du pus, à côté du noyau que, d'après Bumm, il ne pénètre pas, tandis que, d'après Neisser, il peut occuper le noyau; on le trouve également à la surface des cellules épithéliales desquamées et dans le sérum du pus.

Il se colore facilement par les diverses couleurs d'aniline, la fuchsine, le bleu de méthylène et surtout les violets. Il se décolore par la méthode de Grara.

La recherche du gonocoque dans le pus est facile; elle se fait sur des lamelles colorées soit au violet de gentiane, soit au bleu phéniqué de Kûhne qui a l'avantage de donner des colorations moins intenses. Sur les coupes, la recherche est plus délicate.

L'association des trois caractères précédents, la forme en grain de café, le siège intra-cellulaire, la décoloration par la méthode de Gram, permet de distinguer le gonocoque des microbes habituels du pus, qui sont fréquents dans le pus blennorragique, au moins à la partie terminale de l'urètre.

Le gonocoque ne se cultive pas sur les milieux de culture ordinaires ou du moins s'y cultive très difficilement : bien des prétendues cultures de gonocoque ont été dues uniquement au développement de parasites accidentellement inlro-

(') La confusion cnlrc la Ijlennorragie el la syphilis a été entrotcniif par la célèbre expérience de Hunier qui, s'élant inoculé le pus d'une urélrite. vil se développer un chancre suivi de loule la série des manifcslalions syphililiques : il est bien établi aujourdhui i[ue la blennorragie ne produit jamais la syphilis, et les résultais de Texpérionce de Hunier ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que le sujet considéré i)ar Hunier comme un simple blennorragique était un syiihililique vraisemblablement atteint de chancre inleclanl de l'urètre.

(-) Voir Mahcel Sée. Le gonoco([ue. Thèse de Paris, 1893-18%. — ^'E1LL0^'. Le gonocoque. Annales de Dermalologie, 1898, p. 18.

duils dans les cnllnres. Les progrès de la leclini(|ue des eiilliires permellenl inainlenant de cultiver prescjne à coup sur le ^onocofjue; les milieux sur lesquels cette culture peut se l'aire soiil Tai^ar addilionné de séruui du sang humain ou de sérosité ascitique, l'agar addi(i(jnné (Tui-ine sléi'ile (Finger) donne des résultats inconstants. Les cultures réussissent mieux sur plaques (pie sur luhes.

Les colonies de gonocoques se développent généralement en 24 heures, quel- (juel'ois 48 heures; elles forment des taches transparentes, pres(pic incolores, ayant l'aspect d'une légère buée, ou brillantes et comme verniss('es, ou bien sont d'un gris légèrement bleuté; leur centre est plus épais que la périphérie. Ces cultures s'étendent généralement sur leurs bords en poussant des i)rolongements irréguliers.

Les cultures du gonocoque n'ont qu'une très faible vitalité, elles meurent généralement au bout de 5 ou 6 jours.

Les toxines du gonocoque, étudiées par Wassermann, Schaffer('), sont encore très mal connues.

Rôle du gonocoque dans les manifestations blennorragiques. — Des contestations se sont élevées à propos du rôle pathogène du gonocoque, (pii n'a pas été admis sans difficulté.

Et d'abord, dans les produits blennorragiques, il est rare de trouver le gonocoque isolé. En général, il est associé aux microbes de la suppuration, streptocoques et staphylocoques, et à des microbes moins bien déterminés qui varient suivant les muqueuses sur lesquelles on le recherche. Ainsi dans le pus urétral, on peut trouver, d'après les recherches de Legrain,le diplococciis subflavus de Bumm, le micrococcus citreus conglomeratus du même auteur, le micrococcus ochroleucus de Prove, un microcoque orange, un microcoque blanc, etc.

D'autre part, on a trouvé le gonocoque dans les sécrétions d'urétrites développées en dehors de toute contagion; Slraus en a rapporté un exemple qui paraît probant.

Enfin quelques auteurs ont cru trouver le gonocoque dans lurètre d'individus n'ayant pas la blennorragie et ne l'ayant pas eue. Eraud et Ilugounenq, ayant trouvé dans l'urètre de sujets absolument sains un microcoque doué de certains des caractères du gonocoque, ont admis que le gonocoque est un microbe saprophyte habitant normalement l'urètre comme le pneumocoque habite la bouche et susceptible de devenir pathogène sous l'influence de causes à déterminer. Il semble aujourd'hui démontré que ces auteurs ont eu alTaire, non au gonocoque, mais à un pseudo-gonocoque.

Le rôle du gonocoque dans la production de la blennorragie est prt)uvé par sa constance aux diverses périodes de la blennorragie urétrale, dans le pus des diverses localisations génitales et extra-génitales de celle affection, enfin dans certaines des complication.s viscérales.

Les recherches de tous les auteurs s'accordent sur ce point, à savoir que le gonocoque est constant dans l'urélrite blennorragitpie aiguë, et aussi sur cet autre point qu'aucun des microcoques (jue nous avons cités plus haut ne s'y rencontre constamment.

(') SciiAFi-ER. Boilragzui' Fragc dor Cidiiokokken-Toxine. Fortsrhv. dcr Medir.. 18'.)7, t. XV, p. 813.

IGEORGES THIBIERGE.'i

Cette constatation est tellement banale qu'il n'y a pas lieu d'insister. La spécificité du gonocoque résulte encore de ce fait que, dans les urélriles que la clinique conduit h séparer de la blennorragie, on voit ce micro-organisme faire

défaut.

Dans l'urétrite chronique, le gonocoque se rencontre d'autant plus souvent qu'on est moins éloigné du début et, en faisant des examens multipliés du pus blennorréique à plusieurs jours d'intervalle, on le trouve presque toujours (Neisser). Lorsqu'il fait défaut avant la guérison complète de l'urétrite, on peut provoquer sa réapparition dans le pus au moyen d'une injection de sublimé au 20000'' (Neisser), ou de nitrate d'argent au 1000% ou de l'ingestion de bière. Le gonocoque persiste pendant plusieurs années dans l'urètre à la suite d'une blennorragie; ses reviviscences sont, plus encore que des inoculations nouvelles, l'origine des récidives de la blennorragie. Cependant il se peut que certains cas d'urétrite chronique postblennorragique soient dus à une infection urétrale par un microbe autre que le gonocoque.

Dans la blennorragie de la femme, on ne trouve jamais le gonocoque à l'état de pureté. Les associations microbiennes expliquent aisément le fait, que, dans beaucoup de vulvites, de métrites, de salpingites, causées par le gonocoque, on ne trouve plus à un moment donné que des microbes de la suppuration.

Le gonocoque se rencontre également dans les lésions blennorragiques des muqueuses extra-génitales. C'est ainsi qu'on l'observe dans les conjonctivites des nouveau-nés et les conjonctivites blennorragiques de l'adulte.

Quant au rôle du gonocoque dans les localisations profondes du processus blennorragique, il sera exposé à propos du rhumatisme blennorragique.

La valeur pathogène du gonocoque est démontrée d'une façon irréfutable par les inoculations de ses cultures. Les inoculations faites dans l'urètre de sujets sains par Bumm, Anfuso, Wertheim, Menge, Steinschneider, Finger, etc., ont donné des résultats absolument démonstratifs. Ces inoculations semblent ne réussir que chez l'homme : Wertheim est parvenu à produire des péritonites chez la souris et le cobaye, mais les expériences sur les muqueuses des animaux ont échoué sans exception.

Localisations diverses du processus blennorragique. — Par ses localisations sur les muqueuses des voies urinaires, la blennorragie appartient plus à là chirurgie qu'à la médecine. Aussi nous ne donnerons qu'une description très résumée de la blennorragie uro-génitale.

Quant à ses localisations viscérales, leur description complète ferait double emploi avec celles qui doivent en être données dans les divers chapitres ayant trait aux affections des divers viscères. Nous n'en rappellerons ici que les données utiles pour la compréhension générale du processus blennorragique.

Nous insisterons davantage sur ses manifestations articulaires, qui constituent ce que l'on a appelé le rhumatisme blennorragique.

BLENNOH!iA<;ir:.

Page 1