ELIMINATION DES TOXINES
serait facile, on le comprend, de supposer que ces substances introduites modilient le milieu, séjournent d'une façon permanente, empêchent, à la manière des antiseptiques placés dans les bouillons, le développement du bacille qui vient à pénétrer. On pourrait les comparer à l'acide sulfocyanitiue du liquide de Raulin, aux ammoniaques, aux phénols, ou à certaines matières encore ignorées du chimiste, quoique connues de l'expérimentateur, matières qui, d'après Garré, Freudenreich, Chantemesse, Widal, etc., rendent impropres à la pullulation de certains germes les milieux où ces germes ont vécu.
Nous ne croyons pas cependant que les choses se passent aussi simplement dans l'économie que dans un tube de culture: sans contester le rôle indéniable des changements humoraux, nous ne pensons pas que, dans l'immunité, les modifications chimiques dépendent uniquement, directement, de la présence des toxines. — Lorsqu'on étudie in vitro pourquoi, à un moment donné, la végétation d'un microbe s'arrête, on voit que cet arrêt n'est attribuable qu'en partie à des composés empêchants; il a également pour cause la diminution des matériaux de nutrition. Or, il est aisé de concevoir que, dans l'organisme du lapin, l'alimentation, la respiration remplaceraient bien vite les éléments nutritifs, si, par supposition, les produits solubles pouvaient les altérer, les supprimer, comme le fait un germe dans un bouillon inerte. D'un autre côté, si, dans ce vase clos, le principe ou les principes nuisibles s'accumulent au maximum, puisque rien ne s'échappe, sauf parfois des parcelles volatiles; cette rétention ne se réalise pas chez l'animal. Les importantes expériences du professeur Bouchard établissent, Cii effet, que, parfois tout au moins, ces principes s'éliminent: nous avons constaté, Rufler et moi, qu'à partir du quatorzième jour qui suit 1 inoculation le liquide urinaire n'en contenait plus, en tout cas d'une façon appréciable (*); ces éliminations, dont la durée varie, sont souvent plus lentes: elles persistent pendant des mois, influencées par les oscillations de la vitesse, de la pression, etc. — Roux et Yersin ont reproduit la paralysie diphtérique en introduisant 1 urine des malades.
On pourrait, à la rigueur, objecter que ces substances, si mal connues chimiquement, n'étant pas plus dosées à leur entrée qu'à leur sortie, on ignore si une partie, minime assurément, pourtant capable d'immuniser, n'a pas été retenue, fixée, transformée; la chose est pourtant peu vraisemblable. Un dosage précis, il est vrai, est impraticable à l'heure actuelle; en revanche, les recherches tentées à l'aide de la sécrétion rénale des urines constituent une sorte de mesure physiologique; elles montrent qu'on retrouve dans cette sécrétion une puissance vaccinante qui rappelle celle des produits injectés. Le professeur Bouchard, en injectant à un lapin le sérum d'un autre lapin réfractaire au bacille pyocyanique, a rendu cet animal capable de lutter contre ce bacille ; ce germe inoculé ne provoque dans ces conditions qu'un mal atténué, du moins pendant 5 à 4 semaines; puis, cette résistance fléchit progressivement, sans qu on parvienne toujours à déceler dans les urines des attributs spéciaux. — Cette substance protectrice semble disparaître par destruction plutôt que par élimination: à un moment il n'en reste plus; les tissus n'ont pas réussi à la retenir, tandis que chez les vrais vaccinés le principe de défense persiste longtemps. Il faut donc admettre, puisque ce principe, pas plus qu'un autre, ne saurait être immuable, puisque, d'autre part, il est toujours présent, sans qu'on
Cj Soc. de biologie, 1801.