MALADIES A VACCIXS SOLUBLES. — EXTENSION RAPIDE DU PRINCIPE
propos de deux infections, celte théorie de l'addition, en moins de deux ans, îî partir de celle publication, ce que j'avais mis en évidence pour la maladie pyocyanique a été placé hors de contestation pour douze virus.
Je reconnais qu'au début mes animaux en ti^énéral mourraient: ils succombaient sans qu'on puisse déceler un seul bacille dans leurs viscères, après des semaines, des mois, alors que les témoins périssaient dans les quarante-huit heures, les tissus farcis de germes; ces vaccinés n'étaient nullement victimes de l'infection; ils étaient donc réellement immunisés. Il a, du reste, suffi de diminuer les doses de toxines immunisantes, 'sans aucun autre changement, pour les voir survivre; en somme tout ce qu'on peut me reprocher, c'est de n'avoir pas eu dès la première minute une technique parfaite irréprochable! Mais j'ai réussi de la façon la plus absolue à m'opposer au développement des microbes visés! Or, théoriquement, toute la question est là! Je n'ai, d'ailleurs, créé aucun principe ; j'ai simplement apporté des preuves décisives, dépourvues des défectuosités de celles qu'on avait fournies jusqu'alors.
On ne compte plus aujourd'hui les maladies contre lesquelles il est possible d'immuniser, soit à l'aide des produits solubles, soit en utilisant les humeurs, le sang, le sérum, les tissus, les extraits des organes des sujets réfractaires. — On a vacciné en injectant des cultures stérilisées, plus tard le liquide hématique des animaux rendus résistants; le professeur Bouchard a obtenu les mêmes résultats, en introduisant sous la peau les urines des lapins subissant les efïets de l'inoculation du microbe du pus bleu(').
On doit des démonstrations analogues, pour l'œdème malin à Roux et Chamberland(^), pour le charbon bactéridien à Hankin qui a employé des albumoses, à Woolridge, à Peterman, à Christmas qui ont également utilisé des éléments protéiques, à Pasteur, à Perdrix qui ont injecté le sang chauffé, etc. ; même, dans certains cas, pour ce charbon, suivant Fodor, Schor, Zagari, Innocente, le bicarbonate de soude peut rendre des services. — Mastbaum, en ayant recours à de petites doses successives de toxines, a vacciné contre le rouget; Chantemesse, Widal, Bruschettini, Klemperer, Levy, Stern, contre la dothiénentérie; Roger, Mironoff, Marmorek, contre le streptocoque; Belfanti, Klemperer, Arkharofî, Mosny, en s'adressant aux substances expectorées ou aux cultures épuisées, contre le pneumocoque ; divers chercheurs, Brieger, Wassermann, Hatîkine, Macraé, Kestcher, Buchtsab, Swatchensko, Sabolotny, ont inmiunisé à l'égard du choléra indien, en employant des bouillons faits avec le thymus, en utilisant des antiseptiques; Behring, Kitasato, Vernicke, Wladimiroff, Vaillard, Vincent, Courmont, Doyon, Abel, Kuprianow, etc., les uns, à l'aide des produits solubles, les autres à l'aide des sérosités, des extraits viscéraux, produits ou extraits additionnés de trichlorure d'iode ou d'eau oxygénée, ont obtenu des vaccinations diphtériques, anti-tétaniques, etc. (^).
Ajoutons, à ces vaccinations, celles qu'on a réalisées vis-à-vis de la rage
(') Cette expérience est importante, parce que, les produits des germes variant avec les milieux, on ne sait pas si une bactérie fabriquera dans une économie ce qu'elle engendre dans un bouillon; cette démonstration est nécessaire : on l'oublie trop.
(2j Ann. Inst. Posleur, déc. 1887.
(*) Dans le laboratoire, on vaccine contre des virus, dont une première atteinte, chez l'homme, ne préserve pas, ou, du moins, ne parait pas préserver. — Ces différences tiennent aux espèces, aux techniques, à ce fait que la résistance humaine est quelquefois de trop courte durée pour être appréciée, etc. — Nous ne pouvons citer ici, à ce propos, comme à d'autres, que quelques cas.
LHS VACCINATIONS RÉCIPROOUKS. -217
par le coiileiiu des iiiocllcs, on, j)ar los séc relions des rcWriiclaires, vis-à-Ais dos infections causées par le vibrion avicide, par celui du rli.uhon symptomaticjue, |)ar eelni de la seplieéniie des poules, de la ]è[)i-e, de la peste, du jjolulismc, etc.; cpiekpies principes immunisants sont de natui-e volatile.
Les essais lenl(>s par l'eicliel ou ])ar dilïerenls auteurs contre les agents |)yoL>ènes, contre le bacille du côlon, etc., ont fourni des résultats assez inconstants, sauf peut-être pour ce bactérium coli. On ne sauiait, du reste, prétendre à dresser une liste complète au point de vue de ces immunisations; la marche rapide des progrès la ferait demain incomplète.
Pour plusieurs de ces alï'ections, pour la plupart môme, pour celles, par exemple, que provocpient la bactéridie, les bacilles du pus bleu, de la diphtérie, du tétanos, les agents du rouget, du choléra des oiseaux, du charbon œdémateux, etc., pour plusieurs de ces affections, on possède, d'ailleurs, des vaccins ligures, qui ne sont autre chose que les germes pathogènes eux-mêmes introduits soit en petite quantité, soit par une porte d'entrée spéciale, soit à l'état atténué, atténuation obtenue à l'aide du temps, de la lumière, de la chaleur, de l'oxygène, des antiseptiques, de la dessiccation, etc.
Parfois, on a pu immuniser vis-à-vis d'un virus en s'adressant à un autre virus. — Sobernheim('), Szekely, Szana("-), ont vu le Proteus vulgaris, le Prodigiosus, le bacille du côlon, la spirille de Finkler créer la résistance contre le choléra indien, et réciproquement; Cesaris-Demel, Orlandi(^), etc., ont constaté des faits analogues soit à propos du bacille d'Eberth, soit à propos de ce (dioléra indien. Dunschmann a reconnu que le sang des animaux rendus résistants au charbon symptomatique permet d'établir des protections efficaces vis-à-vis de la septicémie aiguë. L'antitoxine diplitéritique affaiblit le venin de la vipère ; il en est de même, d'après Phisalix et Bertrand, du liquide hématique du hérisson. Bonhoff estime que la résistance à la virgule n'est pas spéciale(^); le contenu vasculaire de l'homme, suivant Pfeiffer, facilite l'immunisation contre la spirille de Koch. Le sérum bactéricide pour le streptocoque se montre également nuisible pour les staphylocoques; Calmette vient d'apporter de nouveaux exemples à l'appui de ces données. L'histoire de la variole et de la vaccine fournit des arguments de cet ordre; toutefois, les travaux d'Eternod, de Haccius, les observations venues de Carlsrhue, etc., ébranlent l'unicisme de Chauveau, de la Commission lyonnaise, de Dupuy, de Juhel-Renoy, de Chambon, de Saint- Yves-Ménard, etc.
Ainsi un progrès considérable se trouve de la sorte réalisé, attendu que les vaccins figurés sont rares, attendu que, très atténués, ces vaccins figurés ne font rien, tandis que, trop peu affaiblis, ils tuent : au point de vue pratique l'avantage est important. La théorie y trouve son compte; toutefois, là. comme ailleurs, le dernier mot n'est pas dit; la question n'est que déplacée: ses limites, sa solution, ne sont que reculées.
Il ne faudrait, en effet, ni s'illusionner, ni croire que nous avons pénétré le mécanisme de l'immunité, parce qu'il a été établi que cette immunité survient après linjection des produits solubles. A coup sur, la question a fait un pas eh avant, quoique le fond du problème demeure enveloppé d'obscurité. • — Il
(V) Hyg. Ruiuhli.. ISiVi.
(-) C'entr. f. Bakt., XII.
(3) Centr. fur Bakt., t. XII, 1892.
{^) Hyg. Rundsch., sept. 18Di.
[A. CHARRINri