CONCURRENCE VITALE : ANTAGONISME, ASSOCIATION ET SYMBIOSE
Le milieu où s'est accompli le développement d'un microbe ne convient ordinairement plus à une nouvelle culture de la même espèce. Le microbe, en effet, se crée à lui-même un milieu impropre, soit par soustraction des éléments nutritifs qui lui sont nécessaires, soit par élimination de principes nuisibles résultant du fonctionnement vital, soit même par simple changement dans la réaction du milieu de culture.
Cependant, il n'en est pas toujours ainsi. Pasteur a montré que le Bacille du charbon croissait bien dans des bouillons charbonneux débarrassés de leurs cellules vivantes par filtration sur porcelaine. Le même fait a été constaté plus tard pour le Bacille du tétanos.
Par contre, le développement du microbe du choléra des poules devient promptement difficile et impossible dans un bouillon où ce microbe a déjà pullulé. On a remarqué de même que le Bacille typhique, cultivé en surface sur gélatine et enlevé ensuite avec soin par raclage, ne peut plus se développer par un nouvel ensemencement sur ce même milieu. Outre ces espèces, on peut citer encore, parmi celles qui ne croissent que difficilement dans les milieux où elles ont vécu, les Bacilles du lait bleu, de la pneumonie, le Vibrion du choléra.
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Ouo deux espèces se iroiivenl mainlenani en présence dans un même milieu, on verra la lulle s'élai)lir eiilre elles: lune des espèces se développera plus rapidement et finira par élouller l'autre : il y aura antagonisme. Parfois aussi, certaines espèces lacilileronl le développement dautres microbes ou exalteront leurs elVorts : il y aura association.
Pasteur avait remarqué que le Bacille charbonneux se développe péniblement dans un bouillon de culture du microbe du choléra des poules, et que ce même Bacille, inoculé simultanément avec d'autres Bactéries, ne se développe pas ou se développe mal dans le corps de Tanimal, qui peut ainsi résister à ses atteintes. Il en concluait, dans sa vue large des choses, que « tous ces faits autorisent peut-être les plus grandes espérances au point de vue thérapeutique ». On ne tarda pas à rechercher Faction réciproque des microbes, soit dans les milieux artificiels, soit dans Torganisme animal.
Pour étudier cette action dans des milieux inertes, on a eu recours à deux méthodes. La première consiste à faire vi^re côte à côte deux microbes, soit en les maintenant séparés, si l'on veut et si l'on peut, sur les milieux solides, soit en les mélangeant dans des milieux liquides ; dans les deux cas, lun est ordinairement écrasé par l'autre. Dans la seconde méthode, on ensemence une espèce dans un milieu qui en a nourri une autre et qui en a été débarrassé par stérilisation. Ici, l'action nocive de la première culture sur la seconde se manifeste plus aisément.
]\Iais, en réalité, ni l'une ni l'autre de ces deux méthodes ne résout complètement la question. Un grand nombre de facteurs peuvent faire changer le résultat : température, relations du milieu de culture avec l'oxygène, changement de réaction acide ou alcaline, nature du terrain, proportions relatives des microbes en présence, etc. De plus, avant de conclure à un antagonisme réel, il faut rechercher si le manque de croissance ne provient pas simplement de ce que l'on a affaire à un microbe très sensible à la composition du milieu de culture. Si. en effet, certaines espèces ne sont pas difficiles dans le choix de leur nourriture et s'accommodent assez bien de tous les bouillons qu'on leur offre, telles que le Bacille du charbon surtout, le Bacille pyocyanique, le Bacillus prodigiosus. et en général les espèces saprophytes, il en est de plus délicates, comme les Bacilles du choléra des poules, de la morve, de la tuberculose, et beaucoup d'autres, pour lesquelles les conditions du développement sont bien plus étroites.
Toutefois, ces réserves faites, la culture dans les milieux inertes n'en fournit pas moins d'utiles indications.
En employant les milieux à la gélatine, Garré a constaté que la culture du BacUlus fluorescens putridus, débarrassée du microbe, ne permet plus le développement du Staphylocoque pyogène doré, du Bacille de la fièvre typhoïde, du Bacille de la pneumonie, etc. Le Vibrion du choléra asiatique n'y pousse que péniblement ; le Bacille du charbon et le Mbrion de Finkler et Prior offrent au contraire un développement abondant. ^lais l'antagonisme n'est pas toujours réciproque : si le Bacille fluorescent ne peut plus germer sur la gélatine où s'est développé le Bacille typhique, celle qui a nourri le Staphylocoque et le Bacille de la pneumonie reste un bon terrain de culture pour le Bacille fluorescent. Dans ces expériences, il semble que l'action antagoniste soit surtout due à la sécrétion de substances nuisibles.
Pavone, ayant mis en concurrence, sur des milieux variés, le Bacille typhique