‹ Traité de médecineChapitre 140 sur 207 · C. — TROUBLES DE LA NUTRITION DANS LE CANCER · texte numérisé non relu

C. — TROUBLES DE LA NUTRITION DANS LE CANCER

Je laisse de côté la question de savoir si le développement des tumeurs malignes est préparé et commandé par des troubles diathésiques préalables de la nutrition. Après Bazin, Verneuil et ses élèves ont défendu cette opinion que l'arthritisme joue un grand rôle dans la genèse des cancers. Je dirai seulement ici quelque chose des travaux faits sur les troubles de la nutrition lions le cancer une fois réalisé. On connaît les publications de M. Rommelaëre qui a donné Fhypoazoturie et l'hypophosphaturie comme un signe diagnostique important des néoplasmes. La peptonurie a été signalée dans les cancers par Maixner et Pacanowski. Nous citerons encore les travaux de Fr. Millier (-) et de G. Klemperer(^). Miiller a constaté toujours chez les cancéreux (que le siège du néoplasme soit dans l'estomac, le sein, la verge, le pancréas) une élimination de matière azotée en quantité supérieure à la quantité d'azote fournie par les aliments (^). L'économie s'appauvrit donc en matières albuminoïdes. Mais, tandis que chez certains cancéreux cette perte est simplement due à l'inanition, chez d'autres elle se produit même avec une nourriture suffisante et paraît dépendre directement de la résorption de produits toxiques (ptomaïnes?), qui, élaborés dans les tissus cancéreux, amènent la cachexie : cette cachexie est caractérisée plutôt par l'hydrémie que par l'anémie; les globules rouges sont diminués de nombre et leur teneur en hémoglobine abaissée, les leucocytes sont plus nombreux. Les matières grasses sont moins atteintes que les albuminoïdes, d'où l'affaiblissement surtout accentué du système musculaire.

La toxicité spéciale de l'urine des cancéreux, vérifiée récemment encore par F. Meyer {Zeitsch. fur Kl in. med., XXXIII, 5-6, 1897), et qui diminue au début ou au cours des accidents comateux, l'apparition chez certains cancéreux d'un coma qui rappelle le coma diabétique ou dyspeptique, sont des arguments en faveur de l'auto-intoxication dans le cancer. D'ailleurs Klemperer a constaté fréquemment la diminution de l'alcalinité du sang dans le coma des cancéreux comme dans le coma des diabétiques. Il admet aussi cjue les troubles nutritifs aboutissant à la cachexie cancéreuse sont le résultat de la résorption d'une toxine fabriquée par le cancer(^). Mais en outre la pulpe splénique est beaucoup plus toxique chez les cancéreux que chez des sujets non atteints de cancer (F. Meyer, loc. cit.).

M. Bard définit la cachexie des tumeurs malignes une sorte d'auto-intoxication de l'économie par les produits excrémentitiels ou de sécrétion des cellules de la tumeur, qui n'a pas d'autre canal excréteur que les vaisseaux de la circulation générale : mais il n'admet pas que ces produits soient des sucs anormaux

(V) Société império-royale des médecins de Vienne, mars 1889. — A. Lefebvre, Dos déformations ostéo-articulaires consécutives à des maladies de l'appareil pleuro-pulmgriaire. Thèse de Paris, 1891.

(î; Journal de médecine de Bnixelles, 1883 et 1884.

(3) ZeUschr. f. kiin. Med., XVI, p. 486-550.

(*) BerL kli?!. Woch., p. 869, cet. 1889.

(^) Sur le poison cancéreux, consulter aussi Adamkiewicz (Dei/Zsc/i. Med. Woch., 1891).

CANCKR. CHLOROSE. 345

ol spécialemoni l()xi(|nes, Co sont les |)ro(liiils normaux df scH-rétion ou de déchel dos tissus constituants (le la tumeur tels ([u'on les trouve dans le tissu analogue de l'organisme sain(').

Cependant Freund a étudié comparativement la composition chimique des tissus normaux et celle des tissus servant d'origine aux néoformalions de mauvaise nature. Il a toujours constat»', dans soixante cas, que les tissus de néoformation contiennent environ 50 pour 100 d'albumine en moins que les tissus normaux et que le carcinome présente, avec une proportion normale de graisse, vingt à trente fois plus d'hydrocarbures, tandis que le sarcome offre, avec une proportion à peu près normale de graisse et d'hydrocarbures, une teneur exagérée en peptone, qui s'élève en moyenne à 5 pour 100 du poids du résidu sec. Or, d'autre part, le sang des carcinomateux, môme au début et en dehors de toute cachexie, présente une proportion de sucre et d'hydrocarbures double ou triple du taux normal, tandis que le sang des sarcomateux ne contient plus d'hydrocarbures en excès, mais fournit un chiffre exagéré de peptone. Ainsi les substances qui se trouvent en proportion exagérée dans le sang sont précisément celles qui constituent un élément important de chacun des produits de néoformation (^).

Tous les cliniciens ont été frappés de la disproportion qui existe souvent entre le petit volume d'un cancer et la profonde dénutrition du sujet qui en est atteint; je me souviens d'avoir observé avec M. R. Moutard-Martin une femme qui succomba aux progrès de la cachexie la plus rapide, sans qu'un examen minutieux des divers organes ait révélé d'autre cause à cette dénutrition galopante qu'un très petit cancer du pylore, n'ayant produit d'ailleurs qu'une sténose incomplète. On est conduit à admettre que certains néoplasmes exercent une action particulièrement dystrophiante sur l'organisme entier.

Page 1