CHRONIQUES DU POUMON
La quantité des urines, légèrement augmentée au début de la phtisie, est normale dans la seconde période et diminuée dans la troisième. Dans un quart des cas, la polyurie des phtisiques est en rapport avec la phosphaturie, plus rarement avec l'azoturie (^).
Quand la dénutrition commence chez le phtisique, elle se révèle par ia phosphaturie. Au début de la phtisie un malade perd 5 ou 4 grammes de phosphates par litre d'urine; à la période de cachexie, la phosphaturie s'arrête (Teissier). C'est par la phosphaturie que peuvent être expliquées certaines douleurs que les tuberculeux ressentent dans la continuité des os longs et que MM. Charrin et Guignard ont étudiées en les rapportant à leur vraie cause. Ces douleurs sont distinctes de la mélalgie, qui est attribuable dans d'autres cas à des névrites périphériques, et aux douleurs de la thrombose cachectique.
Les chlorures augmentent aussi dans l'urine des phtisiques quand la dénutrition s'accentue.
Tout phtisique, chez qui la moyenne des matériaux solides éliminés par l'urine en 24 heures descend au-dessous de 50 grammes, entre dans la période cachectique; leur augmentation chez des phtisiques n'ayant ni sueurs, ni fièvre, ni diarrhée, indique une suractivité nutritive de bon augure; toutefois, dans ces mêmes conditions, le chiffre de 30 grammes et même un moindre n'a pas de signification fâcheuse si le poids du malade augmente (^).
Si la fièvre apparaît, les urines revêtent les caractères des urines fébriles ; les sueurs profuses en diminuent la quantité, l'acide urique et les urates, trop abondants pour rester dissous dans une plus faible proportion d'eau, se précipitent. L'urée peut augmenter proportionnellement à la température fébrile, mais il arrive un moment où la dénutrition est telle, surtout celle du tissu musculaire, que. l'azote absorbé, même quand les malades mangent encore une certaine quantité d'aliments azotés, n'est plus suffisant pour faire les frais de l'usure organique; alors l'urée tombe au-dessous de la normale.
Archiv. f. Phys., 1890), il y a une légère diminution de l'acide phosphorique excrété chez les enfants pendant la fièvre scarlatine. Cet auteur a constaté que si, en général, l'excrétion d'azote est augmentée dans la période fébrile, il est quelques cas où elle reste normale. Quand la fièvre est modérée, 1 albumine alimentaire peut être utilisée presque aussi complètement qu'à l'état normal; car, dans ce cas, une alimentation azotée ne provoque pas une plus forte excrétion d'azote.
(*) A. Robin, Études cliniques sur la nutrition dans la phtisie. Arch. gén. de méd., 1894.
(-) A. Robin, Arch. gén. de méd., 1895.
MALADIES DES POUMONS. ôiô
La glycosurie se voit de Icinps en Lein[)s, peu .'iljoiuhuUe; elle csl oxpliipK'c, laulôL par des Iroidjles rouclionucls du l'oie, lantôl par l'enlrave «pTappijrle à riiémalose rinsulfisancc de la respiration, tantôt i)ar une inhibition nerveuse des échanges organiques.
L'albuminurie, (jui survient dans près d'un tiers des cas chez les phtisicpu'S, reconnaît une [)alhog(''nie complexe. Elle peut être sous la dépendance d'une lésion rénale, mais souvent aussi elle est dyscrasicpu^ et peul être (hic à lune des causes suivantes : l'hyperthermie, les troubles gasiro-intestinaux, les alléi-ations hépatiques, les troubles de la nutrition générale, la cachexie tuberculeuse (P. Le Noir) (').
La peptonurie est fréquente chez les phtisiques — W fois sur 20 cas de tuberculose avancée (Jackson), i6 fois sur 45 cas (P. Le Noir). — Quelquefois liée à la fièvre ou à la diarrhée, elle est bien plus fréquemment la conséquence de la dilatation de l'estomac et des perturbations fonctionnelles du foie, avec lesquelles nous sommes habitués à la voir coïncider si souvent (Bouchard).
Quinquaud (^) a constaté que l'exhalation pulmonaire de l'acide carbonique est augmentée au troisième degré de la phtisie, souvent au deuxième, parfois dès le début, qu'il y ait ou non de la fièvre; on pourrait en tirer des indications pour le pronostic : le phtisique n'est pas en danger prochain, tant qu'il exhale moins de 0,65 d'acide carbonique par kilogramme de son poids et par heure; il est menacé d'une fin prochaine si l'exhalation d'acide carbonique atteint et dépasse d'une manière continue 0,80.
La capacité respiratoire du sang diminue au fur et à mesure que la phtisie s'aggrave. Tandis qu'à l'état normal 100 centimètres cubes de sang, agités à l'air ou avec l'oxygène, absorbent 20 à 22 centimètres cubes d'oxygène, chez le tuberculeux au deuxième degré ils n'absorbent plus que 18, 16, 15 centimètres cubes; au troisième degré la capacité respiratoire du sang tombe à 14 centimètres cubes; lorsqu'elle s'abaisse au-dessous de 15 centimètres cubes, la survie ne peut excéder quelques mois (^).
La glycémie est aussi très diminuée chez le phtisique; le sang, au lieu de contenir 0,040 à 0,065 milligrammes de glycose pour 100, arrive à n'en plus contenir que 0,015 chez le phtisique menacé d'une fin prochaine.
La nutrition est troublée plus ou moins profondément dans toutes les maladies chroniques du poumon, infectieuses ou non : la dilatation des bronches, les broncJiites chroniques et les scléroses pulmonaires par irritations mécaniques (pneumokonioses). L'insuffisance de l'hématose est pour une part dans certaines déformations localisées à la pulpe des doigts et aux ongles, puisque les diverses variétés du doigt dit hippocratique s'observent dans la cyanose par malformation cardiaque comme dans la phtisie et la bronchectasie. Mais un certain rôle peut appartenir dans la production des troubles trophiques à l'auto-intoxication par résorption des sécrétions bronchiques stagnantes; cette explication a été proposée pour l'ostéo-arthropathie hyperlrophiante pneumique décrite par P. Marie. M. Bamberger a observé une hypertrophie diffuse et douloureuse de divers os (phalanges, avant-bras, jambes) chez des malades atteints de bronchectasie, et il invoque pour l'expliquer la pénétration dans la circulalion du contenu
(1) Élude de V albuminurie chez les phtisiques. Thèse de Paris, 1890. (*) Études expérimentales et cliniques sur la tuberculose, t. II. lasc. II.
(^) Consulter : Tapiîet et Londe, Elude comparée de la nulriliou chez les femmes enceintes et chez les phtisiques. Rev. de la tuberc, cet. 1894.
[P LE GENDRE
des bronches dilatées qui provoquerait un trouble de la nutrition du tissu osseux, comme le phosphore ou l'arsenic (').