‹ Traité de médecineChapitre 147 sur 207 · J. — TROUBLES DE LA NUTRITION PAR SUPPRESSION D'UN ORGANE · texte numérisé non relu

J. — TROUBLES DE LA NUTRITION PAR SUPPRESSION D'UN ORGANE

Des troubles de la nutrition peuvent être engendrés par la suppression d'un organe, et plusieurs des plus intéressants problèmes pathogéniques de ce temps se réfèrent à cette question.

Ainsi le corps thyroïde, auquel l'absence de canal excréteur semblait, d'après les anciens physiologistes, enlever toute analogie avec les autres organes glandulaires et que l'on avait doté vaguement d'un rôle effacé dans l'hémalopoièse, agit certainement sur la nutrition générale et par suite sur celle de la peau et du système nerveux. Les travaux contemporains ont prouvé que Vctat crétinoïde (W. Gull), le myxcedème (Ord), la cachexie pachydermique (Charcot), Yidiotie niyxœdémateiise (Bourneville) sont en rapport étroit avec l'altération ou l'absence congénitale du corps thyroïde; que l'ablation totale par le chirurgien du tissu thyroïdien- aboutit aussi à la déchéance des fonctions nerveuses (cachexie strumiprive de Kocher, myxcedème opératoire de Reverdin). L'état myxœdémateux des téguments, l'hypertrophie et la déformation des tiaits, l'abaissement de l'intelligence, la diminution de la mémoire sont la conséquence de la suppression de la totalité du tissu du thyroïdien; il suffit que le chirurgien en respecte une faible partie pour éviter ces troubles.

La destruction de la glande par un néoplasme aboutit rarement aune cachexie semblable parce qu'il est exceptionnel que la totalité de l'organe soit dégénérée. Mais la sclérose a pour effet de l'atrophier au point d'annihiler ses fonctions.

Schiff, qui a fait à plusieurs reprises en 1859 et en 1884 des expérience? d'extirpation du corps thyroïde, se demanda après les dernières si cette glande

(') Congrès de dermatologie, 1889.

Trx.\ITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — I. 25

ne produisait pas une snbslanco chimicpic capahlc d'agir sur les centres nerveux el sur leur nutrition ; il conclut <pie la thyroïdeclomie perd en g-rande partie ses dangers, si on a introduit d'abord dans la cavité abdominale d'autres corps thyroïdes de la même espèce animale.

Colzi, ayant vu que les accidents graves de la thyroïdeclomie totale peuvent être évités par une saignée ou une transfiision de sang faite ultérieurement, crut que la fonction de la thyroïde est d'enlever au sang et de détruire une substance nuisible au système nerveux. Horsley a démontré que la thyroïdectomie amenait chez le singe, outre des perturbations profondes du système nerveux d'ordre moteur, sensitif et psychique, l'infdtration myxœdémaleuse des téguments, l'anémie et la leucocythémie avec diminution de la pression artérielle. Alberlini et Tizzoni ont trouvé, sans aucune lésion des éléments figurés du sang, sans diminution de l'hémoglobine, une diminution considérable de la teneur du sang en oxygène chez les animaux privés de la totalité du thyroïde : ils en ont conclu que son rôle est de communiquer à l'hémoglobine la faculté de fixer l'oxygène.

A. Michaelsen a étudié expérimentalement chez les chats (*) l'influence de l'extirpation de la thyroïde sur les échanges gazeux. Ceux-ci sont exagérés. L'acide carbonique est excrété en plus grande quantité; l'élimination de la vapeur d'eau s'opère comme dans l'inanition. En général le quotient respi-

COratoire -^7- est augmenté. C'est aussi le résultat constaté par M. de Tarcha-

noff(2). Michaelsen pense, comme Grûtzner et Colzi, que la glande thyroïde a pour fonctions de neutraliser des déchets de la nutrition capables de provoquer des effets toxiques analogues à ceux de la strychnine ; aussi la survie n'est-elle possible après l'extirpation que s'il existe des glandes accessoires ou s'il s'établit une suppléance inconnue.

Rogowitch, ayant constaté des lésions histologiques des cellules nerveuses analogues à celles qu'on rencontre dans l'intoxication phosphorée, admet aussi que les troubles nerveux consécutifs à la thyroïdectomie sont d'ordre toxique.

M. Laulanié, puis M. Gley ont observé, après l'ablation du corps thyroïde chez le chien, des troubles urinaires, augmentation de la toxicité de l'urine, apparition des pigments biliaires et de l'albumine d'une manière transitoire {Soc. de bioL, 16 mai 1891).

Alonzo (Riforma mecUca, 1891) a observé, chez le chien aussi, après la thyroïdectomie des lésions rénales inflammatoires et dégénératives, à prédominance tantôt interstitielle et tantôt parenchymateuse; surtout dans la région corticale, lésions très probablement unies à une nutrition insuffisante du rein.

M. V. Robin {Soc. des se. méd. de Lyon, 1892) a émis l'hypothèse d'un rôle thermogène dévolu à la glande thyroïde à propos d'un cas où il a pratiqué avec un succès relatif des injections sous-cutanées de suc thyroïdien : se basant sur ce fait que la température habituelle avait toujours été au-dessous de la normale, sauf pendant une rougeole et une coqueluche avec complications pulmonaires au cours desquelles la température s'était élevée en même temps que le myxœdème disparaissait; après quatre mois d'injections quotidiennes de suc thyroïdien, qui eurent pour effet immédiat d'élever la température, le myxœdème s'améliorait, en même temps que l'état physique et intellectuel du sujet

(•) Archiv. f. gesammte Physiologie, XLV, p. 622. (*) Congrès de physiologie de Bàle, 1889.

Page 1