MALADIES DE LA NUTRITION
Nous avons dit que, dans l'état de nutrition normale, les principes immédiats introduits par l'alimentation doivent être détruits, que les déchets de la vie doivent être rapidement éliminés, ne pas s'accumuler dans l'organisme et se présenter aux émonctoires à leur degré le plus complet d'oxydation.
Quand il y a élaboration incomplète, élimination insuffisante des produits de la vie cellulaire, par suite d'une perversion originelle de la nutrition, on peut voir apparaître un certain nombre d'états morbides caractérisés par l'accumulation dans l'organisme d'un ou de plusieurs principes immédiats ou autres produits incomplètement élaborés.
Telles sont les dyscrasies acides, capables d'engendrer Voxalurie, des altérations du squelette {'rachitisme, ostéomalacie), V obésité caractérisée par l'insuffisante destruction de la graisse, la lithiase biliaire, dans laquelle la cholestérine se précipite, le diabète dans lequel le sucre encombre le sang, la gravelle et la goutte, qui ont pour cause une insuffisante élaboration delà matière azotée dont l'uricémie n'est qu'une part.
M. H. Arnaud, qui considère les substances albuminoïdes comme essentiellement constituées par la combinaison de trois ordres de principes immédiats (hydrocarbonés, corps gras, cyanate d'ammoniaque) et qui voit dans ces corps des polycyanates d'ammoniaque composés ou des polyurées composées dans lesquelles un certain nombre d'équivalents d'hydrogène seraient remplacés par un même nombre d'équivalents de radicaux hydrocarbonés et gras, a proposé d'édifier sur cette base une théorie pathogénique de plusieurs troubles et maladies de la nutrition (glycosurie, obésité, hyperazoturie, albuminuries dyscrasiques).Le sérum sanguin, étant essentiellement constitué par des albuminoïdes, a pour rôle d'incorporer, d'assimiler les combustibles fournis par l'alimentation (hydrocarbonés et graisses) et de les transporter jusqu'aux tissus. Une insuffisance absolue ou relative du pouvoir d'absorption du sérum entraînerait la glycosurie, si elle portait plus spécialement sur les hydrocarbonés ; la polysarcie, si elle portait sur les corps gras; l'hyperazoturie, si elle existait à l'égard du cyanate d'ammoniaque, et l'albuminurie dyscrasique, si l'albumine dans son ensemble cessait d'être absorbée(').
Après les maladies où l'organisme est intoxiqué par une substance normale s'accumulant en lui parce qu'elle n'est pas détruite ou éliminée, nous parlerons d'états morbides dans lesquels il semble qu'il y ait intoxication de l'organisme
(') Acad. des sciences, 19 janvier 1891.
DYSCRASIES ACIDES.
par (iu('l(|ue substance anomale qui s'y fal)ri(jue et (jui amène directement ou par rintermédiaire du système nei'veux lro[)hi(iue des altérations du squelette, états (|ui, maillé leurs dissemblances, sont encore confondus dans la nosologie sous réti([uette de rhuinalUinc chronique.
CIIAPITRK PREMIKR DYSCRASIES ACIDES
Oi'igino, modes de formation, voies d'élimination des acides de l'organisme. — Quelques fonséquences de l'accumulation des acides dans le tube digestif. — Oxalurie prise comme exemple de dyscrasie acide. — Thérapeutique des dyscrasies acides.
Tous les acides organiques qui se trouvent dans le corps ont pour origine soit les matériaux issus de la désassimilation des tissus, soit les principes immédiats organiques des aliments.
Les matières azotées, les matières organiques ternaires (graisse ou amidon) peuvent les unes et les autres former des acides en se décomposant.
La destruction de la matière azotée aboutit à la production de quatre ordres de corps :
1° Des composés azotés, parmi lesquels les acides urique, hippurique, oxalurique; des transformations ultérieures de l'acide urique et de l'acide oxalurique dans l'économie peut naître l'acide oxalique qui n'est pas azoté;
2° Des composés sucrés qui peuvent se transformer en acides, comme l'acide lactique et ses dérivés;
5° Des corps comme la cholestérine et les acides gras volatils : acides caprylique, caproïque, valérique, butyrique, propionique, acétique et oxalique;
¥ Le soufre, que met en liberté la matière albuminoïde en se détruisant pour engendrer les trois ordres de corps précédents, s'oxyde et forme de l'acide sulfuricj[ue; aussi l'urine élimine-t-elle plus de sulfates que l'alimentation n'en apporte.
Les matières grasses se dédoublent en glycérine qui, en s'oxydant, forme de l'eau et de l'acide carbonique, et en acides gras (stéarique, oléique, palmitique), d'où dérivent les acides caproïque, valérique, formique, oxalique.
h'amidon passe à l'état de dextrine et de glycose, puis engendre les acides lactique, butyrique, acétique et oxalique.
En quels endroits de l'organisme et par quels procédés ces acides se forment-ils?
Les seules données que nous possédions pour résoudre cette question sont les suivantes :
Les acides lactique, butyrique, propionique, acétique, formique, peuvent se former dans l'estomac aux dépens du sucre;
L'acide caproïque peut venir de la leucine, qui prend naissance et dans les tissus et dans l'intestin par l'action du suc pancréatique sur les peptones;
L'acide acétique peut dériver du glycocolle du foie ;
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