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cette maladie à des grossesses répétées; la vérité sei-ait, au contraire, que les femmes ostéomalaciques sont prédisposées aux grossesses fréquentes. Suivant cet au leur, les ovaires exercent, par l'intermédiaire du système nerveux, une action modificatrice sur les oxydations et autres phénomènes chimiques qui se passent dans l'organisme. Le sang devient non seulement moins riche en hémoglobine, mais moins alcalin ; un sang ainsi modifié peut agir comme dissolvant sur les sels calcaires des os [Deutach. Arch. f. klin. Med.^ 1891).
En dehors des circonstances liées à un des actes de la génération, on a signalé et il est logique d'admettre des influences d'ordre hygiénique, qui se retrouvent dans les cas d'ostéomalacie non gravidique, à savoir l'habitation dans un lieu humide, l'usage d'eaux de boisson contenant trop peu d'éléments calcaires. Or, ces conditions paraissent se trouver réalisées dans quelques contrées d'Allemagne (Provinces Rhénanes, Forêt-Noire), dans les Flandres, la Hongrie, l'Angleterre et dans certaines plaines de la Lombardie. L'ostéomalacie est endémique dans la région de Baie (Fehling) et rare dans les autres parties de la Suisse. Gelpke (Thèse de Bâle, 1891) fait remarquer que l'ostéomalacie puerpérale, relativement fréquente en Allemagne et en Suisse, est rare en France et en Angleterre, tandis que l'ostéomalacie non puerpérale est très rare en Allemagne et a été surtout vue en France.
La pauvreté des eaux en sels de chaux ne peut être invoquée dans tous les cas; Gelpke ne l'a pas constatée dans la vallée d'Ergolz, où il a réuni 19 cas d'ostéomalacie.
L'affection ne se produisant que chez les herbivores, on a incriminé chez l'homme le manque de viande ; mais on a rencontré beaucoup de cas chez des gens pouvant très bien se nourrir.
Anatomie pathologique. — Les deux caractères fondamentaux de l'os malacique sont le ramollissement et la fragilité. La fragilité précède, en général, le ramollissement, et Kilian avait admis, par suite, deux formes : osteomalacia fracturosa ou fragilis et 0. flexibiUs ou cerea\ ce sont seulement des degrés dans l'affection (Bouley). L'os ramolli est facilement coupé au scalpel, les membres peuvent se plier comme du caoutchouc. La fragilité des osmalaciques doit être distinguée de l'état décrit par Lobstein, dès 1855, sous le nom (ïostéopsatyrose, et dont Moreau, dans une thèse récente sur la fragilité constitutionnelle des os (Paris, 1894), fait une affection d'origine nerveuse, comparable à la dystrophie musculaire progressive d'Erb : dans la fragilité constitutionnelle, les os fracturés se consolident promptement et facilement; les fractures de l'ostéomalacie'aboutissent presque fatalement à la pseudarthrose.
En outre, il y a atrophie de la diaphyse des os, tandis que les épiphyses s'hypertrophient. Le crâne s'épaissit, ainsi que le maxillaire inférieur. Les phalangettes hypertrophiées donnent les doigts en battant de cloche, mais l'hypertrophie peut porter seulement sur les parties molles (Bouley). L'os malacique flexible est d'un brun sale; celui qui est à la période de fragilité est, en général, d'une blancheur remarquable. Le poids spécifique est diminué; Weidmann dit que les os sont légers comme du carton.
Macroscopiquement, on constate la disparition des travées osseuses, l'élargissement des cavités médullaires et la formation de cavités kystiques, la fonte de la substance osseuse que remplace une sorte de bouiiïie de coloration variable. La moelle est tantôt rouge-brun, comparable par sa consistance à la pulpe splé-
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nique (ost. rubra, de Solly), tanlôlblancho ou jaunûlre {osl. flava). Dans le premier cas, il y a hypcrémie, allant jus([u'à l'cxlravasalion sanguine; dans le second, surcharge graisseuse. On peut voir aussi une coloration grisâtre.
11 y a dos lésions constantes du périoslo, qui est en général épaissi, tantôt peu, tantôt Tort adhérent, parfois atrophié. On a signalé une forme spéciale, caractérisée par une dégénérescence kystique de tout le squelette (Engel ('), Albertin(^).
L'étude histologi(iue de l'ostéomalacie a donné lieu à d'importants travaux, depuis Kilian, qui fut frappé seulement de la ressemblance de l'os malacique avec l'os normal décalcifié, et pensa (|ue la maladie consistait unicjuemcnt en une résorption de la partie calcaire. Rindlleisch, Cornil et Ranvier, Ziegler, Ribbert dans un premier travail, complétèrent cette description sans la modifier. Leurs travaux se résument ainsi : Dans l'ostéomalacie, il n'y a pas seulement raréfaction du tissu osseux par agrandissement des espaces médullaires, comme dans l'ostéoporose, le ramollissement est lié à la décalcification de l'os. Celle-ci gagne de proche en proche les lamelles osseuses, en prenant comme point de départ les espaces médullaires et les canaux de Havers, dont on retrouve la lumière au centre des espaces décalcifiés, soit que ceux-ci soient simplement représentés par une substance osseuse privée de sels de chaux, comme l'ont décrite Rindfleisch, Cornil et Ranvier, Ziegler, et comme l'a vue Meslay dans deux cas, soit que ces espaces se trouvent transformés en tissu fîbrillaire, comme l'indique Gelpke, comme le décrit Pilliet et comme Meslay l'a vu sur une fillette.
Pour d'autres auteurs, la décalcification, non discutable d'ailleurs, ne représente pas tout le processus ostéomalacique. A la résorption s'ajoute l'apposition vicieuse calcaire, c'est-à-dire un processus de néoformation amenant la condensation du tissu, la substance néoformée se distinguant de l'os normal par sa composition plus homogène et non aussi typiquement lamellaire, par le volume de ses corpuscules osseux parfaitement bien formés. Depuis, Mommsen {Wircli. ArcJt., J877), Cohnheim, Pommier, Ribbert dans un second travail, Recklingliausen ont défendu cette idée. Enfin il existe des observations où, anatomiquement, l'ostéomalacie répond à un processus irritatif spécial, une sorte d'ostéite raréfiante chronique, qui rappelle en tous points ce qui se passe au début de la vie, lors de la résorption modelante des os. Idée déjà exprimée par ^lommsen, à laquelle se rattache M. Pilliet et qu'admet M. Meslay d'après l'examen liistologique d'un des faits qu'il a publiés.
L'osséine, qui constitue la substance fondamentale des lamelles osseuses, subit, quand elle a été décalcifiée, des altérations physiques et chimiques ; elle l>rend une transparence hyaline et une apparence fibrillaire ; elle ne peut plus être transformée en gélatine par la coction. Une substance anomale se substituerait même à l'osséine, puisque les urines contiendraient une substance collagène, suivant Rence Jones et Kïihne. Virchow a trouvé dans l'os malacique le corps albuminoïde spécial, l'albumose, que Rence Jones avait signalé dans l'urine ; il le regarde comme un produit d'oxydation de l'albumine.
Il est fort important de constater que les os atteints d'ostéomalacie ont une réaction neutre ou acide (Schmidt, 0. Weber, Lehmann, Goblet). Cette acidité est due à la présence de l'acide lactique, attestée par Schmidt, Gerslner,
(*) Fall von cy$to\'der Enlarlung des gcsammlcn Squelettes. Tlièse Geissen, 1804. (*) Bull, et mém. de la Soc. des Se. méd. de Lyon, 1880.
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0. Weber, Drivon, Mors cl Muck. Cet excès d'acide lactique dans Forganisme est confirmé par l'élimination d'acide lactique par les urines (Mors, Muck, Langendorf, Mommsen). Jacksch et Winckel ont Irouvé ralcalinité du sang très amoindrie.
L'analyse chimique des os ostéomalaciques a prouvé que la chaux et l'acide phosphorique, la chaux surtout (Mors et Muck), avaient sul)i une diminution: la quanlilé des phosphates peut être o, 4 et même 5 fois plus fail)le que dans l'os normal. Il y a une augmentation proportionnelle des matières organiques et des matières grasses.
On pourrait s'attendre à trouver dans les urines une augmentation des sels calcaires parallèle à leur diminution dans le tissu osseux, mais les analyses n'ont pas toujours justifié cette prévision. Fehling, Bunge ont trouvé la chaux et l'acide phosphorique légèrement diminués. On a bien constaté dans des cas assez nombreux d'ostéomalacie des concrétions calculeuses de carbonate, de phosphates de chaux et de magnésie dans les reins et la vessie, mais il est certain que les sels calcaires qui s'échappent des os peuvent suivre d'autres directions que la A'oie urinaire. Pagenstecher en a trouvé dans le lait. A l'autopsie de la femme Supiot, dont l'histoire est restée célèbre, on découvrit un dépôt calcaire dans la muqueuse stomacale. Dans l'ostéomalacie gravidique, les tissus du fœtus doivent recevoir une partie au moins des sels éliminés.
Outre les lésions du squelette, il est intéressant de signaler des altérations des muscles et des ovaires. Les muscles ont subi une atrophie notable ; ceux des membres inférieurs ont subi une sorte de transformation graisseuse (coloration feuille morte, gouttelettes et granulations graisseuses constatées par Chambers, 0. Weber; lésions inflammatoires pour Friedreich, dégénérescence granuleuse et altération chimique qui les rend plus riches en substances coagulables (Koppen)). — L'ovaire est le plus souvent en état d'hyperémie, tantôt atrophié, tantôt hypertrophié. Il y a, pour Rossier {ArcJi. f. Gynœk., 1895), dégénérescence hyaline de quelques points de la substance corticale, de la paroi vasculaire et de la charpente conjonctive qui accompagne les vaisseaux.
Pathogénie. — On a été naturellement conduit à chercher la cause de la décalcification dans la présence d'un acide en quantité anormale. On a incriminé l'acide lactique dont l'existence a été, nous l'avons dit, constatée dans les os plusieurs fois. On a accusé aussi l'acide acétique, l'acide carbonique (Rindfleisch), résultant de l'hyperémie passive par stase. M. Bouchard pense que, si la moelle osseuse ne fabrique pas elle-même des acides, elle en accumule tout au moins dans plusieurs états pathologiques comme le rachitisme, l'ostéomalacie, la fragilité osseuse, la raréfaction sénile, le rhumatisme et la goutte. Or, quand il y a une accumulation d'acides dans les os, le phosphate de chaux, que le travail d'ossification a fixé dans les ostéoplastes, se redissout et s'élimine. L'organisme, nous l'avons vu, fabrique incessamment des acides qu'il brûle; mais, dans certaines circonstances, cette oxydation des acides se ralentit et ceux-ci s'accumulent dans l'organisme. Que ce soit l'acide lactique, comme dans l'ostéomalacie de la grossesse, dans certains diabètes avancés où les urines contiennent de l'acide lactique et im excès de phosphates; qu'il s'agisse d'autres acides, comme les acides acétique, oxalique, formique dans le rachitisme, la lactation, le rhumatisme, toujours la dyscrasie acide est le résultat d'un trouble nutritif général.
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H. Stilling- cl J. V. Mering disent avoir réussi à produire expérimentalement rostéonialacie, avec lésions constatées au microscope, et portant sur le rachis et le bassin chez une chienne pleine, en la nourrissant avec 600 grammes de viandes dc^ cheval hachée ayant bouilli pendant 2 heures dans 5 litres d'eau dislillée, iO grammes de graisse, et en lui donnant de l'eau distillée pour toute jjoisson. Les petits étaient nés si faibles qu'Agés de 5 à 4 semaines, ils ne pouvaient courir et moururent bienlôl (').
A propos de l'ostéomalacie diabétique, IM. Bouchard a cité le cas d'une dame (jui, issue de parents obèses et fatiguée par de nombreuses grossesses, éprouva à l'époque de la ménopause des douleurs osseuses que provoquait la station, c'est-à-dire le poids du corps s'excrçant sur les membres inférieurs, et que déterminait aussi la pression sur les côtes, les humérus, les os des avant-bras. Les urines contenaient des phosphates en excès, mais pas de glycose. Celte dame, ayant quitté, sur le conseil de ^L Bouchard, le pays humide qu'elle habitait pour un climat sec, vit disparaître la phosphaturie et les douleurs osseuses, mais elle devint diabétique. Des cas analogues ont été publiés par Senator et par M. J. Tcissier. Celui-ci propose même l'interprétation suivante : dans certains cas de diabète latent, pendant une première période le sucre se transforme par fermentation en acide lactique, qui peut provoquer l'élimination des phosphates des tissus; plus tard le diabète devient apparent, la glycosurie emporte le sucre qui ne subit plus la fermentation lactique; alors cessent la phosphaturie et l'ostéomalacie.
Les douleurs qu'éprouvent beaucoup de phtkiques dans la continuité des os, et dont MM. Charrin et Guignard ont fourni l'explication la plus rationnelle en montrant qu'elles s'accompagnent de phosphaturie, tiennent peut-être à un certain degré d'ostéomalacie, et la cause de la phosphaturie est peutêtre une dyscrasie acide dépendant des troubles digestifs et de la dilatation de l'estomac si fréquente chez ces malades.
D'ailleurs, dans un bon nombre de circonstances pathologiques, il existe des douleurs osseuses qui coïncident avec la diminution de leur teneur en phosphate calcaire et l'élimination exagérée d'acide phosphorique par les urines; dans ces cas, la solidité de l'os est sans doute diminuée, mais la décalcification ne va pas jusqu'au point où l'os se déforme d'une manière sensible. Il en est ainsi dans les maladies chroniques consomptives, ou chez les individus qui ont été soumPs pendant longtemps aux influences capables d'abaisser le taux de la nutrition, alimentation défectueuse, insuffisance d'activité physique, vie dans un air confiné, dans des habitations obscures et humides. Chez des individus se trouvant dans de telles conditions, on peut constater une fragilité anomale des 08, et il n'y a pas trop à s'étonner si l'on voit se produire quelque fracture à l'occasion d'un choc insignifiant.
Les altérations du tissu osseux qui ont été signalées dans des cas semblables ne consistent pas seulement en une diminution des sels calcaires ; on a trouvé que la substance organique azotée et la graisse avaient ;\ussi diminué et que l'os, dont le volume était en apparence demeuré le même, contenait dans son tissu une proportion d'eau considérable. Beneke, qui a trouvé dans le tissu osseux normal \7^,6 pour 100 deau, a constaté que les os des phtisiques sans tubercules osseux en contenaient 58,8 pour 100,
(') Cenlmlhl. f. d. med. Wissensch., 1889.
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et qu'il y avait 6i,4 pour 100 d'eau daus un os de scrofuleux sans lésion apparente.
« Ce qui importe, dit M. Bouchard, dans l'inlerprétalion palhogénique de ces faits, ce n'est pas seulement l'insuffisance de l'alimentation ou le défaut des phosphates alimentaires, c'est surtout le vice des mutations nutritives générales, qui amène l'accumulation des acides organiques, soit qu'ils pénètrent en excès par suite de fermentations digestives anomales, soit qu'ils résultent des fermentations intra-organiques, soit qu'enfin la nutrition se ralentisse et diminue les oxydations. »
La pathogénie de l'ostéomalacie a donné lieu à d'autres théories encore.
Gelpke admet que, sous l'intervention des acides, il peut y avoir seulement un excès de résorption pliysiologique des os. Hanau a trouvé {Fortsch. des Med.., 1892), sur une série de femmes enceintes, des altérations osseuses analogues à celles de l'ostéomalacie (présence de nombreux espaces ostéoïdes dans le pubis, les côtes et les vertèbres lombaires), quoique moins marquées: ce qui lui fait accepter l'hypothèse d'une ostéomalacie physiologique.
Après Zurn, Kehrer. Klebs, qui avaient recherché les microorganismes, Pétrone {Ri forma medica, 1892) a tenté de dénnontrer que le ramollissement des os était dû aux microbes de la nitrification, et les succès obtenus par Fehling au moyen de la castration lui semblèrent pouvoir être expliqués par l'action microbicide du chloroforme administré pour l'opéraiion. Tchistowitch et Latzko ont ruiné cette hypothèse. Comby a incriminé la dilatation de l'estomac et l'auto-intoxication par les acides de fermentation qui en résultent (Soc. rnéd. des hop.).
Enfin Fehling a émis une théorie basée sur les altérations ovariennes constatées et l'efTet curatif de la castration. « L'ostéomalacie, dit-il, est une trophonévrôse des os., surtout des os du bassin, puis du thorax et des membres. Cette trophonévrôse est en rapport avec les phénomènes sexuels, surtout avec l'ovaire. Par suite de leur activité morbide, il se produit par réflexe des voies sympathiques une excitation morbide des vaso-dilatateurs des os; sous l'influence de l'hyperémie par stase veineuse des os, s'opère d'abord la dissolution des sels calcaires, puis la fonte du tissu osseux; sous l'influence de la castration, l'excitation persistante des vaso-dilatateurs tombe; la pléthore sanguine des os disparaît ; il se produit une néo-formation du tissu osseux et une diminution de l'élimination calcaire; W. Ogle avait déjà, en 187 J, considéré l'ostéomalacie comme un trouble trophique d'origine nerveuse.
L'ostéomalacie des vieillards a été décrite avec le plus grand soin par Charcot, qui lui a reconnu des caractères anatomiques très difTérents de l'ostéoporose sénile vulgaire. Ce ne sont pas toujours les vieillards les plus avancés en âge qui en sont atteints; il faut peut-être invoquer les conditions adjuvantes d'habitation humide, de troubles digestifs chroniques, ajoutant leur influence aux altérations de la nutrition par insuffisance des oxydations qui caractérise la sénilité physiologique.
Chez les vieillards, l'ostéomalacie se révèle par des doulevu^s osseuses sourdes, spontanées, que les mouvements augmentent; par une diminution rapide et progressive de la taille. Ces malades évitent toute contraction musculaire et redoutent instinctivement tout contact, et cependant on voit chez eux les côtes se fracturer, sans déchirer le périoste, par de simples efforts de toux. Chez eux, l'histologie révèle la lésion essentielle de l'ostéomalacie, la
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décalcification des lamelles .oss.euses, surtout dans les couches sous-périostiques. -
SyiJiptomatologie. — L'ostéomalacie a presque toujours un début insidieux. Elle se révèle par des douleurs et des déformations; les premières précèdent généralement les secondes.
Ce sont d'abord des doukîO's vagues, mal caractérisées, dans une des régions qui sont le siège du processus de ramollissemenl, surtout colonne vertébrale et bassin. Ces douleurs sont de celles qu'on appelle volontiers « rhumatoïdes », et cependant l'examen attentif des régions et les conditions d'apparition de ces douleurs ne permettent guère de localiser les sensations doidoureuses à des groupes musculaires particuliers ou à des tissus fdjreux périarticulaires, ni de les expliquer par l'exécution de certains mouvements. Ce sont des douleurs spontanées, plutôt continues et sourdes qu'intermittentes; quand le malade est dans une attitude où ces douleurs se manifestent, la prolongation de cette attitude les augmente. Ces douleurs sont quelquefois assez aiguës et paroxystiques pour être qualifiées de « névralgiques ». La palpation, faite avec douceur, ne les provoque pas; elle est pénible, en général, quand elle est exercée avec force dans le siège des douleurs spontanées. La chaleur du lit paraît augmenter celles-ci.
L'attention une fois attirée sur la région douloureuse, on finit au bout d'un certain temps par y constater des déformations. Mais, dans d'autres cas, les douleurs sont à peu près nulles et la déformation n'est remarquée que si elle atteint déjà un degré assez accentué.
La symptomatologie varie suivant que l'ostéomalacie frappe une femme enceinte ou récemment accouchée, ou bien un vieillard, homme ou femme.
Dans Yostéomalacie liée à la puerpéralité^ les' douleurs siègent au niveau du bassin; elles s'accroissent par la marche, la station et l'attitude assise. Dans ce cas, c'est au niveau des ischions que les malades accusent surtout la douleur. Si l'on examine la conformation du bassin osseux chez une femme atteinte (l'ostéomalacie depuis quelque temps, on trouve en général des déformations portant sur les détroits supérieur et inférieur, qui sont rétrécis par suite d'une saillie excessive du promontoire en avant et du rapprochement.des cavités cotyloïdes. La symphyse du pubis fait en avant une saillie en forme de bec. La configuration du bassin ressemble souvent à un cœur de carte à jouer, comme dans certains cas de rachitisme pelvien. Ce n'est quelquefois qu'au moment de l'accouchement qu'on s'aperçoit de la déformation du bassin, à cause du rétrécissement qu'elle détermine, mais déjà pendant la grossesse le fonctionnement de la vessie et du rectum ont pu être entravés par la coarctalion du petit bassin.
Chez les vieillards^ les lésions frappent plus particulièrement la colonne vertébrale et la cage thoracique. Les douleurs apparaissent plutôt à l'occasion de la marche, de la station ou de l'action de se courber vers la terre, comme le font les paysans qui cultivent leur champ. On constate comme déformation la diminution progressive de la taille, avec des incurvations du rachis, soit dans le sens antéro-postérieur, soit latéralement; il y a d'abord exagération des courbures naturelles, puis apparition de courbures de compensation. Les déformations de la cage thoracique peuvent porter sur le sternum et les côtes, les omoplates; le sternum bombe en carène, une épaule est plus saillante que
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l'autre, la lèlc s'infléchit et le menton se rapproche beaucoup du manubrium. Le sujet peut devenir un vrai bossu (').
Charcot a décrit une déformation des doigts et des orteils (jui consiste en co que la dernière phalange s'épaissit et. s'élargit.
Les membres sont déformés aussi par l'ostéomalacie.
Les os du crâne n'ont guère été atteints que dans les cas les plus graves d'ostéomalacie puerpérale. Marie et Onanoff ont signalé l'ostéomalacie du crâne dans un cas de myopathie progressive primitive.
Un fait des plus dignes d'attention est la fréquence des fractures^ leur mulliplicité chez un même sujet, leur production par une cause disproportionnée à Veffet^ et leur tendance à une consolidation vicieuse et lente. Un simple effort musculaire, comme l'acte de se déchausser, peut amener une fracture de jambe; une quinte de toux fracture plusieurs côtes ; un tailleur se fait trois fractures de l'humérus en appuyant la paume de la main sur sa machine à coudre (Mores).
Les troubles fonctionnels en rapport avec les déformations sont, outre l'entrave à l'accouchement, la difficulté de la marche, la dyspnée et les palpitations par gène du cœur et des poumons. A propos de la marche, Zweifel parle d'une démarche spéciale qu'il nomme jjrogression liorizontale et dans laquelle, par suite du rapprochement des têtes fémorales, les malades doivent tourner sur un pied pour faire passer une jambe en quelque sorte autour de l'autre.
Outre les formes anciennement connues d'ostéomalacie gravide, puerpérale et sénile, on peut distinguer avec Meslay, comme formes basées sur l'étiologie et la clinique, l'O. infantile, l'O. puerpérale, l'O. féminine en dehors de la puerpérahté, l'O. sénile, l'O. masculine.
Les troubles digestifs, qui coïncident souvent avec l'ostéomalacie, sont plutôt une cause qu'un effet. La pathogénie du ramollissement osseux qui invoque la production d'une dyscrasie acide par perturbation prolongée des fonctions digestives trouve un appui dans cette coïncidence. Nous avons, comme M. Bouchard, constaté une dilatation de l'estomac chez des vieillards qui étaient devenus assez rapidement contrefaits à un âge avancé, sans aucune autre cause de déformation du thorax et du rachis qu'un trouble de la nutrition osseuse, manifesté par des douleurs spontanées et des douleurs à la pression du niveau des points déformés du squelette. L'antériorité de la dilatation était attestée par un rein flottant chez une femme et, dans deux cas, par des nodosités des articulations phalango-phalanginiennes des mains.
M. Kôppen a étudié des paralysies ostéomalaciques (^).
La diarrhée chroniqice, Y albuminurie, la bronchite chronique ont été aussi constatées chez des ostéomalaciques.
La MARCHE de l'ostéomalacie est en général très lente, et progressive avec des rémissions. Elle affecte, dans de rares cas, une marche subaiguë, puisqu'elle a pu tuer en 9 mois; mais, en général, c'est par plusieurs années, JO ans, que se marque sa durée.
Une femme, qui a eu de l'ostéomalacie à l'occasion d'une grossesse, est exposée à subir une reprise et une aggravation de la maladie à une grossesse ultérieure.
(') Démange, Maladies, den vieillards, 1887.
{-) Archiv. f. Psych. imd neur. Krank., XXII, 5.
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Ouond la inorl siirvienl, clin jkmiI, rlro la (■onsrciiionco du inarasmo profjçressir i\\\e produiL le séjour pcrmaneni, an lil j»ar siiilo do la mullijilicilc des fractures; elle est amenée plus souvent par une comijlieation intercurrente, pneumonie, phtisie, accidents de décubitus.
Le PRONOSTIC est très mauvais, puis([u'on n'a relevé rpic 5 guérisons sur 150 cas.
Le DIAGNOSTIC s'impose dans la plupart des cas, au bout de quelque temps d'examen des malades, quand on voit succéder les déformations aux douleurs. .Jusque-là, on pensera souvent à tort au rhumatisme et aux névralgies.
Quand on est appelé auprès d'une femme au moment de l'accouchement, si l'on constate le rétrécissement du bassin, il y a lieu de faire un diagnostic rétrospectif avec le rachitisme pelvien.
Traitement. — Il découle de l'idée que nous nous faisons de la pathogénie. Tous les moyens capables d'améliorer la nutrition, de faciliter les fonctions digestives, conviennent pour prévenir et combattre l'ostéomalacie.
Il faut avertir les malades de la nécessité d'éviter les secousses et mouvements qui peuvent produire des fractures, leur instituer une hygiène générale aussi parfaite que possible et une alimentation riche en phosphates et en sels minéraux, facilement assimilable (œufs, céréales, lait avec discrétion), faire fonctionner la peau par des frictions, par les bains; Trousseau et Lasègue ont conseillé les bains de mer et de rivière.
Tout cela vaudra mieux que l'huile de morue, le fer, le quinquina et les biftecks qu'on prescrit d'une façon banale. Le phosphore, qui a été préconisé, et auquel Sternberg (*) a attribué une guérison d'ostéomalacie puerpérale, la malade ayant pris chaque jour 5 centigrammes de phosphore dissous dans 50 grammes d'huile de foie de morue (en tout 2s'",50 de phosphore), ne vaut peut-être pas mieux que les phosphates solubles.
Chez la femme, dans les cas d'ostéomalacie à marche continue, dont ni la thérapeutique médicale, ni la survenance de l'accouchement ne réussissent à entraver les progrès, on ne doit pas rester désarmé de nos jours. La chirurgie a pu intervenir plusieurs fois avec succès par la castration. La statistique avait appris que dans 12 cas l'opération césarienne, ayant été pratiquée pour l'ostéomalacie, avait donné 2 guérisons. M. Seux (de Bruxelles) fit 17 fois l'opération césarienne dans une épidémie d'ostéomalacie gravidique, 11 fois avec succès. L'opération de Porro faite aussi dans l'ostéomalacie des femmes grosses a procuré sur 2i cas 20 guérisons et i améliorations.
Fehling, enhardi par ces faits, fit la castration en 1887 sur une femme en dehors de la grossesse dans le seul but de supprimer l'activité sexuelle. Sa malade, qui était clouée au lit depuis un an, obtenait six semaines plus tard une consolidation des os permettant la marche avec une canne; les difformités acquises persistaient, bien entendu (-).
L'opération a été faite avec succès par Winckel, ^luller, Hoffa, Truzzi, Ilofmeicr (''). Schauta, qui a publié un beau cas, discute les hypothèses émises sur
(') Société império-royale des médoeins de Menue, avril 1891.
(-) 2" Congrès de la Société allemande de gynécologie tenu à Ilallc en 1888.
(5) CenimW. f. Gijnœk., i8UI.
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la manière dont peut agir la castration (*). Zweifel a cru que c'était en rendant impossible une nouvelle grossesse ; mais il y a des ostéomalacies qui ne guérissent pas après l'accouchement, quoique sans grossesse nouvelle. Fehling a pensé que l'ablation des ovaires exerçait une influence favorable sur l'organisme tout entier, en supprimant les fonctions sexuelles, mais il existe un cas de Spath qui guérit une ostéomalacie remontant à cinq ans par l'opération de Porro en laissant les ovaires. Aussi Schauta admet-il que c'est surtout en supprimant la menstruation que l'oophorectomie est favorable; il a vu plusieurs cas où les règles ramenaient chaque fois une aggravation (^).
L'opothérapie ovarienne a été essayée par Senator avec succès, et par Bernstein (de Cassel) sans résultat (^).
La conduite à tenir au point de vue de l'accouchement chez les ostéomalaciques a été discutée. M. Lœhlein croit qu'on pourra souvent, comme il l'a fait, extraire un enfant vivant par une simple version sous le chloroforme. On réservera l'opération de Porro pour les cas où le rétrécissement de la filière osseuse pelvienne sera trop accentué. Quand on voudra interrompre le cours de la grossesse chez une ostéomalacique, on préférera l'opération de Porro si le terme est encore éloigné; s'il est proche, on aura le choix, suivant les cas, entre elle et l'accouchement prématuré artificiel. C'est l'opération de Porro qui a permis à M. Everke d'avoir un enfant vivant (Gynsek. Tagesfragen, 1891) chez une femme qui accouchait pour la huitième fois, devenue ostéomalacique depuis la sixième grossesse et dont le bassin était rétréci au point de ne pouvoir livrer passage à un enfant même morcelé ; la femme se trouvait guérie complètement cinq mois après {Deutsche rned. Woch., 1891). M. Desiderius von Velits est au contraire partisan de l'opération césarienne chez les parturientes ostéomalaciques ; il conseille de pratiquer en outre une double castration comme opération curative; il a rassemblé 25 cas dans lesquels la castration a amené la guérison et il en produit en outre 2 personnels où la guérison a été produite par l'extirpation des ovaires, d'ailleurs non altérés. [Zeitsch. f. Geburt. ii. GynfekoL, 1891.)
(1) Wiener mecliz. Woch., 1890, n" 19.
(-) A consulter : A. S.vulay, Contribution à l'étude de V ostéomalacie essentielle. Thèse de Lyon, déc. 1890.
(5) Milnchener medic. Woch., 5 avril 1868.
ÉVOLUTIOX DES GRAISSES. SEBORFiHÉES. 415