EVOLUTION DES GRAISSES. SÉBORRHÉES
diabète, on tout cas par la destruction rapide de la matière azotée. Si la destruction excessive des élémcnt"s anatomiques s'accompagne d'une augmentation des oxydations, comme dans les fièvres, la graisse ne s'accumule pas; mais si, l'oxygène étant insuffisant, la graisse n'est pas brûlée au fur et à mesure de sa production, elle se dépose sous forme de gouttelettes ou de granulations dans les éléments anatomiques.
Les voies (V élimination de la fjrai>>se qui n'est pas brûlée sont la peau et l'mtestin, exceptionnellement les urines.
Les glandes sébacées de la peau en rejettent constamment. >L X. Arnozan a étudié la répartition des sécrétions grasses à la surface de la peau. Chez ladultc sain la face et le cuir chevelu, la nuque, le dos, la région présternale, les épaules et le pubis sont constamment recouverts d'une couche huileuse, qui est surtout abondante sur le nez et dans les sillons naso-géniens, au menton, dans le pavillon de l'oreille. La différence entre les sexes n'est pas appréciable. Mais chez les petits enfants, l'auteur n'a constaté la présence de la graisse en aucun point de la peau, même sur la tête. La fonction sébogène commencerait à apparaître de six à dix ans, atteindrait son maximum à la puberté, et s'affaiblirait avec les progrès de l'âge pour disparaître partout chez le vieillard excepté sur le menton et sur le nez, centre autour duquel s'étend chez les enfants et vers lequel se restreint dans la vieillesse la fonction sébogène des téguments. (Annal, de dermat. et de syphil., janvier 1892.) Dans certains états pathologiques, connus sous le nom de séborrhées, l'excrétion de la graisse dans certaines régions (cuir chevelu, ailes du nez) est considérable, et soit que l'excès de fonctionnement altère les glandes, soit que les graisses consistent alors surtout en acides gras doués de propriétés irritantes, on voit apparaître des inflammations glandulaires (acné sébacée, séborrhéique) et même l'inflammation des autres éléments constitutifs de l'épiderme et du derme (eczéma séborrhéique (Unna, Hallopeau) (*). L'excès de formation de la graisse dans l'organisme ou l'insuffisance de sa combustion se voit dans certaines périodes de la vie et dans certaines conditions de ralentissement de la nutrition, chez les jeunes filles mal menstruées, chez les anémiques: le trouble dans l'évolution des graisses peut être sous la dépendance d'un vice fonctionnel des voies digestives (dyspepsie, dilatation gastrique) ou d'une perturbation d'origine nerveuse (accirlents nerveux de l'hystérie ou de a croissance). M. Bouchard a vu alterner l'acné et des accidents épileptiformes chez une jeune fille.
L'épiderme et l'épithélium glandulaire, imprégnés d'une quantité surabondante de graisses, deviennent sans doute un terrain particulièrement favorable à l'évolution des microbes pyogènes, les staphylocoques en général : les foliiculites pilosébacées, comme l'acné, peuvent se compliquer de furonculose.
Les déjections intestinales contiennent toujours de la graisse, elles en contiennent une quantité surabondante quand lalimentation est trop riche en graisse ou quand certains troubles digestifs s'opposent à la décomposition de celle-ci (arrêt des fonctions du pancréas, insuffisance ou défaut d'alcalinité de la sécrétion biliaire).
Enfin, on peut trouver de a graisse en quantité excessive dans lurine, qui en contient toujours des traces. C'est une des variétés de la cliylurie. que Cl. Bernard a constatée parallèlement à la lipémie.
(') Cf. G. Jacques, État séborrhéique de la peau et ses rapports avec les dermatoses. Th^»se de Paris, juillet 1802.
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — I. 27
[P LE GENDRE
iI8 DYSCRASIES LIPOGÈNES.
« Si j'avais été médecin avec diplôme, j'aurais « d'abord fait une bonne monographie de « l'obésité. »
Brillât-Savarin.
(Physiologie du goût. Méditation xx.)
L'obésité, à n'envisager que le point de vue gi'ammatical et mondain, consiste en un embonpoint excessif, en une accumulation de graisse dans le tissu souscutané, d'où résulte une conformation disgracieuse du corps, de nature à rendre comique l'individu qui en est affecté; on est enclin à n'y voir qu'un excès de santé, capable de dégénérer en particularité ridicule, au pis aller en infirmité.
Tout autre est le point de vue médical; pour nous, l'obésité est un étal anomal qui, si son début confine à la santé et n'est encore que l'exagération d'un état physiologique, devient à un degré plus avancé une véritable maladie et enfin une cause de mort. Car dans l'obésité il n'y a pas seulement augmentation de la graisse sous la peau, il y a hypertrophie générale du tissu adipeux; par suite de cette dystrophie, le tissu cellulaire qui sert de charpente au tissu adipeux et qui est le plus répandu dans l'économie, entrave le jeu des appareils au lieu de le faciliter et arrive à étouffer les organes que sa fonction physiologique est de protéger. L'obésité n'a pas seulement pour effet d'augmenter le volume et le poids du corps, en le rendant difforme; elle amène fatalement, dès qu'elle atteint un certain degré, une perturbation dans plusieui^s de ses fonctions les plus importantes, et au degré le plus élevé elle peut les troubler toutes.
Les expressions d'adipose, de lipomatose universelles^ que certains nosolcgistes emploient comme synonymes d'obésité, ont l'avantage de définir exactement l'état qu'elles désignent ; par contre, le terme de polysarcie, que Cœlius Aurelianus réservait pour les cas d'obésité extrême et que le langage médical a conservé comme synonyme d'obésité en général, est inexact, puisqu'il semble désigner par étymologie une hypertrophie de la chair.
L'embonpoint étant un état physiologique, et l'obésité un étal morbide, comment les distinguerons-nous? D'après le degré de difformité? — Non, car l'esthétique varie suivant les époques et les latitudes; les Boschimans ne trouvent point leurs compagnes déparées par les masses adipeuses si singulièrement localisées, qui nous semblent monstrueuses, et l'obésité habituelle des femmes des harems orientaux est aux yeux de leur seigneur et maître un charme que nous n'apprécions pas chez les Parisiennes.
Prendrons-nous pour base du diagnostic de l'obésité le rapport entre le volume, le poids et la taille de l'individu? — C'est une base insuffisante; car le volume et le poids peuvent dépendre de la masse musculaire et osseuse autant que de la graisse. Cependant, si nous considérons que, d'après le seul aspect des formes et la tournure, on distingue assez aisément un homme adipeux d'un homme musclé en athlète, nous accepterons tout au moins comme présomption
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d'obésité une dispropoiiion entre le poids, la taille et l'âge, et nous consulterons avec profit le tableau suivant, dressé par Quélel(>t (').
TABLEAU DES MOYENNES DE LA TAILLE ET DU POIDS AUX DIFFÉRENTS AGES DE LA VIE