GOUTTE HÉRÉDITAIRE
Chez les fils des goutteux il n'est pas rare de voir la goutte apparaître d'emblée sous des formes larvées qu'il faut savoir dépister.
Telle épislaxis à répétition dans l'enfance, telle céphalée dans l'adolescence sont les équivalents des paroxysmes articulaires du père.
L'invasion des premiers accès peut être masquée par une congestion pulmonaire, une colique néphrétique, une névralgie faciale ou dentaire, malgré des dents excellentes, une dyspepsie d'allures paradoxales dans laquelle le patient digérera à certains jours les aliments réputés les plus indigestes et ne pourra le lendemain tolérer sans gastralgie une tasse de lait.
Il arrivera que les manifestations viscérales les plus disparates se succéderont avec une mobilité, une incohérence à dérouter toute logique jusqu'au jour où, au milieu de ce désordre apparent, se montrera avec une excessive discrétion une fluxion du gros orteil ou d'une articulation médio-tarsienne, dont l'importance ne devra pas échapper à un clinicien informé ou sagace. Celui-ci saisira alors le lien commun entre ces multiples fluxions viscérales et, au lieu de considérer son malade comme un simple hystérique, il le déclarera atteint et convaincu de goutte.
Cette découverte n'aura pas seulement l'avantage de lui fournir la satisfaction d'amour-propre que tout clinicien digne de ce nom éprouve après avoir trouvé la solution d'un problème épineux; elle lui permettra d'adoucir, au moins pour le présent, un pronostic que la singularité du tableau clinique et le fracas des manifestations viscérales pouvaient le porter à émettre sévère; elle lui procurera l'avantage plus grand encore d'asseoir désormais sa médication sur une base solide en substituant la thérapeutique pathogénique à la symptomatique pure.