CHAPITRE II MORVE ET FARCIN
La morve est une maladie virulente, contagieuse et inoculable, sévissant particulièrement sur les équidés et pouvant se transmettre accidentellement à l'homme et à diverses espèces animales.
Une dans sa nature, la maladie peut se présenter en clinique sous divers aspects : suivant qu'elle frappe ou non les cavités nasales, on la désigne par les dénominations de morve ou de farcin.
La plupart des linguistes, et parmi eux Littré, soutiennent que le mot morve provient du latin morbus : c'est la maladie du cheval, le morhus humidus des auteurs latins. D'après Langlet-Mortier, morve vient du celtique murw, fruit tendre et prêt à pourrir (en allemand, mûrbe, tendre). Quant au farcin, on s'accorde à le faire dériver de « farcire, farcir, parce que le farcin gonfle et farcit, pour ainsi dire, les membres qu'il affecte » (Littré).
Historique. — La morve du cheval semble connue depuis longtemps; on la trouve signalée, au iV siècle, dans les écrits des hippiatres, particulièrement d'Absyrthe et surtout de Végèce {Vegetius Renatus) qui lui donna le nom de maliens humidus et affirma sa contagiosité. Cette assertion fut admise sans conteste et nous la retrouvons dans le Traité du parfait mareschal de Solleysel (1682) où l'auteur établit la parenté de la morve et du farcin.
Au xvni<= siècle, Lafosse père (^) soutint que la morve est une maladie inflam-
(*) Sclavo, Uebcr die Rereilung des Serums gegen der Milzbrand. Cenlralh. fur. BakterioloQie, 1895, XVIII, p. 744, et Congrès de Rome, 22 octobre 1895.
(-) Maiîchoux, Sérum anti-charbonneux. Soc. de biologie, 2 novembre 1895; Annales de Vlnslilnt Pasteitr, novembre 1895.
(') Pane e Tiîapani, Sulla sierotera|)ia nell inl'ezione carbonchina dei conigli. Recistn rlinica e lerapeutica, 1896.
(*) Lafosse, Dissertation sur la morve des chevaux. Paris, 1712.
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matoire, nullement contagieuse. Cette doctrine pernicieuse fut combattue par Bourgelat, par Chabert, rejetée par le conseil d'État du roi qui, dans un arrêt rendu le 16 juillet 1784, déclarait que la morve était éminemment contagieuse, infirmée enfin par les expériences poursuivies à Lyon par Gohier (1815) et Rainard (1825). Mais bientôt, sous l'influence des conceptions de Broussais et sur la foi d'expériences négatives de Godine, les idées de Lafosse, propagées par son fils, gagnèrent du terrain ; Chabert lui-même fut ébranlé dans son opinion. La non-contagiosité de la morve devint un dogme qui, défendu avec ardeur par Renault et Delafond, régna pendant longtemps dans les écoles vétérinaires. Les conséquences de pareilles doctrines ne se firent pas attendre; on se relâcha dans la surveillance, l'isolement et l'abatage des animaux; les cas de morve se multiplièrent rapidement et la maladie finit par atteindre les chevaux de l'armée.
C'est alors que le ministère de la guerre chargea, le 11 novembre 1856, une commission qui comprenait Yvart, Dupuy, Magendie et Renault d'étudier expérimentalement la question. L'inoculation de chevaux sains, leur cohabitation avec des chevaux morveux, donnèrent de nombreux résultats positifs ; mais les expérimentateurs, entraînés par leurs idées préconçues, se refusèrent à admettre la contagion et pensèrent que les animaux qui prenaient la morve avaient déjà en eux le germe de la maladie. Le 25 janvier 1840, la commission n'étant pas encore prête à répondre, on lui adjoignit W. Edwards, Boussingault, Rayer et Breschet. 11 chevaux morveux furent mis à cohabiter avec 10 chevaux sains; dès le onzième jour, 4 d'entre eux furent pris de la morve; 5 autres contractèrent plus tard la maladie. L'autopsie d'un des chevaux ayant montré quelques cicatrices au milieu des ulcérations, Renault en conclut que les animaux étaient déjà malades. On refit une deuxième expérience en prenant, comme chevaux neufs, les plus beaux dans les régiments de Paris; le résultat fut le même. Mais, à ce moment, la commission cessa de se réunir, et il arriva ce qui arrive trop souvent en pareil cas : aucun rapport ne fut rédigé et les expériences ne furent connues que plus tard; en 1849, Riquet et Barthélémy, qui faisaient partie de la commission, les publièrent à la Société centrale de médecine vétérinaire.
Pourtant, dès 1857, Rayer (*) avait observé un fait qui devait servir singulièrement à établir la contagiosité de la maladie que nous étudions : il avait reconnu sa transmissibilité du cheval à l'homme. Le résultat, annoncé à l'Académie de médecine, souleva naturellement bien des protestations. Cependant le fait lui-même n'était pas nouveau. Sans remonter à Van Helmont qui avait vu dans la morve l'origine de la syphilis, opinion sérieusement discutée par Ricord et par Beau, nous rappellerons que la transmission à l'homme avait été signalée par Osiander (1783), Délobère Blaine (1805), Hameau (1811). On avait même publié quelques cas où des accidents étaient survenus en disséquant des animaux morveux (Waldinger, Werth, Lorin, etc.), mais sans y voir des exemples de contagion. Plusieurs faits de morve humaine furent relatés par Sidow (1817), Schilling (1821), Weisses, Muscroft, Tarozzi, Seidler et surtout par Travers et Coleman (1826) qui réussirent à réinoculer la morve de l'homme à l'âne. Enfin, en 1855, Elliotson (-) fit paraître sur ce sujet un remarquable
{'■) Rayer, De la morve et du farcin chez l'homme. Mém. de r Académie de médecine, 1857. (-) Elliotson, On Glanders in Ihe human suhject. Med. chir. Trans.. t. XVI, 1830; t. XVIII,
travail, où il signala ég-aloment la Iransmissibilil*'' oxpéiimentale de la morve humaine aux solipèdes. Rayer cul le mérite d(; réunir les documents épars, de donner une description complète de la maladie, de reprendre l'histoire de son inoculabilité, et surtout de revenir aux idées contagionistes au mouK^nt où elles semblaient presque complètement abandonnées.
A partir de cette époque, les travaux se succédèrent; Vigla(*), Tardieu ('), Monneret(^) complétèrent l'étude clinique de la maladie; Leblanc établit sa transmissibilité expérimentale, Sainl-Cyr, professeur à l'école vétérinaire de Lyon, démontra, contrairement aux idées de Bouley, que la morve chronique est inoculable.
Restait à découvrir l'agent animé de la maladie; ce fut l'œuvre de ces dernières années. Soupçonné par Langenbeck, Hallier, Zurn, entrevu par Cristot et Kiener, Klebs, Babès et Havas, le microbe de la morve fut isolé et cultivé, à peu près simultanément, en France par Bouchard, Capitan et Charrin (*), en Allemagne par Lœffler et Schûtz (^). Depuis cette époque, l'étude bactériologique de la morve s'est enrichie d'importants travaux parmi lesquels nous citerons ceux de Kitt ("), de Weichselbaum C), de Lœffler (*). Enfin un intérêt pratique de premier ordre s'attache à l'histoire de la malléine, dont la découverte est due à Helman et à Kalning.
Morphologie et biologie du bacille. — Morphologie du bacille. — Les
bacilles de la morve se présentent sous l'aspect de petits bâtonnets à bouts arrondis, droits ou légèrement incurvés, immobiles ou doués de simples mouvements moléculaires; ils sont assez analogues à ceux de la tuberculose, mais un peu plus épais; ils atteignent généralement 2 à 5 p. de long sur 0,2 à 0,5 p. de large. Leur forme varie quelque peu suivant le milieu où ils se sont développés ; ceux qui proviennent de cultures liquides sont plus épais et plus courts; dans les cultures anciennes, ils sont larges, irréguliers (formes d'involution). Généralement les éléments sont isolés, aussi bien dans les cultures que dans les tissus; dans ce dernier cas pourtant, ils ont une certaine tendance à se grouper et à former de petits amas.
Si l'on frotte, à la surface d'une lamelle, un fragment de tissu malade, ou si l'on étale une petite quantité d'une culture, les bacilles ainsi déposés se colorent assez facilement avec les diverses couleurs d'aniline, particulièrement avec les solutions alcalines ; nous verrons plus loin qu'il est très difficile de les colorer dans les coupes. En effet ils ne résistent pas à la méthode de Gram ou
(') ViGLA, De la morve aiguë. Thèse de Paris, 1859.
(^) Tardieu, De la morve et du farcin chroniques chez l'hoinme et chez les solipèdes. Thèse de Paris, 18W.
(^) MoNNERET, Obs. dc farcin chronique suivi de guérison. Journal de médecine, 18i">. — Farcin aigu, terminant une morve chronique. Archives générales de méd., 1847.
(*) Bouchard, Capitan et Chahrin, Sur la culture du microbe de la morve et de la transmission de cette maladie à l'aide des liquides de culture. Bull. Acad. de médecine, 1882 et
(^) LoEFFLER et ScnuTZ. Deut. med. Wochenschrift, 1882.
C^) KiïT, Versuche ûber Ziichtung des Roslpilzcs. Jahresb. d. Kyt. Ccnlrul-TliicrarzaciscJnile in Miinchen, 1883-84, Leipzig, 1885. — Impfrotz bel Waldmausen. Cent. f. Bakt., Bd II, 1887.
(") Weichselbaum, Zur TEtiologie der Rotzkrankheit des Menschen. Wiener med. Wochenschr., 1885. — Kasuistiche Beitrage zur diagnosticher Bedcutung baktoriolog. Unlorsuchungen. Internationale klinische Rundschau, 1888.
(^) Lœffler, Die TEtiologie der Rotzkrankheit. .4?/'. ms dcm Kaiserlichen Gesundheilsamle zu Berlin, Bd I, 1886.
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2" cdit. — I. 44
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de Weigert. Kûhne et Nicolle ont indiqué des procédés de coloration qui donnent de très bons résultats; Nicolle emploie comme mordant une solution de tanin au d/10«.
Dans les préparations sèches, le bacille n'est jamais d'une teinte foncée. Si on emploie un fort grossissement, on constate que le protoplasma n'est pas homogène, qu'il présente des parties non colorées, surtout visibles quand le microbe provient d'une vieille culture sur pomme de terre (fig. 7). D'après Gsokor, on verrait alternativement cinq points sombres et cinq points clairs. Weichselbaum pense que les parties incolores repré- Baciiies de la moi- ^ Sentent dcs spores ; mais cette opinion ne saurait être admise Gr. isao D. qu'avec réserve, étant donné le peu de résistance du bacille
aux diverses causes de destruction et particulièrement à la chaleur. Cependant Rosenthal, Baumgarten ont pu, par les méthodes habituelles, colorer des spores dans de vieilles cultures sur pomme de terre.
Caractères des cultures. — Le bacille de la morve, qui est facultativement anaérobie, se développe assez bien sur les divers milieux employés en bactériologie, à la condition toutefois qu'on le place à une température assez élevée. La culture ne pousse pas à la température ordinaire, sauf lorsqu'on emploie des milieux spéciaux, comme la gélose glycérinée, ou d'après Raskina (*), l'agar et la gélatine additionnés de petit lait ou de blanc d'œuf. Dans les autres cas, il ne se développe pas au-dessous de 25". Sa végétation s'arrête à 42»; une température de 55» fait périr la culture. C'est à 57 ou 58" que le développement se fait le plus facilement.
Semé sur de l'agar ordinaire, le bacille forme de petites gouttelettes isolées les unes des autres et d'un blanc grisâtre. Si l'on emploie de l'agar additionné de lait, on constate, au bout de 48 heures, que la surface est recouverte d'une couche épaisse, d'un blanc mat; vers le 5'^ ou le 4« jour, la culture prend une temte orangée, puis brune; l'aspect est analogue à celui que nous décrivons ci-dessous pour les cultures sur pommes de terre. La végétation est aussi très abondante sur la gélose glycérinée où, vers le 2« jour, apparaît une ligne épaisse.
Sur le sérum solidifié de cheval ou de mouton, on observe des gouttes jaunâtres, transparentes, qui, vers le huitième jour, deviennent d'un blanc de lait; cette coloration blanche tient à la présence de petits cristaux de nature inconnue. Le développement est semblable, mais moins abondant sur le sérum de bœuf.
Dans le bouillon ou dans la gélatine, maintenue liquéfiée à la chaleur, on voit tout d abord se produire un trouble général ; plus tard il se forme une masse blanchâtre, muqueuse.
Ce sont surtout les cultures sur pomme de terre qui sont caractéristiques. Au 2'^ jour, la surface ensemencée est recouverte d'une mince couche jaunâtre, transparente qui, le lendemain, prend une coloration ambrée uniforme. Vers le 6« ou le 8*^ jour, la culture forme une masse opaque, rougeâtre, entourée d'une zone d'un bleu verdâtre. Cet aspect est assez spécial et permet de distinguer ce bacille des microbes connus actuellement, sauf peut-être du bacille pyocya-
(') Raskina, Ziir Zûchtung der pathogenen Mikroorganisinen auf aus Milch bereitelen festen und durchsichtigen Nahrbôden. Petersburger med. Wochenschrift, 1887.
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nique; mais il suffit de faire une eullure dans du bouillon eu sur de l'agar pour éviter toute confusion.
Souvent, d'après Babès ('), les bacilles provenant de l'homme ou du cheval ne se développent que sur la pomme de terre ou dans du bouillon; ce n'est qu'après s'être habitués à ces milieux qu'ils peuvent croître sur l'agar.
Le bacille de la morve ne pousse pas sur les infusions de paille ou de foin.
Résistance du baoille. — Le bacille de la morve ne supporte guère les différentes causes de destruction : aération, insolation, ventilation, chaleur, putréfaction, etc. Les sécrétions des animaux malades perdent rapidement leur virulence; le pus morveux étalé en couche mince et placé dans une enceinte confinée, est inactif au bout de !2 jours, tandis que dans les parties centrales d'un organe la virulence peut persister pendant 26 jours (Cadéac et Mallet). Les cultures résistent plus longtemps, 5 et 4 mois (Lœffler). D'après Sanarelli, les cultures dans le vide restent seules pathogènes; celles qui sont faites à l'air s'atténuent en quelques jours.
La virulence se conserve mieux dans une atmosphère humide que dans un air sec. Dans un abreuvoir, la matière morveuse peut rester active pendant 15 et même 18 jours.
D'après Straus et Dubarry, les bacilles conservés dans de l'eau distillée succombent en 5 jours; dans de l'eau de l'Ourcq, ils sont encore vivants au bout de 50 jours.
Le microbe est rapidement détruit par la chaleur ; il succombe quand on le chauffe 2 minutes à 100" ou 5 minutes à 80" (Cadéac et Mallet), et même à 61" (Galtier). Voilà des résultats qu'on peut invoquer contre la présence de spores. L'étude des antiseptiques entreprise par Lœffler, Galtier, a été poursuivie avec soin par MM. Cadéac, Mallet et Meunier (-). Ces auteurs ont enduit de culture des fils de platine et les ont placés dans le liquide à expérimenter ; ils ont pu ainsi déterminer facilement le temps nécessaire pour tuer le bacille. Parmi les résultats relatés, nous relevons les suivants : le sublimé au 1000"^ fait périr les microbes en 15 minutes, l'acide phénique à 5 pour 100 en 1 heure; l'iodoforme en 5 jours, l'acide borique à 4 pour 100 en 4 jours; le sulfate de cuivre à 2 pour 100 en 10 jours. Ce dernier résultat est fort intéressant, puisque c'est le sulfate de cuivre que les ordonnances de police recommandent d'employer pour désinfecter les locaux contaminés par des animaux morveux. Les essences se sont montrées assez énergiques, surtout les essences de cannelle de Ceylan et de girofle, qui stérilisent les cultures, la première en 15 minutes et la seconde en 55. L'acide sulfureux est un bon désinfectant; les vapeurs provenant de la combustion de 50 à 00 gr. de soufre par mètre cube détruisent le microbe en 24 heures.
Lorsqu'on fait des cultures en série sur des milieux artificiels, on constate que la virulence diminue progressivement. M. Bouchard et ses collaborateurs ont pu transmettre la morve avec des cinquièmes et des sixièmes cultures; mais le plus souvent, à ce moment, la virulence est amoindrie et, pour tuer l'animal, il faut inoculer de fortes quantités; encore la survie est-elle souvent assez longue. Plus tard il pourra ne se produire qu'une lésion locale.
(') Babès, Observation sur la niorvo. An'li. de tuéd. e.rpér., 1801.
(*) Cadéac et Meunier, Action antisepti(iue dos essences. Annales de rinstiliit Pasleur, 1889. — Cadéac et Mallet, Recherches exp. sur la morve. Toulouse, 188ti.
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Un des procédés les plus curieux pour atténuer le microbe consiste à introduire dans les cultures de petites quantités de cadavérine (Bonome et Vivaldi), Une dose de 08',004 dans 10 grammes de bouillon suffit pour stériliser ce liquide; si l'on met Os^OOS, les bacilles sont modifiés dans leurs formes; ils se groupent en amas, présentent des vacuoles dans le protoplasma; leur inoculation ne produit aucun effet sur le lapin, le cobaye ou le chat. L'extrait de thymus agit de même. La névrine empêche aussi la culture dans les milieux artificiels, mais elle n'agit pas sur les animaux inoculés.
Gamaleïa (^) a publié sur l'exaltation du bacille une note très intéressante. Il a constaté qu'après plusieurs passages à travers le spermophile, le virus devient beaucoup plus actif, au point de déterminer chez cet animal, parfois même chez le lapin, une véritable septicémie. La mort survient en 48 heures; à l'autopsie on ne trouve pas de granulations ; on constate seulement que la rate est Aolumineuse et que le sang contient de nombreux bacilles. Dans le même ordre d'idées, nous signalerons le travail de Léo (^) qui, en donnant de la phloridzine à des souris blanches, a produit un diabète artificiel et a pu ainsi diminuer leur résistance à l'agent pathogène.
Produits solubles. — Les produits solubles que sécrète le bacille de la morve ont été étudiés d'abord par Finger qui a constaté que leur injection peut entraîner la mort immédiate ou produire, à plus longue échéance, de graves phénomènes paralytiques et une cachexie à laquelle les animaux finissent par succomber.
A. Babès et Motoc ont isolé une substance, insoluble dans l'alcool, qui possède une action thermogène très marquée : son injection donne lieu à des crampes; si l'on répète les doses, elle détermine des néphrites et amène la mort dans le marasme.
En 1891, Kalning constata que les cultures stérilisées du bacille de la morve se comportent bien différemment suivant qu'on les injecte à des animaux neufs ou à des animaux morveux : chez les premiers on n'observe aucune élévation thermique, tandis que chez les seconds la température monte de 2" et même de o". Presque en même temps, Preusse et Pearson arrivèrent à des résultats à peu près semblables; au moyen du sublimé, Preusse prépara un extrait qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de lymphe morveuse (Rotzlymphe) ou malléine (^), par analogie avec la lymphe ou tuberculine de Koch. Avec cette substance, on inocula 64 chevaux dont un seul atteint manifestement de morve ; chez 25, on ne nota aucune élévation de température et l'autopsie démontra l'intégrité des organes; chez les 41 autres, il se produisit une hyperthermie assez marquée et l'on put constater que 58 étaient atteints de morve ; mais 5 animaux avaient réagi quoique parfaitement normaux. La malléine peut donc servir au diagnostic de la morve, ainsi que l'ont établi également les recherches plus récentes de M. Nocard; mais son action, comme celle de la tuberculine, n'est pas absolument constante et peut se manifester chez des animaux sains.
Griffiths a trouvé dans les urines d'individus atteints de la morve et dans les
(*) Gamaleïa, Sur l'exaltation de la virulence du bacille morveux. Annales de VlnslUul Pasteur, 1890.
P) LÉO, Beitrag zur Immunitâtslehre. Zeitschrift fur Hygiène, Bd VII, 1890.
(^) Eber, Ueber Rotzlymphe (Malleïn); Zusammenfassenda Référât. Centralb. fur Bakteriologie, 1892.
cultures de l'agent pathogène de celte maladie une ptomaïne cristallisable et soluble dans l'eau; son injection amène la produciion de nodules dans les diflerents viscères et entraîne la mort dans la cachexie.
Animaux sensibles ou réfractaires à la morve. — Au premier rang des animaux capables de contracter la morve se placent les équidés et parmi eux l'âne, puis le mulet; le cheval vient en troisième ligne. Les brebis, les chèvres, les moutons prennent assez facilement la maladie, même spontanément; les bovidés y sont complètement réfractaires. Le porc n'y est guère sensible; pourtant Spinola a réussi à lui transmettre cette infection, qui, d'après MM. Cadéac et Mallet, se développerait facilement chez les animaux déjà malades.
Le chien, comme l'ont montré Saint-Cyr et Peuch, présente, au point inoculé, une ulcération qui s'étend un peu, puis se cicatrise et guérit. Balizky (') a reconnu que la maladie ne reste pas locale; les parenchymes sont virulents 18 heures après l'inoculation sous-cutanée et cette virulence persiste pendant 6 et 8 mois. Seulement les microbes s'atténuent dans l'organisme du chien; si on sacrifie l'animal après 1 mois, les cultures faites avec ses organes se développent au bout de 2 ou o jours; elles ne poussent qu'au bout de 8 jours, si on le sacrifie après 8 mois.
Le chat est très sensible à la morve ; au bout de 8 jours, ses articulations sont envahies et souvent il succombe en 2 semaines (Lisitcyn).
On a pu observer la maladie sur des animaux sauvages nourris, dans les ménageries, avec des viandes contaminées. Dans un cas, M. Trasbot inocula la morve du lion à deux chiens et vit succomber ces animaux; il y aurait donc exaltation de la virulence par le passage sur le lion.
Parmi les animaux plus petits, nous citerons le cobaye, qui possède une très grande réceptivité; Straus a montré que le cobaye mâle, 2 ou 3 jours après l'inoculation, présente déjà un gonflement testiculaire ; ce signe peut servir au diagnostic rapide de la morve et permet aisément d'établir la nature d'un pus suspect; chez la femelle du cobaye, on observe des foyers au niveau des mamelles et des grandes lèvres. Le lapin est bien moins sensible que le cobaye. Souvent cet animal succombe sans tubercules et l'on trouve des bacilles dans son sang et dans ses poumons congestionnés (Babès).
Chez les différents mammifères, l'inoculation dans les centres nerveux constitue un procédé très sûr pour communiquer la morve; on réussit ainsi, même chez les animaux réfractaires : chez ceux qui sont sensibles, on détermine une maladie à évolution particulièrement grave et rapide et, en même temps, on voit s'exalter la virulence du bacille.
Enfin la maladie peut prendre chez la souris des champs, la souris des forêts, le campagnol et le hérisson. Chez ces animaux l'infection se traduit par des lésions dont l'aspect rappelle celui des tubercules miliaires; mais les localisations viscérales présentent des différences intéressantes : chez la souris des forêts, on trouve une rate énorme, atteinte isolément ou en même temps que le foie.
Les oiseaux sont peu sensibles à la morve; on peut même dire qu'ils y sont réfractaires, sauf le pigeon dont l'immunité est incomplète.
Lorsqu'on inocule une grenouille, après l'avoir maintenue pendant 2 heures
(') Balizky, Ueber die "Wirkung der Rolzbacillen hoi Hundcn. Anol. in CentiaU'. f. Baklcriologie, Bd VII, 1889.
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cm ,.. MORVE ET FARCIN.
à 50°, on n'amène pas sa mort ; mais on retrouve le bacille dans le sang et dans les organes pendant un temps qui varie de 2 à 55 jours.
Toutes les parties du corps des animaux qui ont succombé à la morve ne semblent pas aptes à transmettre la maladie. Les résultats obtenus avec le sang sont assez discordants : ils varient du reste suivant l'être qu'on envisage. Il n'y a pas de bacilles dans le sang chez le cheval : il y en a parfois chez le cobaye, le chien; il y en a souvent chez le chat (Nelzeff, Waganoff). Chez l'homme, le sang s'est montré virulent dans certains cas à marche aiguë (obs. de Goutchakofï", Sittmann, Duval, Gane et Guillemot). La salive, quand elle est pure, le sperme, la bile, le lait ne seraient jamais virulents ; l'urine peut exceptionnellement renfermer le microbe. Le mucus intestinal peut aussi le contenir. Quant aux muscles, leur virulence a été tour à tour admise et niée; en tout cas, s'ils ne sont pas dangereux par eux-mêmes, ils le sont par les ganglions qu'ils renferment ou qui les avoisinent. Le système lymphatique est en effet le lieu d'habitat préféré par les bacilles, qui l'envahissent rapidement et y végètent; Rudenko (') inocule la morve à des chevaux et examine les ganglions correspondant au point inoculé, tantôt au bout de 1 ou 2 jours, tantôt au bout de 10 mois; dans tous les cas, les ganglions renferment des bacilles, ainsi que le démontrent les cultures et les inoculations. De même que pour le charbon, l'infection du système lymphatique doit se faire très vite, puisque 1 heure après l'inoculation, la cautérisation se montre déjà inefficace (Renault).
Étiologie. — Pendant longtemps on a admis que la morve prenait naissance spontanément, au moins chez le cheval. Bouley qui, en 1876, soutenait encore cette opinion, pensait que la maladie pouvait se développer après des opérations douloureuses, des fatigues excessives; il cite des cas où l'augmentation du travail imposé à des chevaux a suffi à faire apparaître cette infection. Ces idées qui nous paraissent bien vieilles aujourd'hui, étonneront moins si l'on se rappelle qu'à l'époque de Bouley on ne croyait pas encore à la spécificité de la maladie; on admettait que du pus injecté dans les veines pouvait déterminer une éclosion de granulations morveuses.
Nous savons actuellement que la morve ne peut naître que par contagion, soit par inoculation directe, soit par infection. Il n'est pas moins certain que bien des causes y prédisposent considérablement : la fatigue, une mauvaise nourriture, une hygiène défectueuse sont autant de conditions dont l'importance n'est plus à démontrer.
L'homme ne contracte guère la morve que du cheval : aussi conçoit-on que la maladie soit rare dans le sexe féminin; Bollinger, sur 120 cas, n'en trouva que 6 chez des femmes.
Aujourd'hui qu'on fait abattre de bonne heure les chevaux morveux, la maladie a diminué de fréquence. Dans le relevé de Felisch nous voyons que, de 1876 à 1886, il y eut en Prusse 17047 cas de morve chez le cheval; dans le même laps de temps, 20 hommes furent contaminés, 15 succombèrent et, parmi eux, trois vétérinaires. Depuis cette époque la situation a été s'améliorant : en 1892 on n'enregistre plus que 823 cas chez le cheval; en 1893 on note 5 cas chez l'homme; en 1894, on n'en observe que trois.
(*) Rudenko, Bakt. Untersuchungen der Lymphdriisen in Kehlgange rotzkranker Pferden Centralb. fur Bakteriologie, Bd V, 1889.
En France pour l'année 1887, sur une population de 2 908 500 chevaux il y en eut 1233 d'atteints, ce qui établit une proportion de 1 cheval morveux sur 2 358. En 1892, on ne relève que 1035 cas de morve. Mais il faut remarquer que la morve est souvent latente chez les chevaux. Rien d'instructif à cet égard, comme les résultats obtenus à la Compagnie des voitures, l'Urbaine : 4348 chevaux paraissant sains furent soumis à l'épreuve de la malléine; on obtint une réaction caractéristique chez 562, et l'autopsie révéla en effet l'existence de lésions morveuses.
Dans le département de la Seine on fit abattre 1152 chevaux morveux en 1895 et 1184 en 1896. Chaque année, sur les. chevaux tués pour la boucherie, à Paris, on en trouve 70 à 100 qui sont atteints de morve; en 1895, il y en eut 145.
Les personnes atteintes sont celles qui, par leur profession, se trouvent en contact avec les chevaux : les palefreniers sont le plus souvent contaminés, dans la proportion de 41 sur 106 malades (Bollinger). Puis viennent les cochers, les cultivateurs, les vétérinaires, plus rarement les soldats, les équarrisseurs, les bouchers qui vendent la viande chevaline.
Quand, chez le cheval, la maladie revêt une forme aiguë, sa nature est reconnue de bonne heure et l'animal est sacrifié; au contraire on hésite le plus souvent et on conserve les animaux atteints de formes chroniques; aussi, malgré leur virulence moindre, les cas chroniques sont-ils les plus dangereux et servent-ils généralement à la transmission. Remarquons du reste, en passant, que la forme chranique de l'animal peut donner naissance chez l'homme, aussi bien à une forme aiguë qu'à une forme chronique; la rapidité de l'évolution semble seulement en rapport avec la quantité du virus introduit. Christen a rapporté l'histoire de 3 personnes contaminées par le même cheval ; 2 furent atteintes de morve aiguë, la troisième de farcin chronique.
Dans quelques cas la maladie a été transmise par morsure (H. Landouzy). Le résultat, évidemment, n'est pas toujours positif et tout le monde se rappelle que Cl. Bernard n'éprouva aucun accident après avoir été mordu, au cours de ses expériences, par un cheval morveux. Le plus souvent l'infection se fait par une piqûre accidentelle; c'est ce qui arrive aux palefreniers qui bouchonnent le cheval avec de la paille ; un des piquants peut facilement pénétrer sous l'épiderme et inoculer le virus; c'est ce qui peut se produire également pendant la dissection ou l'équarrissage des animaux. Les vétérinaires qui font des opérations sur les chevaux morveux sont exposés à recevoir sur leurs mains l'huile farcineuse contenue dans les nodules; une écorchure accidentelle pourra servir de porte d'entrée aux bacilles. On a même admis que le virus pénètre parfois à travers la peau saine ; c'est ce que tendent à établir également les expériences de Babès, qui a vu quelques cobayes contracter la morve après qu'on eût frictionné leur peau intacte avec une pommade contenant des bacilles virulents; la pénétration se fait par les glandes cutanées. Arrazat a publié une observation où la morve entraîna la mort en 10 jours, sans qu'on pût trouver la plaie d'inoculation. Il ressort cependant des recherches de Nocard que le tégument absolument sain ne se laisse pas traverser : des frictions pratiquées sur 3 ânes sont restées inefficaces; opérant de même sur 15 cobayes, l'auteur n'en vit que deux qui contractèrent la morve. Les résultats positifs tiendraient à des écorchures qui passent facilement inaperçues.
Les muqueuses peuvent servir également à la contamination. On cite à ce propos plusieurs observations où des palefreniers ont contracté la maladie en
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buvant au môme seau que leur cheval, d'autres en se mouchant avec le linge qui servait à nettoyer les naseaux d'un animal malade.
L'ingestion de viandes infectées a pu aussi communiquer la morve. C'est du moins ce qui résulte d'observations recueillies chez le chat (Gerlach) et même chez le chien (Mordstrom). Comme nous le disions plus haut, c'est de cette façon qu'on a vu la maladie frapper, dans les ménageries, les animaux féroces tels que le lion (Hamont, Trasbot, Liesering) ou l'ours (Liesering). Malgré ces faits positifs, la question n'a pas rallié tous les suffrages. Decroix a prétendu que les animaux morts de la morve, comme les animaux morts du charbon, peuvent, sans aucun danger, servir à l'alimentation; il poussa le courage jusqu'à ingérer des viandes morveuses, cuites ou crues. Bien qu'il ne lui soit survenu aucun accident, ses assertions ne sauraient être trop vivement combattues. En supposant même que l'infection ne puisse se faire à travers la muqueuse digestive saine, le bacille pourra trouver une porte d'entrée dans une écorchure accidentelle, particulièrement au niveau de la bouche. Enfin les viandes contaminées exposent à un danger indéniable ceux qui les manient ou les préparent; ce serait une raison suffisante pour les faire rejeter. D'ailleurs les recherches lés plus récentes, celles de Cadéac, de Mallet, de Nocard, nous ramènent à Topinion de Renault sur la fréquence de l'infection par les voies digestives. C'est par ingestion que se fait le plus souvent la pénétration du virus, soit que le microbe traverse la muqueuse buccale, soit qu'il envahisse l'économie par l'intestin, comme le démontre l'existence d'altérations caecales dans un certain nombre de cas (Micellone).
Uappareil respiratoire peut-il servir de A^oie d'introduction au virus morveux? Bollinger l'affirme et pense que c'est une porte d'entrée fréquente, surtout dans les cas où les symptômes généraux précèdent les manifestations locales. Kelsch admet que la morve aiguë est le résultat d'une contagion médiate; la morve chronique relèverait d'une contagion immédiate, c'est-à-dire d'une inoculation, et le virus s'épuiserait en accidents locaux.
MM. Cadéac et Mallet (*) ont entrepris une série de recherches expérimentales dans le but de déterminer jusqu'à quel point les voies respiratoires peuvent servir de porte d'entrée à l'infection. Ces auteurs ont établi tout d'abord que l'air expiré ne contient pas le microbe de la morve (on sait du reste qu'il est bactériologiquement pur à l'état normal). Si le jetage morveux peut rester virulent pendant 18 jours dans les abreuvoirs, l'air n'est pas capable d'entraîner les bacilles hors de l'eau. Les poussières ne pourraient pas servir davantage à la transmission de la maladie, car le virus desséché perd rapidement son action. Enfin, dans une expérience encore plus décisive, les auteurs ont inoculé à des cobayes de l'air condensé provenant d'écuries où se trouvaient des animaux morveux; les cobayes restèrent indemnes. Du reste l'arbre respiratoire ne semble pas représenter une voie favorable à l'introduction du virus. L'inoculation directe dans la trachée, quand l'appareil respiratoire est sain, n'amène le plus souvent aucun trouble. Si le poumon est altéré ou si l'on pulvérise des liquides virulents dans un cercle étroit, l'infection se produira, mais la maladie aura une grande tendance à rester localisée aux poumons; sa marche n'est donc nullement comparable à la morve dite par infection.
(') Cadéac et Mallet, Études exp. sur la transmission de la morve par contagion médiate et par infection. Revue de médecine, ISSl.
MORVE ET FARCIN. fi07
Dans la plupart dos cas, rhommc contracte la morve du cheval, mais l'infection se produit parfois de l'homme à l'homme. Ainsi Girard fds succomba en 18'25 à la morve aiguë, pour s'être piqué en faisant l'autopsie d'un élève d'Alfort, mort de la même maladie. Elliotson cite le fait d'une blanchisseuse ({ui fut conlagionnée en lavant le linge d'un cocher atteint du larcin. On a vu des cas chez des personnes ayant soigné des malades (Féran, Brusch, Mosler). Enfin, à l'observation de Girard, on peut en ajouter d'analogues, celle de l'étudiant Rocher, rapportée par Bérard, et celle du prosecteur Albrecht de Saint-Pétersbourg. Nous signalerons encore le cas d'un vétérinaire militaire, qui contracta l'infection au cours de recherches bactériologiques poursuivies à l'Institut de Dorpat (').
Enfin on sait que Kalning fut atteint de la morve au cours des expériences qu'il avait entreprises sur les produits solubles du bacille et succomba avant d'avoir achevé ses importantes recherches sur la malléine.
Symptomatologie . — La période d'incubation de la morve est généralement assez courte, surtout quand la maladie est contractée par inoculation directe : elle ne dépasse guère 5 ou 5 jours. Parfois les premiers accidents sont apparus au bout de 24 heures; jamais ils n'ont tardé plus de 7 jours à se manifester. Dans les cas rattachés à une infection, l'incubation a pu atteindre 14, 20 et 25 jours; on a cité des faits où elle se serait prolongée pendant 2 et ù mois, et même pendant plusieurs années. Une observation de M. Colin permet de comprendre comment on a pu observer des incubations aussi longues; dans le fait auquel nous faisons allusion, il existait des lésions pulmonaires, les fosses nasales étant intactes ; on conçoit que la nature de l'affection doive être, dans ces conditions, forcément méconnue.
Les symptômes et l'évolution de la maladie varient considérablement; avec la plupart des auteurs, nous admettrons quatre formes, suivant qu'on a affaire à la morve ou au farcin et suivant que la marche est aiguë ou chronique. Mais il est important de remarquer tout de suite que jamais les formes chroniques ne succèdent à des manifestations aiguës ; c'est l'inverse qui s'observe assez souvent.
Dans tous les cas, l'affection peut s'installer de deux façons différentes : tantôt ce sont les manifestations locales qui ouvrent la scène, tantôt les phénomènes généraux; c'est ce qui fait décrire deux modes de début, rattachés l'un à l'inoculation directe, l'autre à l'infection. Si la morve est généralement moins grave quand elle succède à une inoculation, c'est que l'agent pathogène est introduit dans un organisme qui, n'étant nullement préparé à le recevoir, est capable de lutter et de se défendre. Au contraire, quand l'infection naît spontanément en apparence, c'est que l'être est prédisposé, c'est-à-dire affaibli et moins résistant. En somme, il se passe pour la morve ce qu'on observait autrefois pour la variole : cette maladie, toujours très grave quand elle se développe spontanément, était relativement bénigne quand, au siècle dernier, on l'inoculait dans un but prophylactique.
Ajoutons que les divisions que nous avons admises sont forcément arbitraires, car on rencontre souvent des formes hybrides; les diverses variétés que nous allons décrire représentent donc des types quelque peu schématiques.
(*) Hartge, Ein Fall von Maliens huniidus acutus beim Menschen. St-Petersb. med. Wochenschr., 1890.
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I" Morve aiguë. — Ouand la maladio revôt une marche rapide, c'est généralement sous la forme morveuse qu'elle se présente, celle-ci s'installant d'emblée ou succédant à Tune des deux Cormes chroniques.
Comme nous le disions plus haut, l'invasion peut être marquée par l'apparition de phénomènes généraux, et, dans quelques cas, par des frissons. Mais ce qui domine dès le début, c'est la faiblesse qu'éprouve le malade ; en même temps, il se plaint de céphalalgie; souvent il est pris de nausées; l'anorexie est absolue. Il y a là un ensemble symptomatique qui, surtout lorsqu'il est complété par l'existence d'épistaxis, fait penser à une fièvre typhoïde. On observe en plus des manifestations douloureuses au niveau des membres, et particulièrement des articulations ; ces douleurs, quelquefois vagues et mal localisées, peuvent devenir très intenses, au point de simuler un rhumatisme articulaire aigu. Plus vives la nuit que le jour, elles reviennent spontanément ou ne se font sentir qu'à l'occasion des mouvements ou des pressions. Elles occupent généralement plusieurs jointures, mais peuvent, dans quelques cas, se localiser sur une seule. L'importance de ces manifestations articulaires justifie la description d'une période arthralgique.
Pourtant les accidents ne sont pas toujours aussi intenses, et, dans quelques cas, les malades ont pu continuer à vaquer à leurs affaires ; c'est la fourme ambulatoire de Bollinger.
Le. plus souvent, les phénomènes généraux sont précédés de manifestations locales; ce mode de début est rattaché à l'inoculation directe. La plaie peut être déjà cicatrisée ou en voie de guérison ; ailleurs, elle est ulcérée, offrant un aspect chancroïde et tendant à gagner de proche en proche.
Au niveau des parties découvertes, telles que la face, les mains, les pieds, on voit survenir une tuméfaction assez considérable. La peau, distendue, est sillonnée par des traînées de lymphangite formant des cordons durs, noueux, sensibles à la pression. Les ganglions correspondants sont rapidement envahis ; ils sont tuméfiés et douloureux. Quelquefois, on observe sur les membres des phlébites qui, le plus souvent, accompagnent les angioleucites.
Au bout de 2 ou 5 jours, apparaît un des phénomènes les plus remarquables de la morve aiguë : c'est une inflammation particulière, sorte d'érysipèle siégeant sur un œdème dur, mal limité et n'offrant pas l'aspect grenu et le bourrelet si caractéristique de l'érysipèle franc. Il occupe généralement la face, plus rarement les membres; au niveau des jointures, il débute autour d'une vésicule ou d'une pustule; parfois il commence au niveau des points lacrymaux (Hallopeau et Jeanselme). Il s'étend rapidement et donne au malade un aspect assez spécial : le nez est déformé, la lèvre supérieure est enflée et couverte de croûtes fétides; les joues tuméfiées semblent le siège d'une lésion phlegmoneuse; les paupières gonflées recouvrent les yeux, et entre les voiles palpébraux s'écoule un liquide puriforme caractéristique; en soulevant les paupières, on voit que les conjonctives sont seulement infiltrées de liquide. Le front est envahi; quelquefois même l'inflammation s'étend au cuir chevelu. L'érysipèle se couvre bientôt de vésicules, de bulles, de phlyctènes sanguinolentes, et peut par places présenter des points sphacélés.
Sur les membres, on peut voir survenir des plaques gangreneuses, succédant à des collections purulentes et laissant à nu, à leur chute, les tendons et les os.
Vers le sixième jour, se produit d'habitude une éruption pustuleuse. Ce sont d'abord de petites taches rouges, qui se transforment en papules acuminées,
duros, blancliAIros, puis se remplissent de pus. Cetle (évolution se fait en 21 heures. Alors la lésion se présente sous l'aspect de pustules non ombiliquécs, acuniinées, pointues ou plates, entourées d'une aréole rosée, reposant quelquefois sur une base large et dure. Ces pustules se réunissent parfois de manière à former des plaques purulentes; elles renferment un pus jaunâtre, quelquefois sanguinolent. Généralement discrètes, elles peuvent devenir assez nombreuses pour faire penser à une éruption de variole. Elles siègent sur les membres, la face, et particulièrement les joues, les paupières, le front et le nez; elles peuvent aussi se montrer sur les muqueuses, particulièrement sur la conjonctive, la pituitaire, la langue, le voile du palais et les amygdales.
Les pustules, dans quelques cas, se transforment en bulles remplies de pus ou de sanie sanguinolente, se déchirant plus tard et laissant à leur place des ulcères cupuliformes à tendance extensive ; d'autres se couvrent de croûtes et se dessèchent.
Les diverses lésions cutanées que nous venons d'indiquer peuvent être le point de départ d'altérations gangreneuses : des plaques de sphacèle surviendront autour des pustules ou des piqûres accidentelles ; d'autres se produiront sans cause apparente; d'autres enfin seront précédées d'épanchement sanguin dans le tissu cellulaire. Au-dessous des eschares, de vastes collections purulentes se développent; et, si l'évolution est assez lente pour permettre l'élimination des tissus sphacélés, les parties profondes, les tendons, les os seront mis à nu.
Signalons enfin, d'après Bouley et Nonat, une éruption caractérisée par de gros boutons avec infiltration sanguine et purulente du derme.
En même temps que l'éruption, parfois avant elle, se développent les accidents caractéristiques de la morve. C'est d'abord un sentiment de gêne dans le nez et l'arrière-gorge ; le malade a la sensation d'un obstacle obstruant ses narines et fait des efforts pour le chasser; il s'écoule un peu d'humeur gluante, quelquefois on voit survenir une épistaxis. L'enchifrènement fait de rapides progrès ; la voix est nasonnée ; l'expiration par les fosses nasales devient sifflante; enfin, le jetage s'établit. C'est un écoulement abondant, souvent plus abondant par la narine gauche que par la droite; il est constitué par des matières muco-purulentes, striées de sang ou brunâtres, visqueuses, s'attachant aux narines et aux lèvres, et déterminant des excoriations sur ces diverses parties Pourtant le jetage est moins considérable chez l'homme que chez le cheval il peut même faire défaut ; c'est quand le malade est prostré et couché sur le dos les matières s'écoulent alors dans l'arrière-gorge. L'examen du nez fera constater que la muqueuse est rouge, excoriée, offrant quelquefois des ulcérations qui pourront gagner en profondeur, envahir le périchondre, perforer la cloison ou le vomer.
Les diverses portions de la face sont profondément altérées : la racine du nez est tuméfiée et douloureuse à la pression; la conjonctive est rouge, gonflée, sécrétant un liquide muco-purulent et quelquefois couverte de pustules. Les gencives sont sanguinolentes, fuligineuses, souvent ulcérées, et ces diverses altérations donnent à l'haleine une odeur infecte. Des pustules et des ulcérations recouvertes de pus ou de sang occupent les amygdales, le pharynx, le larynx. On conçoit que la déglutition et la phonation deviennent très difficiles ; la voix est enrouée ; quelquefois l'aphonie est complète. La gêne du malade peut encore être augmentée par le développement d'un phlegmon au niveau du plancher de la bouche.
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Les glandes salivaires el les ganglions des régions parotidiennes et sousmaxillaires sont envahis et déterminent dans ces divers points un gonflement considérable. Les adénopathies peuvent même suppurer et donner naissance à des adéno-phlegmons qui s'ouvrent à l'extérieur.
Enfin, le malade est tourmenté par de la toux; il expectore des matières muco-purulentes analogues à celles qui constituent le jetage. Les crachats sont fétides ; la poitrine est remplie de râles sibilants et ronflants disséminés. Plus tard, on trouve de la submatité aux bases; il se produit alors une bronchopneumonie, déterminant une violente dyspnée et hâtant la terminaison fatale.
Dans quelques cas, ces lésions qui sont habituellement tardives, se sont montrées au début. Mac Donnell rapporte l'observation d'un cocher qui contracta la maladie pour avoir bu au même seau que son cheval ; les accidents initiaux furent ceux d'une angine suraiguë. Dans le cas de Lussana et Romano, les manifestations pulmonaires furent les premières en date.
En même temps que se déroulent ces diverses manifestations locales, l'état général du malade s'aggrave rapidement et reproduit l'ensemble des phénomènes qu'on observe à la fin de toutes les infections graves.
La fièvre, légère au début, atteint 40° et même 41°; souvent la rémission matinale est très marquée et fait tomber la température de 1 ou 2 degrés. Après avoir présenté des oscillations assez grandes, la courbe forme un plateau continu, mais n'arrive jamais à des chiffres hyperpyrétiques. Le pouls est petit, faible, rapide, atteignant 100 et 150, quelquefois irrégulier. La respiration s'accélère, devient pénible; la peau se couvre de sueurs abondantes et nauséabondes.
Les phénomènes nerveux s'aggravent rapidement; au début il y avait du vertige, des bourdonnements d'oreille, une céphalalgie, d'ailleurs moins marquée que dans la fièvre typhoïde. Puis le sommeil devient mauvais, le malade est agité, tourmenté par des cauchemars; le délire s'installe, d'abord nocturne, persistant ensuite pendant le jour.
A ces manifestations s'ajoutent d'autres troubles dans les divers appareils. Ce sont des hémorragies, et particulièrement des épistaxis qui peuvent se montrer dès le début; des vomissements qu'accompagne une diarrhée séreuse, fétide, involontaire. La rate est hypertrophiée. L'urine est albumineuse, parfois hémaphéique; elle contient de la tyrosine et de la leucine (Bollinger). La mort survient au milieu du coma ou des convulsions.
La durée de la morve aiguë varie suivant que les accidents apparaissent d'emblée ou surviennent au cours d'une forme chronique ; dans le premier cas, l'évolution se prolonge pendant trois ou quatre semaines, exceptionnellement 40 ou 50 jours; dans le second cas, la mort survient en 5 ou 4 jours; cependant chez le malade d'Hallopeau et Jeanselme, la poussée aiguë terminale dura 40 jours.
On a bien cité des cas de guérison, mais la plupart d'entre eux ne sont pas de nature à entrahier la conviction : tels sont ceux de Jacquezet de Mackenzie : dans ce dernier fait il s'est agi, semble-t-il, d'un simple phlegmon du plancher de la bouche. Pourtant Hertwig a rapporté deux observations, dont l'une, au moins, semble probante. Dans le cas plus récent de Garstang, les recherches bactériologiques furent négatives.
2° Farcin aigu. — Les observations de farcin aigu sont assez rares et assez
incomplètes; aussi Bollinger réuniL-il la (lcscri])li()n de celte forme à celle de la morve aiguë.
Le farcin aig'u peut débuter par des lésions locales ou des phénomènes d'infection générale. Dans les deux cas les manifestations symptomatiques ne diflerent pas de celles que nous avons décrites à propos de la morve. On retrouve les frissons, la fièvre, la céphalalgie, les vomissements et surtout les douleurs articulaires qui peuvent simuler le rhumatisme; localement on observe des traînées de lymphangite, avec adénopathies douloureuses, œdème des membres et même phlegmon érysipélateux.
Vers le sixième ou le septième jour, apparaissent des abcès multiples; tantôt ce sont des tumeurs indolentes, recouvertes d'une peau pâteuse, molle, de couleur normale; tantôt la peau est dure, rouge ou violacée, douloureuse; la tumeur renferme du sang ou une sanie rougeâtre, rarement du pus. De ces abcès partent souvent des traînées d'angioleucite. Les tumeurs peuvent se sphacéler ou s'ouvrir et se transformer en plaies ulcéreuses.
A côté de ces abcès sous-cutanés, on peut observer des collections purulentes plus volumineuses, occupant le tissu cellulaire.
L'état du malade est très grave : la fièvre est intense, l'adynamie profonde. Puis, vers la deuxième ou la troisième semaine, quelquefois seulement à la quatrième, se produit une éruption de nombreuses pustules qui peuvent, elles aussi, aboutir à la gangrène.
Au bout de 5 ou 6 semaines le malade est pris de délire ; les selles sont involontaires et fétides; le corps est couvert de sueurs profuses et la mort survient dans le coma.
La durée du farcin aigu est généralement plus longue que celle de la morve; la vie se prolonge pendant 40 ou 45 jours. Il existe pourtant quelques faits où l'évolution n'a pas dépassé deux semaines.
Ilertwig, Lorin, Eck ont cité des cas de guérison, mais on doit se demander s'il ne s'agissait pas de simples piqûres anatomiques. On peut, en tout cas, affirmer que la terminaison sera fatale, quand s'est produite l'éruption pustuleuse.
3° Farcin chronique. — Contrairement à ce qui se passe pour les formes aiguës, le farcin chronique est plus fréquent que la morve. Tardieu, qui le premier a donné une description exacte des formes chroniques, en a réuni iU cas, dont 33 se rapportent au farcin.
L'affection peut débuter par des phénomènes locaux, s'établissant 3 ou 4 jours après l'inoculation, alors que la plaie est souvent cicatrisée. Le membre atteint est gonflé, offrant des traînées de lymphangite; les ganglions sont tuméfiés et douloureux. La fièvre est assez vive; l'état gastrique est très marqué, pouvant s'accompagner de nausées et de vomissements. Enfin apparaissent des abcès qui rapidement prennent un caractère spécial.
Quand la maladie naît par infection, parfois même après une inoculation directe, ce sont les troubles généraux qui ouvrent la scène. Le patient se plaint de malaise, de lassitude, de tlouleurs vagues. La fièvre est vive, mais elle diminue vers le troisième ou le quatrième jour. En même temps on observe les troubles que nous avons déjà signalés dans les autres formes, inappétence, céphalalgie, nausées.
Les douleurs des membres peuvent quelquefois être intenses, s'accompagner de gonflement articulaire et rappeler le rhumatisme subaigu. Les mouvements
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sont difficiles; il y a de la raideur dans les jointures. Enfin le malade peut ressentir au niveau des lombes et du dos de véritables douleurs fulgurantes.
Pourtant les phénomènes prémonitoires n'ont pas toujours cette intensité; il est des cas où tout se borne à de la lassitude et à des arthralgies tolc-
rables.
Au bout d'un mois ou de six semaines, se produisent les abcès qui caractérisent essentiellement le farcin chronique. Ils apparaissent rapidement, comme d'emblée, se montrant à la fois ou successivement sur plusieurs points. Généralement il se fait une première poussée de 4 ou 5 abcès, puis il s'en développe de nouveaux, de sorte que leur nombre s'élève à 15 ou 20. Ces lésions siègent sur les membres, particulièrement sur les membres inférieurs, entourant souvent les articulations, se localisant ailleurs à la suite d'une contusion ou sur des points déjà malades, pouvant enfin occuper les muscles, surtout les fléchisseurs. Dans quelques cas, les abcès se sont développés au niveau de la face, du front ou des tempes ; il est exceptionnel d'en observer sur le tronc. Recouvertes d'une peau violacée ou bleuâtre, ces collections sont mal circonscrites, volumineuses, pouvant contenir jusqu'à 500 grammes de liquide et donnant à la palpation la sensation d'un empâtement diffus. Parfois leur évolution a pu rappeler celle du phlegmon. Mais, le plus souvent, la douleur est peu marquée, sauf quand il s'agit de collections profondes, étranglées par des aponévroses.
Ces abcès peuvent disparaître brusquement. Généralement ils s'ouvrent à l'extérieur et cette terminaison, qui survient rapidement dans la variété phlegmoneuse, est au contraire fort lente dans les cas de lésion non inflammatoire ; elle peut ne se produire qu'après 8 ou 10 mois. Dans la variété phlegmoneuse, Fabcès renferme du pus; dans les autres cas, on trouve du sang pur, plus souvent un mélange de sang et de pus, ou bien un liquide jaunâtre, visqueux ou séreux, inodore ou fétide, et strié de sang.
Une fois ouvertes les lésions peuvent se cicatriser assez rapidement; c'est ce qui a lieu dans les formes subaiguës, et cette évolution favorable s'explique par une rapide disparition des bacilles (Hallopeau et Jeanselme).
Dans quelques cas très rares, les tumeurs farcineuses se développent lentement, s'indurent et finissent par se résorber, en laissant à leur suite de vives douleurs (Monneret).
Plus souvent il se produit des ouvertures multiples qui prennent un caractère fistuleux; il se forme des ulcérations rebelles, livides, à bords calleux et saillants, ayant peu de tendance à grandir et encore moins à se cicatriser; quelquefois les parties profondes finissent par être atteintes et les os sont mis à nu. Quand le marasme a fait des progrès, la peau qui entoure les ulcères devient noire et perd toute souplesse.
Les ganglions lymphatiques ne sont pas toujours atteints. Les adénopathies, qui s'observent surtout au niveau des aisselles et des aines, sont consécutives à des angioleucites locales ou à des abcès des régions voisines. Parfois elles survivent aux lymphangites ou se produisent après leur disparition, ce qui a pu les faire considérer comme primitives.
A ce moment, l'infection peut n'être caractérisée que par la faiblesse du malade, l'anorexie et, localement, par l'existence des abcès. Ceux-ci tendent parfois à la guérison et peuvent même se cicatriser. On pense que l'évolution est terminée et que le malade va guérir; cette amélioration trompeuse qui survient vers le deuxième mois peut se prolonger de 50 à 60 jours; puis les
phénomènes morbides rccidivenl et reprennent leur marche progressive. Dans une observation dllallopeau et Jeansehue, la guérison apparente persista pendant trois ans.
Les ulcères, qui ne sont jamais primitifs, succèdent, avons-nous dit, aux abcès; leurs bords sont renversés; la peau est décollée; il s'écoule un liquide visqueux qui se concrète en croules épaisses. Plus tard, les bords sont noirâtres, calleux, saillants, quelquefois lardacés; au fond de l'ulcéralion on voit les tendons dénudés et parfois les os nécrosés. Pourtant l'ulcère n'est pas la suite nécessaire de l'abcès; celui-ci peut s'ouvrir par un i)ertuis qui se transforme en fistule.
Il n'y a pas d'éruption, sauf dans quelques cas assez rares, où l'on a observé un furoncle au niveau du nez (Ilertwig), un érysipèle au niveau des membres (Monneret).
Pendant que ces lésions évoluent, les autres manifestations se modifient, les douleurs vagues du début se fixent à une articulation, ou plutôt, suivant la remarque de Tardieu, autour d'une articulation; ce sont des douleurs périarticulaires, gênant les mouvements de la jointure et siégeant spécialement au niveau du genou et du bassin. Souvent, à cette époque, on voit se développer une tuméfaction douloureuse du testicule ; parfois le sarcocèle est très volumineux.
La fièvre n'a pas de cycle déterminé; quelquefois elle prend le type intermittent, revenant sous forme d'accès tierces et pouvant être améliorée par le sulfate de quinine; plus tard elle reparaît sous un autre type. A la fin, elle revêt le caractère hectique, avec frissons répétés le soir, sueurs nocturnes, etc. L'amaigrissement est énorme, les yeux sont ternes, le visage est livide et jaune, la peau est sèche, rugueuse, parfois subictérique; les poils s'allongent et tombent. Il existe une diarrhée rebelle et, quelquefois, des vomissements. Le malade est tourmenté par une toux sèche, sans que l'auscultation révèle de bruits anomaux au niveau des poumons; il se plaint de céphalalgie. La prostration et la lassitude augmentent. Enfin, peu à peu, les facultés intellectuelles s'éteignent, et le malade, épuisé par la suppuration, le corps couvert d'ulcères, succombe au milieu d'un délire vague.
En résumé, les symptômes du début se prolongent généralement pendant deux semaines; les abcès apparaissent du treizième au quinzième jour; puis vers le deuxième mois survient une amélioration plus ou moins longue, à la suite de laquelle la maladie reprend sa marche et évolue progressivement jusqu'à la mort.
Tardieu a noté que dans 10 cas l'affection s'est terminée par une période aiguë; trois fois seulement elle a suivi une marche chronique et régulièrement progressive. L'évolution peut être précipitée par une maladie surajoutée, par exemple par le développement secondaire d'une infection purulente. Dans le cas de Besnier, la terminaison fatale fut provoquée par des accidents urémiques, liés à une néphrite morveuse.
La guérison est possible : Tardieu en a réuni 6 cas. Mais le malade est exposé à des rechutes, et ce n'est souvent qu'au bout d'un an et même après un temps plus long, que la guérison est assurée. C'est là un des caractères importants du farcin chioniipie. Dans le cas d'IIallopoau, la rechute ne se produisit qu'au bout de li'ois ans. Dans robservalion [)lus récente de Réiny, le malade, j)résenté comme guéri, le 16 juin 1896, à l'Académie de niédccine, rentrait i mois plus
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tard dans le service de Quenu. doù il sortait définitivement guéri au bout de 2 mois (').
Parmi les cas de guérison authentiques, on peut cher encore les observations de Jakowski, Holmes, Joubert, où la nature de la maladie a été délerminée par l'examen bactériologique.
La mort est la terminaison habituelle, qui arrive en général au Jjout de 12 ou 15 mois (Tardieu); dans certains cas, les accidents ont évolué en 4 mois, dans d'autres, ils se sont prolongés pendant o et 4 ans et même 11 ans (Bollinger).
Angioleucite farcineuse. — Tardieu a justement insisté sur une forme atténuée du farcin où tout se borne à des manifestations locales.
A la suite d'une piqûre, on voit la main et le bras se gonfler ; les téguments se couvrent de traînées de lymphangite, les ganglions axillaires se tuméfient ; les phénomènes généraux, assez vifs au début, se calment bientôt et l'affection revêt une marche chronique. Des abcès se développent, analogues à ceux que nous avons décrits dans l'histoire du farcin, mais se montrant surtout autour des lymphatiques. Les accidents restent ainsi localisés et peuvent ne pas troubler l'état général; pourtant, le plus souvent, le malade maigrit, il se sent fatigué et présente des accès fébriles irréguliers.
Après un an environ, l'affection finit par guérir. Mais, même dans cette forme atténuée, le malade est exposé à des rechutes qui sont toujours à craindre tant que la cicatrisation n'est pas parfaite et que les adénopathies n'ont pas complètement disparu.
Farcinose mutilante de la face. — A la session d'avril 1891 de la Société française de dermatologie, M. Besnier et j\BL Hallopeau et Jeanselme ont appelé l'attention sur une forme particulière de farcin chronique. Dans le cas de M. Besnier, il s'agissait d'un malade présentant, au niveau de la face, des lésions qui rappelaient celles de la syphilis térébrante. L'infection, qui avait débuté parle poumon, envahit la face par le canal nasal et le lacrymal; elle détermina la production d'infiltrations et d'ulcérations qui détruisirent une partie du nez, attaquèrent la voûte palatine, échancrèrent la lèvre supérieure. Dans l'observation de MM. Hallopeau et Jeanselme, la lèvre supérieure était complètement détruite; la lésion débutait par des « gommes farcineuses », qui se transformaient en vastes ulcérations à bords décollés, à fond plus large que l'ouverture. Cette mutilation de la face se produisait sans donner lieu à du j étage et sans produire de douleur.
4° Morve chronique. — Rarement la morve chronique s'établit d'emblée, le plus souvent elle succède au farcin chronique (morve chronique farcineuse).
Comme dans les autres formes, l'affection débute par de la fatigue, des malaises, des douleurs articulaires et musculaires. Dans quelques cas, où ces douleurs siègent au niveau de la poitrine, on les rattache tout d'abord à de la pleurodynie ou à un point pleurétique. Après ces premières manifestations ou dès le début, dans les cas de morve chronique non farcineuse, le malade éprouve des douleurs au niveau de la gorge. La voix est nasonnée ; les narines sont obstruées
(*) Joubert, Conlrib. à rétudc clinique et thérapeutique de la morve humaine. Thèse de Paris, 1897.
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(le mucosités, surtout la nai-iuc gauche; Tair [)assc diCficilement et le malade ('■prouve uue teusion douloureuse à la racine du nez, entre les yeux. Il s'écoule bientôt des mucosités épaisses, souvent stric'cs de sang, contenant parfois de petits caillots, et se concrétant sur les lèvres et les ailes du nez sous forme de ci'oùtes sèches et noirâtres; Técoulement est inodore; les ganglions sous-maxillaires ne sont généralement pas engorgés. Il est rare que le jetage soit abondant; souvent il n'y a qu'un peu d'enchifrènemenl. Parfois les manifestations nasales sont tellement peu marquées qu'elles passent inaperçues et ne sont reconnues qu'à l'autopsie.
Les ulcérations de la pituitaire sont difficiles à voir, mais on peut les sentir au moyen du slyletet constater, dans quelques cas, la perforation de la cloison. On observe en même temps des ulcérations rebelles, à marche lente, au niveau de la bouche et du pharynx; le laryngoscope en fait voir sur le larynx et la trachée. Ces ulcérations, entremêlées de points cicatriciels déprimés, sont cupulilormes, remplies d'un pus jaunâtre et reposent sur un fond tomenteux et rouge.
La voix est altérée, enrouée, quelquefois presque complètement éteinte; la déglutition est difficile. La douleur thoracique que nous avons signalée au début persiste et augmente pendant la déglutition. Le malade se plaint de souffrir de la gorge, de ressentir une sorte de brûlure le long de la trachée et surtout derrière le sternum; la pression au niveau de cet os est souvent douloureuse. La toux est fréquente, profonde, donnant issue à des crachats épais et grisâtres. La dyspnée, qui est plus ou moins marquée, peut, dans quelques cas, se manifester avant l'apparition des altérations nasales. Quand celles-ci sont légères, c'est la toux qui domine ; tantôt elle est liée à de la congestion pulmonaire, tantôt elle est due à des foyers de broncho- pneumonie dont la marche est subaiguë, la résolution lente et souvent incomplète. Dans les formes pures, il n'existe pas de manifestations éruptives au niveau de la peau; les téguments sont terreux et jaunâtres. A la fin, les extrémités sont œdématiées.
Les symptômes généraux sont identiques à ceux du farcin chronique : le malade est épuisé, anémié, tourmenté par des nausées, des vomissements, de la diarrhée. Enfin, de même que dans le farcin, il éprouve des douleurs au niveau des articulations et des muscles; vagues et erratiques au début, ces douleurs se localisent plus tard autour d'une jointure. Les manifestations douloureuses sont souvent très marquées dans cette forme ; le patient se plaint de souffrir au niveau des lombes et du cou et ne peut remuer qu'avec peine; parfois il existe une douleur localisée au thorax, qui, par son intensité et la dyspnée qu'elle détermine, simule assez bien un point pleurétique.
L'évolution est lente; la morve chronique est certainement la forme où la vie se prolonge le plus longtemps; quand elle est dégagée des manifestations farcineuses, elle peut n'entraîner la mort qu'au bout de six ans. La terminaison fatale semble presque constante. Tardieu n'a pu trouver aucun cas de guérison et c'est avec les plus grandes réserves qu'il faut citer le fait de Bourdon. Il semble pourtant qu'on peut accepter l'observation de Carnevale- Arella.
Pronostic. — Nous n'avons pas besoin d'insister sur la gravité des dilTérentes formes de l'infection farcino-morveuse. Les cas aigus comportent un pronostic
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2" édit. — I. 45
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presque constamment fatal; les observations où le malade a guéri sont tellement rares qu'elles ne peuvent guère entrer en ligne de compte.
Seul le farcin chronique semble pouvoir rétrocéder assez souvent : Tardieu avait cité 6 guérisons. La terminaison favorable peut s'observer dans le quart et même le tiers des cas; c'est ce qu'on voit surtout quand la lésion reste locale et que les phénomènes s? réduisent à une simple angioleucite. Nous avons, du reste, à propos de différentes formes, indiqué leur évolution et nous avons fait voir dans quelle proportion l'infection pouvait guérir.
Dans une thèse fort intéressante, Prieur (') a insisté sur la curabilité de la morve chez le cheval et chez l'homme. Il a réuni 52 observations, dont plusieurs sont inattaquables; tels sont les faits de Gold, Holmes, Rémy où des inoculations ont été faites à des cobayes. La plupart de ces cas favorables se rapportent au farcin chronique et surtout à des angioleucites. Dans bien des cas, la guérison n'a été obtenue qu'après plusieurs mois et même 2 ans de traitement.
Diagnostic. — Le diagnostic de la morve présente souvent de très grandes difficultés; aussi, dans les cas douteux, devra-t-on avoir recours à la méthode expérimentale. Autrefois l'âne servait de réactif. Quand on utilise cet animal, voici comment on opère : après avoir rasé la région frontale, on pratique des scarifications cutanées, puis on étale à la surface, en ayant soin de bien frotter, le pus suspect. Du dixième au quinzième jour apparaissent les phénomènes généraux et l'animal ne tarde pas à succomber par broncho-pneumonie. L'autopsie révèle des granulations morveuses dans les viscères.
Au lieu de l'âne, on peut employer le chien; on aura recours à la même méthode et, 4 ou 5 jours après l'inoculation, on verra survenir un chancre morveux qui guérira plus tard.
Christot et Kiener eurent le mérite de proposer une méthode plus simple : ils conseillèrent de pratiquer l'inoculation au cobaye; l'animal meurt en 8 ou 10 jours avec des lésions caractéristiques.
La meilleure méthode est celle de Straus. On injecte le pus suspect dans le péritoine d'un cobaye mâle. Au bout de 48 heures se développe une vaginalite testiculaire ; la peau du scrotum est rouge et tendue et les deux feuillets de la vaginale sont soudés par un exsudât purulent. Le testicule et l'épididyme sont rarement atteints. Le seul inconvénient de cette méthode, c'est que le pus peut contenir des bactéries diverses capables de déterminer une septicémie péritonéale mortelle; on fera donc bien d'inoculer deux cobayes, l'un sous la peau, l'autre dans le péritoine.
L'inoculation n'est pas toujours nécessaire. Très souvent il suffit de pratiquer de simples recherches bactériologiques, les cultures du bacille étant, comme nous l'avons vu, tout à fait caractéristiques; on devra donc semer le pus, le jetage, parfois le suc des ganglions. Dans les observations de Kiemann, de Hartge, la culture a permis d'affirmer la nature spécifique des troubles observés. Réciproquement, Weichselbaum rapporte que, chez un malade qu"on soupçonnait atteint de la morve, les cultures ne firent trouver que de simples agents pyogènes.
Ce sont en effet les diverses affections purulentes qui simulent le plus la maladie que nOus étudions : il. existe des pyohémies à marche particulière-
(') Prieuiî, De la morve chez l'homme et chez le cheval, de sa curabilité. Thè^e de Paris, 1898.
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menl lente où le dia^noslic (lin"('M'onlier eat vërilablement impossible. M. Jaccoiul a insisté sur les cas de pyohémie d'apparence spontanée qu'il propose de désigner sous le nom de maladie de Colles et qui sont dus au streptocoque ou au staphylocoque.
Dans bien des cas l'absence de lésions viscérales devra faire mettre en doute le diagnostic d'infection purulente. Dans une observation de M. Bucquoy (*) où le malade exerçait la profession de charretier et où l'examen le plus attentif ne montra aucune altération viscérale, cet habile clinicien pensa qu'il s'agissait probablement d'un cas de larcin et les inoculations de M. Nocard vinrent conflrmer le diagnostic. Dans un fait rapporté par Féréol(^), le malade présentait des abcès multiples, sans aucune localisation interne; l'inoculation, également pratiquée par M. Nocard, fut négative et un examen minutieux permit de reconnaître que les foyers suppuratifs avaient été déterminés par des piqûres de morphine.
Par ses localisations multiples, l'infection pourra simuler tantôt une simple hjmphangite, tantôt un érysipèlc de la face ou un œdème charbonneux Aq?, paupières. Dans ce dernier cas, la marche est tellement différente que le doute ne sera pas de longue durée. Les lymphangites ont aussi une évolution disseml)lable; s'il s'agit de piqûre anatomique, les accidents cutanés et les manifestations générales débutent plus rapidement, 12 à 14 heures après l'inoculalion. Cependant le diagnostic n'est pas toujours facile, et plusieurs cas, rapportés comme des exemples de morve guérie, peuvent aussi bien être considérés comme de simples piqûres anatomiques. Ce n'est que la marche de la maladie et l'apparition d'éruptions spéciales qui permettent d'affirmer la nature spécifique de la lymphangite.
L'érysipèle de la face a des caractères qui permettent de le distinguer des lésions érysipélatoïdes de la morve : l'inflammation morveuse est moins bien limitée, le bourrelet caractéristique fait défaut; enfin il existe d'autres altérations cutanées qui permettent d'affirmer qu'on ne se trouve pas en présence d'un simple érysipèle.
La phlébite ne pourra guère donner lieu à confusion, quand elle occupe les membres; mais si elle envahit les veines de la face et de l'orbite, elle déterminera des troubles d'une interprétation parfois difficile : on verra survenir un gonflement œdémateux de la face et des paupières, du coryza et même du jetage et, dans quelques cas, des éruptions miliaires sur la face. Cependant les lésions restent localisées et ne s'accompagnent pas d'altérations cutanées et de douleurs articulaires; ce sera donc d'après les phénomènes concomitants qu'on fera le diagnostic.
Quand il s'agit de la morve proprement dite, il n'est pas toujours aisé de déterminer la nature des lésions nasales et pharyngées. Le diagnostic avec le coryza purulent pourra présenter certaines difficultés. Dans un cas que nous avons eu l'occasion d'observer récemment, un malade avait un jetage nasal surtout marqué à gauche, avec gonflement œdémateux de la face; l'état général était très grave; la température oscillait entre 59 et 40" : la rate était hypertrophiée; sur le corps on voyait une éruption érythémateuse. Les recherches bactériologiques, complétées par l'autopsie, nous ont montré qu'il s'agissait d'une streptococcie. Le microbe avait d'abord atteint les fosses nasales, puis il avait provoqué
(') BucouOY, Société médicnle des liopUaux, 1887. (2) FÉHÈOL,. Ibid., 1887.
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la suppuration du sinus sphénoïdal et des méning-es crâniennes; en même temps il avait envahi l'organisme et déterminé une vraie septicémie; le sang pris dans une veine pendant la vie, donna des cultures pures de streptocoque. Il est certain que, sans les recherches bactériologiques, le diagnostic aurait été presque impossible.
La forme chronique sera plus facilement distinguée de l'ozène, des ulcérations scrofuleuses ou tuberculeuses du nez ou de la gorge. Il est également simple de rattacher à leur véritable cause les lésions de la lèpre ou les épithéliomes.
Le diagnostic avec les lésions syphililiijues peut présenter de grandes difficultés. L'exacerbation nocturne n'appartient pas exclusivement aux douleurs syphilitiques, c'est un caractère qu'on retrouve dans la morve, mais il est moins constant et moins marqué. Les déformations du nez s'observent dans les deux cas, mais leur aspect n'est pas semblable. Les caractères difïerentiels les plus importants nous sont fournis par l'étude même des lésions. Les gommes se développent lentement et leur contenu diffère de celui que renferment les nodules morveux; même ulcérées, les syphilides n'ont pas les contours irréguliers, capricieux des lésions morveuses. Quand la syphilis envahit le larynx, elle se distingue encore par sa localisation épiglottique. Enfin, dans les cas douteux, l'épreuve thérapeutique permettra de reconnaître la nature du mal.
Si l'infection morveuse débute par des phénomènes généraux graves, on peut penser à une fièvre éruptive et surtout à une fièvo^e typJioïde; dans ce dernier cas, la céphalalgie plus intense, la bronchite et la diarrhée concomitantes et surtout la marche si particulière de la température devront servir de base au diagnostic.
Dans l'observation rapportée par Hartge, l'infection ayant commencé par du catarrhe des voies respiratoires fut tout d'abord rattachée à la grippe, erreur que justifiait l'épidémie que nous traversions à cette époque; plus tard apparurent des douleurs articulaires, des érythèmes; enfin il se produisit une sécrétion nasale, renfermant les bacilles caractéristiques, presque à l'état de pureté.
Les douleurs articulaires, qui sont quelquefois si vives dans la morve, pourront faire penser à un rhumatisme articulaire aigu et, plus souvent encore, à un pseudo-rhumatisme infectieux. Il faut avouer que, dans quelques cas, le diagnostic devra rester en suspens pendant un certain temps; il ne pourra être établi que par la marche différente des phénomènes et le développement des diverses lésions que nous avons décrites.
Anatomie pathologique. — Les lésions de la morve se présentent sous deux aspects différents : tantôt ce sont des altérations suppuratives analogues à celles qu'on observe dans l'infection purulente, tantôt des nodules qu'on a pu comparer aux productions tuberculeuses. Les altérations, d'apparence pyoliémique, sont surtout fréquentes chez l'homme; les altérations tuberculiformes chez le cheval; aussi avait-on voulu, à un moment, décrire des caractères difl'érents aux productions morveuses, d'après leur origine.
Les recherches de M. Renaut(') sont venues rétablir l'unilé anatomo-patholo-
(') Renaut, Lésions anatomiques de la morve équine. Comptes reaclvs, 1875.
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^K|no (le la morvo, on monlranL (|ne, chez h; cheval comme chez l'homme, les granulalions morveuses (lilTèf-ent noLablemenl <hi luhercule et se rapprochent davantage des foyers pyohémi(|nes. « Au poinl de \iic nnalomicpje, dit J. Renaut, la pyohémie, la morve, la luherciilose, la sy[)hilis forment un groupe naturel; toutes ces maladies infeclieuses ont pour caractère anatomique commun la production d'inflammations disposées par nodules et offrant une tendance mar(iuéc à la caséification; toules paraissent originairement dériver de l'imprégnation de l'économie ])ai* un agent vii-ulent plus ou moins saisissablc. »
Les recherches récentes ont confirmé cette manière de voir et ont démontré que la granulation morveuse tient le milieu entre la suppuration et le tubercule; elle est plutôt analogue aux lésions suppuratives dans les cas aigus, aux lésions tuberculeuses dans les cas chroniques.
L'étude histogénique de la morve a été faite Is plus souvent sur des lésions produites expérimentalement; les meilleures descriptions sont celles données par Baumgarten, Leclainche et Montané(') et surtout par Leredde(^) dans un travail fort intéressant.
Le premier phénomène est représenté par une accumulation intra-vasculaire de leucocytes polynucléaires; ces leucocytes s'emparent des bacilles et arrivent en si grand nombre qu'ils obstruent les capillaires où ils s'amassent. Ainsi se trouve constitué un nodule embryonnaire. Puis les cellules tombent en dégénérescence, leur noyau se fragmente, leur protoplasma devient caséeux. Les bacilles rendus à la liberté sont en partie repris par les cellules endothéliales vasculaires qu'on voit se tuméfier. Si l'évolution peut continuer, de nouveaux leucocytes se grouperont autour de la masse centrale caséeuse.
Dans les cas chroniques, les leucocytes mononucléaires prennent part au processus. En même temps se développe un tissu de sclérose, qui peut renfermer des îlots caséeux et contenir des cellules géantes formées aux dépens des leucocytes mononucléaires. Grâce à ces cellules, la lésion morveuse se rapproche, par sa constitution histologique, de la lésion tuberculeuse.
On voit, d'après cette description schématique, que le nodule morveux est essentiellement formé par des cellules migratrices, polynucléaires d'abord, puis mononucléaires; les cellules fixes des tissus prennent au processus une part minime, contrairement à l'opinion de Baumgarten qui leur faisait jouer le rôle principal.
L'évolution des lésions peut être facilement étudiée au niveau du foie où elle est fort simple. Au niveau des poumons le processus est plus complexe. On observe au début une infiltration de leucocytes dans les capillaires et les alvéoles, ceux du moins qui sont disposés autour d'un vaisseau; les artères étant terminales et l'oblitération leucocytique remontant assez haut, il en résulte que le foyer a la forme d'un infarctus. Plus tard le foyer dégénère, tandis qu'autour de lui se produisent, par suite des oblitérations vasculaires, de l'œdème, des hémorragies, des exsudats fibrineux intra-alvéolaires.
. Dans les cas chroniques, les lésions, d'après Leredde, s'expliquent par une infection des bronches qui sont remplies de cellules dégénérées et de bacilles ; leurs parois sont infiltrées de cellules rondes. Les alvéoles voisins sont obstrués
(') Leclainche et Montané, Élude sur l'anotoniio [)alhologique de la morve pulmonaiie. Annales de Vlnstilul Pasteur, 1895.
(-) Leredde, Étude sur Tanatomic iiathologi<iue de la morve. Thèse de Paris. 1895.
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par les leucocytes qui subissenl une Iranslormalion caséeuse (broncho-pneumonie morveuse). Les tubercules morveux se développent autour des bronches ou des vaisseaux, ou dans le parenchyme; ils sont formés de plusieurs alvéoles remplis de leucocytes polynucléaires emprisonnés dans un réliculuni fibrineux. Ce nodule subira une dégénérescence rapide, tandis qu'à la périphérie les alvéoles et les vaisseaux seront envahis de leucocytes mononucléaires. Les lymphatiques participent au processus; d'après Leclainche et Montané, ils seraient atteints primitivement; ils jouent du reste un grand rôle dans la production de la sclérose qui se développe lentement autour des tubercules. Cette sclérose peut former de grandes bandes, renfermant encore des amas caséeux ou limitant des cavernes.
Ces notions préliminaires vont nous permettre de comprendre le mécanisme des lésions qu'on peut rencontrer chez Ihomme.
Lésions de la peau. — Les recherches d'Elliotson, de Rayer, de Follin, avaient montré que les pustules cutanées étaient constituées de la façon suivante : l'épiderme, un liquide séro-purulent, une couche jaunâtre tenace, infiltrée dans le derme. Virchow constata la présence dans le chorion de cellules sphériques ayant les caractères des corpuscules du pus. A une période plus avancée, les papilles sont détruites et il se forme un abcès sous-épidermique.
M. Cornil rapproche les pustules de la morve de celles de la variole : même état vésiculeux des cellules épithéliales, même réseau fibrillaire, formé par le reste des cellules épithéliales altérées et renfermant dans son épaisseur les globules du pus. M. KelschC) a donné une description un peu différente; d'après cet auteur, le corps muqueux est épaissi; l'épiderme décollé par un exsudât amorphe, interposé entre lui et le corps papillaire. La même disposition a été observée par Leredde qui insiste sur la tendance gangreneuse de ces pustules. En effet, les ulcérations consécutives sont tapissées par une eschare épaisse ; au-dessous d'elle, le derme et le tissu cellulaire sont infiltrés de cellules de pus; il peut même se produire de véritables phleg^mons mal circonscrits, amenant parfois une thrombose des veines qui partent du foyer; on a signalé quelques cas de phlébite (Yigla), et même de phlébite purulente (Sédillot).
Dans le farcin chronique, l'épiderme est aminci ; le stratum granulosum a disparu par places. Le derme est infiltré d'un liquide séro-fibrineux renfermant des filaments de fibrine; les vaisseaux sont dilatés. Plus profondément existe une infiltration de leucocytes avec cellules épithélioïdes et géantes (Leredde).
On voit des abcès dans le tissu cellulaire, ou ils forment une collection purulente dont le volume varie de celui d'une noix à celui d'une pomme; d'autres occupent le tissu musculaire, siégeant de préférence dans le biceps, les fléchisseurs de l'avant-bras, le droit antérieur, le grand pectoral, les insertions du deltoïde. Les fibres musculaires sont dissociées par les leucocytes, mêlés à du sang, et subissent la dégénérescence cireuse ou graisseuse (Cornil).
Les vaisseaux lymphatiques, partant des foyers purulents, peuvent être enflammés, ainsi que les ganglions auxquels ils se rendent. Mais, ces altérations sont loin d'avoir la même importance chez Ihomme que chez le cheval; le plus souvent, les ganglions sont simplement tuméfiés; leur suppuration semble exceptionnelle.
(') Kelsch, Note sur la morve farcineuse cliez 1 homme. Arch. de physiologie, 1873.
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Dans un cas do farcin chronique, Lerodde a observé une sclérose diffuse des g-anglions avec foyers caséeux et cellules géantes. On Irouvail des bacilles, d'ailleurs peu nombreux, dans la substance caséeuse.
Voies aériennes. — Les lésions des fosses nasales, qui caraclérisenl la morve, ont fixé à maintes reprises l'attention des observateurs. A l'ouverture de ces cavités, après avoir enlevé le muco-pus qui les encombre, on constate que la muqueuse est boursouflée, surtout dans ses parties supérieures et postérieures; elle est injectée, d'un rouge vineux, couverte d'ecchymoses, de pustules et d'ulcérations. Elle présente, particulièrement dans l'antre d'Highmore, des saillies blanchâtres ou rouges qui ne tardent pas à se transformer en fongosités, se ramollissent et se couvrent de pus. Plus tard, la pituitaire se réduit en un détritus grisâtre au milieu duquel se voient des abcès et des ulcérations; ailleurs, les restes de la muqueuse sont décollés par des lésions périostiques. Au fond des ulcérations, quand le processus suit une marche chronique, les cartilages et les os sont mis à nu et nécrosés; c'est ce qu'on observe surtout sur la cloison, qui peut se perforer. Ces altérations se rencontrent particulièrement sur le vomer, les os propres du nez, à leur union avec le cartilage; les perforations sont entourées de bourgeons fongueux. Contrairement à ce qui a lieu chez le cheval, l'évolution suit une marche envahissante ; la production de cicatrices est assez rare.
Lorsqu'on examine au microscope des coupes d'une muqueuse ainsi altérée, on constate tout d'abord une desquamation de l'épithélium; dans quelques cas, pourtant, les cellules épithéliales ont persisté, mais elles ont subi la transformation vésiculeuse. Ce qui domine dans les parties atteintes, c'est une infiltration de leucocytes envahissant les couches superficielles de la muqueuse, se collectant en certains points pour former de petites tumeurs rondes, qui proéminent à la surface et dont la périphérie se continue sans démarcation bien nette avec la nappe purulente qui les entoure. Les cellules du tissu conjonclif sont gonflées et prolifèrent; les glandes en grappe sont entourées et remplies de cellules rondes. On observe aussi des globules purulents dans l'intérieur des veines, des lymphatiques et tout autour de ces vaisseaux.
La muqueuse de la bouche, de la langue, les amygdales, la voûte et le voile du palais sont fréquemment envahis par le processus. M. Cornil a décrit, au niveau de la voûte palatine, de petites saillies transparentes analogues à des sudamina et dues à la dilatation des conduits des glandes acineuses. On peut observer encore des bourgeons irréguliers, rouges, recouverts d'un mucus épais et abondant; au milieu d'eux on trouve des ulcérations grisâtres et inégales qui peuvent aboutir à la perforation du voile et établir une communication entre la bouche et le nez; c'est ce qu'on voit surtout au point de jonction du voile et de la voûte du palais.
La muqueuse du larynx et de la trachée est fréquemment atteinte. Elle est généralement pâle et ramollie ; au niveau de la glotte, le tissu cellulaire est infiltré de sérosité. En divers points, on trouve de petits nodules blanchâtres, saillants, gros comme des têtes d'épingle et donnant issue, par la piqûre, à une goutte de pus. Ailleurs, les lésions vont plus loin : ce sont des points gangreneux, noirâtres, des ulcérations qui peuvent s'étendre aux bronches, atteindre et dénuder les cartilages. Assez rares dans les formes aiguës, ces lésions s'observent surtout dans les cas à marche chronique; elles se rencontrent à la base de
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la langue, au niveau de répigloUe, du larynx où elles respeclenl conslamment les cordes vocales, de la trachée et des bronches. Mais un des caractères les plus curieux de ces lésions ulcéreuses, c'est leur tendance à la cicatrisation spontanée : il se produit des brides fibreuses, résistantes, étoilées ou aréolaires, recouvertes d'une muqueuse mince et adhérente; les anneaux s'unissent, ce ([ui amène une déformation de la trachée et même des bronches, et une diminution de leur longueur; sur quelques points, on peut trouver des renflements et des rétrécissements successifs.
Les lésions histologiques sont semblables à celles que nous avons signalées plus haut : l'épithélium est tombé ou est transformé en cellules vésiculeuses; le chorion est épaissi ; les culs-de-sac glandulaires sont remplis de cellules rondes qui envahissent également les parties voisines, amenant leur mortification et produisant les ulcérations que nous avons décrites.
Le processus morbide peut envahir les poumons, mais les altérations diffèrent suivant que la maladie a revêtu une marche aiguë ou chronique. Dans le premier cas, on trouve des foyers de suppuration localisés, quelquefois des noyaux d'apoplexie ou de gangrène; on rencontre parfois une suppuration des ganglions bronchiques. Dans les formes chroniques, on peut trouver également des points purulents ou des foyers hémorragiques. Ce qu'on rencontre le plus souvent, ce sont des plaques jaunes, dures, d'aspect fibrineux, isolées ou réunies en masses, sous-jacentes à la plèvre et ne pénétrant pas dans le poumon. Dans quelques cas, on observe au centre un point de ramollissement ou un foyer purulent.
Enfin, dans les faits qu'ils ont examinés, et qui sont au nombre de douze, Puschkarew et Uskow (') ont constamment trouvé les poumons criblés d'embolies graisseuses.
Au niveau des altérations pulmonaires, se produisent des adhérences pleurales. La séreuse est quelquefois semée d'élevures d'un blanc jaunâtre, entourées d'aréoles rouges, dont le volume varie d'un grain de millet à une pièce de 20 centimes. Le tissu cellulaire sous-pleural est souvent infiltré de pus liquide ou presque liquide, mélangé à du sang.
Organes abdominaux. — Le tube digestif, en dehors de la bouche et du pharynx, dont nous avons déjà décrit les lésions, est peu atteint par la morve. On a observé quelques cas de parotidite suppurée ; mais l'estomac et l'intestin sont généralement indemnes ; tout au plus trouve-t-on un peu d'injection des muqueuses, et un état catarrhal du gros intestin, quand, pendant la vie, il y a eu de la diarrhée. Dans ce dernier cas, le foie est pâle et ses cellules sont graisseuses ; souvent cet organe est augmenté de volume ; il peut contenir des abcès analogues aux abcès métastatiques de l'infection purulente. Sommerbrodt a observé des ulcérations et de la gangrène des voies biliaires.
La rate est souvent volumineuse, molle, diffluente, gorgée de sang; on y voit des plaques jaunes, ou décolorées, qui représentent, semble-t-il, des cicatrices d'anciens épanchements sanguins (Tardieu) ; on peut aussi y trouver des abcès cunéiformes.
Les lésions des reins ne sont pas moins variables : on a signalé une néphrite intertubulaire (Fisher, Bartels), une dégénérescence granulo-graisseuse des
(') Puschkarew und Uskow, Zur path. Anat. des Rotzes. Cent. f. d. med. Wlss., 1888.
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cellules des tiibuli (Cornil). Dans une observai ion de M. Besiiier, FallcM-alion rénale a entraîné la moi't par urémie.
L'appareil génital, qui est si fréquemmcnl rrai)p('' chez le dieval. n'esl pas toujours épargné chez l'homme. On peut lrou\(M-, au niveau du gland, des pustules, des nodosités et des ulcères dont laspcct rai>])elle celui des chancres syphilitiques (Virchow) ; on a signalé aussi des abcès de l'urètre (Contour). La lésion la plus intéressante est le sarcocèle morveux cpii peut se montrer d'un(; iaçon précoce et rester longtemps isolé: dans un cas de Virchow, on avait pensé tout d'abord à une simple orchite rhumatismale.
Os et articulations. — Les altérations des muqueuses peuvent, avons-nous dit, s'étendre à l'os sous-jacent ; le périoste est envahi, infdtré de pus ; décollé et soulevé par places, il se détruit ailleurs, mettant l'os à nu. Celui-ci s'enflamme à son tour et présente les lésions bien connues des ostéites ; la .substance spongieuse est ramollie, infiltrée de pus et de sang; par places, le tissu est atteint de carie et, sur les os qui séparent deux cavités, une perforation peut se produire ; c'est ce qu'on observe au niveau du palais et aussi, comme l'a vu Sédillot, à la voûte du crâne.
Il existe en outre des ostéomyélites morveuses, indépendantes de toute lésion voisine. Bien décrites par Virchow, ces lésions ont été étudiées par Puschkarew et Uskow qui ont vu, dans la moelle osseuse, les vaisseaux gorgés de sang, le tissu rempli de grosses gouttelettes graisseuses, qui représenteraient le point de départ des embolies pulmonaires trouvées par ces auteurs.
Les articulations peuvent être également atteintes, ou plutôt le tissu périarticulaire, car c'est généralement autour des jointures que débute la lésion; elle se caractérise par une infiltration gélatiniforme, entourant la synoviale et les ligaments, envahissant les gaines tendineuses qui peuvent s'infiltrer de pus. Consécutivement à ces lésions, les extrémités osseuses s'altèrent ; il en résulte des diflbrmités secondaires qui sont quelquefois très marquées.
Si la lésion est presque toujours péri-articulaire, elle peut pourtant envahir primitivement la jointure, mais cette éventualité est assez rare ; dans ce cas, il se produit du pus dans les articulations des genoux, des coudes, des épaules et des hanches.
Système nerveux. — Le système nerveux n'est pas plus épargné que - les autres parties de l'économie ; on a trouvé des foyers au niveau de la duremère, des plexus choroïdes, dans le cerveau; Virchow a observé de la pachyméningite externe. Enfin Coupland a signalé des altérations médullaires : épaississement chronique des méninges, leucocytes dans le canal central.de la moelle.
Système circulatoire. — Nous avons déjà indiqué les diverses variétés de phlébites et de lymphangites, observées dans la morve. Nous avons vu que les ganglions sont atteints; ils sont ramollis, rouges, renfermant souvent, à leur centre, des noyaux blancs ou jaunes. S'il existe des ulcérations au niveau des voies aériennes, les ganglions bronchiques sont augmentés de volume, ramollis et même suppures.
Les anciens médecins, qui avaient l'occasion d'étudier l'état du sang pendant la vie, grâce à l'usage si répandu de la saignée, nous apprennent que la couenne
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du caillot esl remarquable par son épaisseur, cl les analyses récenles indiquent eirectivement une augmentation de la fibrine. Après la mort, le sang- est dilTluent, comme cela se voit dans la plupart des maladies infectieuses.
En examinant au microscope une goutte de sang prise pendant la vie, on constate que les hématies ne s'empilent pas, mais s'agglomèrent en masses irrégulières (Coupland). Elles contiennent moins d'hémoglobine que normalement (Ekkart), sont plus petites et moins colorées. Les mêmes modifications s'observent après injection de malléine (Prus).
Les leucocytes sont souvent augmentés de nombre ; il y avait un globule blanc pour six globules rouges dans le cas de Christot et Kiener (').
Quelques observateurs ont signalé la présence de parasites dans le sang; nous avons déjà dit que ce liquide n'en contient pas ou, s'il en renferme quelquefois, leur nombre est trop peu considérable pour qu'on ait chance d'en rencontrer sur une préparation. Nous avons indiqué plus haut la disposition des bacilles dans les tissus.
Passage de la mère au foetus. — La transmission intraplacentaire du bacille morveux a été démontrée expérimentalement. Lœffler rapporte à ce sujet un fait fort curieux : une femelle de cobaye fut inoculée et guérit après avoir été malade ; cinq mois après l'inoculation, elle mit au monde un petit qui, à la naissance, ne présentait aucune manifestation morbide ; il mourut au bout d'une semaine et l'autopsie démontra l'existence d'une morve viscérale.
MM. Gadéac et Mallet, opérant sur 15 femelles pleines, observèrent deux fois le passage de la mère au fœtus. Ferraresi et Guarnieri (^) trouvèrent des bacilles dans le foie d'un fœtus ; ce qui donne un certain intérêt à leur observation, c'est qu'il existait dans le placenta des foyers hémorragiques contenant également l'agent pathogène.
Morve des solipèdes. — La morve peut revêtir chez les solipèdes les quatre formes que nous avons décrites chez l'homme ; de même que chez l'homme, les formes chroniques ne succèdent jamais aux formes aiguës. Parmi celles-ci le farcin est très rare. Ce qu'on observe le plus souvent, c'est la morve aiguë, remarquable par la fièvre intense qu'elle détermine, et la dyspnée qu'elle engendre ; il se produit au niveau des fosses nasales une éruption de pustules qui s'ulcèrent et peuvent, en s'étendant, entraîner la perforation de la cloison. On voit s'écouler un abondant jetage purulent qui détermine de la rougeur et du gonflement des ailes du nez. En même temps, d'autres manifestations se produisent au niveau des articulations, du larynx, des poumons; la mort survient par épuisement.
Le farcin chronique débute par de la lassitude, puis apparaît une éruption de boutons hémisphériques sous- cutanés, la peau en est littéralement farcie. L'ouverture de ces boutons donne issue à un liquide jaunâtre, ou huile farcineuse. Les membres, augmentés de volume, prennent, suivant la comparaison classique, l'aspect de poteaux ; par la palpation on sent sous la peau des cordons durs et saillants désignés sous le nom de cordes farcineuses et dus à l'altération
(') Christot et Kiener, De la présence de bactéries et de la leucocytose concomitante dans les affections farcino-morveuses. Comptes rendus, 1868.
(-) Ferraresi e Guarnieri, Sopra un caso di morve nell' uomo. Alti delta R. Acad. Med. di Roma, 1886-87.
MoiîVi-: ET F.\Rr:ix. 7ir>
<l(;s Ivniplinliciues. L(>s fji^iui^lions sont indurés, voliiniincux, ot ce fjlandafje consliliic soin (Mil le prcuiiicr pIicHioinôno apprccial)l('.
S'il s'a^il (le i/iurrr rhruiti(/i(i;^ on trouvera on plus un chancre sur la pitui- Laire, siégeanL le plus souveni, à gauche, sous le re|)li (h^ l'aile du nez. Puis se produira le jelage qui achèvera d'éehiirer le diagnostic.
Malgré ces lésions si graves, les chevaux atteints des formes chi-oniques gardent leurs forces et peuvent continuer à travailler, ce qui les rend particulièrement dangereux et expose l'homme à la contamination. Il est intéressant de noter, au point de vue de la physiologie générale des maladies infectieuses, que les animaux résistent tant qu'on les nourrit bien ; si on les surmène ou si on les fait pâtir, on voit éclater les accidents de la morve aiguë.
La forme chronique peut guérir, mais le plus souvent la guérison est incomplète ; il reste des ulcérations, et l'infection récidive.
Nous n'avons pas à étudier le diagnostic différentiel de la morve du cheval et nous n'en aurions môme pas parlé si nous ne voulions signaler une intéressante observation rapportée par Schiitz. Cet observateur a vu un streptocoque, un peu spécial, déterminer chez le cheval des symptômes analogues à ceux de la morve : adénite purulente, suppuration des ganglions lymphatiques de la tête, catarrhe du nez, du pharynx et du larynx. Ce fait méritait d'être cité, car il est comparable à l'observation personnelle que nous avons rappelée plus haut et vient en tout cas confirmer ce que nous avons déjà dit de l'utilité de l'examen bactériologique et des inoculations.
Babès, Kutscher ont observé une afïection, cliniquement identique à la morve, produite par des bacilles un peu différents de l'agent habituel de cette maladie, dont ils ne représentent peut-être qu'une variété particulière. Canalis avait déjà signalé une pseudo-morve due à des coccidies.
Nocard a décrit une variété de lymphangite dont le pus, inoculé au cobaye, provoque une orchite analogue à celle de la morve. Mais la distinction pourra être faite par la malléine qui ne détermine pas de réaction. La culture du pus donne un bacille qui se colore par la méthode de Gram, ce qui permet de le dilférencier facilement du bacille morveux.
Nous avons déjà dit qu'on avait voulu opposer l'aspect histologique des lésions morveuses de l'homme et du cheval. Cette opinion doit être abandonnée aujourd'hui; les caractères généraux que nous avons assignés aux granulations morveuses se retrouvent dans les deux cas.
Signalons, en terminant, l'existence constante d'une leucocytose plus ou moins marquée ; d'après les recherches de M. Malassez, le sang du cheval contient, à l'état normal, 1 globule blanc pour 1106 rouges; dans le glandage on en trouve 1 pour 481, et, dans la morve chronique confirmée, 1 pour 214.
Malléine. — La découverte de la tuberculine par Koch conduisit les bactériologistes à chercher des substances analogues dans d'autres cultures. C'est ainsi que Helman et Kalning préparèrent une substance que. par analogie avec la tuberculine, on désigne sous le nom de malléine. L'étude de ce produit présente une grande importance au point de vue pratique; aussi a-t-elle donné lieu à de nombreux travaux, parmi les((uels nous citerons surtout ceux de Preusse, Pearson, Foth, Babès, Nocard, Bonome.
On a indiqué plusieurs méthodes pour préparer la malléine ; on emploie généralement un liquide obtenu en stérilisant à 110" des cultures en bouillon
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glycôriné. La nialh'iiic hnilc de rinslilnl Pasiciir csl une culture i-iMinilc nu dixième de son volume ])rimilif: au moment de s'en servir on la dilue dans dix fois son volume d'eau pln-niciuée à 5 pour 1000. En Allemai^ne et en Autriche on emploie souvent la malh'ine sèche de Folh. On doil aussi à M. Babès un(î préparation sèche, la morvine, ojjtenue en traitant les cultures pai* l'alcool et l'éther.
L'injection sous-cutanée de 0'^'=,5 de malléine brute ne détermine, chez le cheval normal, qu'un léger œdème qui disparaît en 24 heures, il n'y a pas de réaction générale. Il se produit seulement comme nous l'avons établi, avec M. Cadiot('), une abondante sudation, sans élévation thermique. Poursuivant sur des chats l'étude du phénomène, nous avons reconnu que la diaphorèse est due à une action sur les centres sudoripares; elle n'apparaît pas sur les membres énervés.
Chez les animaux morveux, il se forme au point injecté une tuméfaction chaude, douloureuse, qui va en augmentant pendant 24 ou 56 heures et n'a disparu qu'au bout de 8 ou 10 jours. En même temps, l'état général se modifie; il y a de la prostration, de la chaleur, l'animal est triste, anxieux; la respiration est accélérée, il existe des frissons et même quelques convulsions; enfin un mouvement fébrile s'établit, qui atteint son maximum entre la dixième et la douzième heure, rarement plus tard. La température s'élève de P,o à 2°, 5.
Pour que l'épreuve de la malléine soit concluante, il faut opérer sur des animaux laissés au repos depuis 48 heures et les placer à l'abri des variations atmosphériques. Chez les animaux déjà fébricitants, la réaction n'a pas de valeur.
Si la réaction est nette, c'est-à-dire si l'élévation thermicjue se produit régulièrement et atteint l°,o, on peut affirmer presque sûrement l'existence de la morve. Si la température s'élève à 2^ la certitude est complète et l'on fait abattre l'animal. Dans le cas où la réaction est incomplète ou irrégulière, on laisse reposer l'animal pendant 4 ou 6 semaines, puis on recommence l'expérience avec une dose un peu plus forte.
L'usage de la malléine a rendu des services immenses; en permettant de déceler presc{ue sûrement la morve et de la soigner dès son début, elle contribuera certainement à diminuer et à faire presc|ue disparaître cette maladie. On peut même l'utiliser pour le diagnostic chez l'homme, mais à la condition d'employer de faibles doses; elle a été ainsi injectée avec succès par Bonome et par Buscke.
On a pu espérer aussi que la malléine pourrait servir en thérapeutique, mais les résultats sont fort discordants : d'après Bonome et Vivaldi, des doses, même minimes, amènent la mort chez les chats morveux : elles améliorent la maladie chez le cobaye, le lapin et l'homme.
Chez le cheval, de nombreuses expériences semblent établir que la malléine peut favoriser la cicatrisation et amener parfois la guérison, au moins quand les lésions sont récentes et discrètes.
L'emploi de la malléine a permis de démontrer, contrairement à une opinion généralement accréditée, que la morve du cheval est souvent curable. Si l'on a soutenu très longtemps une idée inverse, c'est que l'on ne diagnostiquait la maladie qu'à une période trop avancée. Aujourd'hui qu'on peut la reconnaître à
(*) Cadiot et RoGEH. Action de la tuberculine et de la malléine sur la sécrétion sudorale. Soc. de biologie, 1893.
ses débuts, on a vu qu'en laissant les anmiaux au repos, en les alimentant bien, (Ml les faisant vivre au grand air,' on en guérissait un grand nombre. Peu à peu la réaction par la malléine était moins marquée, puis cessait de se produire. En sacrifiant plusieurs chevaux qui ne réagissaient plus, on a trouvé des lésions anciennes parl'aitement cicatrisées. Le bacille avait été tué, et l'inoculation aux animaux les plus sensibles ne produisait plus aucun trouble.
Se ru-diagnostic de la morve. — ■ Les recherches de Mac Fadyean, Wladimiroiï", Afanassicf, Nocard, Foulerton, Bourges et Méry ont établi que le sérum des animaux atteints de morve provoque l'agglutinement des bacilles. Il faut bien savoir cependant que le sérum normal exerce la même influence; mais il n'agit ([u'à des dilulions variant entre 1 pour 50 et 1 pour oOO. Quand on obtient la réaction avec des dilutions plus étendues, 1 pour 500 par exemple, on peut presque affirmer l'existence de la morve.
La méthode rendra certainement des services en pathologie humaine ; elle a déjà été utilisée par Foulerton. D'après Bourges et Méry, le sérum des typhiques agglutine le bacille morveux à la dilution de 1 pour 10, mais n'agit plus à I pour 50.
Vaccination. — Les résultats si remarquables auxquels a conduit la vaccinalion contre les maladies infectieuses devaient faire rechercher si l'on pourrait artificiellement conférer l'immunité contre la morve. Le problème est loin d'être résolu, mais on a pu obtenir dans cette voie quelques résultats intéressants. M. Galtier (*) reconnut que, chez le chien, la morve peut se réinoculer, mais que les lésions sont de moins en moins étendues. Si on injecte le virus dans les veines, comme l'a fait Straus (^), on tue les animajix en employant de fortes doses de culture (un ou deux cent, cubes) ; avec des quantités plus faibles, le chien guérit et, quelques semaines plus tard, les doses mortelles sont parfaitement supportées, elles déterminent parfois un peu de fièvre, plus rarement une éruption discrète. Chez l'animal ainsi préparé, l'inoculation souscutanée est suivie de la production d'un petit ulcère qui guérit rapidement. Ces résultats ont engagé Straus à tenter de vacciner l'âne; des cultures atténuées injectées à cet animal ne le tuèrent pas, mais ne le rendirent pas réfractaire.
Pourtant Zakharoff ('') prétend que le virus, qui a passé par le chat, s'atténue et ne donne plus au cheval qu'une morve bénigne et curable: deux animaux, inoculés plus tard avec de la morve virulente, résistèrent à cette expérience.
Finger ('*) a pu augmenter la résistance du lapin en injectant sous la peau ou dans les veines, soit des cultures atténuées, soit des cultures stérilisées par un chauffage à 100" pendant cinq minutes. ÎMalheurcusement les produits solubles sont toxiques : trop souvent ils entraînent la mort immédiate ou produisent, à plus longue échéance, de graves phénomènes paralytiques et une cachexie à laquelle les animaux finissent par succomber.
Pourtant A. Babès et Motoc, en se servant de la morvine et en employant des
(') Galtiek, Inoculation de la morve au chien. Comptes rendus. 1881. (-) Straus, Essais de vaccination contre la morve. Arch. de )néd. expér., 1889. (^) Zakharoff, Sur la production de l'immunité chez les chevaux contre la morve. Anal. in Annales de l'Insliliit Pasteur, 1890. V*) FiNGER, Beitn'ige z-ur Pnth.-Anal., redigirl cun Ziegler, 1889.
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doses progressivement croissantes, ont réussi à vacciner des coljayes et même à en guérir quelques-uns.
Mais les tentatives de Bonome et Vivaldi, celles de Semmer, de Schindclka, de Nocard, ont été négatives; jamais ces auteurs n'ont pu conférer l'immunité au moyen de la malléine.
Les faits que nous venons de résumer brièvement, bien qu'un peu discordants, présentent déjà un certain intérêt au point de vue expérimental; ils conduiront probablement à une méthode pratique de traitement et de vaccination.
Traitement. — Lorsque la contagion de la morve s'est faite d'une façon directe, par exemple par une piqûre ou une écorchure, la première indication sera d'appliquer le traitement généralement usité contre les plaies virulentes. On devra faire saigner la plaie par des pressions, la succion pouvant être dangereuse, puis on aura recours à la cautérisation, soit avec des caustiques, soit, ce qui nous semble préférable, au moyen du Ihermo-cautère. La cautérisation sera faite le plus tôt possible; au bout d'une heure elle n'est déjà plus efficace (Renault).
Quand les accidents ont éclaté, on devra tout d'abord prendre un certain nombre de précautions dans le but d'éviter la propagation du mal aux personnes saines. Le malade sera isolé, dans une chambre largement aérée: lés linges qu'il aura souillés, les pièces de ses pansements devront être brûlés. Enfin on recommandera à ceux qui le soignent de s'entourer de précautions et de bien s'assurer qu'ils n'ont pas d'écorchures au niveau des mains.
Le traitement sera local et général. Les abcès devront être ouverts de bonne heure. On. pratiquera une large incision au bistouri, puis, l'abcès étant vidé de son contenu, on grattera les parois au moyen d'une curette, suivant le procédé employé dans le cas de tuberculose. Ensuite on nettoiera la cavité avec un tampon d'ouate, imbibé d'une solution au 1/10 de chlorure de zinc; après avoir séché la poche de l'abcès, on la pansera en la bourrant de gaze iodoformée. Les bains prolongés dans une solution iodo-iodurée (1 gramme d'iode et 20 grammes d'iodure de potassium pour 5 litres) ont été employés avec succès par Rémy.
S'il existe des ulcérations, on se comportera de même : grattage, cautérisation au chlorure de zinc, pansement à l'iodoforme ou au naphtol camphré.
En cas de lésions au niveau des fosses nasales, on pratiquera chaque jour plusieurs lavages avec de l'eau iodée ou de l'eau créosotée. On pourra tenter encore de réaliser une antisepsie relative par les injections de permanganate de potasse ou d'eau chlorée ou mieux de chlorure de zinc, suivie d'insufflation d'iodoforme, d'iodol ou d'aristol.
Dans le cas de Jakowski, toutes les lésions avaient rétrocédé, sauf celles du testicule ; on pratiqua la castration et le malade guérit.
Parmi les différentes substances administrées à l'intérieur, il en est qui ont paru tantôt favorables, tantôt nuisibles : tels sont le phosphore, le mercure et l'arsenic. Ercolani et Bassi, en donnant à des chevaux de 0^',2 à 0s'',8 de biarséniate de strychnine, ont pu en sauver 18 sin' 50. Gold a observé un cas de guérison par des injections mercurielles. Mais les meilleurs résultats semblent avoir été obtenus avec le soufre et l'iode.
Tardieu préconisait le soufre et, dans les formes chroniques, conseillait l'emploi des eaux sulfureuses. Bourdon faisait prendre de l'iodure de soufre. Enfin
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Polli, de Milan, a recommandé Tnsage des liyposulfiles; il anrait guéri 'i chiens en leur administrant par jour (1 à S grammes d1iyi)osulfile de soude.
La médication iodée p(Mit être prescrite sous forme de teinture d'iode; on commence à la dose de '2 gouttes et on arrive progressivement à donner 20 gouttes par jour. Cette médication, recommandée par Tardieu, semble préférable à Fiodure d'amidon que de la Harpe donnait à dose de Os^Oô à 0«^'2 trois fois par jour ou ta l'iodure de potassium qui aurait réussi entre les mains d'Andral.
A l'étranger, on a fait usage du mercure, particulièrement en friction, à la dose de 4 à 10 grammes par jour.
Le traitement sera complété en recommandant au malade de s'alimenter, en lui prescrivant des toniques et des amers, alcool, quinquina, etc., et, dans les cas chroniques, en ordonnant des frictions ou des fumigations aromatiques.
Quant au traitement spécifique [au moyen de la malléine, il n'a guère été expérimenté sur l'homme. Dans un cas de Bonome, les injections de malléine, aux doses de J/15 à 1/20 de centimètre cube, ont provoqué des réactions assez intenses, suivies d'une amélioration des lésions.
L'immunité naturelle des bovidés pouvait faire supposer que le sérum de ces animaux serait doué de propriétés thérapeutiques. MalzefT aurait réussi à immuniser un poulain en lui injectant du sérum de bœuf; Chenot et Picq, traitant par le même procédé dix ânes inoculés de morve, en ont guéri sept. Les recherches de contrôle poursuivies par Nocard n'ont donné malheureusement que des résultats négatifs.
Une autre méthode proposée par Bonome consiste à mettre le sérum de bœuf en contact avec des bacilles morveux, puis à filtrer sur porcelaine. Le liquide obtenu serait capable de guérir les cobayes.
Enfin nous répéterons en terminant ce que nous avons déjà dit pour le charbon : si la thérapeutique ne peut guère enrayer la marche du mal, la prophylaxie et la police sanitaire sont capables d'en empêcher le développement. Aujourd'hui que la contagion de la morve ne fait de doute pour personne, les règlements sont plus sévèrement appliqués, et la maladie est devenue beaucoup plus rare. L'usage de la malléine, en permettant de reconnaître la maladie, même dans les cas latents, est appelé à rendre des services immenses à la prophylaxie. Il faut donc exiger l'abatage immédiat des animaux morveux, surveiller et mettre en quarantaine les chevaux qui ont été en contact avec eux, rejeter de l'alimentation la viande des animaux atteints et recommander les plus grandes précautions à ceux qui, par leur profession, sont appelés à manipuler les cadavres contaminés.
[G H. ROGER