‹ Traité de médecineChapitre 192 sur 207 · TOT\L · texte numérisé non relu

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Les chiffres fournis par rinslitut Pasteur établissent que les morsures sont beaucoup plus fréquentes qu'on le croyait autrefois. La moyenne annuelle, qui varie peu, serait de 1600 morsures pour la France et l'Algérie; sur ce nombre loOO sont dues à des chiens. Les chiens mâles sont bien plus souvent atteints que les femelles : la proportion est de 14 pour 1 (Leblanc).

Les quelques cas, où les morsures ont été faites par l'homme, soulèvent une question assez intéressante : l'homme peut-il transmettre la rage? On a pu soutenir qu'aucune observation ne le démontre, et on cite partout le fait de Gaillard, médecin sédentaire à l'Ilôtel-Dieu, qui deux fois fut mordu par des enragés et ne contracta pas la maladie. On pourrait facilement ajouter plusieurs exemples analogues; mais ces faits négatifs ne tiennent pas devant les faits expérimentaux que nous exposerons plus loin et qui établissent que la salive humaine est capable de transmettre la rage aux animaux; nous croyons donc qu'on peut hardiment affirmer le danger de ces morsures.

En s'appuyant encore sur la statistique de l'Institut Pasteur, on peut établir quelles sont, dans notre pays, les régions les plus éprouvées. D'après les relevés publiés par M. Perdrix ('), la rage est fréquente dans les départements du sud et du sud-est, tandis qu'elle est rare dans la Normandie, le Maine, l'Anjou et le Poitou. Dans le département de la Seine, qui tient la première place, il y a environ 47 mordus pour 100 000 habitants. Le nombre des chiens enragés subit de très grandes variations suivant que les mesures de police sont plus ou moins bien appliquées. Pour ces dernières années, c'est en 1884 que le nombre des chiens enragés fut le moins considérable : il n'y en eut que 182. En 1888, le chiffre s'élève à 865; on remet les règlements en vigueur, et l'année suivante, on ne compte plus que 567 chiens enragés.

La rage est beaucoup plus rare en Allemagne qu'en France; on l'observe surtout sur la frontière orientale, en Saxe et en Alsace. Pendant l'année J895, il n'y aurait eu que 410 chiens enragés, 59 bœufs, 7 moutons, 4 porcs, 5 chevaux et 5 chats; on a abattu, en outre, 1585 chiens suspects et 215 chiens errants; on a enregistré trois cas chez l'homme. Pendant l'année 1894, on trouve 471 chiens, 75 bœufs, 6 porcs, 4 chevaux et 5 chats; on a abattu 1201 chiens

(*) Perdrix, Les vaccinations antirabiques à l'Instilut Pasteur. Résultats statistiques. Annales de l'Institut Pasteur, 1890.

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suspecls et 10'2 chiens erranfs. Il n'y eut qu'un seul cas de ra oe chez Ihomme. Ces résultais, qui sont vérital)]emenl excellents, tiennent à l'application rigoureuse des ordonnances de police concernant les chiens errants et les animaux suspects.

On admet généralement que la rage est surtout fréquente en (Hé, pendant la saison chaude. La statistique de 1850-1876 démontre que les cas les plus nombreux s'observent aux mois de juin, juillet et août; ils représentent 50,4 pour 100 du nombre total. Mais la statistique de l'Institut Pasteur nous donne des chift'res un peu différents : le maximum correspond aux mois de mars, avril, mai (28,6 pour 100); le minimum aux mois de septembre, octobre et novembre (20,9 pour 100). Pour les autres mois nous trouvons une proportion de 25 pour 100. Les différences sont donc, en somme, assez légères.

Le plus souvent la rage est transmise par morsure; l'infection sera d'autant plus probable que la morsure aura été plus profonde. Aussi, sous ce rapport, les loups sont-ils fort redoutables; au contraire, les herbivores ne font que contondre les tissus et leurs blessures sont moins graves, plus superficielles et plus faciles à cautériser que les plaies anfractueuses. Le virus peut être encore inoculé, quand les animaux enfoncent dans les tissus leurs griffes chargées de salive; aussi les chats sont-ils particulièrement dangereux. L'infection pourra se produire quand les animaux, sans mordre, lèchent des surfaces dénudées ; ce mode d'inoculation est d'autant plus fréquent que beaucoup de personnes font encore lécher leurs plaies, dans l'espoir d'en hâter la guérison, et que souvent, au début de la rage, le chien est très caressant.

Les morsures des animaux enragés ne sont pas forcément suivies de manifestations rabiques. D'une façon générale on peut dire que les morsures sont d'autant plus graves qu'elles sont plus nombreuses et plus profondes, elles sont plus redoutables aussi quand elles sont faites par des loups que lorsqu'elles sont produites par des chiens : dans le premier cas la mortalité serait de 62 pour 100. Pour les morsures de chiens, les différentes statistiques nous donnent des chiffres 'assez variables : le relevé officiel de 1850 à 1876 arrive à une proportion de 58,12 pour 100 qui est évidemment beaucoup trop élevée; c'est qu'on est loin de connaître le nombre des gens qui résistent après avoir été mordus, tandis qu'on connaît beaucoup mieux le nombre de ceux qui succombent. Leblanc, qui a pu recueillir des renseignements bien plus exacts, donne le chiffre de 16,6 pour 100. A Vienne la mortalité serait de 12 pour 100, et dans le Wurtemberg, d'après Faber, de 20 pour 100. C'est la proportion de 20 pour 100 qu'adopta Vulpian, lors de la célèbre discussion qui eut lieu à l'Académie de médecine. On lui opposa, il est vrai, la statistique de Hunter, dont la mortalité ne dépasse pas 5 pour 100. Mais en réalité il n'y a pas de statistique de Hunter ; il n'y a, sous ce nom, que l'histoire d'un chien enragé qui mordit 21 personnes; une seule succomba. Le fait est intéressant sans doute, mais on ne peut guère se baser, dans une question de ce genre, sur un fait unique, et malheureusement exceptionnel. Nous croyons donc que l'on peut regarder le chiffre donné par Leblanc comme se rapprochant de la réalité.

Si l'on veut étudier de plus près les statistiques, on voit que la rage se développe le plus facilement quand les morsures sont faites sur des parties découvertes. On conçoit en effet que les vêtements protègent l'individu et peuvent

jusqu'à un ooiiain poinl omprchor l'inlroduclion flu virus ou du moins diminncr la quanlité qui en prnrii-o.

Pour api)r(''ci('r la ii;-ravil('' d'une morsure, il faut encore tenir compte de; la richesse nei'veuse de la région atteinte. Sous ce rapport, les blessures de la pulpe des doii^ts sont particulièrement dangereuses ainsi que celles de la face; dans ce dernier cas, le virus chemine par les nerfs crâniens et arrive rapidement au niveau du bulbe. D'après la statistique de 1850 à 1876, nous voyons que la mortalité dépasse 87 pour 100 ((uand les morsures siègent au niveau du visage, tandis qu'elle n'atteint pas 19 pour 100 quand elles ont été faites sur les membres inférieurs; la proportion serait 06 pour les mains, 29 pour les membres supérieurs, 81 pour les morsures multiples. Sans doute tous ces chiffres sont trop élevés et n'ont pas une valeur absolue; ils n'en présentent pas moins un intérêt relatif.

Les statistiques donnent encore quelques renseignements sur l'étiologie de la rage. C'est ainsi que dans l'enquête poursuivie de 1850 à 1872, nous trouvons que sur 569 cas de rage, il y en eut 580 chez des hommes et 189 seulement chez des femmes. La vie plus active des hommes, leur présence dans les champs expliquent suffisamment ce résultat. Mais ce qui semble plus curieux, c'est que, pour un même nombre de mordus, il y a plus d'hommes atteints que de femmes : 56 pour 100 dans le premier cas, et 45 pour 100 dans le second. (rest sans doute aux vêtements plus épais que portent les femmes qu'on doit attribuer ce résultat. La pathologie comparée nous fournit des exemples analogues : les chiens à longs poils résistent bien plus que les chiens à poils ras. Les moutons sont assez réfractaires aux morsures, sauf après la tonte; alors ils succombent pour la plupart.

Tous les âges sont exposés aux atteintes des animaux rabiques; l'enfance est moins que tout autre à l'abri. Dans les rues des villages, les enfants sont réunis et jouent ensemble : ils ne se méfient pas d'un chien qui arrive sur eux ou ne savent pas se garer à temps. Si c'est le chien familier de la maison qui est pris de la rage, l'enfant, ne lui trouvant pas son aspect habituel, le taquine, l'excite et l'amène à mordre. Aussi de 1875 à 1876, sur 100 morsures observées sur des individus de 1 à 70 ans, trouvons-nous 28 cas, c'est-à-dire plus du quart, sur des enfants de 5 à 15 ans.

Mais si les enfants sont plus exposés à être mordus, ils semblent moins sujets à contracter la maladie. De 5 à 15 ans la mortalité, par rapport au nombre des morsures, est trois fois plus faible que de 50 à 60. « Si l'on compare les chances d'immunité au-dessous de 20 ans à celles des personnes plus âgées on trouve que : au-dessous de 20 ans pour 100 personnes mordues il en meurt oJ, et, au-dessus de 20 ans, pour 100 personnes mordues on compte 62 morts. » (Brouardel.)

En dehors de la morsure, la rage a pu être contractée par des personnes qui ont fait l'autopsie d'animaux ayant succombé à cette maladie; on trouve un certain nombre d'observations où des vétérinaires se sont ainsi inoculé le germe de la terrible infection.

Dans tous les cas, il faut qu'il existe une solution de continuité des téguments : la peau saine ne semble pas capable d'absorber le virus. Nous serons plus réservé pour les muqueuses : sans accepter les observations anciennes où on aurait vu les malades transmetlre linfection en embrassant leurs parents, nous montrerons, dans le chapitre suivant, que certaines expé-

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riences semblent établir que le virus peut pénétrer à travers les muqueuses intactes.

Enfin on avait admis autrefois que la maladie pouvait encore se transmettre par les sueurs, le sperme et surtout par l'air. La crainte de voir l'air expiré par le malade contagionner les assistants, a fait naître la pratique barbare d'étoufï'er les malbeureux rabiques : Patte, en Picardie, a été témoin de cette coutume vers 1820; Virchow en cite des exemples encore plus récents.

Nous devrions rechercher maintenant si la rage peut se transmettre par l'ingestion de viandes ou de lait provenant d'animaux malades; si la nourrice peut contagionner son nourrisson, si le virus traverse le placenta. Toutes ces questions ayant été étudiées avec un grand luxe d'expériences dans ces dernières années, nous y reviendrons dans le chapitre suivant, consacré à l'étude expérimentale de la rage.

L'analyse des observations cliniques nous a conduits à cette seule conclusion que la rage se transmet par l'inoculation de la bave d'animaux rabiques, que cette inoculation soit faite par morsure, par pénétration des grifïes chargées de salive, ou par contact avec une plaie accidentelle.

Pour que la maladie se développe, faut-il nécessairement que la salive provienne d'animaux enragés? Les anciens observateurs pensaient que des animaux simplement furieux pouvaient communiquer la rage. Tardieu, Gros, Decroix, Bourrel se sont faits encore les interprètes de cette théorie. C'est une opinion répandue, dans certaines contrées d'Amérique, que les morsures du putois peuvent être suivies du développement de la rage; Jarvis aurait observé trois faits de ce genre; malheureusement les animaux n'ont pas été suivis et peut-être étaient-ils eux-mêmes enragés. En tout cas, chaque fois qu'on a inoculé le bulbe d'un animal, dont les morsures furent suivies du développement de la rage, on a trouvé ce bulbe virulent. On pourrait peut-être nous objecter que la salive contient un grand nombre d'agents pathogènes et que, chez certains animaux, elle pourrait renfermer celui de la rage. L'hypothèse est soutenable; mais elle ne s'appuie sur aucune preuve.

Physiologie pathologique. — Les observations cliniques, en démontrant que la rage se développe à la suite de morsures, devaient naturellement conduire les expérimentateurs à rechercher si l'inoculation de la salive ou des diverses parties du corps des enragés était capable de reproduire la maladie. L'expérience, tentée depuis longtemps, a eu souvent des effets un peu contradictoires : le résultat varie suivant le point du corps où l'on introduit le virus ; il varie également suivant le tissu ou l'humeur dont on se sert pour l'inoculation. Chez un individu mort de la rage, toutes les parties du corps ne sont pas dangereuses, mais il est un point qui constamment se montre virulent, c'est le bulbe. C'est donc avec le bulbe qu'il faut expérimenter pour chercher à résoudre cette première question : par quelles voies l'inoculation du virus rabique peutelle déterminer le développement de la rage?

Inoculation aux animaux. — Les innombrables expériences poursuivies depuis 1881 au laboratoire de Pasteur, confirmées par tous ceux qui ont repris la question, démontrent que l'inoculation sous la dure-mère d'une parcelle du bulbe d'un enragé provoque l'éclosion de la maladie. Le résultat est constant chez le chien, le lapin, le cobaye; on ne voit que de temps en temps

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un animal résister, grûcc à celle immunité individuelle encore inexpliquée, et dont l'histoire des maladies infectieuses nous fournit tant d'exemples. L'expérience est du reste des plus simples : l'animal étant solidement fixé et au besoin endormi, on incise la peau; au moyen d'un petit trépan, on applique une couronne sur le crâne, en évitant le sinus long-itudinal supérieur. L'hémorragie produite par la section de l'os s'arrête généi-alement assez vite : alors, avec une canule courbe adaptée à une seringue de Pravaz, on pique la dure-mère et on injecte sous celte membrane quelques gouttes d'une émulsion faite avec le bulbe d'un rabi(pie et filtrée sur un linge fin. La canule est retirée, la ])laie recousue et fermée au moyen d'un peu de collodion iodoformé. Dans ces conditions, l'animal contracte la rage après une incubation variable, 12 à d5 jours. Si l'on inocule à un lapin une parcelle du bulbe d'un chien enragé (rage des rues) et qu'à la mort de ce premier animal on en inocule un deuxième et qu'on continue ainsi à faire des passages de lapin à lapin, on verra la p('riode dincubation diminuer de plus en plus; au bout de 13o passages, elle sera de 7 jours, au 178^ elle ne dépassera plus 6 jours. A partir de ce moment il n'y aura plus de variation, la rage éclatera toujours à la même époque lorsqu'on emploiera ce virus fixe. En opérant sur des animaux jeunes, on peut abréger considérablement le nombre des passages; dès le 16% l'incubation n'est plus que de 7 jours (Hôgyes). Dans quelques cas exceptionnels, on a vu le virus de la rage des rues être aussi actif que le virus renforcé (Calebrese); ce résultat très intéressant peut expliquer la gravité de certaines morsures.

Pour produire sûrement la rage, il n'est pas nécessaire de recourir à la trépanation et à l'inoculation directe dans les centres nerveux : l'introduction du virus dans la chambre antérieure de l'œil donne des résultats presque aussi certains. Il semble en être de même lorsque l'inoculation est faite dans une émanation quelconque du système nerveux, par exemple dans un nerf périphérique. Galtier, Di Vestea et Zagari ont fait voir que le sciatique représente une voie d'introduction très sûre.

'L'inoculation hypodermique semble un moyen assez infidèle. Helman a reconnu que le panicule adipeux constitue un mauvais lieu d'absorption pour le virus; les chiens gras résistent à l'injection sous-cutanée, tandis que les animaux maigres et jeunes périssent pour la plupart. Lorsque, chez le lapin, on introduit le virus dans le tissu cellulaire sous-cutané, on voit succomber 75 pour 100 des animaux inoculés; si l'injection est poussée dans les muscles, la mortalité s'élève à 85 pour 100; si l'on opère sur des muscles coupés et qu'on introduise le virus entre les fibres musculaires, tous les animaux succomlient. Enfin, en prenant certaines précautions et en inoculant la rage dans un point 011 la peau n'est pas doublée d'un muscle cutané, par exemple entre les deux yeux, la plupart des animaux résistent; ceux qui succombent semblent avoir été piqués accidentellement au niveau du périoste.

On voit tout de suite les déductions qu'on peut tirer de ces expériences pour la pathologie humaine ; le danger considérable qui s'attache aux blessures profondes s'explique en grande partie par l'introduction du virus dans les muscles sous-cutanés et les filets nerveux.

On peut demander aussi aux recherches de laboratoire au bout de combien de temps l'infection de l'organisme est produite. M. Galtier inocule des lapins au niveau de l'oreille et pratique l'amputation de cet organe de 20 minutes à 1 heure plus tard : presque tous les animaux succombent. Helman au contraire

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a sauvé les animaux en pratiquant l'amputation de la queue 12 heures après avoir déposé le virus dans cette région.

Les miiqueiises saines peuvent servira l'absorption du virus; M. Galtier (') a reconnu que l'introduction de produits rabiques dans les fosses nasales amène fréquemment la rage chez le lapin, dans la proportion de 11 cas sur 15. La conjonctive absorbe moins bien; sur 10 animaux auxquels on instille entre les paupières de grosses quantités de bulbe infecté, on en voit deux ou trois succomber à la maladie.

On s'était demandé depuis longtemps s'il y avait du danger à consommer la viande et les tissus des animaux enragés. Gohier, dès 1811, fit manger à trois chiens des muscles provenant de chevaux et de brebis enragés; deux animaux succombèrent à l'infection rabique. Mais Delafond, Lafosse, Renault, n'obtinrent que des résultats négatifs. Decroix ingéra lui-même, sans aucun inconvénient, de la viande et de la bave d'animaux enragés. M. Nocard rapporte qu'il a nourri un renard avec le cerveau et la moelle de six autres renards et de plusieurs chiens morts de rage furieuse, sans contaminer cet animal. Pourtant M. Galtier prétend que la muqueuse digestive peut également absorber le virus rabique ; il a échoué le plus souvent en faisant ingérer des substances contaminées, mais, sur 50 expériences, il a réussi 4 fois à communiquer la rage à des lapins auxquels il badigeonnait la muqueuse buccale avec de la matière bulbaire incorporée à de l'axonge.

Les séreuses ne semblent pas très favorables à l'absorption du virus. Le péritoine peut néanmoins servir de voie d'inoculation, à la condition d'employer de grosses quantités, 1 centimètre cube d'émulsion bulbaire par exemple.

Pour les glandes, nous n'avons à citer que les recherches de Poppi qui a vu la rage se développer fréquemment à la suite d'inoculations dans les testicules.

Enfin on a souvent recherché quels étaient les effets de Vinjection intra-veineiise. Les résultats diffèrent suivant les espèces animales; inoffensif chez les ruminants (Galtier, Roux et Nocard) ce mode d'inoculation réussit souvent chez le chien. Si l'on introduit de fortes doses, la maladie revêt alors la forme paralytique.

Poppi (^) a étudié, dans ces derniers temps, les efTets des inoculations multiples. Après avoir établi que l'injection de matière rabique sous les méninges rachidiennes donne des résultats aussi constants que l'injection sous les méninges crâniennes, cet auteur a reconnu qu'on abrège 'considérablement la durée de l'incubation en introduisant à la fois le virus en plusieurs points : c'est ce qu'on obtient par exemple en faisant des inoculations simultanées, soit sous les méninges et dans un nerf, soit dans l'épaisseur de plusieurs nerfs.

Virulence des humeurs et des tissus. — 11 nous faut maintenant établir d'une façon plus précise quelles sont les parties infectantes chez un animal ou un homme mort de la rage.

L'observation clinique démontrait déjà la virulence de la salive^ l'expérience, tentée pour la première fois par Gruner et le comte de Salm, vint confirmer le fait. Le 19 juin 1815, Magendie et Breschet prirent de la salive sur un malade de l'Hôtel-Dieu et l'inoculèrent à deux chiens dont un mourut enragé. Bientôt

(') Galtier, Modes de transmission de la rage. Société de biologie, 1890. (-)^ Poppi, Modo di comportarsi del virus rabbico délie inoculazioni multiple sperimentale neir assorbimento per linfatici. Bulletino délie scienze mediche, 1890.

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los recliorches do Magondio (') cl do Ilorlwi^ (^) démonlroronl la virulenco de la parolido; los aiilros glandes salivaircs peuvenL du roslo égahîiiient servir à transmetlnï la rage, mais d'uiîe façon inconstante (Galtier, Pasteur).

L'inoculation do la salive expose à une cause d'erreur qui faillit un moment égarer les expérimentateurs. Ce liquide contient fréquemment le pneumocoque qui, inoculé au lapin, détermine une septicémie rapidement mortelle. La première fois que cette septicémie fut observée se trouva être justement le jour où Pasteur (') inocula à des lapins la salive provenant d'un enfant mort de la rage dans le service de M. Lannelongue; de telle sorte qu'on put croire un moment qu'on avait transmis la rage au lapin et que, chez cet animal, l'évolution était foudroyante, entraînant la mort en 24 ou 48 heures.

Il ne suffit pas de constater que la salive peut conférer la rage, il faut déterminer à quel moment elle devient virulente. MM. Roux et Nocard, qui ont étudié cette question, ont reconnu par des inoculations dans la chambre antérieure, que la bave du chien contient le germe de la maladie trois jours au moins avant l'apparition de tout symptôme morbide; un chien peut donc être dangereux alors que l'examen le plus attentif ne révèle chez lui rien d'anomal.

La virulence des glandes salivaires suffit à réfuter l'opinion de ceux qui ont soutenu que ce n'est pas la salive qui transmet la rage, mais le mucus bronchique ; ce mucus n'est pas toujours virulent (Nocard) et, quand il l'est (exp. de P. Bert) on peut se demander s'il ne doit pas ses propriétés à son mélange avec de la bave.

Il n'y a pas que les glandes salivaires qui soient infectantes; les glandes lacrymales, le pancréas, les capsules surrénales, les glandes mammaires peuvent l'êlre également. Nous sommes ainsi conduits à rechercher si le lait peut transmettre la maladie. Sur ce point les observations cliniques sont contradictoires, mais généralement peu favorables à l'idée de la transmissibilité. Fleming rapporte pourtant le cas d'une négresse mordue, dont l'enfant, allaité par sa mère, devint enragé et mourut avant elle. Les recherches de laboratoire établissent en effet que le lait n'est virulent que d'une façon inconstante ; sur quatre tentatives, M. Nocard n'a réussi qu'une fois. Bardach a vu se développer la rage en inoculant du lait recueilli sur une femme enragée, l'avant-veille et la veille de sa mort.

Les autres sécrétions ne semblent pas dangereuses; pourtant, dès 1881, M. Bouchard a pu transmettre la rage en injectant une urine albumineuse; de Blasi et Russo Travali, sur huit expériences, ont trouvé une fois le sperme du lapin virulent. Les muscles, le foie, la rate, l'humour aqueuse ont été inoculés bien souvent, jamais il n'est survenu d'accidents. Même résultat négatif avec le contenu de l'estomac (Galtier), ou de l'intestin et avec la bile (Ladaque).

La virulence des centres nerveux est établie sur des expériences tellement nombreuses que nous n'avons pas besoin d'y insister. Le cerveau, la moelle et surtout le bulbe sont constamment capables de communiquer l'infection, comme l'ont montré les travaux de Galtier, Bouchard, Pasteur; il en est de même du liquide (•<'|)halo-rachidion (Pasteur).

(') Magendie, Jnin-n. de physiologie, 18'2ij. — BnESCiiET, Dupuvtrex, Magexdie. Comptes rendus, 1840.

(-) Hertwig, Boiti'âge zur nalieren Kenntniss der Wutlikranklieile. Berlin, 1829.

(^) Pasteur, Noie sui- la maladie nouvelle provoquée par la salive d'un enfant mort de la rage. Comptes rendus et Bull. Acad. de mcd., 1881.

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Au commencement de ce siècle, Rossi, de Turin, transmit la rage en inoculant un morceau du nerf crural. Virchow cite plusieurs expériences négatives; mais il suppose que la virulence a pu être détruite par la suppuration de la plaie. Aujourd'hui il n'y a plus de doute ; les nerfs sont virulents, mais ils ne le sont pas tous. Nous montrerons bientôt les importants résultats qu'on a obtenus en étudiant cette question, résultats qui nous serviront à expliquer le mécanisme des accidents rabiques.

Le sang d'un animal enragé peut-il servir à transmettre la maladie? Hertwig l'affirme. Lafosse prétend avoir réussi une fois. Mais les nombreuses expériences du laboratoire de Pasteur démontrent au contraire que le sang n'est jamais virulent, quelle que soit la période à laquelle on le recueille. Les résultats positifs doivent tenir à des contaminations accidentelles. Nous serons plus réservé en ce qui touche la lymphe; M. Galtier l'a trouvée virulente, tandis que Helman n'a pas reproduit la maladie en inoculant des ganglions lymphatiques.

A l'étude de la virulence des diverses parties du corps, se rattache l'histoire de la transmission intraplacentaire de la maladie. Lafosse, Canillac ont vu la rage éclater chez des veaux issus de vaches enragées. Kolessnikotî cite une observation recueillie chez une femme. Perroncito et Garita ont réussi une fois à transmettre la maladie en inoculant à des cobayes la moelle d'un fœtus né d'une lapine rabique. Mais la plupart des expérimentateurs ont obtenu des résultats négatifs. C'est ce qui ressort de trois tentatives faites au laboratoire de Pasteur, d'une expérience de Horsley avec le fœtus d'une daine, et surtout des recherches de Zagari, qui ont porté sur trente-deux fœtus : l'inoculation des centres nerveux, du foie et du liquide amniotique n'a produit aucun accident.

Mécanisme de l'infection rabique. — Les expériences et les observations que nous avons rapportées établissent que les centres nerveux, certains nerfs périphériques, les glandes salivaires, lacrymales, et, d'une façon inconstante, le pancréas sont virulents, tandis que le sang ne contient jamais le virus. On est donc conduit à se demander comment la matière nocive se propage du point d'inoculation aux centres nerveux et comment elle peut ensuite envahir les diverses glandes.

Il y a longtemps déjà que Duboué, de Pau ('), avait émis à ce sujet une théorie fort ingénieuse; il avait soutenu que le virus rabique cheminait dans le système nerveux; ce n'était qu'une hypothèse qui a reçu, dans ces derniers temps, une confirmation expérimentale; c'est ce qui ressort surtout des recherches de di Vestea et Zagari (^). Ces expérimentateurs pratiquent une inoculation dans le sciatique, il se produit une paraplégie, plus marquée du côté où a été faite l'inoculation et envahissant le corps d'arrière en avant : la queue de cheval se montre virulente avant le bulbe. Si le virus est introduit dans le médian, la paralysie évolue d'avant en arrière et le bulbe est virulent avant la moelle lombaire ; ce dernier résultat s'observe également quand la matière rabique est injectée au niveau de l'encéphale. Enfin, si on sectionne la moelle en un point et qu'on inocule la rage dans une patte postérieure, l'axe médullaire sera virulent dans toute la portion sous-jacente à la section, mais il

(') Duboué, Physiol. patli. et traitement rationnel de la rage. Paris, 1879. {^) Di Vestea et Zagari, Sur la transmission de la rage par voie nerveuse. ^Hna?es de l'Institut Pasteur, 1889, et Giornale internazionalè délie se. mediehe. Napoli, 1889.

n'y aura pas de virus dans la porlion qui a élé séparée du nerf inoculé. Récipro- (piemenl en introduisant la matière active au niveau du cerveau, on peut, par . une section, arrêter sa propagation dans la moelle. M. Roux a reconnu, de même, que le virus se propage d'abord en suivant les nerfs du membre mordu, se cultive dans les centres et redescend pai- les nerfs du côté opposé; si les manifestations rabiques apparaissent tardivement, les nerfs du côté sain sont virulents, tandis que ceux du côté mordu ne le sont plus, au moins à leiuextrémité, près du point blessé; si, au contraire, la mort. survient rapidemeni, ce sont les nerfs du côté lésé qui renferment le virus, à l'exclusion de tous les autres. L'observation clinique confirme les faits expérimentaux en nous montrant que les phénomènes convulsifs ou paralytiques sont plus souvent marqués du côté mordu. Enfin, suivant la remarque de di Vestea et Zagari, les morsures au niveau des membres inférieurs déterminent généralement de la paraplégie, tandis que les formes furieuses succèdent de préférence aux lésions de la tête et des membres supérieurs, ce qui s'explique par le voisinage du bulbe.

Bien que cette dernière assertion comporte un certain nombre de réserves, il semble que c'est vraiment par les nerfs que le virus se propage, qu'il gagne les centres nerveux, s'y développe, puis s'en échappe en suivant la voie des nerfs périphériques, et parvient ainsi aux diverses glandes. Telle est la physiologie pathologique qui cadre le mieux avec les données fournies par l'expérimentation. La rage peut donc être considérée comme une toxojieurose, suivant l'expression de Romberg, expression d'autant plus exacte que l'agent encore inconnu de cette maladie parait exercer son action nocive par les poisons qu'il sécrète; dans le cerveau de lapins morts de la rage, Anrep a trouvé une ptomaïne qui, à dose de 0'"s,01 à 0,5, amène des accidents analogues à ceux que détermine cette infection. De Blasi et Russo-Travali ('), ayant filtré sur une bougie de porcelaine une émulsion obtenue avec des moelles d'animaux enragés, ont constaté que le liquide, ainsi débarrassé de tout élément figuré, détermine, quand on l'injecte à haute dose chez le chien, des phénomènes paralytiques; c'est une intoxication, et non une infection, car la moelle de ces animaux n'est pas virulente. Babès et Lepp ont obtenu des résultats analogues, en injectant à divers animaux des extraits de cerveau filtrés sur porcelaine ou stérilisés par un chauffage à 80''("-).

Résistance du virus rabique. — Nous pouvons demander encore aux recherches de laboratoire quelques renseignements sur la résistance du virus rabique aux diverses causes de destruction.

Si on place la moelle d'un lapin dans de l'air sec, à l'abri de la putréfaction, on constate que son pouvoir pathogène a disparu au bout de 14 ou 15 jours (Pasteur); elle s'atténue bien plus vite, en 4 ou 5 jours, si on l'étalé en couche mince (Galtier). Dans l'eau, la matière rabique peut résister de 20 à 40 jours. M. Roux a pu la conserver pendant un mois dans de la glycérine et Pasteur a vu la virulence persister pendant des mois quand il maintenait les moelles dans l'acide carbonique à l'abri des germes extérieurs.

Le virus rabique est peu sensible à l'action du froid; il supporte pendant 50 heures des températures de 16 et de 20" au-dessous de 0 (Celli). Jobert a

(') De Blasi et Russo-Travali, Riccfche sulla rabbia. La Rifonna médira, 1800. (-) Babès et Lepp, Recherches sur la vaccination antirabique. .4«»a/es de r Institut Pasleuv,

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trouvé que le bulbe d'un lapin était encore virulent après avoir été maintenu pendant 10 mois à une température variant de — 10 à — 27". Le virus résiste moins bien à la chaleur. On peut annihiler son action en le laissant 1 heure à 50". ou 24 heures à 45": Celli('), à qui nous devons ces résultats, a encore établi que la matière rabique n'est pas détruite quand on la soumet pendant 60 heures à une pression de 7 ou 8 atmosphères. Elle est bien plus sensible à l'action de la lumière, qui à une température de 57'', abolit son pouvoir pathogène en J4 heures. A labri de lair et de la lumière, la virulence peut se conserver pendant longtemps ; M. Galtier a vu qu'elle persistait encore sur des cadavres de chiens enfouis depuis 44 jours. Les recherches récentes de Frantzius ont montré que le virus rabique. soumis à Faction des rayons X. s'atténue légèrement: il tue encore les animaux, mais la période d'incubation est plus longue.

En étudiant l'action des substances chimiques, Celli a reconnu que la virulence est annihilée par le carbonate de soude, l'acide acétique, le sublimé au millième, le permanganate de potasse à 2,5 pour 1.000: l'alcool à 25' détruit le germe de l'infection après un contact de 5 jours, et l'alcool à 15" après 7 jours. Parmi les substances les plus énergiques, nous signalerons, d'après de Blasi et Travali, l'acide phénique à 5 pour 100. qui tue le virus en 50 minutes: la créoline à 1 pour 100, le sulfate de cuivre à 10 pour JOO, l'acide salicylique et la canelle de Ceylan à 5 pour 100 le détruisent en 5 minutes. D'après H. Fol, la térébenthine serait très efficace, tandis que les solutions de sublimé au centième n'auraient qu'une action incertaine.

Symptômes de la rage chez les animaux. — Sans vouloir donner une description complète des phénomènes morbides qu'on observe chez les animaux enragés, nous croyons indispensable d'indiquer les principaux symptômes qu'ils présentent, afin de pouvoir les comparer ensuite à ceux qui se produisent chez l'homme.

Un premier résultat doit être mis tout de suite en évidence: c'est que, chez tous les êtres, on peut observer deux formes de rage : l'une fio'ieuse, l'autre mue ou paralytique.

Chez le cJtien. les symptômes sont semblables à ceux que nous décrirons chez 1 homme; il y a, comme chez celui-ci. une période prodromique pendant laquelle la température s'élève: c'est le premier phénomène morbide. Puis, 1 animal devient triste, sombre, inquiet et recherche la solitude. A ces prodromes succède une période d'agitation, caractérisée par une tendresse exagérée ou par des accès de fureur, pendant lesquels l'animal court la campagne, déchire, mord tout ce qu'il rencontre, ou, s'il est enfermé, se jette sur les barreaux de sa cage et se fait de profondes blessures. Comme l'homme, il est en proie à des. hallucinations terribles qui le font se précipiter sur des ennemis imaginaires: comme lui, il est atteint d'hyperesthésie, il a des érections continuelles, une impossibilité plus ou moins complète de la déglutition, des ti-oubles de la respiration et de la phonation; il pousse des hurlements tout à fait caractéristiques : ce sont des plaintes graves, prolongées, terminées par une note aiguë. A la fin, nous retrouvons une période paralytique : la voix est voilée, la respiration embarrassée, la peau insensible, et l'animal succombe ainsi au bout

(*) Celli, BuU. d. R. Acad. med. di Roma, 1886-1887.

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de A ou 5 jours, avec un abaissement de la tempéraliu-e. Il est rare de voir la mort survenir en 48 heures ou se l'aire attendre 10 jours.

La forme |)aralyti(|ue débute d'emblée ou succède à la lorinc riiiicuse : clh; se caractérise essentiellement par la [)aralysie d'un membre, du Irain posl('iieur. ou des massétcrs; l'animal est calme, le regard égaré, la mûclioire inréi-ieurc pendante, la langue tirée au dehors, la bave coulant à terre.

Sauf quelques détails secondaires, sur lesquels nous ne pouvons nous arrêter, les symptômes sont à peu près identiques chez le cheval, les ruminants, le porc.

Si l'on en croit les travaux de Billings, il existe chez les bovidés une infection dont les symptômes rappellent, à s'y méprendre, ceux de la rage. La maladie est due à un microbe particulier, dont l'inoculation reproduit les mêmes troubles chez le chien.

Les recherches expérimentales ont appelé l'attention sur la rage du lapin qui a été décrite pour la première fois par M. Galtier en 1879. Presque toujours cet animal est atteint de la forme paralytique : c'est une faiblesse croissante du train postérieur, s'accompagnant d'hyperesthésie, de mâchonnements et de grincements des dents. Pourtant, on peut observer aussi la forme furieuse; Helman en rapporte un bel exemple, où la maladie se transmit en série avec le même type symptomatique. Les recherches fort intéressantes de M. Ferré ont montré que la première manifestation de la rage chez le lapin consiste en une accélération respiratoire, vers le cinquième jour après l'inoculation du virus fixe; ce phénomène correspond à la période d'excitation; puis, la respiration se ralentit jusqu'à la mort. Ces troubles respiratoires, d'origine bulbaire, coïncident avec des modifications inverses des battements du cœur et une élévation thermique de 1 ou 2° (Hôgyes, Babès). A partir du moment où apparaissent les phénomènes spinaux, et jusqu'à la mort, la température est au-dessous de la normale. Il est intéressant de remarquer que la marche de la température est différente chez l'homme, le chien et le lapin.

Le cobaye, à qui on inocule parfois la rage dans les laboratoires, est atteint généralement d'une forme furieuse.

Signalons, en terminant, quelques faits de rage observés chez des oiseaux après morsure ou inoculation; dans le premier cas, on voit survenir des phénomènes d'excitation et, dans le second, de la faiblesse musculaire et des paralysies; la guérison spontanée serait très fréquente (Gibier),

Symptomatologie. — Incubation. — Entre le moment où a lieu la morsure et celui où apparaissent les premières manifestations rabiques, il s'écoule un laps de temps assez considérable. Les observations de Pouteau, Richard, Mead, où la maladie aurait éclaté le jour même de l'accident, doivent être absolument rejetées; il s'est agi, dans ces faits, de manifestations hystériques ou de manie aiguë. Plusieurs fois, comme l'a fait remarquer J. Hunier, on a confondu la rage avec le tétanos, et c'est à cette dernière infection que se rapportent en réalité les cas où les accidents survinrent au bout de 5 ou 4 jours. Boulev cite une observation où l'incubation ne fut que de 7 jours; ce fait isolé ne peut être accepté qu'avec réserve, et nous regardons comme un minimum exceptionnel le délai de 15 jours (observations de Joufl'roy, Tardieu, Bouley). Parmi les cas observés à l'Institut Pasteur, il en est un où le malade mordu au niveau du crâne et de la paupière, fut pris de rage le quatorzième jour et succomba le dix-huitième.

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75 i RAGE.

Le plus souvent, rincubation est bien plus longue. La statistique de Bauer('), qui porte sur 557 cas, montre que la moitié des décès survient entre le vingtième et le soixantième jour. L'enquête poursuivie en France de 1862 à 1872, et qui comprend 170 cas, fournit des résultats analogues. Nous trouvons en efîet 7)8 décès dans le premier mois, 7 i dans le second, ay dans le troisième, ce qui fait une mortalité de 65,5 pour 100 pendant les deux premiers mois réunis, ou 45,5 pour 100 pendant le deuxième mois, ou enfin 86,4 pour 100 pour tout le premier trimestre. Le relevé de M. Brouardel, basé sur 97 observations, indique également une mortalité très élevée pour le premier trimestre : 75 cas, soit 75,2 pour 100. Dans la statistique de M. Proust, on voit que, du premier au soixantième jour, survinrent 159 décès sur 221 cas, soit 62,8 pour 100, ce qui est, à peu de chose près, le même chiffre que celui du relevé de 1862-1872.

Il est plus difficile d'établir au bout de combien de temps un homme mordu est à l'abri de la rage. Sans parler des chiffres extraordinaires de 18 ans (Brassavola) et 20 ans (Guenerius), on peut citer des observations sérieuses où l'incubation aurait atteint 1 an (Cadet de Gassicourt), 15 et 18 mois (Disser, Valentin), 16 mois et demi (de Beurmann), 2 ans et demi (Second-P^éréol), 5 ans (Hallopeau et Tachard) et même 4 ans et 10 mois (L. Colin), 5 ans (John Iwing). Il est vrai qu'on peut toujours émettre quelques doutes sur les faits étonnants. Même si, dans un cas de ce genre, on établissait expérimentalement la virulence du bulbe, on pourrait se demander s'il n'y a pas eu, depuis la première morsure, une inoculation nouvelle qui aurait passé inaperçue ou serait oubliée.

Pourtant, quand la résistance de l'organisme a été augmentée par des inoculations préventives, on peut voir le début des accidents être retardé d'une façon insolite : c'est ce qu'on a observé une ou deux fois, quand on a employé une méthode de vaccination insuffisante. Ainsi, M. Chantemesse rapporte l'observation d'un homme qui avait suivi d'une façon incomplète le traitement Pasteur ; il fut pris de la rage 26 mois après la morsure ; l'inoculation de son bulbe transmit la rage des rues.

En résumé, ce qu'il importe de savoir au point de vue pratique, c'est que l'incubation de la rage oscille généralement entre 20 et 60 jours. Rare après 5 mois, la rage est exceptionnelle passé 6 mois.

Chez toutes les personnes mordues par un même chien, les accidents n'éclatent pas simultanément. La profondeur, le nombre des morsures, leur siège au niveau de la face ou des mains, sont autant de conditions qui favorisent le développement de l'infection. C'est peut-être à la fréquence des morsures de la face qu'il faut attribuer la courte durée de l'incubation chez les enfants; d'après la statistique de 1862 à 1872, la moyenne serait de -41 jours au-dessous de 20 ans et de 67 jours au-dessus de cet âge. En analysant 159 observations précises, M. Brouardel trouve 57 jours dans le premier cas, 68 dans le second.

La durée de l'incubation est abrégée par toutes les causes qui dépriment le système nerveux : les excès vénériens, alcooliques ou autres, les veilles, les émotions, la crainte de la rage diminuent la résistance organique et hâtent l'apparition des phénomènes morbides. Souvent même on a vu les accidents éclater à la suite d'une contrariété ou d'un événement, d^une parole

(') Bauer. Ueber die Incubationsdauer der Wuthkrankheiten beim Menschen. Miinchener med. Woch., 1886.

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