MORT
(Statistique modifiée)
MOUTAI.ITÉ
pour cent
A l'étranger, un grand nombre de laboratoires ont été fondés pour l'application du traitement pastorien. Les succès ont été aussi nombreux qu'en France. Il est inutile, croyons-nous, de rapporter toutes les statistiques publiées. Mais les observations faites dans certaines régions ont eu l'avantage de confirmer l'efficacité du traitement en montrant ses effets dans les cas de morsures produites par des loups. La mortalité, qui dépassait autrefois 62 pour 100, a diminué dans des proportions extraordinaires. A Charkow, Wyssokowicz n'a perdu que 5 personnes sur 17, ce qui fait une proportion de 29 pour 100; or parmi les morts figurent trois individus dont le traitement ne fut commencé que 20 jours après l'accident; chez un quatrième il n'y avait pas moins de 40 morsures au niveau des mains. Babès rapporte le cas suivant, qui nous paraît aussi démonstratif qu'une expérience de laboratoire : un loup enragé mord 50 animaux et 15 hommes; les animaux meurent tous; parmi les hommes, un seul ne se fait pas traiter et succombe; les 12 autres suivent le traitement, 11 survivent.
Nous croyons donc la question jugée d'une façon définitive. Si, pour notre part, nous n'accordons pas en général une grande valeur aux statistiques, nous devons avouer que, dans le cas actuel, les chiffres sont tellement nombreux et les différences tellement considérables que le doute ne semble pas permis.
Aussi pouvons-nous répéter avec M. Bouchard : « Quand on a été mordu par un chien enragé, on a une chance de mourir sur six; quand, mordu, on se fait inoculer, on n'a pas une chance de mourir sur 100. Aussi voici ma conclusion définitive : Je ne me ferais pas vacciner en vue d'une morsure possible, mais je n'hésiterais pas à me faire inoculer après morsure. »
IG.-H. ROGER
Une dernière question se pose. La rage une fois déclarée peul-slle être combattue par la méthode pastorienne?
Certains faits ont été rapportés, qui semblent entraîner une réponse affirmative. Telle est l'observation de Nivi et Poppi, qui virent disparaître les manifestations rabiques en injectant le vaccin dans les veines. Zagari objecte que le malade avait été mordu à la jambe et qu'il était déjà en traitement depuis vingt jours, le cas n'est donc pas probant. Reprenant la question sur les animaux, Zagari n'a jamais pu sauver les chiens qu'il traitait après apparition des premiers phénomènes rabiques. Des tentatives faites sur 4 hommes atteints de la rage n'eurent pas plus de succès.
Peut-être arrivera-t-on à de meilleurs résultats par une autre méthode, nous voulons parler de la sérothérapie.
Sérothérapie. — C'est à Babès que revient le mérite, au lendemain de la découverte de Richet et Héricourt, d'avoir poursuivi une série de recherches sur la sérothérapie antirabique (*). Bientôt la question était reprise par Tizzoni, Schwarz, Centanni (^), qui apportaient dans le débat des données intéressantes.
Dans leurs premières expériences, Babès et Lepp ont reconnu qu'un chien, après avoir reçu, pendant 6 jours de suite, 5 centimètres cubes de sang d'un chien vacciné, est devenu réfractaire à l'inoculation rabique ; le résultat est semblable chez le lapin. Ayant soumis quatre chiens à des morsures rabiques, les auteurs en gardèrent deux comme témoins; ceux-ci succombèrent en 16 et 28 jours; les deux autres reçurent, pendant 7 jours, du sang de vacciné; l'un mourut tardivement, l'autre résista. Cette action favorable du sang dépend probablement d'un pouvoir qu'on peut mettre en évidence en dehors de l'organisme ; Babès et Cerchez, Tizzoni et Schvs^arz ont établi, en effet, que du sang ou du sérum d'un chien vacciné laissé, pendant plusieurs heures, en contact avec du virus rabique, lui fait perdre ses propriétés pathogènes. Cette action semble due à une globuline, qui est soluble dans la glycérine, précipite par le sulfate de magnésie et par l'alcool, et ne traverse pas la membrane du dialyseur (Tizzoni et Schwarz).
En se servant d'animaux fortement immunisés, on peut arriver à préparer un sérum d'une activité très grande : celui de Tizzoni et Centanni paraît, sous ce rapport, répondre à toutes les exigences : il est prophylactique au titre de 1/25 000 pour une inoculation de virus rabique pratiquée 24 heures plus tard : autrement dit, il suffit de 0 ce. 04 pour donner l'immunité à un lapin de 1 kilogramme; le titre tombe à 1/100 pour le virus fixe. Quand il s'agit de traiter des animaux déjà inoculés, il faut employer des doses de 6 à 8 fois plus élevées; mais ces doses ne sont pas encore excessives, puisque pour un homme elles ne dépasseraient pas 20 ou 25 grammes.
(') Babès et Lepp, Recherches sur la vaccination antirabique. Annales de rinslilul Pasteur, 1889, p. 384. — Babès et Cerchez, Exp. sur l'atténuation du virus rabique fixe. Ibid., 1891, p. 625. — Babès et Talasescu, Études sur la rage. Ibid., 1894, p. 454. — B.\bès, Sur la transmission des propriétés immunisantes par le sang des animaux immunisés. Archives des Sciences médicales. 1896. n°' 1 et 2.
(-) Tizzoni e Schwarz, Il siero di sangue di animali vaccinati contro la rabbia nella immunita et nella cura di quella malatla. La Riforrna medica, 1891. — La prophylaxie et la guérison de la rage par le sang des animaux vaccinés. Annales de micrographie, 1892. — Tizzoni e Centanni. Modo di preparare il siero antirabico ad alto potere curativo e metodo di determinare la potenza. Atti délia Reale Accademia délie Scienze delV Institulo di Bolocjna, 40 fév. 1895.
Il y aurait donc avantage à substituer la méthode sérothérapique à la méthode pastarienne dans les cas où il faut agir rapidement. C'est la conclusion des différents auteurs qui se sont occupés de la question, de Babès notamment qui, dès 1891, a eu recours à cette thérapeutique et l'a employée avec succès chez des hommes qui avaient été mordus par des loups enragés. Seulement dans les cas tout à fait graves, on pourrait avoir recours au sang d'hommes immunisés ; car il semble démontré que le sang est plus actif quand il provient d'individus de môme espèce.
Voilà donc une voie ouverte à toute une série de recherches d'un puissant intérêt pratique.