VARIATIONS PHYSIOLOGIQUES, FORMATION DES RACES
la notion de race on microbiologie. « Une levnre, dil-ii dans ses Étitdes sur la bière, est une réunion de cellules qui ne sauraient être individuellement identiques. Chacune de ces cellules a des propriétés d'espèce ou de race qu'elle partage avec les cellules voisines, et, en outre, des caractères propres qui la distinguent et (pTelle est susceptible de transmettre dans des générations successives. Si donc on parvenait à isoler, dans une levure dcMenninée, les diverses cellules qui la composent, el ipion i)ril <-iilli\cr ;'i pm-l rh;icuiic dCllcs. on obtiendrait un nombre égal de leviu'es, (pii vrais('nd)lal)lem('nt sciaient distinctes les unes des autres, parce (pTelies partici|)eraienl cliacune des pro|)ri<''tés individuelles de leur cellule d'origine.... Ce serait pi-obablrmciit un moyen de cvvi'v des races de levures distinctes. »
Plus tard, la découverte de l'atténuation des virus a réalisé la créât i(jn de races chez les Bactéries pathogènes. Le microbe du choléra des poules peut être pris à un stade quelconque de l'atténuation duc à l'oxygène de l'aii- et transmettre à des générations successives le degré de virulence où il était parvenu, et qui est la seule caractéristique de la race ainsi formée. Pasteur a constaté « qu'il n'existe pas de correspondances morphologiques entre le parasite et les diverses virulences qu'il accuse; les cultures sont pareilles pendant toutes les virulences ». Avec la Bactéridie charbonneuse, les virulences diverses sont fixées dans la spore, et la stabilité des races correspondantes est ainsi assurée dans le temps, sans qu'il soit besoin de les laisser en contact avec les agents qui leur ont donné naissance.
Les microbes chromogènes nous fournissent aussi des exemples dans lesquels la diminution et la disparition de la fonction ne s'accompagnent pas de changements morphologiques apparents. Le Bacille du pus bleu, le Bacille du lait bleu et d'autres microbes peuvent, dans certaines conditions, donner des races incolores, tout en conservant leur forme ordinaire. Le premier garde, en outre, comme l'ont montré Charrin et Phisalix, sa virulence à l'égard des animaux; c'est seulement une partie des propriétés physiologiques qui se trouve atteinte.
Cultivé dans le bouillon de bœuf salé ou phosphaté, le Streptocoque de la septicémie puerpérale conserve sa virulence et sa forme pendant plusieurs générations ; mais, d'après Arloing, il perd la première et non la seconde, après deux ou trois cultures dans le bouillon de poulet. La Bactéridie charbonneuse, soumise à une température dysgénésique, le microbe du choléra des poules et celui du rouget du porc, exposés à l'air, sont plus ou moins atténués, tout en gardant leur forme fondamentale. Inversement, la virulence peut être exaltée, comme lorsqu'on fait passer le microbe du rouget du porc par l'organisme du lapin.
D'autres fois, le cycle évolutif peut être modifié sans que la virulence disparaisse : tel est le cas de la Bactéridie charbonneuse rendue asporogène par le bichromate de potasse ou l'acide phénique. E. Boux a montré qu'un grand nombre de passages à travers le cobaye ou le lapin, ainsi que la culture dans les milieux les plus favorables à la formation des spores, tels que l'humeur aqueuse de l'œil du lapin ou du mouton, ne pouvaient faire réapparaître la sporulation, et cependant la Bactéridie restait virulente. Toutefois, par une action plus prolongée des antiseptiques, on arrive en outre à diminuer la virulence et par suite à obtenir une Bactéridie asporogène et atténuée, de sorte que la modification porte à la fois sur les deux ordres de caractères.
D'autres conditions peuvent vraisemblablement conduire au même résultat,
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — I. "
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el, il n'est pas téméraire de penser que, dans la nature, des conditions puissent être réalisées qui transforment à notre insu des Bactéridies ordinaires en Bactéridies atténuées et asporogènes. L'observateur qui rencontrerait un semblable bacille serait alors fort embarrassé pour reconnaître en lui la Bactéridic du charbon et la distinguer d'une espèce purement saprophyte.
Si donc les caractères morphologiques ne sont pas immuables, les caractères physiologiques ne le sont pas davantage. On pourrait citer bien d'autres exemples qui montrent que ces deux ordres de caractères ne suffisent pas toujours à distinguer une espèce. Il faut avoir suivi pas à pas toute la série des changements morphologiques et physiologiques pour avoir chance d'y parvenir.
Ces changements, dans le monde des microbes, sont comparables à ceux qu'offrent les végétaux supérieurs sous l'influence de la culture ; certains sols et certains climats peuvent aussi modifier les propriétés morphologiques et physiologiques. Est-il besoin de rappeler que nombre d'espèces perdent par la culture leur saveur, leur âcreté, leur toxicité môme, que la qualité du vin, des parfums, etc., varie avec le lieu où la plante est cultivée?
Toutefois, il est bon de remarquer que, dans presque tous les cas où des races incolores ont été créées avec des microbes chromogènes, et des races atténuées avec des microbes virulents, on a pu faire réapparaître le pouvoir chromogène ou la virulence par l'emploi de milieux appropriés; et, de ce que, parfois, on n'a pas trouvé de milieu favorable pour y réussir, il ne s'ensuit pas que la disparition de la fonction puisse être considérée comme définitive et irrévocable.