POLYMORPHISME DES MALADIES. — L'ORGANISME. — VIE SANS MICROBES
En dépit de ces sages considérations, en dépit des enseignements cependant si clairs de l'expérience de Raulin ou des déductions qui se dégagent des cultures, de leurs variétés, on n'a bientôt plus voulu voir que le microbe naguère si décrié; les parasites inférieurs, mousses, algues, champignons, recouvrant le tronc, ont masqué la vue de l'arbre : la notion du terrain a paru s'éclipser. Toutefois, issue de l'observation de tous, de cette observation qui. d'après Auguste Comte, tient le premier rang dans les méthodes de la biologie, cette notion devait rapidement triompher de l'exclusivisme dun moment.
Ce retour à une plus saine appréciation s'est effectué parallèlement à une série de modifications apportées aux théories nouvelles. On a constaté, par exemple, que les germes ordinairement n'agissent point par eux-mêmes, en réalisant des embolies, en consommant l'oxygène, phénomènes d'ailleurs difficiles à comprendre de la part des anaérobies, comme de celle des parasites qui ne vivent pas dans le sang; on a vu également l'importance des toxines génératrices d'accidents aussi bien que de l'immunité; on a compris la part à réserver aux associations microbiennes, aux causes secondes, aux défenses de l'économie, à tout ce qui touche au terrain, etc.
Les affections de tous les jours sont si nombreuses, si polymorphes dans leur aspect, leur évolution, qu'il est impossible d'expliquer complètement ces variétés par celles qui sont inhérentes aux races, à la virulence, à la quantité des parasites, au choix de la porte d'entrée; il faut chercher autre part que du côté des infiniment petits, c'est-à-dire dans la direction du terrain ou plutôt de ses changements, les causes des disparités enregistrées dans les manifestations morbides.
Du reste, pour se convaincre de cette nécessité, il suffit d'inoculer plusieurs séries d'animaux d'une façon identique, à l'aide d'une égale dose d'une culture autant que possible homogène : on ne tarde pas à voir le processus offrir des évolutions dissemblables. Il est clair que, dans de pareilles conditions, on ne saurait trouver les motifs de ces dissemblances ailleurs que dans la diversité des manières d'être de ces animaux.
La prédominance du terrain ressort encore davantage, lorsqu'on reconnaît que les bactéries en contact avec les tissus sont le plus souvent peu virulentes, pourvues d'une activité qui ne leur permet pas de faire naître beaucoup d'éventualités.
Il est, en effet, assez difficile de retirer des voies digestives des parasites aptes à engendrer le mal, sans qu'il soit nécessaire de les exalter; de temps à autre, cependant, comme l'a vu Netter, on rencontre dans la cavité buccale des pneumocoques actifs. L'existence de tels parasites de préférence au printemps, en automne, est en rapport dans quelque mesure avec les conditions saisonnières, avec le mode d'influence des agents atmosphériques à ces époques; ces conditions, ces influences ^exercent, du reste, leurs actions sur d'autres éléments ; la vitalité de l'organisme, aussi bien que celle des infiniment petits, subit ces actions.
Pourquoi ces parasites habituels sont-ils si fréquemment atténués? Les motifs qui concourent à ces atténuations sont de divers ordres.
En premier lieu, ces microbes dérivent des milieux extérieurs depuis un temps plus ou moins long. A la naissance l'économie normale est indemne de ces microbes; les expériences de Nuttal et Thirfelder semblent même avoir établi la possibilité, pour la vie, de se poursuivre sans ferments figurés. —
ATTÉNUATION DES GKRMES KXTKIUKUP.S. — I>IU:MIKHK LIGNE DE IJÉEENSES. 101
Pendant la prriodo inlra-ulérinc le Tûclus reçoit des aliments préparés; il n'opère pas de métamorphose essentielle; la nutrition est pour ainsi dire passive : tout chani^c dès qu'il voit le jour. A partir de cet instant commence une existence fort dillerente au point de vue des mécanismes physiolof^iques, existence qui devient active. Jusqu'à ces travaux de Nuttal et ThirCelder on a discuté pour savoir si cette existence est réalisable en dehors de; l'intervention de ces IVrmcnts fi<j;urés.
La solution était d'autant plus dirticile ([uc l'arrivée des iiidniment petits an niveau de nos surfaces cutanées ou muqneuses a lieu dès les j)remlères heures: à peine l'enfant a-t-il respiré, pris du lait, que déjà ses voies respiratoires ou digestives sont habitées, aussi bien (|ue le tégument externe, aussi bien que toutes les parties de l'organisme qui, suivant la pensée de Cl. Bernard, continuent à faire partie du monde extérieur.
C'est de ces surfaces cutanées ou muqueuses que partent les germes qui, à un moment donné, vont porter le mal dans la profondeur des tissus, ou bien c'est sur ces surfaces, dans des zones déterminées, qu'à certaines heures ils pullulent, sécrètent, fonctionnent. Or, à l'instant où ils abordent ces revêtements superficiels, ils viennent de quitter les milieux extérieurs où ils ont subi les actions des agents atmosphériques.
Le plus souvent, ces actions s'exercent dans le sens de la débilitation. La lumière, en particulier les rayons chimiques imposent à ces bactéries des modifications aussi rapides que profondes ; ces modifications touchent à la libre formation de leurs produits solubles, puis à la pullulation, à l'existence même. — La sécheresse agit d'une façon analogue ; de même la chaleur, l'oxygène, puis, à des degrés moindres, l'électricité, l'ozone, la pression, etc.; l'influence de cette pression est à peine sensible, si elle ne s'exerce point par l'intermédiaire d'un gaz antiseptique, tel que l'acide carbonique, comme dans les expériences de d'Arsonval et Charrin, de Malfitano, etc. — Ces agents modifient aussi la cellule animale; la maladie infectieuse résultant de la manière dont se comportent vis-à-vis l'une de l'autre et cette cellule animale et la cellule microbienne, on voit à quel point les influences climatériques, météorologiques, qui pour une part correspondent à ïancien génie épklémique, régentent les infections, plus d'une fois sans que nos organes s'en doutent. — Les courants de haute fréquence, par exemple, font varier la tension, l'urée, les vasomoteurs, parfois à l'insu de l'économie qui se trouve de la sorte plus ou moins perturbée; un être vivant, introduit dans un champ magnétique puissant, éprouve des changements circulatoires accentués. Or ces phénomènes, que la clairvoyance expérimentale de d'Arsonval a révélés, sont sous la dépendance de la foudre, du magnétisme terrestre ; tout sujet placé sur le trajet de lignes de force marquées peut ressentir de pareilles interventions.
Quoi qu'il en soit, il demeure établi que ces agents atmosphériques le plus ordinairement aiïaiblisscnt les microbes; c'est donc à cet état qu'ils se présentent à l'organisme pour forcer les portes d'entrée : la nature a heureusement disposé, au niveau de ces portes d'entrée, une seconde ligne de défenses.
Les parasites qui s'introduisent par les fosses nasales subissent des changements attribuables aux qualités hautement bactéricides du mucus de ces cavités, qualités qui en 8 ou 12 heures font perdre à la bactéridie ses qualités pathogènes, d'après Wurtz et Lermoyez; en outre, en franchissant les fosses nasales, ils sont retenus en partie par les vibrisses, les rétrécissements de ces défilés
[A. CHARRIN ]