L'ÉLÉMENT QUANTITÉ. — ACTIONS RAI'IDI'S; ACTIONS TARDINHS
de ccrlainc façon. — L'accuulumancc à pulluler dans un milieu spéciul peut, à qiicl(iues égards, entrer en ligne de compte pour expliquer la diversité des localisations, des phénomènes' morbides; un microbe qui a longtemps vécu dans l'endocarde, dans le l'oie, dans le rein, etc., tend à se fixer dans ces viscères. In vitro on parvient à faire vivre des parasites même dans des milieux additionnés d'antiseptiques; quand on injecte dans le sang la culture d'un germe habitué aux éléments du tissu rénal, ce parasite le plus souvent se multiplie un peu partout, mais plus rapidement dans la glande urinaire.
La mise en œuvre de la méthode exj)érimentale, appliquée après les périodes de sentiment, de raisonnement pur, a heureusement conduit à une série de notions particulièrement propres à expliquer les dissemblances morbides; cette méthode a placé en évidence le rôle du facteur quantité, comme celui de la porte d'entrée; ces deux facteurs s'ajoutent aux influences qui relèvent de la qualité : ainsi se poursuivent les modifications apportées aux conceptions bactériologiques.
L'importance du poids ou du volume, considérable en matière de venins, est, pensait-on, nulle lorsqu'il s'agit de virus. Or, les travaux de Chauveau, de Watson-Cheyne, de Bouchard, etc., ont établi que si l'on réduit les bactéridies à quelques unités, l'animal le plus prédisposé, l'habitat naturel de ces bactéridies, est parfois capable de résister; il est également possible, en augmentant ou en diminuant les doses, de développer, d'atténuer ou de supprimer telle ou telle manifestation pathologique, la fièvre, l'albuminurie, etc., partant de changer le tableau symptomatique.
Assurément, cette question de dose, si on franchit certaines limites, n'a pas la portée qu'elle revêt en matière de poisons solubles ; encore est-il qu'il convient d'en tenir compte. Du reste,- pour ces poisons solubles également tout ne dépend pas de ce facteur; c'est ainsi que dans les cas où on injecte de la nicotine à un lapin, si on ne le tue pas immédiatement, s'il manque quelques fractions de milligramme, assez souvent, en dépit de la gravité momentanée de son état, on ne parvient pas à le faire succomber, du moins rapidement, en introduisant quelques instants plus tard, avant toute élimination, une quantité d'alcaloïde bien supérieure à celle qui a fait défaut; pourtant cette quantité initialement ajoutée à la première aurait été plus que suffisante pour amener la mort. De même on aura beau utiliser des proportions- excessives de toxines, d'alcool, de sels de plomb, etc., etc., certains désordres n'apparaîtront jamais que plus ou moins tard; ils réclament d'autres facteurs dépendant des cellules impressionnées. Il n'est pas inouï de Aoir la pression fléchir chez un animal qui a reçu certaines toxines, mais ce changement s'enregistre parfois lorsque ces produits ont eu le loisir de détériorer les capsules surrénales; si, en effet, vous injectez l'extrait de semblables capsules, vous ne déterminez plus l'élévation classique : c'est bien par une modification organique que le phénomène se réalise.
11 est des parasites qui occasionnent des troubles dès leur entrée; il en est qui comportent des incubations. De même on sait depuis longtemps que certains poisons de l'organisme, comme les alcaloïdes, agissent dès qu'ils pénèlrenl, alors que d'autres exigent un intervalle d'ailleurs variable. Les uns, sans doute, provoquent des désordres fonctionnels; les autres, à Texemple des toxines vaccinantes, conduisent l'économie à fabriquer de nouveaux composés, des antitoxines, des produits bactéricides; ils font apparaître des altérations de
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98 LA PORTE D'ENTRÉE. — DIVERSITÉ DES MILIEUX ORGAXIOl-'ES.
slruclure, dans le foie, dans le rein, dans le névraxe, etc.: ce sont ces altérations qui plus ou moins tardivement vont déterminer l'anazoturie, la sérinurie, des convulsions, etc.; on peut encore s'assurer qu'au contact de ces toxines, p^rAce à leur passage, l'économie l"a])rique des éléments morbifiques, aussi bien cprelle donne naissance sous une influence identique aux pi-incipes protecteurs : la composition des urines le prouve. 11 est certain que le sang d un animal en pleine diphtérie, en plein tétanos, possède des attributs propres, sans qu'on puisse actuellement déceler, isoler des poisons spécifiques, définis, issus des viscères; ces viscères, baignés par des plasmas adultérés, soumis à des températures irrégulières, régis par un système cérébro-spinal intoxiqué, sont placés dans des conditions qui leur permettent de ne pas engendrer uniqueijient des substances normales.
L'influence de la porte d'entrée constitue un nouvel élément de variations dans les affections. C'est là un principe mis en lumière, il y a déjà longtemps, par Chauveau et son école; j'ai moi-même fourni une démonstration de cet ordre en 1884, à une époque où ces démonstrations étaient rares; non seulement on modifie les allures d'une maladie en déposant le virus dans des points divers, mais on vaccine un animal en confiant à la circulation le germe du charbon symptomatique. tandis que ce germe placé sous la peau provoque des accidents à terminaison fatale.
Avec Duclert, il y a plusieurs années, j'ai cultivé un bacille dans des bouillons distincts, dont chacun contenait les éléments d'un tissu, d'un organe donné, du foie, du rein, du poumon, du cerveau, du muscle, de la rate, de la moelle osseuse, etc.; j'ai de plus réalisé ces mêmes cultures sur ces organes frais. Or, dans ces conditions, j'ai vu la végétation varier de l'un à l'autre de ces bouillons, surtout quand on ne chauffait pas les tissus; j'en ai conclu que l'économie est formée d'une série de milieux juxtaposés.^— Roger, avec de nouveaux résultats, vient de reprendre cette question.
On comprend par suite que les conséquences soient fonction de la nature du viscère le premier atteint, d'autant plus qu'en dehors des différences tenant aux variations du pouvoir nutritif, il y a lieu de penser que les activités phagocytaires, que la rapidité ou la lenteur du courant sanguin, que le degré d'oxydabilité, d'état bactéricide ou antitoxique, etc., etc., interviennent de leur côté. Si, du reste, on colore, comme l'a fait Cardarelli, les bactéries dispersées par le sang, on voit les réactifs, suivant les tissus, mettre en évidence l'activité des unes, la dégénérescence des autres; en outre, si l'on sème quelques parcelles de ces tissus, la végétation est des plus inégales.
Ces faits révèlent d'une façon éclatante la part qui revient à la porte d'entrée dans la genèse des dissemblances d'un virus en évolution; or ces dissemblances paraissent encore plus faciles à réaliser quand, conformément à mes expériences, on étend aux toxines l'influence de ces voies de pénétration. Ces toxines offrent, en effet, le plus fréquemment une énergie en rapport avec la nature du territoire qu'elles imprègnent tout d'abord; les troubles engendrés présentent donc des modalités en relations avec le chemin suivi par l'agent pathogène, autrement dit avec le premier tissu baigné par ses sécrétions, soit à cause du mode d'évolution de cet agent, soit en raison des qualités de réaction ou de sensibilité de ce tissu.
On sait, par exemple, que le poison diphtéricpie placé sous la peau est aussi violent qu'il est peu actif déposé dans l'intestin; il en est de même pour le poi-
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son pyocyaniquc, pour le poison télaniquc. etc. Supposez que ces poisons soient sécrétés dans l'iléon : vous n'observerez aucun accident.
Dans ces conditions Tabsorplion est lento; les parasites du tube digestif, en vivant dans un liquide riche en toxines, Fallèrent, comme le fait a été établi, à un point de vue général, par Metchnikof, par Mangin et Charrin; en troisième lieu, avec André Lefèvre j'ai vu la pepsine, probablement d'autres diastases avec elle, atténuer les sécrétions du bacille d'Eberlh; en quatrième lieu, avec Paul (lassin, avec de Nittis, j'ai constaté qu'un extrait de la muqueuse, la partie glaireuse, les éléments de sécrétion parfois retardent la mort des animaux qui ont reçu des germes intestinaux.
D'ailleurs, nul n'ignore que, si on oppose les effets des médicaments introduits par le derme à ceux que produisent ces mêmes médicaments pénétrant par l'estomac, on a plus d'une fois des résultats peu comparables.
L'inégale fertilité des organes, des appareils, conduit les microbes à fabriquer leurs produits en totalité ou en partie. Or, j'ai prouvé, à la suite du professeur Bouchard, la multiplicité de ces produits ; les uns actionnent le cœur, les poumons; les autres influencent le système nerveux, le tube digestif, etc. Qui ne conçoit la disparité des formes morbides, suivant la prédominance de tel ou tel de ces principes?
Cette disparité dans les résultats, issue des différences constatées dans la nature des territoires organiques, dans leur composition, dans la façon dont ils se prêtent à la pullulation bactérienne, permet d'entrevoir un nouveau facteur capable, par ses propres oscillations, d'imprimer aux types morbides les allures les plus diverses : ce facteur n'est autre que le terrain.
Si, par exemple, le milieu de culture, le viscère contaminé, est tel que les bactéries produisent de préférence ceux de leurs principes qui sont solubles dans l'alcool, on pourra voir les accidents circulatoires prédominer, la forme, le type cardiaque du mal s'installer; j'ai constaté, en effet, avec Bardier, que dans plus d'un cas, les substances microbiennes entraînées par cet alcool sont surtout celles qui actionnent le myocarde, qui plus d'une fois le ralentissent, chez la grenouille, pendant que le sérum anti-diphtérique relève le nombre de ces contractions : qui ne saisit dans ces résultats la preuve d'un antagonisme physiologique entre ces toxines et ce sérum, autrement dit ces antitoxines, antagonisme qui se reproduit au point de vue de la diurèse, de la pression, etc.!
Après ces inévitables oppositions des débuts qui rendent plus assurée la marche du progrès, le mouvement d'adhésion aux doctrines bactériennes a été si prononcé qu'on a peine à croire aujourd'hui, qu'en 1880 ces doctrines n'avaient pas encore reçu la consécration de l'enseignement officiel des Facultés de médecine! Pourtant rien n'est plus exact; à cette époque on n'épargnait pas les railleries aux croyants de la première heure, tandis qu'actuellement on traiterait volontiers de réactionnaires ceux de ces croyants qui, après mûres réflexions, s'apercevant de l'insuffisance de données par trop simplistes, s'efforcent de se tenir dans le juste milieu d'Horace!.
Or, dès cette année 1880 le professeur Bouchard, dans ses leçons, mettait en parallèle microbe et terrain : « Aux causes inhérentes aux agents infectieux viennent s'ajouter celles qui sont inhérentes à l'organisme défendu contre le plus grand nombre des bactéries. Ce sont des dissemblances physiques, chimiques, nutritives, qui font que les individus sont autant de milieux disparates où les agents pathogènes viennent tantôt s'éteindre, tantôt fructifier, »
[A. CHARRIN. 2