X' MORPHOLOGIE
phylle et le mode spécial de nulrilion, qui en est la conséquence, les firent ranger par Na^geli parmi les Champignons, et, pour rappeler leur principal caractère, qui consiste dans la multiplication scissipare, ce savant leur donna le nom de Srhizoïnycètes.
Les êtres privés de chlorophylle ont besoin, pour vivre, de substances organiques précédemment élaborées, contenant du carbone en combinaison, tandis que les plantes vertes peuvent, à l'aide de la lumière, décomposer l'acide carbonique de l'air et en assimiler le carbone. Une différence biologique d'une haute importance sépare ainsi ces deux groupes d'organismes. Aujourd'hui, toutefois, cette ditïérence n'est plus aussi tranchée qu'on l'avait cru : Winogradsky a montré récemment que certaines Bactéries peuvent, sans chlorophylle ni lumière, décomposer l'acide carbonique et opérer la synthèse de la substance organique. C'est là, au point de vue physiologique, un trait d'union entre les Bactéries et les végétaux à chlorophylle et en même temps une différence entre elles et les Champignons. D'autre part, plusieurs Bactéries possèdent des pigments qui leur permettent, d'après Engelmann, d'assimiler directement à la lumière, comme les plantes vertes, le carbone de l'acide carbonique.
La morphologie, seule invoquée dans la classification par les naturalistes, montre d'ailleurs que les Bactéries ont plus d'affinités avec les Algues qu'avec les Champignons. Le nom de Schkophycètes leur conviendrait donc mieux que celui de Scldz-omycètes.
Chez les végétaux supérieurs, on trouve çà et là des espèces qui, dépourvues presque complètement de chlorophylle, sont réduites à vivre soit aux dépens de débris organisés, soit aux dépens de végétaux vivants. On ne les sépare pas, pour cela, de la famille ou de l'ordre auquel toute leur organisation les rattache. Il doit en être de même pour les Bactéries, qu'on classera par suite dans le groupe des Algues, auquel elles se relient par leurs caractères morphologiques. Penserait-on à grouper ensemble les Oiseaux et les Chauves-souris, sous prétexte que la propriété de voler leur est commune?
Parmi les Algues, un groupe inférieur se distingue des autres par sa coloration bleuâtre : c'est celui des Cyanophycées, chez lesquelles il existe bien de la chlorophylle, mais dissoute dans la cellule et non fixée sur des grains protoplasmiques différenciés. Ce groupe comprend des formes qui reproduisent toutes celles des Bactéries : rondes, ovales, cylindriques, plus ou moins allongées, filamenteuses ou spiralées. L'existence de formes spiralées, telles que les SpiruHna, parmi les Algues bleues, mérite d'autant mieux d'être notée que, chez les Champignons, on ne connaît aucun organisme présentant une forme réellement semblable. Un autre lien de parenté entre les Cyanophycées et les Bactéries nous est fourni par la fréquence des formes glaireuses, qui produisent si souvent, chez les Bactéries, des zooglées et correspondent, chez les Cyanophycées, aux formes dites palmellacées.
L'analogie des caractères végétatifs entre ces deux groupes d'organismes a paru assez grande pour qu'on les réunisse souvent en un seul ordre dans la classe des Algues. Toutefois, si ce rapprochement est très fondé, il y a des raisons pour ne pas forcer les analogies et disséminer, à l'exemple de Cohn, les diverses espèces de Bactéries parmi les végétaux qui forment le groupe des Algues bleues.
La diffusion si grande des Bactéries dans la nature se rattache à des questions étiologiques dont l'élude trouvera place ailleurs dans cet ouvrage; nous n'en
FORMES. r,
rech(MTh(M'ons donc pas ici la rôparlilioii dans les divers milieux : air, eau, sol, organisiiK^s vivants, etc. Celle dilVusion esL avant tout la conséquence d(; leur petitesse el de la rapidité d(^ leur niulliplicalion. Oirclles se développent aux dépens d'une spore ou d'une auti'e cellule capable de v('^(''ler, leur propagation est d'autant j)lus i'acile, toutes choses égales d'ailleurs, (jue leurs germes sont d'une lénuilé el d'une légèreté plus grandes; elles trouvent ainsi plus facilement la i)lace et la nourriture nécessaires à leur évolution.
Cependant, parmi les Bactéries, comme parmi les aulr(;s piaules, il y en a certainement cpii sont rares et d'autres plus communes. Mais les espèces sont encore trop peu connues pour qu'on puisse présenter des données quelque peu précises sur leur distribution. On sait cependant que, si nombre d'entre elles (BaciUus subtilis, amylobacter, Micrococcics ureœ^ etc.) se rencontrent presque partout, d'autres sont moins répandues (Micrococcus prodigiosus^ etc.). Cette flore varie certainement dans les diflerentes parties du monde, sous les divers climats, et l'on peut s'attendre à découvrir maintes espèces nouvelles.