‹ Traité de médecineChapitre 45 sur 207 · L'ORGANISMI': ET LES MALADIES NON MICROBIENNES · texte numérisé non relu

L'ORGANISMI': ET LES MALADIES NON MICROBIENNES

vaccination, on voiL (nrc'llcs sont pins ou moins (lural)les, plus ou moins mar(piées. Cette immunité présente la gamme complète des résistances, allant de l'état réfractaire absolu, état plutôt théorique, s'opposant au plus minime développement bactérien, jusqu'à un accroissement léger de ces résistances; de nombreuses expériences, depuis celles de Ghauveau sur les moutons d'Algérie, prouvent le bien fondé de ces affirmations, car il suffit d'augmenter indéfiniment la dose ou la virulence d'une culture pathogène pour vaincre ces états réfraclaires. Dès lors, on conçoit que ces variations organiques nouvelles entraînent des variations morbides constamment atténuées, mais atténuées avec des intensités ou sous des formes dissemblables; suivant l'intensité de ces vaccinations, suivant leur Age, les germes se trouveront en présence d'organismes qui les laisseront se développer dans les proportions les plus diverses; tantôt, ils engendreront toutes leurs sécrétions, partant tous les symptômes; tantôt ces sécrétions seront limitées; par suite on n'enregistrera que les phénomènes dépendant de ces toxines partielles.

Ainsi, à chaque instant, on retrouve le rôle de l'économie, autrement dit de la cellule. — Il serait aisé de montrer que, dans les affections où le microbe n'a rien à voir, on observe des modifications analogues mises également en jeu dans le sens de la gravité ou de la bénignité par des changements produits dans les tissus ou les plasmas, à l'aide d'agents de divers ordres.

Le traumatisme, qui rend l'infection plus sévère, rend aussi l'hystérie plus tenace; il détermine des paralysies, comme parfois, s'il porte sur le névraxe, il augmente le sucre, il accélère la marche du tabès. — Le froid, le froid humide, en dépréciant le terrain, hâte la pullulation des germes ; il restreint également l'activité des échanges ; il conduit à l'accumulation des acides, aux dyscrasies qui en sont les conséquences, à certaines éruptions cutanées, etc. — Le surmenage, générateur d'accidents bactériens, provoque l'éclosion de troubles neurasthéniques, détermine l'apparition de l'albuminurie, de désordres auto-toxiques. — Les affections du cœur, du foie, des reins, s'influencent réciproquement. — Un empoisonnement passager retentit sur le système nerveux, sur les différents parenchymes.

Une affection quelconque, non microbienne, un désordre morbide appartenant au domaine des troubles de la nutrition, tel que le diabète, la goutte, une anomalie relevant du groupe des réactions nerveuses, telle que Fépilepsie, une perturbation classée dans les auto-intoxications, telle que l'urémie, une modification survenue dans les viscères ou les tissus, telles qu'une myocardite, une entorse, etc., tous ces processus, aussi bien que les infections, subissent, dans leurs aspects, dans leur marche, etc., des influences imposées par les tares des divers appareils de digestion, de destruction de toxiques, d'élimination; ils subissent également l'action des causes secondes, celles des réactions nerveuses, qui pour une part touchent à la nutrition des tissus. — En dehors de l'intensité première du mal, en dehors de son mode de naissance, absolument comme en dehors du germe ou de sa virulence, il existe une série de variations morbides en rapport avec des variations de terrain.

Les analogies entre les diflerentes classes de maladies se révèlent de plus en plus nombreuses. Aussi voit-on les doctrines nouvelles perdre leurs caractères trop spéciaux, se fondre dans l'ensemble de la médecine; ces doctrines n'apparaissent plus comme l'œuvre exclusive d'un seul ; on leur applique un peu du patrimoine de tous les siècles.

lA CHARRITf ■]

126 LA BACTÉRIOLOGIE ET L'ÉVOLUTIOiN MÉDICALE.

C'est ce qu'on a fait on relablissant le rôle des agents étiologiques dits secondaires dans la genèse des infections, en montrant la participation des éléments atmosphériques. Sans doute, il est nécessaire d'acquérir; mais il convient aussi de ne pas mépriser le bagage ancien, de ne pas méconnaître les notions établies, notions qui souvent, faute de technique, ont exigé, pour être mises en évidence, plus de patience, plus de sagacité, qu'il n'en faudrait aujourd'hui: le juste miheu doit sans cesse être recherché.

C'est en s'inspirant des données des différents âges, c'est en s'aidant des procédés les plus distincts, c'est en ne négligeant aucun moyen d'avancer qu'on parvient à réaliser les étonnantes acquisitions de l'heure présente. Si on rassemble les faits relatifs aux toxines, à leur mode d'action, à la création de l'immunité, à celle de la phagocytose, aux composés bactéricides, antitoxiques, si on rappelle le rôle des microbes non spécifiques, les variations de forme, de fonctions, de ces bactéries, la possibilité pour un seul infiniment petit de créer plusieurs processus, on admire l'étendue du chemin parcouru; si on invoque l'importance des associations bactériennes, les locahsations des agents pathogènes, la rareté de leur pullulation dans le sang, si on remet en mémoire l'évolution, la destinée de ces infiniment petits, leur vie au contact des tissus, les défenses de l'organisme, la prééminence de l'économie dans l'immense majorité des phénomènes bactériologiques, etc., etc., si on groupe ces résultats considérables, on demeure confondu, en face de tant de progrès, de la rapidité de l'évolution doctrinale : en songeant aux changements apportés dans nos opinions, on est tenté de répéter, avec Gœthe, que V expérience corrige f homme toits les jours.

Déjà, nous connaissons des données que Pasteur ignorait; le chercheur actuel, comparé au Maître, ressemble à un Pygmée hissé sur les épaules d'un géant; sa vue porte au delà de celle de ce géant, mais son champ d'exploration est moins large, mais sa vision est moins distincte! Pasteur ne serait pas surpris de cette marche en avant, car, dans les sciences d'observation, la voie demeure sans cesse ouverte ; on n'atteint pas l'absolu, attendu que cet absolu comprenant tout, le jour où on toucherait à ce but, la tâche serait terminée. D'autre part, il lui semblerait naturel de constater les compléments, les modifications effectuées dans ses propres conceptions ; le vrai savant comprend l'insoumission aux idées, insoumission conciHable, du reste, avec le respect dû aux personnes.

En mathématique, dans les arts, dans les lettres, il est possible d'arriver promptement en quelque sorte à la perfection ; un homme crée une œuvre telle que dans un sens l'excellence de cette œuvre ne sera pas dépassée ; le nom de ce créateur s'identifie désormais avec cette œuvre. C'est ainsi que l'architecture des Grecs supporte aisément la comparaison avec celle des écoles venues après ; c'est ainsi qu'il est difficile de dissocier le souvenir du Cid de la mémoire de Corneille. Par contre, on a réalisé tant de progrès dans l'histoire de la circulation, qu'on arrive à concevoir la possibilité de songer à cette circulation, tout au moins à un de ses chapitres, à celui des vaso-moteurs, par exemple, sans penser fatalement à Harvey. Déjà même — nous l'avons laissé entrevoir — la notion des antitoxines, des associations microbiennes, n'évoque pas nécessairement le nom de Pasteur. Et, pourtant, il y a quelques années, la bactériologie entière se résumait en lui ; elle s'émancipe ; elle progresse, elle évolue, puisque, suivant la pensée de Cl. Bernard, elle devient impersonnelle. Ces progrès se poursuivent, d'un côté, grâce à l'observation séculaire, tradi-

OBSERVATION ET EXPERIMENTATION. — LA CEIJ.UEE. 127

lionncllc, qui conslilue dans l'espèce le levier le plus puissant, de l'autre côté, grâce à l'expérimentation; le premier de ces procédés est surtout appliqué à l'hôpital, au lit du malade; le second, au laboratoii'e, à la table de vivisection: toutefois, au fond, ces deux modalités de travail se ressemblent singulièrement : l'observateur, en effet, examine l'évolution des phénomènes morbides au même titre que l'expérinuMitatcur, mais il est obligé habituellement d'attendre le bon plaisir de la nature, alors que cet expérimentateur provotpie ces phénomènes à son heure. Il ne faut donc pas opposer ces deux méthodes l'une à l'autre; il ne faut donc pas proclamer que la connaissance des notions expérimentales met obstacle à ce qu'on appelle mystérieusement le sens ciinijjiie; ce sens clinique n'est pas autre chose que le jugement, qui a toujours à gagner à s'éclairer; il ne faut donc pas soutenir qu'il y a deux médecines : il n'y en a qu'une.

Comment concevoir que celui qui possède tous les détails d'un processus saura moins heureusement que celui qui les ignore s'opposer à leur libre réalisation? Comment admettre que celui qui bien des fois a suivi une route va s'écarter plus aisément que celui qui chemine pour la première fois? Force serait alors de confesser que la lumière obscurcit! La médecine ne serait plus qu'une sorte de magie, qu'une divination !

Or, ce n'est point vers des notions nuageuses que marche le progrès; il tend au contraire à la synthèse, à la mise en évidence de la prééminence de plus en plus marquée de la cellule, c'est-à-dire de l'organisme, lien commun entre tous les processus ! La science, avec des clartés, surtout avec des explications nouvelles, nous ramène à cette pensée de Jaunies formulée avec un parfum de médecine doctrinaire : « Toute cause efficiente de maladie est en nous ».

Nous voici revenus à la pathologie cellulaire, mais à une pathologie cellulaire moins étroitement anatomique que la belle conception de Virchow. Aucun élément, physique ou mécanique, chimique ou toxique, parasitaire ou infectieux, ne s'élève à la dignité d'agent étiologique, s'il n'est capable de modifier la cellule dans sa structure, dans ses fonctions, dans ses sécrétions, autrement dit dans son anatomie, dans sa physiologie, dans sa chimie.

Page 1