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LES EXIGENCES D'UNE DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE

Celle insensibililé au mal esl donc relalive; néanmoins, aucun expérimenlaleur ne choisira ces moutons algériens pour éprouver les qualités vaccinales d'un liquide charbonneux; ce serait vraiment se placer dans des conditions par trop favorables; ce serait tenir la conduite inverse de celle qu'on doit suivre. Or, la situation est identique, quand il s'agit des pigeons et du choléra hog, puisque ces pigeons sont naturellement invulnérables.

D'ailleurs, cette invulnérabilité est dénoncée sans détour par les auteurs américains; en dehors de Cornil et Babès, divers chercheurs signalent également cette particularité : le fait est indéniable. Si môme, par hypothèse, on prouvait actuellement que ces oiseaux sont prédisposés, ces constatations n'infirmeraient en rien les affirmations premières ; elles indiqueraient qu'on est en présence de races distinctes, soit pour les germes, soit pour les volatiles.

Quand on veut apprécier l'action d'un produit soluble sur la résistance d'un animal à un virus, quand on désire savoir si ce produit est capable d'élever cette résistance, la première condition c'est de choisir une espèce sensible à ce virus. Comment faire, lorsque cette sensibilité fait défaut? Comment étudier la toxicité de la belladone chez le lapin que ce produit n'influence aucunement? On ne peut, d'autre part, s'empêcher de remarquer que, dans le cas où quelques rares individus d'une race donnée sont seuls doués de réceptivité vis-à-vis d'un microbe, dans ce cas cette réceptivité, en général, est faible ; elle dépend souvent d'une dépréciation accidentelle de ces exceptions, surtout si les espèces voisines, comme la poule en matière de choléra hog, sont réfractaires.

On entre dans une question à un instant de son évolution; rarement on la crée de toutes pièces; c'est ce que j'ai pu réaliser dans celle de ces vaccins, à mon point de vue personnel.

L'idée de ces vaccins solubles appartient à Chauveau. Toussaint, Chauveau lui-même tentent une démonstration que Pasteur, pour le premier, que Perroncito, Straus et Chamberland, pour le second, infirment. Salmon et Smith reprennent ces essais, tout en déclarant nettement qu'ils n'ont réussi que sur des sujets en grande majorité naturellement réfractaires; cette remarque, mise en vedette par différents auteurs, laisse le débat en suspens : aucun travail ne paraît pendant deux ans. A ce moment, je publie mes recherches ; dans les mois qui suivent, cette démonstration s'étend à 12 virus : la question est résolue, et la preuve c'est que la discussion cesse.

Ce que j'ai pu faire, c'est accroître la résistance par des produits portés à H 5 ou filtrés à la bougie, c'est-à-dire stérilisés d'une façon indiscutable; ce que j'ai pu faire, c'est augmenter cette résistance chez des animaux sensibles à ce virus pyocyanique, puisque les témoins succombaient tous, envahis par les bacilles, en deux ou trois jours. Pas d'objection possible : cette résistance est née sous l'influence de l'introduction de cultures privées de germes. Ma technique n'était pas parfaite : je suis le premier à le proclamer; mais son imperfection ne s'est opposée en aucune manière à cette démonstration; elle n'a eu que des conséquences d'un autre ordre faciles à supprimer. En un mot, j'ai abordé ce problème des vaccins solubles à une heure où la conviction n'était pas absolue; je n'ai point posé moi-même la question; j'ai simplement été assez heureux pour faire disparaître les lacunes des tentatives antérieures, pour faire faire un pas décisif à une donnée qui a peut-être quelque importance en bactériologie !

Quoi qu'il en soit, qu'au début le doute ait pu ou non subsister, actuellement

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on ne met plus en discussion le pouvoir vaccinant de ces toxines : le silence a succédé au bruit des disputes poursuivies jusqu'à la vraie preuve! Cette notion réunie h celle des propriétés moi'bificjues de ces corps forme la base des conceptions bactériennes. Toutefois, les augmentations de résistance ne sont pas directement causées par ces produits solubles qui s'éliminent; elles sont dues soit aux activités phagocylaires, à ces remarquables i)h<'nomènes d'inclusion, de destruction interne, soit à l'apparition dans les plasmas de dilï'érents principes. — Les uns sont ces éléments bactéricides, aujourd'hui universellement admis ou à peu près, dont le premier, en France, j'ai montré la valeur en défendant, avec Roger, la théorie humorale de l'immunilé, en soutenant, sans nier en rien le rôle des phagocytes, la possibilité alors peu connue de la destruction des parasites en dehors des cellules, dans le sérum modifié; les autres, parmi ces principes, sont ces intéressantes substances antitoxiques, nuisibles non plus aux agents vivants mais aux effets de leurs sécrétions; ce sont ces composés qu'ont su découvrir au cours de leurs recherches à jamais mémorables Behring et Kitasato, Kitasato, ce collaborateur de la première heure si vite oublié, bien que la communication mettant en lumière la découverte de la sérothérapie porte sa signature.

Les corps bactéricides, antitoxiques, diffèrent des produits solubles qu'on injecte par la façon dont ils se comportent vis-à-vis de la chaleur ou de la dialyse, par leurs attributs avant tout curateurs, fort peu préventifs, tandis que ces produits solubles sont uniquement vaccinants ; ils sont appréciables, quand les matières introduites se sont échappées en partie ou en totalité, mais non lorsqu'elles emplissent les vaisseaux; ils sont donc distincts de ces matières; ils n'ont pas été injectés avec elles : puisqu'ils ne viennent pas du dehors, ils naissent fatalement dans l'intimité de l'économie.

On discute à l'heure présente pour savoir la part prise par nos viscères à la genèse de ces corps protecteurs. S'agit-il d'une combinaison des toxines et des éléments anatomiques? S'agit-il d'une neutralisation, d'une métamorphose de ces toxines, de la sécrétion d'une diastase, d'un produit spécifique dérivé de nos appareils, etc.? On l'ignore. Ce que l'on sait, c'est que normalement nos organes engendrent fréquemment des composés germicides ou antitoxiques, puisc{ue nos humeurs, nos sérosités jouissent naturellement à divers titres de ces qualités de résistance ; sous l'influence des vaccinations, au contact de ces toxiques bactériens, ces attributs se renforcent; nos cellules fabriquent des principes nouveaux ou des matériaux anciens en quantité nouvelle. De même, quand le peintre en bâtiment subit l'influence des sels de plomb, ses tissus, d'une part, laissent apparaître l'acide lactique que les plasmas habituels ne renferment pas; d'autre part, ils permettent aux urates préexistants de s'accumuler : la goutte prend naissance. Pourtant ces urates, cet acide lactique ne sont pas ces sels de plomb, qui peuvent s'éliminer après avoir provoqué la formation d'un état diathésique; il en est ainsi de ces composés germicides ou antitoxic{ues, qui eux aussi ne doivent pas être confondus avec les sécrétions microbiennes vaccinantes venues de l'extérieur, capables de s'échapper une fois l'immunisation établie.

Ces éléments secondaires introduits dans l'organisme infecté nuisent à la libre évolution des bactéries ou aux pleins effets de leurs poisons. Il ne s'agit pas d'une neutralisation chimique, car, si on mélange toxine et antitoxine, il suffit d'affaibhr un animal par le jeûne, le froid, etc., pour quil succombe sous

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m PRINCIPES PROTECTEURS ET NATURE MÉDICATRICE.

l'influence de ce mélange; or, s'il y avait eu destruction réelle, cette mort ne serait pas survenue, surtout avec les caractères indiquant l'intervention de cette toxine. D'ailleurs, j'ai vu ces principes, au moins une part, traverser le corps des sujets rendus résistants par le sérum des réfractaires, sans perdre leurs propriétés. De leur côté, Dziergowski et Onufricw les ont retrouvés dans les différentes zones des animaux normaux ou vaccinés ; ils ont constaté qu'aucun tissu ne les détruit; il ont vu que les antitoxines protègent l'économie en excitant les cellules, en les soustrayant aux attributs de ces sécrétions microbiennes : ces résultats confirment pleinement les conceptions dc\jà anciennes du professeur Bouchard. 11 s'agit là d'un antagonisme physiologique; j'ai pu constater, avec Bardier, que parfois le sérum antidiphtérique accélère le cœur de la grenouille, tandis que la toxine ralentit ce myocarde ; Fenywessy a donné à ces faits une constance, une netteté que nous n'avons pas observées.

Il ne faut pas voir, dans cette genèse des principes de défense, une fonction absolument insolite. Une économie attaquée s'efforce de réagir; au contact des germes, de leurs produits solubles, les cellules s'aguerrissent, engendrent ces principes de défense, qui dès lors mettent obstacle à la puUulation plus ou moins avancée des parasites ou à la mise en jeu de leurs dérivés; toutefois, l'attaque peut être si brusque, si soudaine, si intense, que l'organisme pour ainsi dire sidéré devient impuissant à fabriquer de telles substances. Voilà pourquoi, en prévision de ces échecs, on oblige des tissus normaux, ceux du cheval, par exemple, à subir le contact de ces produits bacillaires dans d'excellentes conditions, partant à entrer en pleine réaction, à faire apparaître ces antitoxines, ces substances bactéricides. Puis, lorsque le danger est imminent, lorsqu'un être vivant s'est laissé surprendre, on va puiser, dans les plasmas de ces animaux préparés de la sorte, ces composés nés de leurs tissus pour les injecter à cet être vivant en défaillance. Mais, dans tous ces cas, le remède dérive de la nature médicatrice ; nous ne faisons que l'imiter, que copier servilement les procédés de guérison qui découlent de l'étude de ces réactions des tissus. Cette nature médicatrice, c'est l'eflbrt réalisé par les malades, par leurs éléments anatomiques pour surmonter le mal. Or, ici, cet effort consiste à donner naissance à des corps protecteurs; aussi agissons-nous de manière à posséder en réserve ces corps protecteurs, en provoquant à loisir cette réaction salutaire. Ces nouveautés si retentissantes font donc partie intégrante du domaine de la vieille médecine, de celle d'Hippocrate; elles ne dépassent donc pas cette médecine ; elles y trouvent leur place au milieu des enseignements séculaires ! Il y a cependant, dans nos connaissances, des acquisitions nouvelles; les recherches récentes ont, en particulier, révélé le mécanisme mis en jeu par cette nature médicatrice, tout au moins dans certaines conditions; de tout temps on a estimé qu'il importait de laisser agir cette nature, de l'imiter, mais on ignorait comment elle agissait; on était, dès lors, incapable de se substituer à elle dans les cas où on la voyait en défaut.

Après la vaccination, comme l'a dit le professeur Bouchard dès 1881, cette économie n'est plus ce qu'elle était auparavant; les cellules ont acquis des propriétés chimiques nutritives, des qualités de mouvement qu'elles ne possédaient pas : c'est à un changement survenu dans l'organisme que l'infection doit sa bénignité, bénignité qui offre tous les degrés. Si, en effet, on étudie de près ces métamorphoses utiles réalisées par ces procédés de

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