LES DÉFENSES DE LORGANISME EN PRÉSENCE DES VIRUS
de rintroduclion des virus "par le tube dii^eslif. — Inlorvenlion de la salive, des sucs £çaslri(iucs. intestinaux, panci-éatiques, de la bile, de l'indol, du scaloi, du phénol, des éléments ammoniacaux, sulfurés, du défaut d'oxygène, de la concurrence vitale. — Intervention des activités phagocytaircs, en particulier au niveau <les amygdales, des plaques
de Peyer, etc. — Intervention stati<[uc et dynamique de la muqueuse intestinale.
Défenses dans les milieux clos. — Les gaz du sang; les leucocytes; les matières minérales; les sels; le sérum '.bactéricide; l'alcalinité; antagonismes j)hysiologiques. — Fixation des toxines; actions de dialyse; modifications humorales. — Variations des milieux suivant les organes. — Protections spéciales à certains viscères. — Oualités bactéricides des sérosités, du lait, de divers produits. Défenses moins constantes. — Oscillations thermiques; mouvements; épuisement alimentaire; influence des matières empêchantes.
Défenses au cours de la maladie. — Élimination des produits nuisibles; leur transformation. — Rôle des portes d'entrée. — Fonctions du rein, de la peau, des voies
respiratoires, des capsules surrénales, du foie, de l'intestin, de son épilhélium. En
résumé, différents groupes de défenses : défenses extérieures; défenses au niveau des portes d'entrée ; défenses dans les tissus, défenses avant l'attaque, au moment de l'attaque, pendant et môme après la maladie ; défenses mécaniques, physiques, chimiques, anatomiques, physiologiques, statiques, dynamiques, humorales, cellulaires, etc.; défenses contre les bactéries, contre leurs sécrétions. — La multiplicité, la variété de ces défenses et la résistance de l'économie.
Il serait plus facile d'énumérer les points dépourvus de microbes que de passer en revue leurs divers habitats; on rencontre ces infiniment petits un peu partout dans les milieux qui nous entourent, dans le tube digestif, à la surface de la peau, dans les régions de Téconomie qui continuent, suivant l'expression de Cl. Bernard, à faire partie du monde extérieur.
A cet égard, les idées, depuis quelques années, se sont sensiblement modifiées. Au début de la bactériologie, on avait tendance à croire que les germes pathogènes procédaient toujours de l'eau, de l'air, du sol, des objets environnants, des animaux, des aliments, etc. Actuellement, on conserve une bonne part de ces notions; on continue à admettre que dans une série de circonstances les parasites infectieux reconnaissent ces origines externes, surtout quand il s'agit des agents spécifiques, de ceux qui, à l'exemple des bacilles de la morve, du charbon, etc., déterminent d'une façon constante sensiblement les mêmes effets, les mêmes symptômes, les mêmes lésions; mais, en outre, on professe que dans une foule de cas, en mettant à part, bien entendu, ce qui se passe durant les premières heures de l'existence, ces parasites préexistent sur nos revêtements cutanés ou muqueux; ils végètent sur ces revêtements, réussissent rarement à faire effraction, à s'introduire dans l'intimité des humeurs, des tissus; ils ne parviennent pas, tant que persiste la pleine santé, à se multiplier au sein de ces humeurs, de ces tissus, à fonctionner, à donner naissance à leurs sécrétions génératrices de troubles soit physiologiques, soit anatomiques, productrices de symptômes ou de lésions.
Survienne un accident, une influence physique, chimique, psychique, un choc, une fatigue, une privation, une intoxication, une altération organique, une perturbation nutritive, un désordre dans un des appareils, dans un des systèmes de la circulation, de la respiration, de l'émonction, survienne une lésion du névraxe, une déchirure, une plaie, etc., aussitôt la résistance fléchit, le microbe tend à s'installer.
Quand on songe à la foule, à la variété de ces ennemis, à leur proximité; quand on pense qu'ils se trouvent dans tous les éléments, liquides ou solides; qu'ils existent aussi bien loin de nous que près de nous, en contact avec nos propres cellules; quand on réfléchit qu'ils pullulent dans les gaz que nous respirons, dans la plupart des boissons, des substances alimentaires que nous uti-
MULTIPLICITIÎ DKS (iERMES. - LHS DÉFENSES. 129
lisons; quand on conslaLc qu'ils sont innombrables sur les murailles, dans nos appartements, dans les voitures, dans les moyens de transport à tout instant employés; quand on réfléchit qu'il est aisé de les déceler sur les vêtements que nous portons, sur les livres, sur les instruments dont nous nous servons, on est amenée se demander comment nous pouvons résister, comment nous ne sommes pas sans cesse les proies, les victimes de ces infiniment petits !
Cette résistance tient à une i'oule de conditions. En premier lieu, il ne suffit pas, en général, pour que la maladie se développe, qu'un germe pénètre dans le milieu inférieur, il faut que ce germe appartienne à la classe de ceux qui savent créer des désordres morbides, car il en est d'innocents, il en est d'utiles; il faut le plus souvent que ce germe possède une qualité, une virulence suffisante, que, d'autre part, il s'introduise en quantité voulue. Même en choisissant le terrain de prédilection, l'habitat naturel, le cobaye jeune, par exemple, lorsqu'il est question de l'afTection charbonneuse, on ne parvient à faire évoluer le mal qu'en inoculant un nombre donné de bactéridies; sur ce point les expériences de Chauveau, de Watson-Cheyne, de Bouchard, sont complètement démonstratives.
D'un autre côté, dans la nature les bactéries subissent assez fréquemment des influences nuisibles, propres à abaisser leur vitalité. De tout temps, on a accusé les astres, la pluie, la foudre, le froid, le vent, la tempête, etc., d'avoir action sur les épidémies; cette action, il est vrai, a été le plus ordinairement considérée comme favorable à l'extension, à l'acuité de ces épidémies; c'était là le rôle du génie malfaisant.
En réalité, celte façon d'envisager les choses est fort soutenable; ces influences cosmiques sont capables parfois de faire fléchir la résistance de l'économie ou d'exalter la virulence des infiniment petits. En revanche, nous venons de le proclamer, ces infiniment petits peuvent être atténués.
Les courants atmosphériques, les agitations de l'air, ses déplacements, conséquences des orages, l'intervention de l'oxygène toxique pour les anaérobies, celle de l'acide carbonique, de l'ozone, de différents gaz contraires à la parfaite évolution des aérobies, la pression, à la vérité dans de faibles limites, dans quelques cas la sécheresse, l'humidité dans quelques autres, tous ces éléments concourent à l'affaiblissement des ferments figurés pathogènes.
On a tenté de mettre en évidence le rôle de l'électricité atmosphérique; malheureusement, dans ces recherches, le courant est habituellement intervenu en produisant de la chaleur ou des substances nuisibles aux bactéries, en dégageant l'énergie sous des formes physiques ou chimiques, en créant de la chaleur ou des principes antiseptiques. On ne saurait adresser ces reproches aux expériences que j'ai pu réaliser grâce à la haute compétence de d'Arsonval; là le fluide a agi à l'exclusion de tout autre facteur; si nous n'avons pas réussi à tuer aisément ces êtres inférieurs, nous avons prouvé que parfois on parvenait, à l'aide de ces courants, à modifier les sécrétions, en particulier les sécrétions pigmentaires, modifications proportionnelles aux quantités, au potentiel, etc. ; dans quelques cas, dont le déterminisme (âge, préparation des toxines, etc.) demande à être précisé, nous avons très légèrement affaibli l'activité des toxines; à vrai dire, Marmier n'a enregistré aucun effet, quand on supprime toute action thermique ou élcctrolytique, tandis que Bonome, Viola, Casciani ont pleinement réussi, même beaucoup mieux que nous.
Plus encore que l'électricité, que les variations thermiques, que l'ozone, que la dessiccation, etc., la lumière exerce une influence marquée, véritablement sur-
TRAITÉ DE MÉDECINE, 2» édil. — I. 9
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150 AGENTS ATMOSPIIÉRIOUES. — LES ÉPITIIÉLIUMS.
prenante et par son intensfté, et par sa ra})idité; la partie active du spectre est celle qui avoisine le violet; les rayons de Rontgen interviennent. Les résultats sont tellement saisissants qu'on est bien vite porté à proclamer de tels bienfaits, à conseiller l'entrée du soleil, qui doit s'introduire partout, se glisser jusque dans les réduits les plus profonds, d'autant plus que les toxines subissent cette influence.
Voilà une protection puissante; son efficacité tient aussi à ce que ces rayons solaires activent l'assimilation, hâtent la croissance, favorisent les échanges, en d'autres termes, rendent l'économie plus forte, le terrain plus solide, la place plus difficile à prendre.
En dehors des auxiliaires que lui fournit le monde extérieur, cette économie possède une série de moyens de défense : au premier rang de ces moyens de défense se trouvent les barrières épithéliales.
Quelles sont, en effet, les portes d'entrée usuelles des virus, en dehors des traumatismes, des blessures, des inoculations accidentelles, sinon le tube digestif, les voies respiratoires ou génitales, parfois la surface cutanée? Or, partout des remparts cellulaires protègent soit la peau, soit nos muqueuses.
Il est juste, cependant, de ne pas exagérer l'efficacité de ces protections. En premier lieu, ces remparts cellulaires offrent des brèches plus fréquentes qu'on ne le suppose, attendu que des solutions de continuité, beaucoup trop restreintes pour être aperçues, sont parfois plus que suffisantes pour livrer passage à de nombreux germes ; des grossissements de plusieurs centaines de diamètre sont indispensables pour voir ces germes; dans ces conditions il est véritablement puéril de n'admettre ces solutions de continuité que dans les cas où l'inspection macroscopique permet de les constater.
• D'ailleurs, Dobroklonsky a montré que des infiniment petits étaient capables de franchir la muqueuse la plus saine ; Rûffer a suivi pas à pas ces migrations qui ne deviennent importantes que là où se font sentir des influences générales ou des modifications locales ; un simple rétrécissement du conduit alimentaire, une simple congestion, un étranglement de ce conduit, d'après Makletzow, Multanowski, augmentent notablement ces migrations, que Klecki vient d'étudier à nouveau.
Or, on ne saurait trop le redire, il n'est pas exact, pratiquement du moins, de soutenir que pour les virus, à l'inverse des venins, la quantité est sans valeur; si vous mettez obstacle au passage de plusieurs centaines de bactéries, sans pouvoir les repousser toutes, le plus souvent le mal ne se développera point, ou, s'il évolue, sa gravité sera singulièrement atténuée; la forme chronique remplacera parfois le type aigu.
On est donc utile mécaniquement, physiquement, en réduisant le nombre des assaillants; de même, on rend service chimiquement, en faisant intervenir des substances qui, sans les détruire complètement, les atténuent.
Pour les microbes, aussi bien que pour tout être vivant, il existe entre la parfaite vitalité et la mort une série d'états intermédiaires qui correspondent à des affaiblissements d'intensité variable. — Faites agir 0,45 7o3 tle naphtol sur le bacille pyocyanique, vous ne ralentirez ni sa pullulation, ni sa nutrition au moins apparente, mais, déjà, vous diminuerez l'activité de sécrétion, déjà vous reconnaîtrez que les pigments sont moins abondants; à 60 7ooî ces pigments disparaissent; à 85, la multiplication se réalise péniblement; enfin, vous réussissez à supprimer toute manifestation vitale.
Cette sorte de dissection des effets d'un antiseptique met en lumière les services rendus par des doses qui sont cependant impuissantes à tuer les
PROTECTIONS DE UEN'ÈTEMENT. — GLANDES EXTERNES. r.l
parasites; puisque ces parasites, et nul ne conteste la donnée, sont surtout nuisibles par les principes qu'ils fabriquent, il est clair que tout ce qui s'oppose à l'apparition de ces princi pos doit ùlve recherché, comme tout ce (pii porte atteinte à la rr|)roduclion, c'est-à-dire à la quantité.
Ces résultais, à couj) sur, à ne considérer que l'aj^ent pathogène, sont inférieurs aux actions gormicides véritables; en revanche, il est permis de remarquer que les doses utilisées pour les obtenir sont relativement faibles, le plus ordinairement impuissantes, dans ces conditions, à nuire h la cellule organique, en tout cas peu redoutables à cet égard.
Les composés issus du fonctionnement des glandes cutanées, sébacées ou sudoripares, appartiennent à cette catégorie de substances; les acides, les corps gras, que les ferments figurés rencontrent à la surface de la peau, contribuent à les atténuer; l'oxygène de l'air ajoute son influence; dès lors, ces ferments, médiocrement alimentés, subissant le contact d'éléments nuisibles, sont incapables de franchir le rempart épidermique. Aussi est-il exceptionnel, quand ce revêtement est intact et anatomiquement et physiologiquement de constater avec Juliani, Brunner, Babès, Eiselsberg, etc., la pénétration intradermique de bactéries venant directement de l'extérieur.
Des éléments spéciaux, le smegma préputial ou le cérumen, qui rappellent les liquides odorants de quelques animaux, les larmes, suivant Marthen, Hildebrandt, Morax, Bernheim, les sécrétions des aisselles, de l'aine, de certaines régions ajoutent leurs propriétés défensives spéciales aux attributs protecteurs généraux; la sueur, comme je l'ai vu avec Mavrojanis, a une action quelque peu nuisible pour les parasites; d'autre part, en dehors de leurs qualités toxiques, ces éléments au moment de leurs abondantes productions agissent pour ainsi dire mécaniquement, en entraînant les parasites, en vidant en quelque sorte les canaux, les culs-de-sac glandulaires.
Les voies génito-urinaires, chez la femme en particulier, servent assez fréquemment de porte d'entrée à l'infection. Là, encore nous retrouvons heureusement un épithélium résistant, rappelant dans la vessie, dans les uretères, les stratifications de l'épiderme; du reste, les échecs qui accompagnent ordinairement les inoculations utéro-vaginales mettent en lumière l'efficacité de cette barrière : les expériences de Toledo ont placé ce fait hors de contestation comme celles de Wenge, Chatenière, Krônig, Knapp, ont prouvé que les sécrétions de ces cavités sont plutôt défavorables aux bactéries.
L'urine elle-même est, à cet égard, un liquide utile; pourtant, que de fois ne l'a-t-on pas employée à titre de bouillon de culture! Personne, cependant, ne s'avisera de contester que sa réaction acide ne la protège dans quelque mesure, comme le veut Rostosky, contre l'envahissement d'une flore parasitaire! Que l'on compare, si la chose paraît douteuse, un contenu vésical normal à un contenu fermenté, devenu alcalin; qu'on sème différents germes et dans le premier, et dans le second; on ne tardera pas à constater que la culture est infiniment plus abondante au sein de cette humeur fermentée.
Il est aujourd'hui admis, après des discussions assez nombreuses, que les microbes quelquefois s'introduisent par les voies respiratoires; mais des obstacles multipliés tendent à restreindre la facilité de ces pénétrations. Les sinuosités, les vibrisses des fosses nasales, les qualités agglutinatives, bactéricides de l'enduit muqueux de ces cavités, l'épithélium du larynx, de la trachée, des bronches, les cils de cet épithélium, le courant aérien, des moyens à la fois
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