PATHOGÉNIE DES PROCESSUS. - THÉORIES : EMBOLIES CAPILLAIRES
trer, en définilive, les symptômes, les lésions, sans expliquer la genèse de ces symptômes, de ces lésions.
" Or, en pareille matière, comme dans la plupart des sujets, on n a pas tardé à vouloir fournir des explications de ces divers accidents. On se contente difficilement d'être le témoin d'un fait; on ne tarde pas, quelquefois hâtivement, à vouloir en exposer le mécanisme.
On a, en premier lieu, soutenu, avec Toussaint, que les germes pathogènes agissent, pour ainsi dire, mécaniquement, traumatiquement, par eux-mêmes, par leur contact avec les tissus, par une sorte de lutte corps à corps avec les éléments de l'organisme, ou en créant des embolies capillaires. — Il suffit de remarquer, pour ruiner cette hypothèse, que, le plus souvent, ces germes demeurent cantonnés dans une zone limitée, de dignité physiologique parfois très inférieure; fréquemment, ils provoquent des dégénérescences du foie, des reins, sans avoir quitté lamygdale ou le derme; habituellement, ils n'habitent pas, sauf aux heures de l'agonie, le torrent circulatoire : on ne saurait donc invoquer les effets des embolies capillaires.
Quant à l'absorption de l'oxygène considérée à titre de cause des réactions morbides, c'est là une conception inapplicable aux anaérobies. Et, d'ailleurs, ce gaz, sans cesse renouvelé à la manière de la plupart des aliments, n'a jamais totalement disparu ni même très notablement diminué à des périodes initiales ou moyennes caractérisées cependant par des dé.sordres considérables.
Pour les mêmes motifs, on n'est pas en droit de .soutenir la doctrine de la concurrence vitale des cellules affamées, ces désordres survenant à une heure où les réserves alimentaires sont loin d'être épuisées. Que dans certaines conditions, suivant les cas, ces mécanismes entrent en ligne de compte, la chose est plus que possible ; elle est indéniable ; mais ces réactions reconnaissent d'autres mobiles.
Pasteur, en injectant à une poule les cultures stérilisées du microbe générateur, chez cet animal, d'une septicémie dite choléra, a provoqué par cette intoxication la somnolence que détermine ce microbe inoculé. Dans cette expérience se trouve le point de départ de la grande doctrine qui veut que les bactéries causent les désordres variés de l'infection grâce à leurs produits.
A la vérité, cette somnolence constitue, chez ce volatile, un phénomène assez banal, que de nombreux facteurs savent réaliser; néanmoins, l'idée était jetée au vent; elle devait germer sans retard.
Quand on inocule le bacille pyocyanique, on détermine de la fièvre, de Tentérite, de l'albuminurie, des paralysies, des hémorragies. Or, en introduisant non plus ce bacille, mais ses sécrétions, j'ai le premier reproduit non un symptôme, non une lésion, mais l'ensemble des symptômes des lésions qui caractérisent le mal; et même parmi ces symptômes il en est un, la paralysie spasmodique, qui apparaît à titre de signe pathognomonique.
La démonstration péremptoire était donnée : les réactions cellulaires, au cours des infections, sont occasionnées par les toxines.
Dès lors, il importait de les analyser, de les disséquer, de prendre une à une ces réactions, aussi bien celles qui relèvent de l'anatomie que celles qui dérivent de la physiologie, aussi bien celles qui sont produites directement que celles qui, suivant Courmont, Doyon, Blumenthal, etc., en désaccord sous ce rapport avec Conrad Brunner, de Croly, Marie, etc., etc., naissent indirectement, grâce aux diastases qu'elles font engendrer ;. dès lors, il convenait d'exa-
RÉACTIONS LOCALES. — CO\(iESTION; OEDÈME; AFFLUX CELLULAUU:;. Ii7
miner ces procossus, ceux qui aboulissonL soil aux modifications chimiques, soit aux altérations de structure, au môme titre que ceux qui conduisent aux troubles ronclionnels, aux changements humoraux.
Assurément, on a fait un pas en avant le jour où on a montré que la pénétration des poisons microbiens amènent la mort; on a prouvé ce jour-là, conformément aux prévisions, que les infiniment petits n'inlerviennent point par action de présence, qu'ils sont dangereux parce qu'ils intoxiquent l'économie. Toutefois, entre la santé et la mort il existe des modifications intermédiaires, des réactions multiples; ce sont ces modifications, ces réactions qu'il est nécessaire de mettre en évidence : pour important que soit le microbe, il cède le pas à la cellule.
Le tissu conjonctif est fréquemment le siège de l'infection. L'introduction dans ce tissu de certaines bactéries suffisamment virulentes provoque le développement d'une foule de phénomènes; la vaso-dilatation par voie réflexe est une des premières manifestations; elle facilite l'œdème, la diapédèse. Bientôt on reconnaît que nombre d'éléments anatomiques sont mortifiés ; ils conservent leur forme, mais ils apparaissent comme vitrifiés; leurs noyaux sont indistincts en dépit des réactifs colorants mal retenus, mal fixés; ils sont frappés de nécrose, de coagulation, pour employer l'expression de Weigert. L'endothélium des canaux sanguins se gonfle; il fait saillie dans la lumière de ces canaux; il participe quelquefois à la phagocytose, à en croire Metchnikoff : ces modifications ont une importance considérable, La sérosité qui remplit les espaces est plus ou moins limpide, plus ou moins riche en mucine; la dose, la qualité des microbes ou de leurs produits, exercent, à cet égard, des influences marquées; c'est ainsi quel'aureus détermine la formation d'un œdème contenant d'abondants principes protéiques; les processus d'hydratation, de peptonisation, de digestion expliquent pour une part ces œdèmes.
En dehors de la distension des artérioles due à l'acte réflexe, les toxines, tout au moins quelques-unes d'entre elles, paralysent les centres constricteurs, tandis que d'autres se comportent de la sorte vis-à-vis des dilatateurs; ainsi se réalisent tantôt des congestions, tantôt des anémies locales. — Les leucocytes qui s'échappent sont les uns uninucléaires, les autres polynucléaires; en général beaucoup sont aptes à ingérer des germes. Il en est qui dégénèrent; d'autres forment à la périphérie du foyer d'inflammation une couche plus ou moins épaisse, que Ribbert considère comme un rempart protecteur, aidant à circonscrire soit des bacilles, soit pour une part des poisons. Ce rempart est formé et des organites venus d'ailleurs et de ceux qui se sont multipliés in situ; cette formation in situ devient de plus en plus importante; on a peut-être trop facilement accepté l'afflux des éléments venus de loin, des éléments passant au travers des parois vasculaires.
Il est difficile de fournir, en faveur de la défense de l'économie, une preuve plus éclatante que celle qui se dégage de ces changements anatomiques ou de ces efforts réactionnels tentés par les tissus pour lutter en quelque sorte contre les toxines. Il est clair, d'autre part, que, suivant la nature de ces tissus, les résultats paraîtront différents.
Si les fibres musculaires sont envahies, leurs noyaux prolifèrent ; le protoplasma est absorbé; les activités phagocytaires se révèlent d'une façon accentuée. Parfois, dans le choléra des poules, un séquestre se forme ; on le décèle grâce aux blocs réfringents, à l'apparence vitreuse de la partie nécrosée. La
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disparition de la queue du têtard permet d'étudier avec netteté ces processus.
En réalité, à ne considérer que le mécanisme de ces lésions, on voit intervenir le pouvoir que possèdent les infiniment petits de provoquer des réflexes par irritation périphérique, les propriétés vaso-motrices des toxines, leurs qualités d'incitation, d'inflammation, leur puissance dégénératrice à l'endroit de certains éléments anatomiques. Les autres phénomènes, l'œdème, la diapédèse, etc., ne sont que des conséquences directes de ces processus pathogéniques.
La genèse des nodules, des tubercules, dépend en partie de ces facteurs, comme de la karyokinèse, du phagocytisme, etc.; les récents travaux de Ziegler, Yersin, Volkow, Kostenich, Weigert, Baumgarten, MetchnikofT, Straus, etc., à des points de vue souvent difîérents, ont placé ces données en lumière.
Il faut aussi faire intervenir, dans ces processus pathogéniques, la chimiotaxie. Telles sécrétions microbiennes, celles de la bactéridie, des bacilles d'Eberth, de Friedlander, de l'aureus, du pneumocoque, etc., attirent les corps mobiles ou mobilisés, à la manière de la légumine, de la caséine, du gluten, du glycocolle, de la leucine, de la gélatine, des albuminates alcalins faits avec des extraits de reins, de foie, de poumons. Telles autres sécrétions, celles qui sont très virulentes, repoussent au contraire ces corps mobiles ou mobilisés, à la façon du butyrate, du valérianate d'ammoniaque, de la triméthylamine, de l'urée, du scatol, du phénol, de la tyrosine, de la glycérine, de l'acide lactique, etc.
S'il est mal aisé de comprendre comment ces attributs, en raison de l'épaisseur des parois, peuvent amener les leucocytes à l'extérieur des vaisseaux, s'il est plus simple, plus exact d'expliquer cette sortie par les saines notions de la physiologie, en s'appuyant sur les expériences qui ont fondé sur le roc et les lois des réflexes et celles de la vaso-motricité, on conçoit que ces attributs, dont Massart, Bordet, Demoor, Lange, Rœmer, Gabritchewsky, ont prouvé l'existence, puissent entrer en ligne de compte vis-à-vis des éléments qui circulent librement dans les espaces conjonctifs.
En définitive, on voit qu'au point de vue des processus intimes les parasites infectieux, directement ou indirectement, mettent en jeu la multiplication, la prolifération des cellules fixes ou migratiles, la karyokinèse, l'activité des vaisseaux, la diapédèse, jusqu'à la phagocytose, ce grand mode de défense, ce grand indice de réaction de l'organisme; toutes les théories, celle de Virchow, celle de Cohnheim, celle de Baumgarten, surtout celle de Metchnikoff, pour des motifs divers, trouvent là leur application.
Il est à remarquer que, parmi les substances douées d'une puissance chimiotaxique soit positive, soit négative, il en est qui dérivent de la vie de nos tissus ; il est possible qu'elles interviennent au cours des pyrexies, attendu que, dans ces pyrexies, le mouvement vital est perturbé par les germes, par les produits solubles, par les corps que font naître ces produits, agissant à la façon des diastases ; l'urologie, à elle seule, suffit pour prouver combien la vie est singulièrement modifiée. Ces tissus subissent, en effet, profondément les atteintes directes des microphytes, plus encore de leurs sécrétions. Mitoses, dégénérescences, hydratations, peptonisations, dédoublements, réductions, oxydations, véritables digestions, fermentations, etc., ces changements constituent une partie des opérations qui accompagnent les métamorphoses de la charpente de l'économie. Parmi ces opérations, quelques-unes correspondent à ces actions dégénératrices.
C'est principalement en injectant les extraits de cultures connus sous le nom