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IMPOSSIBILITÉ DE L'IIUMORISME PUR

Comment concevoir, chez Tanimal, des humeurs sans relation avec les cellules? Comment, dans ces humeurs, faire apparaître des corps bactéricides ou antitoxiques, alexines, antilysines, sozines, phylexines, des corps agglutinants ou autres, du moment où ces corps ne viennent pas de l'extérieur, sans la participation de ces cellules? Autant vaudrait remontera la génération spontanée! Autant croire au quidquid e nihill Andral a été le dernier des humoristes, et encore à l'heure où il analysait le sang, où il dosait la fibrine, il n'a pas nié les rapports rattachant ces produits aux éléments anatomiques. En J858, Virchow a fait savoir que toute modification survenue dans ces humeurs dérive de ces éléments : à cet instant l'humorisme pur a pris fin. Aussi Buchner a-t-il traité, avec raison, de rétrograde la conception qui invoque cette absence d'action des cellules.

Non, il n'y a, à certains égards, que des théories cellulaires; les unes expliquent l'immunité par des actions d'inclusion, de digestion des parasites au sein de ces cellules; les autres imaginent que ces cellules introduisent dans les plasmas des principes défavorables aux agents infectieux ou à leurs produits. Ces principes sont surtout nuisibles aux infiniment petits capables d'engendrer le mal dont on a cherché à préserver l'organisme; autrement dit, ces principes, s'ils sont nés à la suite d'une immunisation contre le bacille de Loffler, sont plus dangereux pour ce bacille que pour tout autre ; cependant, il en est dont l'action s'étend à d'autres virus. Avec Courmont, j'ai vu, par exemple, le sérum des lapins rendus réfractaires au germe du pus bleu atténuer la bactéridie charbonneuse; Szekely, Szana soutiennent que les humeurs des sujets immunisés contre la rage détruisent le B. prodigiosus; Caesaris, Demel et Orlandi ont fait des constatations analogues pour les microbes de la dothiénentérie ou du choléra. On doit des renseignements de cet ordre à Phisalix et à Bertrand, décelant dans la circulation du hérisson des composés propres à combattre les effets des sécrétions de la vipère ; on en doit aussi à Calmette, qui les a exposés dans un mémoire de 1895 des Annales de V Institut Pasteur; telle antitoKine agirait sur des venins. On peut dire, d'une façon générale, qu'il y a spécificité, en ce sens qu'un bacille déterminé fait apparaître des corps qui ne sont protecteurs qu'à son égard ; pourtant, il y a des exceptions.

Quoi qu'il en soit, celui qui étudie l'origine de ces produits protecteurs s'aperçoit, s'il veut prendre la peine de jeter un coup d'œil sur ce que nous avons écrit, que notre opinion n'a pas varié; il sera bien vite convaincu que nous n'avons pas cessé de considérer cette immunité comme une propriété cellulaire. C'est là, du reste, la formule émise depuis nombre d'années par le professeur Bouchard. Il serait, d'ailleurs, difficile de comprendre, dans certains cas, l'hérédité, la transmission, la durée de ces états réfractaires, en rattachant ces phénomènes à une simple modification des humeurs, c'est-à-dire de ce qui ne vit pas.

Les perturbations engendrées par la présence des toxines conduisent les cellules à réagir; ces réactions aboutissent à l'apparition, nous venons de le voir, de principes divers capables, comme les éléments générateurs de l'agglutination qui apparaissent dès la période d'état, d'altérer la teneur des liquides.

Le sang, sous l'influence de ces toxines, subit, en dehors de la formation des corps protecteurs, d'autres modifications. D'après Fodor, son alcalinité augmente, bien que je n'ai pas réussi, malgré le concours éclairé de Drouin, à constater, à cet égard, des différences très appréciables durant la maladie pyocyanique; on a vu parfois — nous l'avons dit — cette alcalinité tomber à -40 milli-

ADULTI-HATIONS HUMORALES : LA LYMPHE, ETC. 155

grammes de soude, au lieu de 1250. Pour Maragliano, les sels du contenu vasculaire, le chlorure de sodium plus particulièrement, sont en décroissance. Le sérum, pour Bumni, Albu^ Chambrelent, Tarnier, Cliai-rin, etc., serait plus toxique; pour Chabrié, les propriétés opli([ues de ce sérum subissent des changements, bien que sa constitution môme soit en réalité jxni touchée; il n'est pas nécessaire, dans nombre de cas, de modifier notablement la structure des corps pour faire varier considérablement leurs attiibuls; l'histoire de la glycosc et du glycogène, celle de certaines albumines ou des peptones le prouvent.

Ces réactions cellulaires, réalisées au contact des produits solubles, étendent leurs elTels sur d'autres liquides organiques, qui sont dès lors exposés à des changements marqués, lorsqu'on injecte ces sécrétions microbiennes. — Le volume de la lymphe, à en croire Gœrtner, Rœmer, est en ascension; sa toxicité, à l'instar de celle du sang, oscille; or, nul n'ignore l'importance considérable de cette lymphe, importance bien mise en lumière par les travaux d'Heidenhain et de son école. — Les ganglions, d'après BuUoch, Schmorl, Bezançon, Labbé, etc., sont le siège de processus de leucocytose, de karyokinèse, etc.

On voit combien sont multiples les processus anatomiques dérivés des virus. Or, les fonctions dépendent, pour une part, de l'état anatomique des organes, des réactions cellulaires ; aussi peut-on prévoir que les toxines, en engendrant ces réactions, sont capables d'occasionner d'autres désordres.

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