MODIFICATIONS DU SANG. — LES PRINCIPES PROTECTEURS
L'isotonie ou, si on préfère, la résistance des hématies, si délicate à observer, varie; je Tai noté avec Langlois; Bianchi-Mariolti, Fischer, etc., l'ont indiqué. L'oxygène fléchit de 12, 15 à 8, 9 pour 100; je l'ai constaté avec Gley, avec Lapicque, comme j'ai vu, avec Kaufmann, le sucre tomber de 0,940 à 0,710 par litre. Stintzing prétend que l'eau augmente, tandis que l'albumine diminue ; l'hydrémie accompagne l'hypoalbuminose; la toxicité s'accroît.
Mais le changement qui prime tous les autres est celui |qui se développe, lorsqu'on injecte des matières bactériennes de façon à créer l'état réfractaire. — Il se produit, dans ces conditions, des substances peu stables, que la dialyse, que des congélations, que la chaleur altèi*ent, substances dont les unes sont médiocrement favorables à l'évolution des germes vivants, dont les autres, tout en possédant ces qualités réputées bactéricides, agissent sur les poisons microbiens pour les neutraliser, pour annuler leurs effets : ce sont là les principes antitoxiques.
Il est, à mon sens, peu de phénomènes plus propres à mettre en lumière les réactions des cellules placées en présence des toxines; il s'agit bien là d'un changement en retour par suite de l'impression reçue ; c'est un effort réactionnel au premier chef.
A la découverte des premiers de ces éléments, de ceux qui sont dits bactéricides, se rattachent les noms de Flugge, Nuttal, Nissen, Fodor, Buchner, Stern, Zâsslein, Gamaleïa, Bouchard, Gharrin, Roger, Gottstein, Szekely, Klemperer, Vosvinkel, Zaplewski, Pekelharing, Netschajew, Emmerich, Fovitzky, Arkaroff, Mosny, Pansini, Kionka, Kanthack, Abel, Kuprianow, Rembold, Crajkowski, etc.
A la découverte des seconds de ces corps, de ceux qu'on appelle antitoxiques, sont liés avant tout les travaux de Behring, de Kitasato, puis ceux d'Ehrlich, de Tizzoni, de Gattani, de Vaillard, etc.
On sait les heureux effets obtenus dans le traitement de la diphtérie par Behring, Aronsohn, Ehrlich, Wassermann, Kôssel, Roux, Martin, Chaillou, etc., ou probablement dans celui du tétanos, peut-être un jour dans d'autres comme l'ont indiqué pour la pneumonie des médecins italiens, en injectant ces antitoxines ou plutôt le liquide qui les renferme; car, ces substances ne sont que très imparfaitement connues; elles existent dans le sang, spécialement dans le sérum, comme l'a indiqué le premier le professeur Bouchard; de là la dénomination de sérothérapie qui a remplacé celle d'hémo- ou d'hématothérapie.
Dans une série de recherches, Richet et Héricourt ont vu qu'on combat certains virus, en particulier une septicémie, puis la tuberculose, en introduisant ce liquide sanguin emprunté à des sujets naturellement ou artificiellement vaccinés.
Dès lors, on a beaucoup étudié ce liquide sanguin des individus réfractaires ; on a vu qu'en administrant des toxines, en vaccinant des animaux, on fait naître, dans ce contenu des vaissaux, ces composés bactéricides ou antitoxiques, grâce à des modifications apportées dans la nutrition. Il paraît, en effet, établi aujourd'hui que ces matières ne sont pas incluses, du moins telles qu'on les retrouve chez les réfractaires, dans les cultures employées pour immuniser. Ges matières n'apparaissent que plusieurs jours après la pénétration de ces cultures, dès que ces cultures se sont en partie éliminées; d'autre part, ces cultures, dans quelques cas, subissent, sans perdre totalement leurs qualités de préservation, un chauffage de 100" et davantage, tandis qu'à 70" ces matières bactéricides sont altérées. — Il est également permis de remarquer an'<^, les
CHANGEMENTS DANS LA NUTRITION — HUMEURS ET CELLULES. lo'>
antitoxines, chez certains animaux, le cheval, d'après Dziergowski, sortent par les émonctoires; tandis que, dans d'autres conditions, ces corps ne dyalisent pas ou dyalisent avec une extrême lenteur; or, si des principes, qui, dans certains cas au moins, s'échappent en quelques semaines, existent néanmoins au bout de plusieurs mois, cela tient évidemment à leur production par les tissus. On peut enfin rappeler, avec Bouchard, que si l'on injecte dans une économie ces composés nuisibles aux germes ou à leurs poisons, ils s'éliminent sans se reproduire; ils n'ont pas fait osciller la nutrition, tandis que l'impression, la modification imposées par les matières issues de la vie des parasites, sont durables, persistantes, en dehors des variations rapides, passagères, créées aux heures de la lutte; ces variations conduisent d'ailleurs les organites à engendrer des composés offensifs pour ces parasites. Je sais cependant que des auteurs voient, entre ces toxines et ces antitoxines, des rapports plus étroits.
Je crois néanmoins pouvoir soutenir que ces éléments procèdent, partiellement sinon complètement, des cellules de l'espèce qu'on a rendue résistante aux virus. A ce point de vue, ils dérivent non pas directement, mais bien indirectement des sécrétions bacillaires; ces sécrétions changent la vitalité de l'organisme, comme le fait le plomb, comme le réalise le poison du germe d'Eberth. Qu'un ouvrier peintre en bâtiments absorbe des sels plombiques, ses tissus, qui poussaient la destruction des acides jusqu'à l'eau ou l'acide carbonique, cesseront de jouir de cette activité; cet ouvrier deviendra goutteux. D'un autre côté, tel individu, très maigre avant sa dothiénentérie, après sa maladie marche à l'obésité; ses organites ne brûlent plus les graisses.
Dans ces hypothèses, aussi bien que dans celle de la vaccination, il s'agit d'efforts nutritifs, de changements réactionnels de la part des cellules sur lesquelles agissent les sécrétions microbiennes ou des composés chimiques empruntés à d'autres groupes de substances. Or, ces changements, ces attributs nouveaux, à l'exemple de diverses propriétés, peuvent être transmis des ascendants au rejeton, moins fréquemment, toutefois, que ceux qui remontent ^ plusieurs générations, que ceux qui sont indispensables.
Il est possible de saisir la réalité de ces changements, de ces réactions de l'organisme sous l'influence des sécrétions microbiennes, en portant son attention sur d'autres éléments. Il est possible de s'assurer que les corps chimiques, d'origine bactérienne ou non, définis ou non, en traversant un être vivant, en séjournant plus ou moins longtemps dans cet être, sont capables de métamorphoser sa vitalité, de ralentir ou d'accélérer sa nutrition. On voit, par exemple, l'acide benzoïque, suivant Weill, Anrepp, se transformer plus lentement en acide hippurique, dans une économie qu'une infection a modifiée; on voit, d'après Desgrez, Charrin, le ralentissement des échanges s'établir, du moins, pour un temps donné et, dans quelques cas, à la suite des vaccinations. Or, celte nutrition consiste, pour les éléments figurés, à puiser dans les plasmas ce qui leur convient, à assimiler, à retenir ce qui leur est nécessaire, à rejeter le superflu : les plasmas sont donc fatalement, forcément, ce que les font ces éléments figurés; ils sont sous leur dépendance immédiate. Aussi est-on surpris d'entendre parler, à propos des doctrines de l'immunité, de théories cellulaires opposées à des théories purement humorales, car on saisit mal une théorie purement humorale, non cellulaire. Si parfois on fait usage de ce mol « humoral », c'est pour abréger le discours, en supposant que tout le monde comprend.
lA. CHARRIN -[