MÉCANISME DE LA FIÈVRE
un autre. Or, détail intéressant, au cours des auto-intoxications, quand le poison dérive des cellules de l'économie, non des éléments bactériens, dans les maladies du foie, par exemple, on enregistre des faits analogues. — Si on va au fond des choses, du moins dans la mesure permise, on est conduit à reconnaître qu'au contact de ces toxines le névraxe traduit ses impressions par des réactions morbides.
La puissance, la fonction trophique des centres cérébro-médullaires soumis à ces causes aboutissent à des oscillations dans les échanges. Voilà pourquoi à ces réactions correspondent des perturbations nutritives; aussi ne doit-on pas être surpris de voir le contenu vésical, réceptacle d'une bonne part des déchets de la nutrition, subir des changements.
L'urine spécialement devient plus toxique dans la variole, la pneumonie, la fièvre paludéenne; ses modifications sont moins prononcées dans la bacillose ou la lèpre; dans quelques autres infections elle renferme peu de matières dialysables.
En général, l'urée, le phosphore augmentent, pendant que le chlore diminue; quelquefois on note de la sérinurie, de la globulinurie, de l'acétonurie ; plus rarement, on décèle de l'acide lactique, quelquefois des gaz, expliquant la pneumaturie, comme ceux de la plèvre expliquent les pneumothorax fermés. J'ai nettement enregistré ces oscillations chez des animaux dont la température centrale atteignait 40, 41", à la suite de la pénétration des principes d'origine infectieuse.
Ces températures prouvent, ainsi que nous l'avons établi, Ruffer et moi, que les toxines sont capables de provoquer l'hyperthermie, l'élément le plus saisissant de l'état fébrile. De plus, si on veut bien se souvenir que, dans l'accès pyrétique de l'homme, ordinairement les variations urinaires concordent avec celles que nous avons indiquées, si, en outre, on remarque, d'une part, que pendant l'évolution de cet accès, l'oxygène fléchit, alors que CO^ s'accroît, si, d'autre part, on rapproche ces données des expériences de Le Noir et Charrin, qui ont observé, après l'introduction de cultures stérilisées, des modifications identiques au point de vue de la respiration, on reconnaîtra aisément que ces cultures stérilisées, autrement dit les produits bactériens, engendrent la fièvre.
Trop fréquemment, on confond l'élévation thermique avec cet état fébrile ; cette élévation n'est qu'un seul des éléments de cet état, qui de plus se caractérise par des changements dans les échanges nutritifs, dans les déchets de l'urine. Or, ici, ces changements existent; l'analyse chimique corrobore les indications du thermomètre.
Ces indications du thermomètre conduisent parfois à des notions inverses ; l'hypothermie remplace l'hyperthermie ; c'est le cas du bacille du côlon créant tel ictère grave. Le professeur Bouchard, suivant la nature des toxines utilisées, a vu ces deux accidents se réaliser. En dehors du choix de la sécrétion bacillaire, la dose injectée, la porte d'entrée choisie, la rapidité de l'opération, l'existence ou l'absence de la pyrotoxine de Gentani, constituent des causes de variation.
D'ailleurs, en collaboration avec d'Arsonval. nous avons mis en évidence, grâce au calorimètre compensateur, les influences diverses exercées par les matières bactériennes sur les sources intimes du calorique; ces influences se sont montrées différentes les unes des autres: on a même pu saisir, dans une unique culture, des corps antagonistes, au point de vue de cette thermogenèse.