INFECTIONS SECONDAIRES ET PROCESSUS MORRIDES
la vieille clinique, mais dont, pour elle, la pathogénie était restée obscure. C'est que, quelque banale, et nous dirons même naïve, qu'elle puisse paraître dans sa forme, elle est essentiellement vraie, la proposition qui se formule ainsi : « Il est difficile de devenir malade, (juand on est réellement bien portant. »
Si l'on se représente, en efï'et, (juels sont les agents habituels des infedions secondaires, on reconnaît que la plupart d'entre eux sont loin d'èlre placés au sommet de l'échelle de la virulence. Ce sont les microbes du pus, des ulcères, des gangrènes, des fausses membranes, des inflammations des séreuses ou des organes des sens ou des viscères respiratoires, etc.; on y trouve exceptionnellement le bacille du choléra; on n'y rencontre ni celui de la syphilis, ni celui de la morve, pas davantage la bactéridie charbonneuse. Ces agents habituels des infections secondaires, placés au-dessus des saprophytes, mais au-dessous des bactéries hautement différenciées physiologiquement, de celles qui plus souvent que d'autres viennent du dehors, engendrant une affection semblabe à ellemême, variant peu, révélant un rapport constant entre l'effet et la cause, une affection fréquemment influencée par une thérapeutique spéciale; ces agents ont besoin, pour devenir eux-mêmes pathogènes, de se développer soit sur des terrains dont la composition chimique facilite leur multiplication ou l'éducation de leur virulence, soit dans des organismes dont les cellules sont devenues trop faibles pour la lutte, dont les portes d'entrée sont librement ouvertes. — Ainsi comprise, dans son sens le plus large, l'infection peut être secondaire à une maladie, quel que soit le groupe auquel cette maladie appartienne.
Un traumatisme déchire les tissus, diminue leur résistance ('), rompt les vaisseaux, ouvre les voies d'absorption; qu'un microbe passe; il trouve là des conditions favorables ; il crée une infection secondaire à ce traumatisme. C'est l'histoire de la plupart des complications bactériennes de la chirurgie ; c'est celle de la tumeur blanche qui fait suite à l'entorse du scrofuleux; c'est celle de l'expérience mille fois citée de Max Schiiller; c'est, en pathologie interne, celle de la bacillose, de la pneumonie succédant aux contusions thoraciques.
Il en est de même dans la catégorie des affections par réactions nerveuses, conformément à la classification du professeur Bouchard. Le système cérébrospinal modifie les milieux locaux, en créant des congestions ou des anémies régionales, dans le poumon, par exemple, sous l'influence des troubles abdominaux; les réflexes cardiaques, ceux du nez, de la gorge (-), les impressions portant sur les diverses sensibilités concourent au même but; or, on sait la fréquence des hypostases, des pneumonies bâtardes chez les hémiplégiques ou les paralytiques généraux; on sait celle des pneumonies du vague (^) bien étudiées par H. Meunier, etc. Dans l'intimité des tissus, ce système nerveux fait varier la température, accélère ou ralentit la consommation du sucre, change le bouillon de culture, inhibe la vie cellulaire, parfois s'oppose, grâce à la paralysie des vaso-dilatateurs, à l'arrivée des phagocytes. Enfin, ce même appareil, en provoquant l'apparition de perturbations du côté des muqueuses, du côté de la peau, peut, lui aussi, ouvrir des portes d'entrée, faciliter les poussées érysipélateuses,
(') Voy. chap. ni.
(-) Voy. les travaux de Fraxçois-Franck. — Voy. les réactions nerveuses.
{^) Récemment, on a soutenu, à nouveau, que les lésions nerveuses, en particulier celles du bulbe, étaient capables de provociuer à elles seules une véritable inflammation. — Le plus ordinairement, ces lésions préparent le terrain aux agents pathogènes.
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phlegmoneuscs, gangrcnouses, sans parler des abaissements de vitalité, des altérations humorales, résultais (Tun influx nerveux an(jrmal.
L'influence des maladies de nutrition, dans la préparation des infections, est parfois plus manifeste encore : le type de ces maladies, au point de vue où nous nous plaçons, est assurément le diabète sucré. Le bacille de Koch évolue à son aise chez le diabétique, parce qu'il y trouve les mêmes éléments que dans son habitat naturel, la vache laitièi-e. Et Ion ne peut s'empêcher de rapprocher cette donnée de cette démonstration du sucre favorisant in vitro le développement de certains agents générateurs d'affections à forme tuberculeuse, quand on ajoute ce corps au substralum des cultures. De plus, les recherches de Bujwid, de Ferraro, de Shouwert, de Preys, de Nicolas, de Karlinski, etc., nous ont appris que la glycose affaiblit la résistance des cellules de l'organisme; c'est même là une des causes importantes capables de favoriser l'infection secondaire, du moins pour les microbes de la suppuration, de la gangrène, ou encore pour le muguet injecté dans le sang. Il est vrai que ces données sont infirmées par Herman; toutefois, les effets si manifestes de ces injections conduisent à penser que cette glycose n'est pas indifférente.
Il serait facile de montrer que les poussées arthritiques, sur la peau ou sur les bronches, sont également capables de faire tomber les barrières épithéliales, par conséquent, de préparer, de leur côté, la voie à l'infection seconde, en permettant aux bactéries de s'introduire en masse, en quantité, facteur dont l'importance n'est plus à établir. — Reste la classe des maladies infectieuses primitives, auxquelles font suite des maladies également infectieuses, mais engendrées par un microbe distinct.
Les infections qui se surajoutent à d'autres pyrexies sont nombreuses; les localisations multiples qu'elles déterminent avaient porté les premiers microbiologistes à chercher l'explication de ces faits dans l'existence d'une même bactérie capable de frapper successivement des appareils, des organes très éloignés les uns des autres : c'est ce qu^on peut appeler la période uniciste ou du monomicrobisme. S'en tenir à cette manière de voir serait méconnaître les progrès de la science.
Il convient, d'ailleurs, à la suite des découvertes qui s'accumulent chaque jour, d'établir des divisions. Actuellement, on tend à admettre que les bactéries se prêtent un mutuel appui : elles forment leurs colonies, leurs cités. Un premier groupe ouvre la brèche par laquelle vont passer les parasites qui végétaient aux alentours; la maladie primitive appelle la maladie seconde; c'est le polymicrobisme; aussi ce sont ces cas, et ceux-là seulement, qu'on désigne habituellement sous le nom d'infections secondaires.
La clinique depuis longtemps avait fait pressentir la fréquence de ces associations microbiennes ; elle avait établi les relations de la scarlatine, de la diphtérie, de la coqueluche, de la dothiénentérie, de la pyohémie, des fièvres éruptives, des broncho-pneumonies, de la plupart des endocardites, de nombre de néphrites, voire de certaines affections nerveuses, etc.
Les recherches de loboratoire sont venues confirmer les enseignements de la vieille médecine. — Brieger, Rosenbach, d'autres avec eux, ont reconnu que ce n'est pas le liacille d'Eberth, mais bien les agents habituels de la suppuration qui, le plus souvent, donnent lieu aux abcès que l'on voit survenir au déclin de la fièvre typhoïde; Piron a décelé ces agents dans les collections purulentes de paludéens; Babès s'est attaché à montrer qu'à la suite du microbe de
lA. CHARRINI