ECZÉMA. — TRAITEMENT
1/20, à 1/10 est recommandable dans certaines formes localisées rebelles. Lorsque les pommades ne peuvent être employées, on prescrira les lotions astringentes suivantes : solutions aqueuses de tannin à 1/30, 1/20 ou 1/10; solutions de sulfate de zinc (1 à 3 p. 100) ; solution de sublimé à 1 p. 200, mais ces dernières ne doivent pas être continuées plus de trois ou quatre jours de suite, et encore dans les eczémas limités, à cause de la possibilité d'intoxication. On calmera par des cataplasmes ou des compresses émollientes l'inflammation produite.
Les eaux minérales peuvent rendre des services; on prescrira surtout les eaux sulfureuses faiblement minéralisées : Saint-Honoré, Saint-Gervais. Uriage et Challes seront utiles chez les lymphatiques. Dans les formes torpides, on ordonnera Luchon, Louèche,etc. Parmi les eaux alcalines, Royat sera prescrit aux arthritiques. La Bourboule donne de bons résultats dans les formes rebelles.
Traitement des différentes variétés d'eczéma. — Dans V eczéma rubrum aigu, on ne prescrira pas de bains, encore moins de pommades, on appliquera simplement des poudres inertes.
Dans Veczéma fendillé et craquelé à la période de suintement, on emploiera les poudres inertes, et, celui-ci tari, des cataplasmes d'amidon pour calmer l'inflammation ; plus tard on se servira de pommades à l'oxyde de zinc ou même au tannin, si ce dernier n'est pas trop irritant.
Dans Veczéma impétigineux, on appliquera jour et nuit des com presses boriquées pour faire tomber les croûtes; on prescrira des pulvérisations, faciles à faire quand l'éruption siège à la face; puis on se servira de pommade boriquée à 1/10.
Dans Veczéma du cuir chevelu, on fera tomber les croûtes à l'aide de cataplasmes d'amidon ou mieux encore d'un bonnet de caoutchouc, qu'on changera matin et soir. Chez les hommes il sera bon de couper les cheveux ; chez les femmes il sera difficile d'obtenir ce sacrifice, et les cataplasmes ne pourront guère remplir le but qu'on se propose ; les applications d'huile d'amandes douces, les pulvérisations tièdes feront bien mieux tomber les croûtes. On prescrira ensuite des pommades soufrées à 1/10, à 1/5, ou des préparations à l'huile de cade plus ou moins mitigée. Le cuir chevelu supporte assez bien l'huile de cade, mais celle-ci ne peut être appliquée que sur les sujets bruns.
Dans Veczéma de la barbe, on détachera les croûtes au moyen de cataplasmes, d'applications de caoutchouc, de pulvérisations; puis on prescrira des pommades à l'oxyde de zinc, au calomel, au turbith.
Dans Veczéma des lèvres, on fera tomber les croûtes à l'aide de bandelettes de caoutchouc, puis on appliquera des pommades à l'oxyde de zinc, au tannin, à l'oxyde jaune de mercure à 1/30, à l'acide salicyliqueà 1/60, à 1/30. Sur le bord des lèvres, on emploiera d'abord la pommade rosat, puis une des pommades précédentes, plus actives.
TnAITli DE MÉDECINE III. 48
Si on a à traiter un eczéma des narines, on fera des irrigations nasales avec de l'eau boriquée tiède; dans le cas où ces irrigations ne seraient pas supportées, il faut introduire dans les narines de la pommade boriquée, ou des pommades au tannin ou au calomel.
Dans Veczéma des paupières on appliquera des compresses émollientes, puis les pommades au précipité jaune ou au précipité rouge.
Dans Veczéma du conduit auditif, on fera des injections émollientes, puis on placera des boulettes d'ouate imprégnée de pommade boriquée ; les badigeonnages avec l'huile de cade mitigée sont quelquefois très utiles.
Dans les eczémas anal, vulvaire, scroial, une fois la période inflammatoire calmée à l'aide de lotions ou de bains de siège chauds, on se servira de pommades au tannin, à l'extrait de ratanhia (4 pour 30), au calomel ; on cautérisera les fissures avec le sulfate de cuivre. Une fois celles-ci guéries, on emploiera les préparations cadiques et même l'huile de cade pure. Contre le prurit rectal, on se servira de suppositoires (beurre de cacao, 4 gr. , extrait thébaïque, 5 centigr. ou extrait de belladone 1 centigr.). Contre les démangeaisons externes, on emploiera la liqueur de Gowland (sublimé et chlorhydrate d'ammoniaque ââ 25 centigr. ; eau de laurier-cerise, 10 gr. ; eau, 240 gr.) ou la pommade au menthol à 1/100.
Dans Veczéma vaginal, on calmera d'abord l'inflammation à l'aide de cataplasmes de fécule introduits à l'aide du spéculum ; puis on fera des pansements avec la pommade à l'acide borique ou au tannin.
Dans Veczéma des plis articulaires, qui a plusieurs points de ressemblance avec l'érythème intertrigo, on emploiera la lotion de sublimé à 1/200, puis on poudrera par-dessus avec de l'amidon et on interposera entre les surfaces cutanées un linge de toile fine.
h'eczéma palmaire et plantaire demande un traitement énergique, dès que l'inflammation est calmée à l'aide de cataplasmes ou d'enveloppements humides. Suivant la pratique de Hebra, on dissoudra du savon noir dans de l'alcool, on en étendra une couche mince sur de la flanelle, qu'on apphquera sur la région pendant toute la nuit et les nuits suivantes ; le matin on lavera à grande eau. Au bout de quelques jours, s'il survient de l'inflammation, on cessera l'application de cette pommade et on lui substituera le glycérolé d'amidon.
h'eczéma des ongles sera traité par la pommade salicylique à 1 /20, ou les applications d'huile de cade pure.
Enfin Veczéma des muqueuses n'est justiciable que d'un traitement émoUient : collutoires ou gargarismes à l'eau de guimauve, à l'eau de Vichy. On proscrira l'usage des ahments épicés ou vinaigrés, des liqueurs fortes et du tabac.
ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE. — DESCRIPTION. 755
ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE.
DESCRIPTION. — Veczéma séborrhéique diffère de la séborrhée concrète par les phénomènes inflammatoires que présentent les téguments au-dessous des amas séborrhéiques, et de l'eczéma ordinaire par la présence de ces mêmes amas et l'absence de tout suintement séreux. Bazin l'appelait eczéma acnéique, E. Wilson lichen annulahis serpiginosiis et Payne seborrhaea circinaria; Unna (1887) lui donna le nom d'eczéma séborrhéique, adopté généralement depuis.
Il peut se rencontrer sur toutes les régions du corps, mais on l'observe surtout sur le tronc, à la région sternale et à la partie médiane du dos entre les épaules ; de là il s'étend vers les parties latérales. Il présente l'aspect de petites plaques circinées, arrondies, à bords bien limités, à peine rouges, recouvertes de croûtelles séborrhéiques. Leur centre est rose pâle, légèrement squameux, quelquefois assez pour lui donner une certaine ressemblance avec le psoriasis. Ces plaques, prurigineuses, qui peuvent présenter des excoriations produites par le grattage, s'étendent peu à peu, plus ou moins régulièrement, par un point de leur circonférence, alors qu'elles guérissent sur un autre ; elles se réunissent aux plaques voisines pour former des figures diverses. Le nom de lichen anmilatus serpiginosus, bien qu'impropre quant au terme lichen, indiquait bien l'aspect des plaques, surtout quand elles sont confluentes. Le centre de ces grandes plaques est d'une ccjloration rose pâle ou souvent môme normale, on y observe des squames et des croûtes séborrhéiques ; leurs bords présentent le môme aspect que ceux des petites plaques. 11 ne se produit jamais de vésicules ni de suintement, sinon par hasard et dans la forme aiguë ; aussi le terme d'eczéma n'est-il pas très bien choisi.
A la face, sur les parties glabres, l'eczéma séborrhéique offre le môme aspect que sur le tronc, parfois avec un caractère plus inflammatoire. On l'observe sur le front, les ailes du nez, les joues, sur le bord des paupières, dans le conduit auditif externe, où il est très tenace. Dans la barbe et les régions pilaires de la face, il se montre aussi sous la forme de plaques rouges ou d'un rose pâle, couvertes de croûtes et de squames, assez prurigineuses ; mais les poils ne tombent pas.
Unna a donné à l'eczéma séborrhéique, qui s'observe souvent sur le cuir chevelu, une extension trop grande; il considère comme tels tous les eczémas suintants et croûteux du cuir chevelu. Nous ne pouvons accepter cette opinion. Il est vrai que le pityriasis du cuir chevelu, à la suite du grattage et de l'irritation cutanée, peut se compliquer d'eczéma, mais c'est un véritable eczéma avec suintement et croûtes et non un eczéma séborrhéique. L'eczéma séborrhéique véritable du cuir chevelu se caractérise par des plaques circinées. recou-
vertes de croûtes séborrhéiques et de squames et reposant sur des téguments enflammés, mais sans suintement. Il passe longtemps inaperçu ; puis, au bout de plusieurs mois, les croûtes et les squames augmentent, les cheveux tombent partiellement, des démangeaisons intenses et de? plaques semblables apparaissent sur le front et les tempes. Souvent une éruption de même nature se montre sur le tronc.
On peut observer l'eczéma séborrhéique aux aisselles, sous formede plaques rouges sur les bords, bistrées au centre, à marche exten- .sive, un peu squameuses, très prurigineuses, ou encore aux aines,, dans les plis inguino-scrotal et inguino-vulvaire, à la région anale,, dans les creux poplités ; ces plaques sont humides et peu croûteuses.
L'eczéma séborrhéique se montre encore à la paume des mains et à la plante des pieds, malgré l'absence de glandes sébacées ; cette localisation vient confirmer l'opinion de Unna qui soutient que les glandes sudoripares jouent un certain rôle dans la production de lai séborrhée. Là, l'éruption se présente en petits amas squameux, ressemblant aux papules squameuses isolées du psoriasis; mais lessquames, au lieu d'être sèches et nacrées, sont grasses.
L'eczéma séborrhéique peut atteindre le bord libre des lèvres, où il prend la forme croûteuse et produit des squames et des fissures.
On l'a observé aussi sur les organes génitaux.
On a cité enfin quelques cas d'eczémas séborrhéiques généralisés suivis de mort. Ces cas, s'ils existent, sont exceptionnels; l'eczéma séborrhéique guérit ordinairement en quelques semaines, sous l'action, d'un traitement énergique; mais il récidive facilement.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. —Pour Unna, l'eczéma séborrhéiqueest une inflammation chronique de la peau, caractérisée par l'allongement des papilles, par une infiltration cellulaire qui se montre dans les couches superficielles du derme, surtout autour des vaisseaux sanguins papillaires et sous-papillaires, par l'élargissement des espaces lymphatiques qui entourent ces vaisseaux, et par la prolifération de lépithélium des glandes pilo-sébacées et sudoripares. Dans l'épiderme, on observe une prolifération karyokinétique considérable de la couche des cellules épineuses de Malpighi, la disparition de la couche granuleuse et un état œdémateux particulier de la couche cornée basale. Enfin Vidal et Leloir (1) ont décelé, à l'aide de l'acide osmique, l'infiltration, par des gouttelettes graisseuses, des régions inférieures du corps de Malpighi, des papilles, des glandes sudoripan.s et de quelques espaces du derme (2).
ÉTIOLOGIE. — Elle est encore des plus obscures. Est-ce une maladie spéciale tout à fait indépendante de l'eczéma ordinaire ou n'est-ce-
(1) Vidal et Leloir, Traité descriptif des maladies de la peau, 3^ livraison.
(2) Voir, pour les détails histologiqucs nouveaux, un article de Ch. Audry,. jjuru dans les Annales de dermatolojie, juillet 18D4, sur la dermatose de Unna.
PITYRIASIS SIMPLEX. — DÉFINITION. 757
pas plutôt un eczéma modifié par la production de la séborrhée, comme le pensent quelques auteurs ? Ce sont des questions insolubles actuellement. L'eczéma séborrhéique atteint surtout le sexe masculin et les sujets dont la peau est grasse. L'usage des gilets ou des chemises de flanelle en favoriserait le développement.
Pour Unna (1) la cause de l'eczéma séborrhéique est uniquement parasitaire (morocoques). Les résultats des inoculations faites avec ces morocoques ne sont pas propres à entraîner la conviction.
DIAGNOSTIC. — L'eczéma séborrhéique se distinguera facilement de l'eczéma vrai, dans lequel il y a du suintement et dont les croûtes, plus ou moins épaisses, ne sont jamais grasses. Dans le pityriasis rosé, il y a des taches rosées couvertes de squames, mais jamais de croûtes grasses ; l'éruption est plus généralisée. Toutefois, dans certains cas d'eczéma séborrhéique, les squames sèches prédominent à tel point que le diagnostic avec l'eczéma ordinaire et le pityriasis rosé est des plus difficiles.
Le psoriasis, quand il est formé par de petites squames, peut être confondu avec l'eczéma séborrhéique, mais les squames du psoriasis sont plus sèches, ne contiennent pas de matière grasse et, quand on les gratte, elles deviennent plus blanches ; enfin on retrouvera des plaques de psoriasis typique sur d'autres points du corps. Le diagnostic est rendu plus difficile quand le psoriasis existe sur un sujet séborrhéique et qu'il y a production de croûtes grasses sur les plaques, ou encore quand l'eczéma séborrhéique devient tellement squameux qu'il simule le psoriasis. L'acné rosacée, l'impétigo seront facilement distingués de l'eczéma séborrhéique. L'acné rosacée peut d'ailleurs coïncider avec lui. Quelquefois la syphilide papulo-squameuse peut être confondue avec l'eczéma séborrhéique, mais la présence de séborrhée au cuir chevelu, l'absence d'infiltration du derme au-dessous des plaques de l'eczéma séborrhéique faciliteront le diagnostic.
TRAITEMENT. — On savonnera d'abord la peau au niveau des plaques avec du savon noir ou du savon ordinaire pour faire tomber les croûtes. S'il survient alors de l'irritation, on appliquera des pommades à l'oxyde de zinc ou au calomel. Mais, dès qu'on le pourra, on emploiera les pommades irritantes, telles que la pommade soufrée à 1/30, la pommade à l'oxyde jaune de mercure à 1/30; au lieu de pommades, on pourra, après le savonnage, prescrire des lotions avec la solution alcoolique de sublimé à 1 p. 500. Si le malade porte de la flanelle, on lui recommandera d'interposer entre celle-ci et la peau un linge de toile fine.
PITYRIASIS SIAiPLEX.
DÉFINITION. — Caractérisé par une desquamation furfuracée
(1) Unna, Das scborrhoïsche Ekzem [Samml. klin. Vortrnge, n° 79, 1893).
plus ou moins abondante, précédée ou non d'une rougeur pâle, mais sans aucune élevure papuleuse de la peau, il a été considéré par quelques auteurs, et notamment par Hardy, comme une forme d'eczéma {eczéma squameux). Il est généralement rattaché aujourd'hui aux séborrhées et on peut lui donner le nom de séborrhéesèche pityriasique.