ECZÉMA. — TRAITEMENT
Vichy ou de Vais, pour modifier la nutrition. On évitera d'administrer l'arsenic dans l'eczéma aigu, comme dans toutes les poussées aiguës de l'eczéma chronique. De plus, on surveillera le régime des malades ; on interdira les aliments renfermant des substances fermentées ou facilement fermentescibles: le gibier, le canard, la charcuterie, les fromages fermentes, les poissons de mer, les crustacés, les mollusques; on proscrira les mets épicés, les sauces fortes, le bouillon de viande, riche en matières extractives, les liqueurs, le vin pur, le café, le thé. On \ ermettra toutes les viandes blanches et rouges, bien cuites, tous les légumes, sauf les choux, la choucroute, l'oseille, les tomates, les aubergines ; enfin on autorisera tous les fruits et les fromages frais.
Eczéma chronique. — On prescrira des laxatifs comme dans l'eczéma aigu et on combattra les fermentations digestives en ordonnant des cachets de charbon et de benzo-naphtol. Le régime sera le même (jue dans l'eczéma aigu; le lait sera la base de l'alimentation, surtout chez les enfants. Pour modifier les échanges nutritifs, on prescrira les sels de lithine ou l'usage des eaux alcalines naturelles de Vichy, de Vais, de Royat. Chez les goutteux, chez les malades atteints de gravelle, les eaux diurétiques de Vittel ou de Contrexéville sont indiquées. Chez les eczémateux lymphatiques on ordonnera des préparations iodées, sous forme de sirop iodo-tannique, de sirop d'iodure de fer, des eaux sulfureuses, l'huile de foie de morue ; mais l'administration de cette huile devra être surveillée, car elle donne quelquefois des poussées chez les sujets prédisposés. Enfin, à la période squameuse de la maladie et en dehors des poussées aiguës, on pourra prescrire l'arsenic sous forme de liqueur de Fowler (trois à quatre gouttes, jusqu'à huit gouttes à chaque repas), ou l'arséniate de soude (1 à 4 milligr. par jour), ou l'eau de la Bourboule. Lorsque les démangeaisons seront très vives, on pourra donner à l'intérieur la teinture demusCjlespréparationsde valériane, Tasafoetida (sous forme de suppositoires de un gramme chaque).
Traitement local. — II diffère entièrement dans l'eczéma aigu et dans l'eczéma chronique : dans le premier il doit être seulementcalmant et émollient; dans le second il doit être modificateur de l'épiderme. Dans les poussées aiguës de l'eczéma chronique, le traitement est identique à celui de l'eczéma aigu.
Eczéma aigu. — A la phase de vésiculation et de suintement, on ne prescrira pas de cataplasmes ni de pommades qui ne feraient qu'augmenter ce suintement, mais des poudi'es inertes, telles que la poudre d'amidon fraîche, la poudre de talc mélangée avec moitié d'oxyde de zinc ou de sous-nitrate du bismuth. Les poudres minérales sont infermentescibles, mais plus irritantes; on les mêlera à la poudre d'amidon. En cas de vives démangeaisons, on incorporera à ces poudres 1 p. 100 ou ;,5 p. 100 de camphre pulvérisé; dans le
cas d'inflammation très vive, on prescrira des enveloppements humides, avec des compresses de tarlatane imbibées d'eau boriquée.
A la deuxième période, on provoquera la chute des croûtes au moyen de cataplasmes d'amidon cuit refroidis. L'amidon sera délayé dans de l'eau tiède ; on jettera dessus de l'eau simple ou mieux boriquée, bouillante ; les grains éclateront et se prendront en gelée par le refroidissement. Hardy et Colson ont proposé de remplacer les cataplasmes par des feuilles de caoutchouc ; mais celui-ci amène parfois des éruptions pustuleuses et des excoriations. On ne doit l'employer que dans les cas où l'application des cataplasmes est difficile, par exemple dans les eczémas du cuir chevelu et de la face; on se sert alors de bonnet ou de masque de caoutchouc. Il est bon aussi d'être muni de deux bonnets, ou de deux masques, l'un pour le jour, l'autre pour la nuit. Des compresses de tarlatane pliées en plusieurs doubles, trempées dans une solution d'eau boriquée et recouvertes de gutta-percha laminée, sont préférables aux cataplasmes.
A la troisième période (squameuse), on prescrira des pommades inertes à l'oxyde de zinc, au sous-nitrate de bismuth à 1/10, avec, comme excipient, la vaseline, l'axonge fraîche ou mieux benzoïnée, le glycérolé d'amidon neutre, la lanoline mêlée à la vaseline (2/3 de vaseline, 1/3 de lanoline). Dans les cas de vives démangeaisons, on ajoutera du menthol (1 p. 100, 1 p. 50). Les bains, plutôt nuisibles à la période de vésiculation et de suintement, sont utiles aux périodes croûteuse et squameuse. On prescrira des bains d'amidon ou de son.
Quand l'eczéma aigu menace de passer à l'état chronique, on peut employer des pommades astringentes au calomel (1 p. 10), au tannin (2 p. 30), au sous-acétate de plomb (1 p. 25). On peut essayer l'acide salicylique (1 p. 100 de vaseline) associé à l'oxyde de zinc ou à la poudre d'amidon ou encore l'huile de cade incorporée au glycérolé d'amidon (1 p. 10), si son odeur n'incommode pas.
Eczéma chronique. — Pour faire tomber les croûtes et calmer l'inflammation, on se servira de lotions émollientes et de cataplasmes d'amidon; les bains alcalins, surtout les bains d'amidon seront très utiles. Quand la peau sera bien nettoyée, on appUquera des substances modificatrices du derme et de l'épiderme. Le meilleur modificateur de la peau est l'huile de cade ; mais il faut employer l'huile de cade pure de genévrier et non celle qui esl, extraite du goudron de houille. L'huile de cade a une odeur forte, désagréable, elle tache Je linge, mais c'est un des meilleurs médicaments curatifs de l'eczéma chronique; on l'incorporera à du glycérolé d'amidon , à de la vaseline ou à 'de l'axonge (à 1/10,1/4, 1/3, 1/2). Dans l'eczéma chronique très induré, lon pourra employer l'huile de cade pure. En Allemagne on préconise la pommade à l'ichtyol à 1/10, mais cette substance est plus répugnante que l'huile de cade. Vidal a utilisé l'onguent styrax mélangé à l'huile d'olive (1 pour 2 ou 3). La pommade au naphtol au 1/50, à