‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 116 sur 173 · LICHEN SIMPLEX. — DESCRIPTION · texte numérisé non relu

LICHEN SIMPLEX. — DESCRIPTION

présente les mêmes causes et sa lésion résulte d'un processus anatomique presque identique à celui de l'eczéma ; mais, dans le lichen, la fluxion ne va pas jusqu'à l'exsudation, il n'y a pas de soulèvement vésiculeux de l'épiderme.

Il peut siéger sur toutes les régions du corps, mais principalement sur les avant-bras, le dos des mains, le cou, les épaules, la partie externe et postérieure des jambes, la face interne des cuisses ; enfin il peut se généraliser.

DESCRIPTION. — On peut l'observer sous la forme aiguë et sous la forme chronique, celle-ci plus fréquente que la première.

Lichen simplex aigu. — Caractérisée par de petites papules rouges, juxtaposées sur une région plus ou moins étendue, pleines, dures, s'accompagnant de démangeaisons très vives et d'une sensation de chaleur qui s'exaspèrent la nuit par la chaleur du lit, cette éruption survient surtout au printemps ou pendant Tété, le plus souvent sans phénomènes généraux. Le sommet de chaque papule est souvent «xcorié et présente une petite croûte brunâtre. La durée en est de trois ou quatre jours, au bout desquels la lésion pâlit, s'affaisse et se termine par une légère desquamation ; mais, comme il y a des poussées successives de papules, la maladie peut durer deux, trois septénaires el même plus. Chez les sujets âgés ou débiles, les papules présentent parfois une teinte ecchymotique [lichen lividus). Le lichen simplex aigu offre de très grandes analogies avec le strophulus simplex de la première enfance, considéré par Vidal comme un lichen simplex aigu.

Lichen simplex chronique. — Les papules, au lieu de durer trois ou quatre jours, persistent pendant un temps indéterminé; elles sont d'un rose pâle ou incolores, elles forment, par leur réunion, des plaques plus ou moins étendues. Sur ces plaques, les papules les plus volumineuses sont au centre ; à la périphérie on constate seulement une sorte d'infiltration diffuse, se confondant avec la peau saine, qui donne aux téguments un épaississemcnt, une induration, une sécheresse persistant même après la guérison, et tels que les plis et les sillons naturels de la peau deviennent plus apparents. Cette éruption de papules se produit par poussées successives, pendant plusieurs mois, et même plusieurs années. Les démangeaisons sont très vives, mais elles sont encore plus intenses dans une variété de cette maladie connue sous le nom de lichen agrius. Cette variété, de durée parfois très longue, est caractérisée par des papules d'un rouge vif, reposant sur un fond érythémateux, qui sont le siège de démangeaisons très vives, accrues par la chaleur, surtout par la chaleur du lit; ces démangeaisons portent les malades à se gratter avec fureur, avec les ongles ou avec les objets durs qu'ils trouvent à leur portée, et font que les papules sontexcoriées,saignantesetrecouverlesdecroûtelles brunâtres. On observe en outre, principalement aux plis articulaires, des fissures douloureuses.

ÉTIOLOGIE. — Le lichen simplex, manifestation de l'arthritisme, reconnaît les mêmes causes diathésiques que l'eczéma. Les sujets arthritiques, à tempérament nerveux, sont plutôt atteints de lichen que d'eczéma. Les excès de table, les excès alcooliques, certaines irritations peuvent provoquer le lichen, mais ces causes n'agissent que sur des sujets prédisposés. Les éruptions papuleuses d'origine médicamenteuse ou d'origine exclusivement externe ne sont pas des lichens, mais des éruptions lichénoïdes.

DIAGNOSTIC. — Inutile d'insister sur le diagnostic du lichen avec l'eczéma, l'un est une aiîection papuleuse, tandis que l'autre est vésiculeux. Le lichen simplex peut être confondu avec la gale, mais celle-ci, rarement uniquement papuleuse, est ordinairement polymorphe; les papules sont accompagnées de sillons siégeant surtout aux espaces interdigitaux, etc., et renfermant des acares. Le prurigo chronique se distinguera du lichen par ses papules bien isolées, très prurigineuses, excoriées par le grattage et recouvertes d'une croûtelle sanguinolente. La syphilide papuleuse, formée de papules petites, acuminées, ressemble au lichen simplex; mais les papules syphilitiques sont d'un rouge cuivré, et il n'y a ni inflammation ni prurit.

PRONOSTIC. — Le lichen aigu est une dermatose sans gravité, tandis que le lichen chronique est une affection tenace comme l'eczéma.

TRAITEMENT. — Dans le lichen aigu on prescrira des laxatifs, des bains d'amidon et l'application de poudres inertes. Dans le lichen chronique, on emploiera la même médication interne que dans l'eczéma. Quant à l'arsenic, il ne sera pas prescrit dans le lichen aigu, mais dans les formes invétérées du lichen chronique, jamais dans les poussées aiguës. Pour calmer l'état nerveux et les démangeaisons, on ordonnera des douches tièdesà35° sur la colonne vertébrale (Jacquet) ; on pourra également employer les antispasmodiques, les préparations de valériane, etc. A l'extérieur, on calmera les démangeaisons à l'aide d'une solution chaude de sublimé (20 centigr. pour 250 gr. d'eau), on poudrera par-dessus avec des poudres inertes. On emploiera aussi avec avantage la pommade mentholée à 1/100. Mais, dès que l'intlammation sera calmée, il faudra recourir à la pommade salicylée à 1 ou 2 p. 100 ou à l'huile de cade soit mitigée, soit pure, suivant l'étendue et l'état des surfaces à traiter. Les eaux minérales sédatives, comme Néris, pourront rendre quelques services.

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