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MALADIES DES GLANDES SÉBACÉES ET DES FOLLICULES PILEUX

SÉBORRHÉE.

Elle doit être distinguée en séborrhée fluente et en séborrhée croûleuse, suivant que la matière sébacée reste à l'état liquide ou se concrète sur la surface des téguments. Ces deux formes peuvent d'ailleurs se rencontrer sur le même sujet (1).

SÉBORRHÉE FLUENTE.

DESCRIPTION. — Elle est due à une hypersécrétion des glandes sébacées. Unna prétend qu'elle dépend autant d'un vice de sécrétion des glandes sudoripares que d'une hypersécrétion sébacée ; l'eczéma séborrhéique nous a montré dans une certaine mesure la vérité de cette assertion.

Elle est caractérisée par un écoulement incessant de matière sébacée à la surface delà peau, qui se recouvre d'une couche graisseuse, quelquefois grisâtre, due au mélange de cette matière avec les poussières atmosphériques. Si on enlève cette couche graisseuse, on voit

(l) Voy. E. Gaucher. Leçons sur les maladies de la peau, 1895.

SEBORRHEE CONCRETE. — DESCRIPTION. 793

que la surface cutanée est normale, quelquefois à peine rouge, mais, des orifices glandulaires béants, on voit sourdre la matière sébacée, qui présente une odeur fade, devenant fétide dans les formes généralisées et intenses. La peau n'est le siège d'aucune cuisson, d'aucun prurit. La séborrhée fluenle a pour siège de prédilection la face, le pourtour des ailes du nez, les joues, le front; on l'observe aussi sur la région sternale, dans le dos, sur les membres et aux parties génitales ; dans quelques cas rares, elle se généralise à toute la surface du corps. Au microscope, la matière sébacée présente des cellules épithéliales déformées, des granulations graisseuses et des cristaux de cholestérine. C'est une affection peu grave, mais très rebelle, qui résiste parfois à tout traitement.

ÉTIOLOGIE. — Elle est la môme que celle des acnés; nous l'étudierons plus loin. Deux causes spéciales de séborrhée fluente généralisée ont été signalées par Hillairet : 1" la syphilis; dans certains cas de syphilis secondaire on a vu une sél)orrhée généralisée assurément d'origine syphilitique, puisqu'elle guérissait sous l'influence du traitement spécifique; 2» l'influence du système nerveux. Hillairet a rapporté un cas de séborrhée qui était sous la dépendance d'une congestion passagère de la moelle épinière avec paralysie des quatre membres et qui guérit avec l'affection nerveuse.

DIAGNOSTIC. — Il est très facile ; quelquefois on observe la séborrhée fluente en même temps que la séborrhée concrète, que nous étudierons ci-après.

TRAITEMENT. — On fera, sur les parties atteintes, des lotions avec une solution de bicarbonate de soude ou la solution de borax et d'éther (Hillairet). On lavera ces parties avec de l'eau très chaude. On usera ensuite des lotions astringentes : solutions de tannin, d'alunouderésorcine à 1 ou 2 p. 100. Quelque soit le topique employé, il faut le prescrire toujours en lotion, jamais en pommade, ni incorporé à l'huile.

SÉBORRHÉE CONCRÈTE.

DESCRIPTION. — Dite encore séborrhée croùteuse, elle résulte de la concrétion de la matière sébacée mélangée avec les poussières de l'air [seborrhea nigricans). Les croûtes, molles ordinairement, même quand elle sont sèches, peuvent être écrasées entre les doigts. Elles tachent le papier de soie d'une tache grasse caractéristique, que ne produisent pas les croûtes eczémateuses.

Ces croûtes sont formées par un mélange de matière sébacée et de squames épidermiques. La séborrhée concrète peut siéger sur le cuir chevelu ; là les croûtes adhèrent aux cheveux qui les repoussent et les entraînent avec eux en se développant; quand la maladie

(Jure depuis quelque temps, les cheveux tombent partiellement. Sur les parties glabres, l'adhérence des croûtes est plus intime à la surface de la peau ; ces croûtes envoient des prolongements dans les orifices des glandes. Au-dessous des croûtes, qui s'enlèvent d'ailleurs non sans occasionner une légère douleur, la peau est le plus souvent normale, parfois un peu rouge, un peu tuméfiée; la congestion de la peau dépasse quelquefois les limites des croûtes et les tissus sont légèrement épaissis autour d'elles. Les autres sièges de prédilection de la séborrhée croûteuse sont : le nez, les joues, le front, les sourcils, le pavillon, des oreilles, les parties occupées par la barbe, les plis articulaires, les organes génitaux, où la séborrhée peut être suivie d'érosions douloureuses avec suintement purulent. L'affection se présente sous l'aspect de plaques d'étendue variable, occupant parfois d'assez grandes surfaces ; chez certaines personnes on peut voir, surtout chez des jeunes filles, toute la figure couverte d'un masque croûteux, qui se reproduit quand on a enlevé les croûtes.

Enduit foetal. — Variété de séborrhée généralisée composée de débris des cellules de l'épiderme et des glandes sébacées beaucoup plus que de matière sébacée elle-même. Les croûtes du cuir chevelu des nouveau-nés, désignées vulgairement sous le nom de croûtes de lait, doivent être rattachées à la séborrhée concrète.

Enfin mentionnons deux variétés de séborrhée localisée : Vacné sébacée partielle et les verrues séborrhéiques des vieillards.

Acné sébacée partielle ou Séborrhée partielle des vieillards. — Affection observée à la fin de l'âge adulte et surtout dans la vieillesse, constituée par une petite plaque croûteuse, limitée par des bords nets, siégeant à la face et surtout aux tempes, sur le nez, sur les joues. Ordinairement il n'y a qu'une plaque unique, quelquefois plusieurs plaques disséminées. Au bout de quelque temps, la croûte tombe ou le malade l'enlève par le grattage; on voit alors la peau, située au-dessous d'elle, rouge, huileuse. Cette croûte présente à sa base des prolongements qui pénètrent dans les orifices dilatés des glandes sébacées ; elle se renouvelle sans cesse, à mesure qu'elle tombe. Dans les cas heureux, mais rares, elle finit par ne plus se reproduire et à sa place se fait une sorte de dépression cicatricielle atrophique. Le plus souvent la plaque s'étend et, au-dessous d'elle, la peau est rouge, friable et saigne à la moindre écorchure ; c'est le premier degré de la transformation de la séborrhée partielle en épithélioma. Quelque temps après, lorsque la croûte est arrachée, on voit, à ce niveau, la peau ulcérée, bourgeonnante, présentant tous les caractères du cancroïde. Cette transformation en épithélioma se fait spontanément ou sous l'influence d'une irritation cutanée quelconque, telle que grattage, application de pommades ou de caustiques insuffisants, qui irritent la lésion au lieu de la détruire.

COMÉDONS. — DESCRIPTION. 795

VnRRUES SÉBORRHÉIQUES DES VIEILLARDS. — Ce sont des papillomes aplatis, à peine saillants, observés sur le clos des mains et sur la figure de certains vieillards, qui se présentent sous forme de taches grisâtres, recouvertes d'un enduit séborrhéique très adhérent. Ce sont des lésions torpides, sans importance.

DIAGNOSTIC. — On diagnostiquera facilement la séborrhée concrète de l'eczéma séborrhéique parla nature grasse de ses croûtes et par l'absence d'éruption sous-jacente. Dans l'eczéma simple les croûtes sont sèches, lamelleuses et précédées de suintement. Dans l'impétigo, elles sont jaunes, melliformes, accompagnées de pustules. Dans le pityriasis simplex capitis, les squames sont sèches, mais souvent il y a des petites croûtes de séborrhée concrète. A la face, la séborrhée croûteuse ne sera pas confondue avec le lupus acnéique; celui-ci est formé par une plaque rouge, dure, violacée, recouverte d'une couche squameuse, sèche, adhérente, présentant quelques poinls cicatrisés, entourée de petits tubercules rosés.

TRAITEMENT. — On fera d'abord ramollir les croûtes à l'aide de cataplasmes d'amidon ou de compresses émollientes. On dissoudra la matière grasse qui recouvre la peau avec la décoction de bois de Panama, les solutions de borax et d'éther ou de bicarbonate de soude. On fera ensuite des applications irritantes avec la lotion soufrée, la lotion sulfureuse, ou la solution alcoolique de naphtol à 1 p. "200 ou 1 p. 100, ou encore celle de résorcinc à 5 ou 10 p. 100.

Dans l'acné sébacée partielle, la solution saturée de chlorate de potasse en compresses donne d'excellents résultats ; de môme la pommade au chlorate de potasse (10 gr. de sel pour 30 gr. de vaseline). Les compresses seront renouvelées fréquemment et la pommade appliquée en permanence. Au cas où l'acné dégénérerait en cancroïde, consulter l'article Epithélioma (Voy. p. 893).

On pourra recourir aux eaux de Saint-Honoré, de Luchon, de Barèges, de Louèche, soit en bains, soit en douches locales.

COMEDONS.

DESCRIPTION. — Lésion de sécrétion résultant d'un vice mal connu des glandes sébacées et de la rétention de la matière sébacée dans ces glandesel dans leurs conduits excréteurs. Les comédons ont l'aspectde points noirs (acné punclaia), siégeant.^ l'orifice des glandes; leur couleur est due au mélange du sébum avec les poussières ambiantes. Si on presse entre les ongles des pouces la base de la glande, on fait sortir par l'orifice glandulaire un filament blanchAtre, mou, formé de matière sébacée dans lequel le microscope a décelé la présence d'un animalcule, décrit d'abord par Simon (de Berlin) et ensuite par

Moquin-Tandon, qui lui a donné le nom de Demodex folliculoriim\ c'est un arachnide qui ne joue aucun rôle étiologique dans la production du comédon, contrairement à la croyance ancienne; on l'a trouvé sur la peau normale. Ces productions siègent surtout au front, sur les ailes du nez, parfois en si grand nombre que la peau du visage semble criblée de grains de poudre. On les observe encore sur les épaules, le dos, la région stcrnale,le pavillon de l'oreille, dans la conque auditive ; parfois sur les bras et même sur le pénis. L'affection n'occasionne ni prurit ni cuisson, aucun trouble fonctionnel, mais elle constitue une difformité gênante, surtout lorsqu'elle est confluente. Le comédon peut s'enflammer et suppurer pour constituer l'acné pustuleuse, que nous étudierons plus loin. Enfin les comédons coexistent parfois avec les séborrhées fluente ou croûteuse qui dépendent aussi de vices de sécrétion des glandes sébacées.

Quelques auteurs anglais ont décrit une forme spéciale de comédons propre aux garçons au-dessous de quinze ans, caractérisée par la réunion de points noirs confluents sous forme de plaques arrondies, siégeant sur le front, les tempes ou les joues (1).

ÉTIOLOGIE. — Elle n'est pas très bien connue, toutefois on observe principalement le comédon chez les sujets lymphatiques. La cause, comme celle de l'acné pustuleuse, doit être cherchée dans un trouble du fonctionnement des voies digeslives et surtout dans la digestion imparfaite des matières grasses ingérées.

TRAITEMENT. — Il faut traiter d'abord les troubles digestifs, supprimer les fermentations gastro-intestinales à l'aide de cachets antiseptiques, restreindre les graisses dans l'alimentation ; on pourra essayer la pancréatine pour faire digérer les matières grasses. Localement on videra les follicules au moyen de pressions exercées sur la base de la glande à l'aide des ongles, ou d'une clef de montre, ou encore du Comedonquetsc-her de Hebra (petit tube creux qu'on applique au-dessus du comédon) ; on fait sortir celui-ci en pressant brusquement dessus. Si les comédons sont confluents, cette sorte d'énucléation est presque impraticable; aussi chercliera-l-on à dissoudre la matière grasse à l'aide de savonnages faits avec de l'eau chaude, à l'aide de la lotion alcaline au bicarbonate de soude, de la lotion au borax et à l'éther.

Unna emploie la préparation suivante : acide acétique, 2 gr. ; glycérine, 3 gr. ; kaolin, 4 gr. ; qu'il applique malin et soir sur les comédons, après quoi il presse sur chacun d'eux. II faudra toujours rejeter les pommades. On pourra ordonner aussi des douches locales avec des eaux sulfureuses chaudes ou des eaux thermales

(1) Voy. E. Gavchiîu. Leçons sur les maladies de la peau, 1895.

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