ACNÉ CORNÉE VÉGÉTANTE. — DESCRIPTION
des années, si un traitement convenable ne vient la modifier (1). >> La lésion paraît siéger dans le goulot du follicule pilo-sébacé, dont l'épiderme corné est considérablement épaissi. Les poils, inclus dans le bouchon, s'atrophient. (Vidal et Leloir.)
DIAGNOSTIC. — On ne confondra pas l'acné cornée avec la kératose pilaire, qui remonte à l'enfance et dont les sièges d'élection sont la face postérieure des bras et la face antéro-externe des cuisses. Le pityriasis rubra pilaire se reconnaîtra à ses saillies traversées par un poil, recouvertes d'une squame sèche, assez adhérente, situées sur un fond érythémateux, et à sa desquamation pityriasique plus ou moins généralisée, mais surtout marquée à la face, au cuir chevelu et aux régions palmaire et plantaire. Nous ferons plus loin le dia gnostic de l'acné cornée ordinaire et de l'acné cornée végétante.
TRAITEMENT. — Hardy a obtenu des guérisons de cette dermatose à l'aide de bains, suivis de l'application, matin et soir, de la pommade suivante : iodure de mercure, 25 centigr. ; axonge, 30 grammes.
ACNÉ CORNÉE VÉGÉTANTE.
DESCRIPTION. — C'est une forme spéciale d'acné cornée, qui a été décrite jadis par Lutz sous le nom d'hypertrophie générale du système sébacé. Darier, croyant qu'elle était due à des parasites (psorospermies), avait décrit de nouveau cette affection sous le nom de psorospermose folliculaire végétante. L'acné cornée végétante débute par de petites croûtes dures, du volume d'une tête d'épingle, siégeant à l'orifice des follicules; d'abord de la coloration de la peau voisine, ces croûtes deviennent grises, brunes, même noirâtres ; elles sont très adhérentes et comme enchâssées dans une dépression infundibuliforme qui correspond à l'orifice dilaté d'un follicule pilo-sébacé. Le sommet de quelques-unes de ces croûtes est parfois excorié par le grattage et présente une teinte hémorragique. Ces éléments, d'abord isolés, deviennent bientôt confluents et constituent des plaques plus ou moins étendues, donnant à la main la sensation de râpe. Les régions inguinales, les flancs, la région épigastrique, les hypocondres, la région préstcrnale, la face, le cuir chevelu, le dos et les membres, particulièrement au niveau des plis articulaires, sont leurs sièges de prédilection. Dans une période plus avancée, le revêtement corné est remplacé par des excroissances papillomateuses rougeâtres, pressées les unes contre les autres, de la dimension d'un gros pois et même plus, cratériformes, à pertuis central ; par la pression on fait sourdre des orifices de la matière sébacée pure ou mélangée à du pus, d'une odeur très fétide. Cette transformation s'observe surtout
(1) Habdy, Leçons sur les maladies de la peau, 2» édit., 1863, p. 108.
aux aines. L'acné cornée végétante n'occasionne aucun trouble fonctionnel, mais elle est d'un pronostic sévère à cause de la ténacité des lésions et de l'insuccès des moyens de traitement.
DIAGNOSTIC. — Cette affection, lorsqu'elle n'est encore constituée que par des éléments cornés, peut être confondue avec l'acné cornée ordinaire ; mais, dans l'acné végétante, les éléments cornés sont moins allongés et à base plus large , le diagnostic ne se fera réellement que par la présence des corps ronds décrits par Darier. A la période des excroissances papillomateuses, le diagnostic est des plus aisés. Le molluscum contagiosum est rarement aussi généralisé ; les éléments du molluscum ne sont pas formés par des saillies cornées, mais par de petites tumeurs ombiliquées, semblables à des perles; à la période de végétation, la confusion est impossible.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — L'acné cornée végétante est une sorte de kératinisation des follicules pilo-sébacés. D'après Darier, si on dissocie un des petits bouchons cornés dans la potasse et qu'on le colore avec une solution d'iode iodurée, on trouve dans la partie profonde, plus molle, de ce bouchon, des corps ronds avec une mince membrane kystique et une masse nucléaire ; ces corps sont tantôt libres, tantôt compris dans l'intérieur de cellules épithéliales dont ils refoulent le noyau. Darier croyait que ces corps ronds étaient des parasites, des psorospermies, et qu'ils étaient la cause de la maladie. Dans le stade de végétation, rorifice du follicule est dilaté au point de former une cavité kystique, du fond de laquelle partent des excroissances, formées d'un axe de tissu conjonctif provenant du derme et recouvertes de cellules épithéliales. Au milieu de ces cellules et parmi celles de la cavité folliculaire, on trouve une quantité de corps ronds. L'interprétation de Darier avait été très contestée, surtout par Bœck (de Christiania) et Tôrôk (de Buda-Pesth) qui considéraient les psorospermies non comme des parasites, mais comme le produit d'une dégénérescence cellulaire particulière. Récemment Darier a reconnu son erreur et s'est rattaché à l'opinion de ses contradicteurs. La maladie ne semble pas contagieuse : témoin un cas où la lésion ne se transmit pas à la femme d'un des malades après des années de lit commun. Les tentatives d'inoculation sont restées infructueuses.
TRAITEMENT. — On ramollira les productions cornées à l'aide de bains fréquemmentrépétés, précédés de frictions avec un mélange de savon noir (2 parties) et d'alcool (1 partie); puis on fera des onctions avec une pommade salicylée ou soufrée. Les poudres absorbantes, magnésie calcinée, dermatol, seront utiles pour combattre le suintement. Les enveloppements humides sont mal supportés, les mercuriaux n'ont pas donné de résultats favorables.
KERATOSE PILAIRE. — DESCRIPTION. «13
KÉRATOSE PILAIRE (l).
DESCRIPTION. — Affection caractérisée par la formation d'élevures sèches, cornées, situées au niveau des orifices des follicules pileux. On en distingue deux variétés : l°la kératose blanche; 2° la kératose rouge, suivant que les élevures sont d'un blanc grisâtre ou d'une teinte rosée, rouge vif pouvant aller jusqu'au rouge bleuâtre. La kératose blanche siège sur le tronc et les membres et la kératose rouge prédomine à la face.
KÉRATOSE DU TRONC ET DES MEMBRES. — Elle cst conslituéc par des élevures papuleuses, delà grosseur d'une tête d'épingle, développées au niveau des follicules pileux; ceux-ci présentent un sommet acuminé ou émoussé et donnent à la main la sensation de râpe. Quelquefois cette lésion est remplacée par une accumulation de squames épidermiques dans les follicules. La coloration des éléments est d'un blanc mat, quelquefois d'un brun noirâtre, plus rarement rosée; à côté des papules existent des points blanchâtres, semblables à des cicatricules, qui sont des éléments en voie de régression. Le poil est parfois complètement détruit, quelquefois cassé au niveau de l'ouverture du follicule et marqué seulement par un point noir, ou bien aminci, enroulé sur lui-même sous les squames, dans l'intérieur du follicule ; il se déroule quand on gratte le cône épidermique. La kératose siège particulièrement à la face externe et postérieure des bras dans la région deltoïdienne, où elle gêne beaucoup pour le décolleiage, à la face postérieure des avant-bras, sur les faces externe et postérieure des cuisses, sur les mollets, les fesses, autour des genoux et des coudes, sur les parties latérales de l'abdomen. Les régions épargnées sont le milieu du tronc, les aisselles, les régions palmaire et plantaire, les plis inguino-cruraux et ano-génitaux, les plis de flexion des membres.
Les phénomènes subjectifs sont peu marqués et consistent plutôt en picotements qu'en démangeaisons véritables.
Kératose de la face. — Caractérisée par de très petites saillies, appréciables surtout au toucher, acuminées, avec un poil de duvet au centre, et entourées d'une auréole rouge. Les auréoles inflammatoires des follicules voisins se fondent les unes avec les autres et constituent des plaques rouges, rugueuses, plus ou moins étendues, occupant particulièrement certaines régions. Sur les limites de chaque plaque les élevures s'atténuent et la coloration diminue. La rougeur des plaques, uniforme ou constituée par des dilatations vasculaires, s'efface par la pression, mais s'exagère par le frottement, les émo-
(1) Anciennement « lichen pilaire ». Voy. Hillairet et GAucHEn, Traité des maladies de la peau, 1884.
lions. Au milieu des plaques s'observent des points blanchâtres, déprimés, sans poils; ce sont des follicules atrophiés. Cette kératose siège de préférence sur le front, où elle forme deux plaques rouges symétriquement placées sur la région sourcilière, occupant la totalité du sourcil, ou le tiers externe, ou le tiers interne. Elle est toujours accompagnée d'un certain degré d'alopécie; les poils sont rares, déviés et souvent remplacés par des taches blanches atrophiques. L'espace intersourcilier, la partie supérieure du menton, les oreilles sont moins fréquemment atteints. Ses autres lieux de prédilection sont les joues, les régions maxillaire inférieure et préauriculaire. Elle peut envahir toute la région de la barbe. On observe quelquefois des altérations des ongles qui deviennent plus secs, plus cassants et des lésions du cuir chevelu. D'après Brocq (1), il y aurait quatre variétés de lésions du cuir chevelu : 1" les cheveux sont entourés à leur base d'implantation d'une petite saillie rouge et sont atteints d'aplasie moniliforme (2) ; 2° il existe de l'alopécie constituée par de petites plaques irrégulières, au niveau desquelles le derme est d'un blanc plus ou moins mat, comme cicatriciel, et présentant parfois dans leur voisinage des points parsemés de petites papules rosées circumpilaires; 3" le processus morbide dépilant est plus marqué ; 4° ce processus cicatriciel est au contraire réduit à son minimum avec coïncidence d'une desquamation sèche plus ou moins accentuée du cuir chevelu, ou d'une véritable séborrhée.
La kératose pilaire, toujours chronique, rebelle au traitement, disgracieuse quand elle siège au visage, aux bras, surtout pour les femmes qui veulent se décolleter, tend à disparaître à mesure que l'on avance en âge, mais elle laisse des points cicatriciels et de l'alopécie partielle.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — La lésion débute dans la gaine du poil et autour d'elle; elle atteint là son maximum de développement. Chaque follicule pileux est plongé au milieu d'un amas de cellules fibro-plastiques et de noyaux embryonnaires. Dans l'intervalle des follicules, le derme est également infiltré de cellules embryon naires. A un degré extrême, les follicules pileux sont atrophiés; d'après Lemoine les glandes sébacées ont souvent disparu au milieu de cette production exagérée de tissu cellulaire. La masse cornée, située dans l'infundibulum folliculaire, est composée de stratifications épidermiques disposées autour du poil.
ETIOLOGIE. — La kératose s'observe surtout chez les sujets lymphatiques, particulièrement chez la femme. Elle semble être héréditaire.
(1) Brocq, Communication au Congrès dermatologique de Vienne de 1892 {Ann. de dermat., 1892, p. 1197).
(2) L'aplasie moniliforme ne coïncide pas toujours avec la kératose pilaire.
ADÉNOMES SÉBACÉS. — DESCRTPTION, 815
Fréquente aux membres, elle se montre de deux ans et demi à vin^t ans; elle augmente vers la puberté. Quelques auteurs en font une variété d'ichtyose [ichtyose ansérine). Il est vrai qu'elle se complique souvent de xérodermie et parfois d'ichtyose, mais, néanmoins, les lésions sont toujours distinctes les unes des autres.
DIAGNOSTIC. — On ne confondra pas la kératose avec le lichen simplex chronique ni avec le pityriasis rubra pilaire, qui oITre une certaine ressemblance avec elle, mais qui en diffère par ses grandes plaques rouges squameuses, la desquamation abondante de la face palmaire des mains et du cuir chevelu. La kératose rouge de la face se distinguera facilement de la couperose et du lupus érythcnialeux; celle du cuir chevelu et de la barbe sera différenciée de la pelade (1).
TRAITEMENT. — Chez les sujets lymphatiques on prescrira l'huile de foie de morue, l'arsenic, les préparations iodées. Localement, on savonnera, dans un bain, les parties atteintes avec un savon salicylé, puis on appliquera une pommade ou un emplâtre salicylé. Dans la kératose de la face, plus rebelle, on recouvrira les points malades avec l'emplâtre suivant : savon noir, 40 gr. ; acide salicylique, 2 gr. ; acide tartrique, 1 gr. Contre celle du cuir chevelu on appliquera une ou deux fois par semaine une pommade soufrée. Enfin on pourra essayer de détruire les saillies trop marquées des bras avec l'aiguille éleclrolytique ou avec une pointe fine de galvano-cautère, appliquée superficiellement de façon à ne pas laisser de cicatrice.
ADÉNOMES SÉBACÉS.
DESCRIPTION. — Ils ont été bien étudiés par Balzer et Ménétrier (2). Ils siègent à la face et surtout au niveau des sillons nasogéniens, à la base du nez, sur le front, sur le pourtour de la bouche, rarement sur le menton, plus rarement sur le reste du corps. Situés à la face d'une façon symétrique, les adénomes sont constitués par de petites tumeurs du volume d'une tête d'épingle à celui d'un pois. Confluents (aux sillons naso-géniens), ou disséminés (sur les joues, le front, le menton, le pourtour du conduit auditif), ils sont indolents, sessiles, arrondis ou très légèrement acuminés, d'une consistance assez ferme et d'une coloration d'un blanc grisâtre, diflérente de celle de la peau avoisinante, et ressemblent à des grains de sagou cuit. Lorsqu'on les pique, il en sort un liquide incolore. Ils sont quelquefois
(1) M, Morris a décrit sous le nom d'eczéma, folliculorum une dermatose caractérisée par des groupes de petits éicnients analogues à ceux de la kératose pilaire, mais qui se développent à l'âge adulte et dans des régions différentes de celles envahies par la kératose. L'acné kératique de Tcnneson (Voy. Bull, de la Soc. de dermat., mars et avril 1895), ressemble un peu ù cette dermatose. (G, Barue.)
(2) Balzer et MiÎNiÎTniiiii, Arch. de physioL, 1885.
parsemés de points blancs (formations kystiques). Il ne semble pas qu'ils puissent jamais rétrocéder spontanément. Histologiquement ces petites tumeurs sont des épithéliadénomes lobules sébacés bénins, constitués par l'hypertrophie des glandes sébacées, avec dégénères cence kystique par places.
ÉTIOLOGIE. — Elle est peu connue. L'afTection paraît congénitale ou débute dans les premières années de la vie ; on la rencontre parfois sur plusieurs membres d'une même famille. Les femmes y paraissent plus prédisposées que les hommes.
DIAGNOSTIC. — Il est le même que celui de Yépithélioma kystique bénin (1).
TRAITEMENT. — Il faut détruire les tumeurs par le thermocautère ou le galvanocautère.