‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 129 sur 173 · TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SUDORALE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SUDORALE

pagnée de bromhidrose. L'éphidrose peut être encore localisée à toute une moitié du corps.

Bromhidrose. — Elle est probablement due à un changement dans la composition chimique de la sécrétion sudorale ou au séjour de la sueur à la surface de la peau, d'où décomposition des sels à acides gras et mise en liberté de ces derniers, produisant l'odeur particulière que répandent certains malades. (Ch. Robin )

Chromhidrose. — C'est un vice de sécrétion des glandes sudoripares qui donne à la sueur une coloration bleue jaune, verte, noire, rouge; la chromidrose siège d'ordinaire sur les paupières inférieures qui prennent une couleur bleu ardoisé (Leroy de Méricourt), sur la poitrine, l'abdomen, le scrotum, les bras et les pieds. Nous avons observé récemment, à l'hôpital Saint-Louis, un cas de chromhidrose rouge, intermittente, de l'éminence thénar et de la partie antérieure et externe du poignet (Gaucher). La matière colorante sécrétée s'enlève par un frottement assez énergique. On constate fréquemment aux aisselles de certains sujets des sueurs colorées en rouge ou en jaune (leplothrix).

L'hématidrose est plutôt une hémorragie capillaire qu'une sécrétion sudorale, elle s'observe chez les hystériques; le liquide ne renferme pas de globules du sang, mais simplement la matière colorante de celui-ci.

TjRumROsE. — Elle constitue les sueurs urineuses, observées parfois au cours de l'urémie ; l'urée forme un dépôt pulvérulent sur la peau du front, du visage, etc.

AjsumROSE. — On l'observe d'une part dans les eczémas et les psoriasis chroniques, dans la xérodermie pigmentaire de Kaposi, la dermatite exfoliatrice, le pityriasis rubra chronique, l'ichtyose, la kératose pilaire, sur la peau sénile; d'autre part dans le diabète, la tuberculose avec diarrhée chronique, le cancer. Dans toutes ces maladies la peau est s^che, parfois pityriasique.

Contre Vlujperhidrose généralisée on prescrira à l'intérieur l'agaric blanc, le phosphate de chaux, le sulfate d'atropine à la dpse de 1/2 milligramme par jour; localement on fera faire des frictions à l'eau de Cologne ou à l'esprit de lavande. Contre Yéphidrose et la bromhidrose plantaires, on ordonnera malin et soir un bain de pieds dans de l'eau de feuilles de noyer, additionnée d'alun ou de borax; on fera ensuite une lotion à l'alcool, puis on poudrera le pied avec le mélange suivant : acide salicylique 3 parties; amidon, 10 parties; talc, 87 parties; cette poudre compo.sée est analogue à celle qui est employée dans l'armée allemande.

D'autre part on traitera l'obésité, le nervosisme, l'arthritisme, en un mot l'état général du sujet.

Traité de méoecinb. [IL — 52

SUDAMINA. — MILIAIRES.

Éruptions vésiculeuses qui surviennent, dans certains cas, après des sueurs abondantes. Nous ne comprenons pas dans ce groupe la fièvre miliaire ou suette miliaire (1).

ÉTIOLOGIE. — Les éruptions sudorales sont fréquentes dans les maladies aiguës et fébriles (fièvre typhoïde, typhus, scarlatine, rhumatisme articulaire aigu, fièvre puerpérale, tuberculose, etc.) Elles peuvent se montrer aussi chez les sujets bien portants, à la suite de transpirations abondantes.

DESCRIPTION. — On en distingue deux sortes : la miliaire cristalline et la miliaire rouge.

Dans la miliaire cristalline, la peau est couverte de vésicules miliaires {sudamina), de la grosseur d'une tête d'épingle, transparentes, renfermant un liquide clair comme de l'eau de roche. Ces vésicules se réunissent, parfois, par confluence, et forment comme de petitesbulles ; elles siègent surtout sur l'abdomen, la poitrine, les parties latérales du tronc, le cou, les bras et sont rares à la face. Anatomiquement, ce sont de petits kystes formés dans l'épaisseur de la couche cornée de l'épidermc, dus à la dilatation des conduits sudorifères, dont l'orifice est bouché par une couche d'épiderme.

Dans la miliaire rouge on voit se produire aussi, par le même processus pathogénique, de fines vésicules (2), entourées d'une petite auréole congestive, qui donne à la peau un aspect inflammatoire. Si la lésion persiste quelque temps, les vésicules ne sont plus transparentes, mais prennent un aspect louche {miliaire blanche). A un degré plus avancé, elles sont pleines de globules de pus {miliaire jaune), et l'inflammation du derme sous-jacent est plus marquée. Cette forme a été bien étudiée par Renaut (de Lyon).

Les éruptions sudorales débutent parfois par des picotements, des démangeaisons, qui sont surtout marquées dans la miliaire rouge et persistent avec la manifestation cutanée. Les vésicules sont souvent excoriées par le grattage. Leur durée varie entre deux à cinq jours; la miliaire rouge se prolonge parfois plus longtemps à cause de ses poussées successives. Les vésicules se rompent et ne laissent après elles qu'une desquamation furfuracée, qui disparaît rapidement.

DIAGNOSTIC. — On ne confondra pas les miliaires avec l'eczéma, qui n'est jamais aussi généralisé et s'accompagne de la production

(1) Voy. Thoinot, art. Suette miliaire, t. I, de ce Traité de médecine, p. 325.

(2) Souvent les vésicules sont à peine visibles ou manquent totalement ; on est alors en présence de la roséole sudorale, de l'érythème sudoral.

DYSHIDROSE. — PATHOGÉNIE. 819

de squames et de croûtes, qu'on n'observe jamais dans les éruptions sudorales. Le liquide des vésicules eczémateuses est alcalin, celui des éruptions sudorales est acide. Le diagnostic avec certains lichens aigus est plus difficile, mais les éléments de la miliaire sont plus petits, plus serrés, plus éphémères; quand on les pique, il en sort un liquide plus ou moins transparent,

TRAITEMENT. — Dans les sudamina, on saupoudrera tout le corps avec des poudres végétales, amidon ou lycopode ou mieux avec des poudres minérales, talc, sous-nitrate de bismuth, oxyde de zinc; dans la miliaire rouge, on prescrira, en outre, des bains d'amidon ou de son.

DYSHIDROSE.

Affection cutanée caractérisée par une éruption de vésicules, renfermant un liquide limpide, et presque toujours localisée aux extrémités (T. Fox). Elle a aussi été décrite par Hutchinson sous le nom de cheiro-pompholix.

SYMPTOMATOLOGIE. — La maladie est presque toujours précédée de prurit, de cuisson plus ou moins marquée ; puis de petites vésicules se montrent, transparentes, semblables à des grains de sagou cuit, profondément situées sous l'épiderme; elles peuvent atteindre les dimensions d'une lentille. D'abord isolées, elles deviennent confluentes, forment des saillies ovalaires, mais elles ne se rompent jamais. A la longue, elles prennent une teinte jaunâtre. Quand on les pique, il en sort un liquide acide, neutre ou faiblement alcalin, selon les périodes d'évolution de la lésion. Si on n'y touche pas, le liquide se résorbe peu à peu, l'épiderme s'exfolie et tombe, en laissant une surface lisse, rouge, douloureuse. La dyshidrose siège le plus souvent aux mains, dans les espaces interdigitaux et sur les parties latérales des doigts; quelquefois elle soulève tout l'épiderme de la face palmaire des mains, peut gagner leur face dorsale, envahir les bras et même se généraliser à tout le corps, où elle ressemble à une éruption de miliaire ; c'est alors qu'elle peut simuler l'eczéma. On a cité des cas où les pieds étaient pris comme les mains; le visage môme peut être affecté. La maladie dure de dix à quinze jours; mais, dans les cas intenses, elle peut persister plusieurs semaines. Souvent elle récidive.

PATHOGÉNIE. — T. Fox attribue la dyshidrose à la rétention, dans les conduits sudorifères, de la sueur abondamment et rapidement sécrétée. Cette pathogénie paraît vraisemblable, car l'étude microscopique des lésions montre «^ue la vésicule est formée par la dilatation considérable du conduit excréteur d'une glande sudoripare,

dans son passage à travers l'épiderme, dilatation qui produit le soulèvement delà couche cornée.

ÉTIOLOGIE. — L'affection se montre surtout au printemps et en été, chez certains sujets qui transpirent abondamment, parfois chez les dyspeptiques, ou sous l'influence de températures excessives.

DIAGNOSTIC. — Ladyshidrose diffère de l'eczéma par la dimension de ses vésicules ; elle ne s'accompagne pas non plus de suintement séreux ni de croûtes ; cependant elle peut être suivie d'un véritable eczéma. Les sudamina sont plus superficiels, petits, de durée éphémère. L'hidrocystome (A. Robinson) observé surtout à la lace, ne s'en différencie que par le siège plus profond de la dilatation du conduit sudorifère, qui a lieu dans le derme et non dans l'épiderme.

TRAITEMENT. — On calmera les démangeaisons par des bains de son, puis on appliquera une pommade à l'oxyde de zinc. Dans le cas cas d'inflammation vive,, on entourera les parties malades d'ouate imbibée de Uniment oléo-calcaire.

HIDROSADÉNITE SUPPURATIVE.

C'est l'inflammation des glandes sudoripares; elle a été décrite par Barthélémy sous les noms d'acnitis et de folliclis, dénominations qui ne doivent pas être conservées, puisque la lésion ne siège pas dans les follicules sébacés.

ÉTIOLOGIE. — C'est une maladie rare, dont l'étiologie est tout à fait inconnue, et qui a été étudiée récemment par Bronson, Fordyce, PoUitzer. Dubreuilh (1) l'a vue, dans un cas, coïncider avec l'apparition de sueurs exagérées et s'aggraver sous l'influence des chaleurs de l'été.

SYMPTOMATOLOGIE. — La maladie débute par un très petit nodule, gros comme une tête d'épingle ou un grain de mil, dur, indolent, situé à la partie profonde du derme; à la palpation ce nodule donne la sensation d'un grain de plomb enchâssé dans le derme (Dubreuilh). Peu à peu il augmente de volume et soulève la peau sous forme d'une papule rouge, cuivrée, ressemblant tellement à

(1) Dubreuilh, Arch. de méd. exp., janvier 1893. — L'hydrosadénite suppurée a été décrite pour la première fois par Verneuil, qui désignait sous ce nom Vinflammation des glandes sudoripares de l'aisselle, aboutissant aux abcès tubêreux. Nosologiquement, l'hydrosadénite disséminée que nous étudions ici et l'hydrosadénite de l'aisselle constituent deux variétés de la même maladie. Le siège, le volume, l'aspect et l'évolution des lésions diffèrent seuls ; dans les deux cas les lésions siègent dans les glandes sudorioares.

HIDROSADENITE SUPPURATIVE. — TRAITEMENT. 821

certaines syphilides que le diagnostic différentiel est parfois très difficile. Tantôt cette papule est surmontée d'une vésicule, tantôt elle aboutit à la suppuration. Lorsqu'il se forme une vésicule, celle-ci se dessèche, et se recouvre d'une croûte. Si la lésion suppure, on voit apparaître au sommet de la papule un point jaunâtre, dont on peut parfois, par pression, faire sortir un bourbillon. Puis une croûte se forme par la concrétion du suintement qui succède à l'ouverture de l'abcès. La papule s'affaisse peu à peu, la croûte ne tombe que lorsque la cicatrisation est achevée; la cicatrice est toujours apparente. Les lésions sont en général disséminées, quelquefois réunies en placards; elles siègent principalement à la face (oreilles, mâchoire inférieure), sur le cuir chevelu, le cou, les régions lombaires, les membres. Aux membres supérieurs, elles prédominent aux coudes, à la face postérieure des bras, des avant-bras, aux deux faces des poignets, à la face dorsale et surtout à la face palmaire des mains et des doigts; aux membres inférieurs, aux fesses et aux genoux, aux cuisses, aux jambes, aux cous-de-pied, à la face dorsale et à la face plantaire des pieds. Cette localisation aux régions palmaire et plantaire prouve que la lésion siège bien dans les glandes sudoripares et non dans les follicules sébacés qui font totalement défaut dans ces régions.

Dans certains cas, les lésions prédominent soit à la tête {acnitis de Barthélémy), soit aux membres [folliclis). L'éruption se fait d'une façon continue, sans phénomènes généraux bien marqués; la durée de la maladie est longue, de six mois à un an et même davantage.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — D'après Dubreuilh, on remarque au début une infiltration de cellules embryonnaires entre les anses glomérulaires des glandes sudoripares ; les cellules glandulaires prolifèrent et se déforment. La lésion se propage au conduit excréteur des glandes ; celui-ci est accompagné d'une traînée d'élément embryonnaires et présente aussi des altérations parenchymateuses caractérisées par la multiplication des cellules épithéliales. A l'orifice du conduit il y a des altérations de la couche papillaire et de l'épiderme. Les vaisseaux sanguins sont entourés d'une gaîne de cellules rondes.

DIAGNOSTIC. — On a surtout confondu cette affection avec les folliculites et avec l'acné pilaire cicatricielle ; celle-ci siège surtout à la face et à la partie antérieure de la poitrine, débute par une papule au centre de laquelle on trouve un poil, disposition qui ne s'observe jamais dans l'hidrosadénite.

TRAITEMENT. — Palliatif, il consistera surtout en bains et en applications émoUientes, en enveloppements humides boriques.

Page 1