PELADE
DESCRIPTION. — Forme d'alopécie du cuir chevelu et de la barbe, caractérisée le plus souvent par des plaques arrondies, lisses, dénudées et complètement glabres {alopécie en aires).
La pelade débute par de légères démangeaisons sur le point qui doit être atteint. En cet endroit les cheveux sont secs, ternes et s'arrachent facilement. Très rapidement, en quelques jours le plus souvent, les cheveux tombent et laissent alors une plaque dénudée. A ce moment on constate une ou plusieurs plaques arrondies ou ovalaires, dépourvues complètement de poils. Tout au plus, dans quelques cas, existe-t-il encore quelques cheveux minces, atrophiés et s'arrachant facilement. Sur ces plaques la peau est lisse, souvent brillante, luisante comme de l'ivoire, légèrement déprimée à sa partie centrale. Dans d'autres cas, surtout au début, elle est un peu tuméfiée, presque œdémateuse. Souvent elle est d'un blanc laiteux {pelade achromateiise). Les plaques ont de 1 à 10 centimètres de diamètre ; quelquefois il n'y a qu'une seule plaque, dans d'autres cas il y en a plusieurs ; celles-ci peuvent se réunir et former alors une surface étendue à bords polycyliques. Le cuir chevelu peut être totalement envahi et complètement dénudé {pelade décalvante). C'est à tort que Bazin a voulu faire de cette forme décalvante une variété spéciale de pelade.
La maladie peut envahir la barbe, les sourcils, les cils; s'étendre à la région antérieure de la poitrine, aux aisselles, au pubis; dans certains cas tous les poils de la surface du corps tombent. A côté de ces formes généralisées, on peut observer la pelade de la barbe en plaques limitées, présentant les mêmes caractères que celle du cuir chevelu.
En examinant une pxaque peladique, on constate que les cheveux, secs, légèrement atrophiés, peuvent s'arracher dans leur totalité. Ils ne présentent donc pas la friabilité des cheveux trichophytiques, ils ne s'écrasent pas comme ces derniers. Au microscope, le cheveu se montre aminci, réguhèrement atrophié, décoloré, surtout vers l'extrémité radiculaire qui est effilée ou irrégulière (cheveu massue de Sabouraud). Au centre du poil on voit tantôt des grains brunâtres allongés selon l'axe du cheveu (Lailler), tantôt des bulles d'air nombreuses, occupant la moelle du poil qui a complètement disparu. L'extrémité libre du cheveu n'est pas cassée nettement, mais subdivisée en plusieurs fibrilles. Dans ce poil ainsi altéré ou à sa surface, on ne trouve jamais de parasites d'aucune sorte. Parfois, le cheveu peladique est cassant comme le cheveu trichophytique, et alors la
plaque peladique présente un peu l'aspect de la plaque de tondante {pelade pseudo-tondante de Lailler).
L'affection peut ne pas se borner aux poils et atteindre les ongles (R. Crocker, Arnozan, Gaucher), qui sont fendillés, couverts de stries et s'exfolient facilement.
MARCHE. — L'évolution est parfois très rapide, les plaques s'étendent très vite et se réunissent par confluence; dans d'autres cas, on observe une seule plaque ou un petit nombre de plaques stationnaires. Parfois apparaissent successivement des plaques nouvelles. La durée de la maladie peut atteindre plusieurs mois ; au bout d'un certain temps, les plaques se recouvrent d'une sorte de duvet, puis de poils follets ; la peau reprend sa coloration normale ; les nouveaux cheveux, d'abord [presque décolorés, prennent peu à peu la teinte des autres, enfin ils deviennent plus forts et plus adhérents ; parfois ils peuvent rester définitivement blancs et demeurer plus rares qu'auparavant.
Dans quelques cas, quand la pelade n'a pas été traitée ou même quand elle a été traitée, on voit persister des plaques d'alopécie définitive. Enfin, même dans les cas de guérison, il faut s'attendre à voir des récidives survenir au bout d'une année et même de deux années.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — L'épiderme, le derme, les glandes cutanées paraissent intacts. Il y a seulement de l'achromie du corps muqueuxet un peu d'infiltration embryonnaire du derme les follicules pileux, au contraire, la papille pilaire surtout, sont atrophiés et ne renferment aucune trace de poil. Parfois ils contiennent encore un poil rudimentaire, mais qui n'atteint pas l'orifice du follicule. (Balzer.)
Parasites de la pelade. — En 1843, Griiby décrivit un cryptogame qu'il appela Microsporon Audouini; celui-ci produit une maladie du cuir chevelu, qu'il dénomma /)or/7^o decalvans ou phyto-alopécie. Or, en 1813, Bateman avait donné ce nom de porrigo decalvans à ce que nous appelons aujourd'hui pelade ; de là l'erreur qui se perpétua pendant près d'un demi-siècle, que le Microsporon Audouini était le parasite de la pelade (Sabouraud). Nous verrons que le Microsporon produit une teigne spéciale, la tondante à petites spores.
En 1874, Malassez et, après lui, Courréges découvrirent un parasite constitué par des groupes de spores rondes ou ovoïdes, siégeant sur les pellicules épidermiques, mais non dans les cheveux, ni sur les cheveux. Il est prouvé que ces spores ne jouent aucun rôle dans la pelade. Vaillard et Vincent ont découvert un microcoque, dontlesamas seraient accumulés entre le bulbe du poil et la paroi du follicule pileux; mais la spécificité de ce microbe n'est pas prouvée davantage. Sabouraud a trouvé récemment un nouveau parasite de la pelade. D'après lui, la phase initiale seule de la pelade vulgaire se montre microbienne. Dans la pelade décalvante, l'infection est permanente. Presque tous les follicules sont infectés de microbes appartenant à une seule espèce, qui
sont enclavés dans une sorte de matière cornée occupant le 1/3 supérieur du follicule (utricule peladique). Ces microbes sont des bacilles de 1 /3 de [j. de large et d'un demi à un (i de longueur. Il est impossible d'affirmer qu'ils constituent le parasite de la pelade, jusqu'à ce qu'on ait trouvé une méthode de culture qui rende ses inoculations faciles (1).
ÉTIOLOGIE. — On a observé des épidémies de pelade dans les casernes, les collèges. La maladie peut être propagée par des objets de toilette, des coiffures, des oreillers et, à cet égard, il y a des faits tout à fait concluants. Mais à côté d'eux, d'autres semblent plaider contre la nature contagieuse de la pelade. On a vu, par exemple, dans un ménage, un mari ou une femme atteint de pelade ne pas communiquer la maladie à son conjoint, bien que celui-ci ne prît d'ailleurs aucune précaution. L'observation journalière montre d'autre part l'influence prépondérante du tempérament nerveux sur le développement de cette alopécie ; la pelade apparaît parfois à la suite d'une émotion vive, d'un excès de travail intellectuel, sans que le peladique ait été en contact avec un sujet malade (2). Aussi Hebra et toute l'école allemande considèrent-ils la pelade comme une tropho-névrose.
T. Fox, pour concilier les opinions différentes, admet qu'il y a deux pelades : l'une contagieuse, parasitaire, l'autre d'origine nerveuse [peladoïde de Leloir). Mais il faut reconnaître qu'à l'heure actuelle il est impossible de distinguer la pelade parasitaire de la pelade nerveuse. La présence d'une grande plaque unique au lieu de plusieurs, la symétrie de la lésion sont les seuls caractères qui permettent peut-être de soupçonner la pelade nerveuse.
Cette maladie atteint tous les âges, mais surtout les enfants et les adultes. Elle peut exister chez les chats, les chevaux et se transmettre de ceux-ci à l'homme.
DIAGNOSTIC. — Il est impossible de confondre la pelade avec les cicatrices consécutives aux plaies du crâne : l'aspect et la forme des plaques dénudées suffisent à faire la distinction ; on ne la confondra pas non plus avec les plaques cicatricielles du favus guéri. Elle se différenciera de la tondante par la résistance des cheveux, qui s'arrachent sans se casser; pourtant, dans les cas de pelade pseudo-tondante, ce signe manque et il faudra recourir à l'examen microscopique qui montrera l'absence de spores dans la pelade. Il faut encore distinguer la pelade de l'alopécie consécutive aux maladies aiguës graves (fièvre typhoïde) ; les cheveux tombent alors d'une façon diffuse et non par plaques. L'alopécie de lasyphiHs secondaire aune disposition en clairières (Fournier) ; quelquefois l'alopécie syphilitique est une alopécie en aires et alors le diagnostic ne pourra se faire que par les autres
(1) Sabouraud, Bull, de la Soc. de dermnt., juin 96.
(2) Voy. E. Gaucher, De la non-contaaion de i«i pelade (Bull, mecf., 6 avril ISS"),