‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 131 sur 173 · PELADE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

PELADE. — TRAITEMENT

stigmates de la maladie. L'alopécie peut s'observer à la suite de l'impétigo, de l'eczéma ; dans le lupus érythémateux du cuir chevelu il y a de l'alopécie, mais la plaque de lupus a une bordure rouge et une cicatrice centrale, il faut aussi se garder de confondre la pelade avec la folliculite décalvante, qui donne lieu à des plaques d'alopécie irrégulières ; sur ces plaques on voit de petites foUicuIites suppurées.

TRAITEMENT. — Doit-on épiler dans la pelade? Oui, puisque c'est une maladie parasitaire ; certes on ne pourra épiler le centre de chaque plaque, puisque, comme l'a dit si justement Bergeron, on n' épi le pas r ivoire, mais on peut épiler la périphérie de la plaque, là où les cheveux s'arrachent facilement ; c'est une façon d'établir une zone de protection entre les cheveux malades et les cheveux sains. L'épilation sera précédée de la coupe des cheveux taillés ras à l'aide des ciseaux et suivie d'une lotion de toute la tête avec une solution de sublimé à 1/1000 ou à 1/500.

On appliquera ensuite une préparation parasiticide et irritante à la fois, pour exciter le cheveu à repousser, par exemple l'acide acétique cristallisable (Besnier) ; on fera avec cette substance de légers badigeonnages, tous les trois ou quatre jours. Si ce produit était trop irritant, il faudrait espacer les attouchements et même diluer l'acide avec de l'alcool (1 pour 5 parties d'alcool). L'acide acétique pur ne sera jamais employé dans le cas d'envahissement total du cuir chevelu. Dans l'intervalle des attouchements avec l'acide acétique glacial, on fera tous les jours des lotions excitantes avec le mélange suivant employé par Besnier: acide acétique, 1 gr. ; chloral, 3 gr.; éther, 30 gr. ; ou avec la préparation de Lailler : alcool, 100 gr. ; essence de térébenthine, 10 ou 20 gr. ; ammoniaque, 5 ou 10 gr. ; ou encore avec ce mélange : teinture de cantharides, 30 gr. ; teinture de romarin, 30 grammes. La teinture de cantharides a été employée pure par Hillairet et Vidal ; on en met une première couche, puis une seconde, lorsque les traces de la première ont disparu. Mais ce médicament ne doit pas être laissé entre les mains des malades. On peut encore appliquer des rondelles de vésicatoire camphré. Enfin on pourra recouvrir les parties malades avec des plaques d'emplâtre de Vigo sur lesquelles on aura implanté des cheveux du côté de la face non médicamenteuse, beaucoup plus pour dissimuler l'alopécie que pour agir sur le cuir chevelu.

Moty a proposé d'injecter dans l'épaisseur du cuir chevelu, au niveau de chaque plaque et en plusieurs points, 5 à 6 gouttes d'une solution aqueuse de sublimé à 1/100, deux fois par semaine (sublimé, 10 centigr. ; cocaïne, 20 centigr. ; eau distillée, 40 gr.).

On relèvera l'état général du malade à l'aide de l'hydrothérapie, des bains et des douches sulfureux, et dun traitement tonique interne.

Enfin il faut isoler les malades et prendre les mêmes précautions que pour les autres teignes (1).

On désinfectera les instruments qui auront servi aux peladiques (tondeuse mécanique), par une ébullition de cinq minutes dans la glycérine.

LEPOTHRIX.

DESCRIPTION. — On observe cette affection principalement aux poils des aisselles et des organes génitaux ; elle est caractérisée par de petites concrétions fixées sur la tige des poils. Tantôt ceux-ci sont entourés de concrétions dans leur totalité, tantôt ils ne présentent que de distance en distance des petites masses arrondies, plus nombreuses à leur extrémité libre, formant comme un chapelet. Ces concrétions, d'un rouge brunâtre, quelquefois noirâtre, coïncident souvent avec des sueurs rouges de l'aisselle ; très adhérentes aux poils, c'est avec peine qu'on parvient à les détacher, d'autant que ceux-ci sont un peu plus fragiles qu'à l'ordinaire. Les follicules pileux sont intacts. Ces concrétions sont constituées par une substance dure, granuleuse , agglutinant des bacilles ; ceux-ci peuvent même pénétrer dans la couche corticale des poils, ils ont l'aspect de bâtonnets avec des extrémités arrondies. On n'a pas encore réussi à les cultiver,

TRAITEMENT. — On lotionnera chaque jour, pendant une semaine, les parties atteintes avec une solution de sublimé à 1/1000 ; au besoin on rasera les poils malades.

TRICHORRHEXIS NODOSA.

DESCRIPTION. — Maladie caractérisée par une altération spéciale des cheveux ou des poils de la barbe qui se gonflent en un ou plusieurs points, puis éclatent pour se briser en deux tronçons; si on examine l'extrémité de chaque tronçon, on voit qu'il présente une sorte de renflement en pinceau. Avant qu'il soit brisé, le poil ofl're de distance en distance de petits renflements arrondis au nombre de 1 à 5, qui occupent toute sa circonférence. A la moindre traction le poil casse au niveau d'un de ces renflements, mais sa racine est intacte. Cette affection siège à la barbe principalement, mais on l'a constatée au cuir chevelu et fréquemment au pubis chez la femme (P. Raymond). Nombre d'auteurs l'attribuent à un trouble trophique; Raymond, Hodara et Spiegler la croient plutôt d'origine parasitaire.

TRAITEMENT. — Resnier prescrit l'épilation de tous les poils malades, et, jusqu'à l'apparition du poil nouveau, des applications

(1) Besnier, Rapport à l'Acad. de méd. sur le traitement prophylactique de la pelade, 31 juillet 1888.

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de teinture de cantharides ; Jadassohn dit avoir réussi avec une pommade à l'acide pyrogallique à 2 p. 100.

TRICHOPTILOSE.

DESCRIPTION. — Le cheveu, plus ou moins sec, est fendu à son extrémité, ou dans une partie de sa longueur, ou latéralement. L'étiologie de cette altération des poils n'est pas connue ; il s'agit sans doute d'un trouble trophique. La lésion se montre sans cause appréciable au cuir chevelu, surtout chez les femmes, et assez souvent à la barbe. On l'observe quelquefois dans la trichophytie, le pityriasis capitis et l'eczéma chronique du cuir chevelu, à la suite d'une affection fébrile de longue durée, ou au cours d'une maladie cachectique. (Jackson.)

TRAITEMENT. — On soignera l'état général ou la maladie locale concomitante, d'une part; d'autre part, on tiendra les cheveux ras.

APLASIE MONILIFORME.

DESCRIPTION. — Affection nommée aussi nodosités des poils. Les cheveux présentent dans toute leur étendue des points rétrécis occupant toute leur largeur, de façon qu'ils prennent un aspect de chapelet. Ces cheveux sont courts, secs, minces, lanugineux, cassants. Les parties étroites sont incolores, la substance médullaire est atrophiée à leur niveau ; les parties normales, paraissant comme renflées, contiennent une assez grande quantité de pigment. Cette altération pilaire s'observe au cuir chevelu, aux aisselles, au pubis, à la région présternale. Dans un cas de Hallopeau (1), les cheveux présentaient presque tous, à leur base, une papule circumpilaire ressemblant à un élément de kératose pilaire; des cicatrices avec alopécie existaient çà et là, par suite de l'atrophie des follicules pileux. Pour Hallopeau et Brocq, la kératose pilaire aurait avec l'aplasie moniliforme des relations très étroites. D'après Hallopeau, cette affection est héréditaire, parfois congénitale. On ne la confondra pas avec la trichorrhexis nodosa, ni avec la canitie annelée.

TRAITEMENT. — Si l'affection existait concurremment avec la kératose pilaire, on traiterait cette dernière. Le traitement de l'aplasie moniliforme consistera surtout à maintenir les cheveux ras et à entretenir une sorte d'irritation permanente du cuir chevelu, au moyen du glycérolé cadique.

CANITIE.

DESCRIPTION. — C'est la décoloration des cheveux ou des poils,

(1) Hallopeau, Bull, de la Soc. de dermut., 12 avril 1890.

qui prennent une couleur blanche. Elle est congénitale ou acquise, partielle ou générale.

La canitie congénitale généralisée s'observe chez les albinos ; celle qui est localisée, plus fréquente, s'observe par mèches disséminées <!ans les cheveux ou dans la barbe.

La canitie acquise est ordinaire à partir d'un certain âge ; l'hérédité a une influence certaine sur l'apparition prématurée de la canitie. Celle-ci peut se développer, même très rapidement, à la suite d'une émotion violente, de maladies graves, surtout de névralgies de la tête. Ces conditions étiologiques montrent bien l'influence de? troubles nerveux sur sa production. Dans la pelade, il arrive souvent que les cheveux repoussent blancs.

Dans quelques cas, on a signalé une décoloration singulière des cheveux, qui présentent des parties alternativement blanches et colorées, aspect qui pourrait en imposer pour l'aplasie moniliforme {canitie annelée).

TRAITEMENT. — Il n'est que palliatif; on ne peut que dissimuler la canitie à l'aide de teintures ou de cosmétiques au charbon, au nitrate d'argent, etc. Mais on rejettera les préparations à base de plomb, à cause des dangers de l'intoxication saturnine. Dans la canitie circonscrite consécutive à la pelade, on peut, par l'épilation répétée, voir repousser les cheveux avec leur teinte primitive.

HYPERTRICHOSE

DESCRIPTION. — On donne ce nom au développement anorma du système pileux, qui peut être généralisé ou localisé. Dans la forme généralisée, très rare, tout le corps est velu, sauf les régions palmaires et plantaires, l'extrémité des doigts et des orteils, la face interne des grandes lèvres, le prépuce et le gland. Localisée, l'hypertrichose est congénitale ou acquise ; dans le premier cas, elle siège à la partie inférieure de la colonne vertébrale et diffère du naevus pileux par l'absence de pigmentation ou d'altération quelconque des téguments; dans le second, elle est tantôt spontanée, comme la barbe qui se développe chez certaines femmes, tantôt provoquée par des irritations répétées, telles que le grattage intensif, observé dans certaines affections très prurigineuses, ou l'application de nombreux vésicatoires. Elle peut s'observer chez l'homme sur toutes les régions du corps, sur le dos et l'extrémité du nez où se produit quelquefois un bouquet de poils, dans l'espace intersourcilier, dans les narines, sur les oreilles. Chez la femme l'hypertrichose peut envahir les mêmes régions que chez l'homme; elle se développe souvent sur les parties latérales des joues, sur le menton, sur la lèvre supérieure et au devant de la poitrine.

HYPERTRICHOSE. — TRAITEMENT. 829

TRAITEMENT. — Les épilatoires ne constituent qu'un traitement palliatif, qu'il faut sans cesse répéter. Le seul moyen de supprimer l'hypertrichose est la destruction des poils par l'électrolyse, procédé imaginé par Léon Le Fort, perfectionné par Michel (de Saint-Louis) vulgarisé récemment par Brocq, dont voici le manuel opératoire : Faire passer dans l'organisme un courant électrique dont le pôle — est constitué par une fine aiguille introduite jusqu'au fond du follicule pileux ; quand le bulbe pileux est détruit, on cesse de faire passer le courant. Brocq se sert d'une aiguille en platine iridié comprenant : 1° un cylindre métallique d'un centimètre et demi de long ; 2° une tige mince de 2 centim. ; 3° une partie terminale de 10 à 15 millim. de long, aussi fine que possible, coudée à angle obtus à environ 5 à 6 millim. de la pointe. On fera glisser doucement l'aiguille le long du poil jusqu'au bulbe, il ne faut pas éprouver de résistance ; si l'on en ressent, c'est que la pointe est à côté et non dans le follicule. Lorsque l'aiguille est bien placée, on la met en communication avec le pôle — , puis on place le collecteur de la machine sur le nombre de milliampères (2-5) avec lequel on veut agir; enfin l'opéré saisit dans une main le pôle-j-- Quand on juge le poil détruit, le malade lâche ce pôle, puis on retire l'aiguille.

D'après Brocq, dès que le courant passe, on voit se produire autour de l'aiguille une teinte érythémateuse assez étendue ; puis, presque aussitôt après, il se forme de l'écume blanchâtre ; enfin, quand on laisse passer le courant pendant un temps assez long, on voit apparaître un petit cercle d'un brun clair au-dessus duquel, lorsque l'aiguille est retirée, il se développe une vésicule transparente. Approximativement le temps, pendant lequel on doit faire passer le courant, varie entre 3-4-10-20 secondes tout au plus. Pratiquement, pendant que le courant passe, il faut exercer de légères tractions sur le poil avec une pince à épiler. Quand le poil cède facilement, on l'enlève et on retire l'aiguille. Après avoir détruit ainsi un poil, on passe à un autre, mais jamais à un poil voisin ; sans quoi on aurait des cicatrices visibles. Quand il y a beaucoup de poils à détruire, au lieu de les enlever au fur et à mesure, on peut attendre la fin de la séance pour les arracher tous, quand la cautérisation est terminée. On les extrait comme précédemment, en exerçant sur eux de légères tractions. Quand l'opération a été bien faite, il ne reste aucune cicatrice appréciable après la guérison de tous les petits points cautérisés. Mais il est souvent nécessaire de détruire à nouveau, soit quelques poils qui repoussent parce qu'ils n'ont pas été tout à fait détruits, soit des poils nouvellement développés, de seconde couche pour ainsi dire, qui apparaissent quand les premiers ont disparu (1).

(1) Brocq Soc. de dermal., 3 avril 1891.

ALOPECIE.

DESCRIPTION. — L'alopécie est la chute générale ou partielle des cheveux et des poils, qui peut être produite par des causes multiples. Elle se divise en trois grands groupes : 1° celle qui relève d'un état physiologique ou d'une maladie générale ; 2° celle qui dépend d'une maladie du cuir chevelu ; 3° celle qui est due à des causes mécaniques.

Premier groupe. — Il comprend : 1° l'alopécie congénitale ; 2" l'alopécie sénile ; 3° l'alopécie prématurée. — L'alopécie congénitale, rare, peut être héréditaire, généralisée ou localisée ; elle peut disparaître avec l'âge, les cheveux finissent par pousser. Elle peut coïncider avec l'aplasie monilit'orme et la kératose pilaire. — L'a/opécie sénile est une dépendance de l'atrophie cutanée sénile, elle commence presque toujours par le sommet de la tête et de là s'étend aux parties voisines. — L'alopécie prématurée débute après l'âge de vingt ans, parfois même à dix-sept ou dix-huit ans. Quelques auteurs la confondent avec V alopécie pityriasique ; cependant, dans beaucoup de cas, on n'observe pas de pityriasis capitis concomitant. Les cheveux qui tombent sont remplacés par d'autres plus fins qui tombent à leur tour. Cette alopécie, symétrique, commence par le sommet ou par le devant de la tête, ou par les tempes ; puis elle s'étend et finit par dénuder la plus grande partie du cuir chevelu, dont la peau devient unie et brillante. Elle est due à une atrophie progressive du derme qui s'étend aux follicules pileux. Souvent héréditaire, elle est fréquente chez les arthritiques et chez les personnes adonnées à des travaux intellectuels prolongés.

L'alopécie qui est sous la dépendance d'un trouble de la santé générale peut se produire au cours, mais surtout pendant la convalescence des fièvres éruptives, de la fièvre typhoïde, des érythèmes scarlatiniformes, à la suite de l'accouchement, dans la chloro-anémie, les intoxications chroniques, le diabète, la tuberculose, le cancer, la syphilis (alopécie syphilitique en clairières), la lèpre, etc. Dans tous ces états morbides, la chute des cheveux est plus ou moins abondante, mais elle est presque toujours disséminée sur tout le cuir chevelu, à l'inverse de la pelade où l'alopécie est le plus souvent en aires.

Deuxième groupe. — Il comprend deux divisions : 1° l'alopécie consécutive aux dermatoses localisées au cuir chevelu, dans lesquelles la chute des cheveux n'est qu'un symptôme accessoire, inconstant : le pityriasis capitis, la séborrhée, l'eczéma ordinaire, l'eczéma séborrhéique, le psoriasis, l'impétigo, etc.; 2° celle qui dépend des dermatoses dans lesquelles l'alopécie est le symptôme capital de la maladie : la trichophytie, le favus, la pelade, les diverses variétés de folliculites, la folliculite décalvante ou pseudo-pelade, le sycosis, la kératose

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