MAL4DIES DES ONGLES
Nous ne nous occuperons ici que de l'hypertrophie, de l'atrophie et des anomalies de coloration des ongles. Les onychoses de nature parasitaire seront étudiées avec le favus, la trichophytie, etc.
h' hypertrophie des ongles est congénitale ou acquise. Elle se fait tantôt régulièrement dans tous les sens, tantôt d'une manière irrégulière : l'ongle brunit, s'épaissit, surtout vers sa partie moyenne, s'élève en cône ou s'incurve sous la forme de griffe {onychogryphose). Le traitement consiste à couper, à limer les productions cornées ou à les attaquer à l'aide d'une pommade à l'acide salicylique à 1/10.
L'atrophie des ongles est également congénitale ou acquise : l'ongle, plus mince, plus petit qu'à l'état ordinaire, disparaît même parfois. Cette altération, presque toujours consécutive à l'une des maladies énumérées plus haut, semble parfois primitive.
h'hyperchromie des ongles s'observe en même temps que l'hyperchromie des téguments.
h'achromie des ongles est totale ou partielle ; dans ce dernier ca? elle est caractérisée par des taches d'un blanc mat.
Les colorations des ongles observées chez les individus qui manient des substances colorantes ou qui ont ingéré certains médicaments, comme le nitrate d'argent, ne constituent pas des maladies. D'autre part un grand nombre de dermatoses s'accompagnent d'altérations unguéales qui ont été mentionnées à propos de chacune d'elles. Enfin la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives, etc., certaines lésions du système ner 'eux (névrite, tabès), certaines maladies chroniques apportent des troubles graves dans la nutrition des ongles. Nous ne faisons que mentionner tous ces faits.
DERMATOSES DYSCHROMATEUSES.
ACHROMIE.
On appelle ainsi la disparition plus ou moins complète du pigment normal de la peau. L'achromie est congénitale ou acquise. Congénitale, elle constitue V albinisme, qui peut être ou général ou partiel (nègres pies). Acquise, l'achromie comprend deux types : 1° Vachromie vraie ou leucodermie ; 2° le vitiligo. Le premier type est caractérisé par la décoloration simple de la peau sans hyperchromie périphérique ; le vililigo, au contraire, est achromique au centre de la tache et hyperchromique sur les bords.
L'achromie vraie est toujours secondaire : elle succède aux éruptions syphilitiques, s'observe au cours de la lèpre, dans l'atrophie de la peau , la sclérodermie ; elle est un des signes caractéristiques de la pelade.
VITILIGO.
DESCRIPTION. — Le vitiligo (de vitulus, veau, peau tachetée comme celle de certains veaux) est une dystrophie pigmentaire, un trouble de la répartition du pigment cutané. Il se caractérise par le développement, sur un ou plusieurs points du corps, de taches blanches entourées d'une zone d'hyperpigmentation qui se confond peu à peu avec la peau saine. Il y a donc à la fois achromie et hyperchromie ; le terme de leucodermie, employé surtout par les auteurs allemands pour désigner le vitiligo, est inexact. Le début de cette affection est tout à fait insidieux et passe inaperçu, surtout si elle commence sur des parties du corps non découvertes.
Le vitiligo peut siéger sur les différentes parties du corps. Le plus souvent les taches se développent d'une façon symétrique sur les membres, les mains en particulier, le cou, les épaules, le bassin, les organes génitaux.
Le siège sur les organes génitaux est très important, on peut dire d'une manière générale qu'on trouve toujours une ou plusieurs plaques de vitiligo sur le pubis, le scrotum ou la verge, quand il en existe sur un autre point du corps.
Les plaques vitiligineuses présentent des dimensions variables ; elles peuvent rester petites pendant toute leur évolution, mais souvent elles s'étendent graduellement pendant des années. Leurs contours sont arrondis, irréguliers. Au niveau des plaques, la peau est lisse et souple.
Chez quelques sujets le vitiligo peut se déplacer (vitiligo ambulant). Chez d'autres les lésions s'atténuent soit pendant l'été, soit pendant l'hiver au poinlqueles malades les croient disparues (Besnier et Doyon).
VITILIGO. — ÉTIOLOGIE. 833
Les poils, les cheveux blanchissent sur les plaques décolorées. La seusibilité au niveau des zones d'achromie est souvent normale, mais on a signalé des cas où la sensibilité à la piqûre était plus ou moins diminuée ; cette anesthésie n'a d'ailleurs aucun rapport constant ni avec les parties achromiques, ni avec les parties hyperchromiques(l). De plus la peau réagit moins sous l'influence de la pilocarpine.
On observe quelquefois réunis chez un même sujet le vitiligo et l'alopécie peladique ; cette alopécie persiste pendant des années, les poils ne repoussent que partiellement et n'ont pas la même couleur que ceux qui les avaient précédés [Senator (2), Feulard (3)]. Pour Besnier, tantôt le vitiligo se développe chez un malade déjà atteint de pelade; tantôt, chez un sujet atteint de vitiligo du cuir chevelu, on voit l'alopécie succéder aux mèches blanches du vitiligo ; le même auteur a vu dans une même famille deux frères, l'un atteint de pelade, l'autre de vitiligo. Les rapports du vitiligo et de la pelade trophoneurotique, si discutés dans ces derniers temps, ne sont pas encore complètement élucidés.
DIAGNOSTIC. — On ne confondra pas le vitiligo avec les plaques de sclérodermie, qui sont quelquefois entourées d'un anneau pigmenté; les téguments, dans la sclérodermie, sont épaissis et ont perdu leur souplesse. On ne le confondra pas non plus avec la lèpre trophonévrotique, dans laquelle il n'y a pas d'hyperchromie autour des taches achromateuses, et dans laquelle on observe, de plus, des macules d'un rouge sombre et des troubles profonds de la sensibilité; ni avec la syphilide pigmentaire, où il n'y a pas de décoloration réelle au niveau des taches blanches. Le pityriasis versicolor pourrait en imposer pour le vitiligo, mais la desquamation produite par le grattage permettra de faire rapidement le diagnostic.
PRONOSTIC. — Celui-ci n'est pas favorable, puisque le vitiligo est une affection en général incurable; cependant, chez les jeunes gens, le vitiligo peut, au bout de quelques années, se terminer par la guérison. En tout cas il n'a aucun retentissement fâcheux sur l'économie.
ÉTIOLOGIE. — Elle est assez obscure; pourtant il paraît probable que le vitiligo est une lésion d'origine nerveuse. Leloir et d'autres auteurs ont trouvé dans quelques cas, au niveau des plaques, des ésions nerveuses caractérisées par la fragmentation de la myéline, la multiplication des noyaux et quelquefois la disparition du cylindreaxe dans un certain nombre de tubes nerveux.
Parfois le vitiligo se montre à la suite d'un traumatisme, d'une émotion morale vive. Du Gastel l'a vu survenir à la suite d'une iujec-
(1) THiuiiiHGE, Du vililigo {Sent, méd., n» 58, 1891).
(2) Senatoii, Charilè-Annalen, 1889, XIV, p. 341.
(3) Feulakd, Soc. de dermat., 7 Juillet. 1892.
ThaITIÎ DE MÉDECINE. III 53
lion de lymphe de Koch. Il est quelquefois l'indice d'une afîeclion nerveuse ; on l'a vu se développer dans le cours du goitre exophtalmique, chez des aliénés, à la période préataxique du tabès ; mais on rencontre des sujets atteints de vitiligo qui n'ont aucune maladie du système nerveux.
Dans quelques cas, on a pu invoquer, comme cause locale, la compression par un bandage herniaire. (Hallopeau, Gaucher.)
TRAITEMENT. — On emploiera les douches froides en jet brisé sur le rachis, les bains électriques et les courants continus, les révulsifs appliqués sur la colonne vertébrale. Besnier dit avoir obtenu quelques cas de guérison à l'aide de l'emploi interne prolongé du bromure de potassium et l'usage externe de bains salins et bromoiodurés. Localement on essayera d'atténuer l'hyperchromie par des applications d'emplâtre hydrargyrique.
HYPERCHROMIE.
Prise dans son sens le plus général, l'hyperchromie est l'exagération de la coloration de la peau, que celle-ci soit due à la matière colorante normale de la peau, au pigment cutané [mélanodermie], ou qu'elle soit due à une autre matière colorante. Les hyperchromies peuvent être congénitales ou acquises. Les premières sont constituées par les nœvi pigmentaires, qui seront étudiés plus loin (Voy. p. 838) et la nigrilie qui se montre sous forme de plaques noires isolées, plus ou moins étendues à la surface du corps. Quant aux hyperchromies acquises, elles forment plusieurs groupes et comprennent : d'abord le lentigo et le chloasma ; puis les hyperchromies relevant d'une cause interne ; les hyperchromies parasitaires ; celles qui sont dues à un traumatisme quelconque ou à une cause externe ; enfin celles qui sont produites par l'ingestion de médicaments.
Hyperchromies de cause interne. — Parmi celles-ci il faut citer avant tout la maladie d'Addison, dans laquelle la pigmentation cutanée est tellement importante qu'elle a servi à dénommer l'affection qu'elle caractérise {maladie bronzée). Les taches occupent d'abord la région lombaire, les flancs, puis le cou, le visage et les mains ; enfin au bout d'un certain temps la coloration devient générale. Très souvent aussi les muqueuses du palais et des joues revêtent la même teinte.
La lèpre présente également des altérations pigmentaires fort remarquables ; en certains points, où le pigment s'accumule, la coloration varie depuis le jaune fauve jusqu'au brun foncé.
Dans la pellagre la pigmentation, localisée sur le visage et sui les mains, succède à l'érythème et est accompagnée de desquamation.
La sclérodermie s'accompagne de larges taches pigmentaires.
Nous ne pouvons ici que mentionner la syphilide pigmentaire pri»
HYPERCHROMIE. 835
mitive de Hardy et les pigmentations secondairesaux diverses éruptions syphilitiques.
Dans les cachexies tuberculeuse, paludéenne, on observe parfois une pigmentation terreuse plus ou moins prononcée. Dans le cancer, la peau revêt une teinte jaune paille caractéristique. Danslexanthélasma généralisé, les téguments, même ei. l'absence d'ictère vrai, biliaire, présentent une coloration spéciale bien étudiée par Besnier sous le nom de xanthochromie. Dans l'intoxication saturnine, l'ictère hémaphéique, provenant de la destruction globulaire rapide, donne à la peau une teinte grisâtre, plombée, particulière.
Dans certaines maladies nerveuses, dans la maladie de Basedow, par exemple, on a signalé des taches pigmentaires sur différents points du corps ; enfin mentionnons le cas si curieux de Girode, où il y avait de la mélanodermie dessinant la direction des branches nerveuses thoraco-brachiales gauches sans zona antérieur (1).
On peut ranger aussi dans les hyperchromies de cause interne une dermatose spéciale appelée par Darier dystrophie pigmentaire et papillaire et par Pollitzer et Janowsky acanthosis ni^ricans (2). Dans les deux cas de Darier la lésion s'était développée chez des femmes atteintes d'un cancer gastrique. La pigmentation, accompagnée d'un état verruqueux et même papillomatcux de la peau, siège surtout au niveau du cou, de la nuque, des plis articulaires; sur le tronc elle peut s'accompagnerde sortes de verrues assezsemblables auxverrues planes séniles.
Hyperchromies PARASiTAmES. — La phtiriaseesi le type de la maladie parasitaire qui peut déterminer à la longue, par le grattage fréquent et prolongé, une pigmentation particulière de la peau {maladie des vagabonds). Dans certains cas invétérés (3), on a même observé des taches mélaniques sur les ongles, sur la muqueuse buccale tout comme dans la maladie d'Addison. Dans les gales anciennes, on a signalé aussi la mélanodermie. Enfin mentionnons les taches bleues produites par les pediculi pubis.
Hyperchromies traumatiques ou de cause externe. — C'est au grattage répété qu'il faut rapporter les pigmentations observées si fréquemment dans le cours de certaines afîections chroniques de la peau, eczéma chronique, lichen chronique, prurigo diathésique. La coloration brune que prennent les téguments au niveau des varices des membres inférieurs relève d'une autre origine, probablement d'un trouble de la circulation veineuse.
La pression prolongée d'un bandage herniaire, d'un corset, peut déterminer chez certaines personnes une pigmentation exagérée de la peau au niveau du point comprimé; de môme l'application d'un
(1) Giiionn, Ann. de dermat., 1890, p. 793.
(2) PoLi.iT/.ER et Janowsky, Atlas international, fasc. IV, 1890.
(3j DESMEn, Réunion clin. hehd. des médecins de Saint-Louis, 1889
vésicatoire, lessinapismes, la teinture d'iode, l'acide chrysophanique, le nitrate d'argent, etc., peuvent laisser des traces indélébiles surtout chez les individus bruns. L'action prolongée du soleil, du vent, d'un l'eu ardent peut aussi produire de la pigmentation de la peau (haie, éphélides solaires ou ignées). Enfin nous signalons seulement les tatouages professionnels et artificiels.
Hyperchromies médicamenteuses. — La plus connue est la coloration ardoisée de la peau observée à la suite soit de cautérisations répétées de la gorge ou d'une autre muqueuse par des solutions de nitrate d'argent, soit surtout d'un long usage de celte substance administrée comme médicament interne, dans l'épilepsie par exemple.
L'arsenic, employé à l'intérieur pendant un temps très long, donne parfois lieu à une coloration spéciale de la peau caractérisée par des taches jaunes plus ou moins étendues. D'autre part, sous l'influence du traitement arsenical, les plaques rouges du psoriasis peuvent être remplacées par des taches fauves. Mais on sait qu'il y a des psoriasis qui restent bistrés, même chez des malades qui n'ont pas pris d'arsenic.
LEIVTIGO.
Éruption de petites taches, variant de la dimension d'une tête d'épingle à celle d'une lentille, rondes, bien limitées {taches de rousseur). La coloration de ces taches est jaune café au lait ou brun foncé. Elles siègent de préférence sur les joues, le front ; on les rencontre parfois sur le cou, sur la face dorsale des mains, sur les parties découvertes du corps ; ce qui prouverait qu'elles se produisent peutêtre sous l'influence de la lumière solaire {éphélides lentigineuses). Toutefois on peut en rencontrer sur des régions couvertes. Il faut donc admettre une certaine prédisposition de l'organisme, qui se rencontre principalement chez les individus roux, chez les anémiques et les lymphatiques.
Ces taches se montrent en nombre variable, de dix à vingt-cinq ans, au printemps et en été ; elles pâlissent pendant l'hiver, disparaissent même quelquefois complètement pour revenir au printemps suivant. Elles s'effacent ou s'atténuent souvent dans un âge avancé.
On jie les confondra pas avec les nxvi pigmentaires lisses, taches congénitales habituellement plus larges et moins nombreuses, se rencontrant dans n'importe quelle région du corps. Dans le xeroderma pigmentosum, il y a, en plus de la pigmentation, des rougeurs télangiectasiques, la peau se dessèche, s'exfolie par places; on voit se développer sur certains points des lésions cancéreuses de la peau.