‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 135 sur 173 · N^VI PIGMENTAIRES. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

N^VI PIGMENTAIRES. — TRAITEMENT

b. Les naevi verruqueux sont de véritables tumeurs, sur lesquelles la peau est épaissie, rugueuse, hérissée de petites saillies, d'une pigmentation variable, en général brunâtre ; mais la séborrhée qui se dépose sur les téguments, en se mêlant aux poussières atmosphériques, donne souvent aux nsevi une couleur noirâtre. On y rencontre fréquemment des poils gros et durs ou fins. Ils se développent sur un point quelconque du corps, mais surtout au cuir chevelu, au cou, au dos, à la partie interne des membres. A la paume des mains et à la plante des pieds, ils se compliquent de durillons {nœvus kéralosique). Ils peuvent coexister sur le même sujet avec des nsevi vasculaires. Ils sont disposés souvent sur le trajet des nerfs [nsevi zoni formes), ou suivant les lignes d'intersection qui limitent leur zone de distribution [lignes de Voigl). Hebra a rapporté le cas d'un nœvus recouvrant comme un caleçon de bain le bassin et la partie supérieure de la cuisse.

c. Les nœvi hypertrophiqiies ou mollusciformes prennent de l'accroissement après la naissance et forment alors de grosses tumeurs pédiciilécs ou sessilcs (Voy. Molliiscum fibrosum). Comme les nsevi verruqueux, ils offrent à la coupe un aspect gélatineux, jaunâtre ; ils sont formés par un tissu conjonctif jeune, riche en cellules ; quelquesuns sont dus à la prolifération du tissu graisseux [nœvilipomalodes).

Les nœvi pigmentaires disparaissent très rarement après la naissance; au contraire ils prennent de l'extension, puis persistent toute la vie sans changement. Leur pronostic est aggravé par la possibilité du développement d'un épithéliome à leur surface (Rc-noul) (1), complication fréquente dans la classe ouvrière, où les nsevi sont soumis à un grand nombre de causes d'irritation.

PATHO GÉNIE. — La disposition de certains nœvi suivant la zone de distribution d'un nerf plaide en faveur de la théorie qui leur attribue une origine nerveuse; mais, d'après Kaposi, cette disposition lient à ce que les éléments embryonnaires, qui doivent former les territoires cutanés, se développent séparément, ces territoires se superposant à la zone de distribution des nerfs.

TRAITEMENT. — Contre tous les nœvi verruqueux défigurant les malades ou trop volumineux, on emploiera l'électrolyse, qui a donné entre les mains de G. H. Fox (2) de beaux résultats. On pourra se servir aussi du galvanocautère. Les nœvi pigmentaires lisses seront cautérisés avec les acides ou la pâle de Vienne. Les nœvi hyperlrophiques sont du ressort de la chirurgie.

(1) Renoui., Epithéliome développé sur les nœvi. Th. de Paris, 1892.

(2) G. H. Fox, Guérison d'un naevus de la face par l'électrolyse {Journal of eutaneous and genito-urinnry Diseases. New-York, mai 1893).

8'iO E. GAUCHER ET C. BARBE. — MALADIES DE LA PEAU.

DERMATOSES VASCUL4IRES.

I. — DERMATOSES VASCULAIRES SANGUINES. ANGIOMES. — HÉMATANGIOMES CUTANÉS.

DESCRIPTION. — Les hématangiomes ou nœvi sanguins sont constitués par une vascularisation anormale du tégument, limitée en un point du corps, congénitale ou développée pendant les premiers mois de la vie.

Cependant il n'est pas rare de voir, chez les individus arrivés à la seconde moitié de la vie, de petits nsevi d'abord punctiformes, qui deviennent peu à peu lenticulaires et s'accroissent graduellement. Situés le plus souvent sur le tronc, ils sont légèrement saillants et présentent une couleur d'un rouge vif; ils n'ont pas débuté dans l'enfance, ce sont des nœvi acquis [nsevi tardifs de Fournier).

Les nsevi sanguins se subdivisent en : 1° nœvi plans; 2° nsevi tubéreux. L'ancienne distinction de nsevi artériels et de nsevi veineux n'est pas exacte, les nsevi sont tous capillaires.

1° Les nsevi vasculaires plans sont constitués tantôt par des taches de faible dimension, tantôt par des nappes plus ou moins étendues ; leur couleur est d'un rose plus ou moins pâle, d'un rouge plus ou moins vif [nsevi artériels), d'un violet bleuâtre [nsevi veineux). Leurs bords sont généralement arrondis, quelquefois irréguliers. Recouverts parfois de poils, uniques ou multiples, ils peuvent être disposés selon le trajet des nerfs ; on les observe sur tout le corps, ils sont toutefois plus fréquents à la face, autour des orifices naturels, à la nuque ; ils sont rares au cuir chevelu et peuvent être observés sur les muqueuses. Ils pâlissent sous l'influence de la compression et s'accentuent par les cris et les efforts.

2" Les nsevi vasculaires tubéreux forment une saillie plus ou moins considérable au-dessus de la peau ; leur surface est souvent raboteuse, bosselée; leur aspect lobule les fait ressembler à des mûres ou à des framboises. Ils présentent les mêmes dispositions et propriétés que les nsevi plans, mais ils sont de coloration plus foncée et plus facilement turgescents [tumeurs érectiles).

Les nsevi vasculaires présentent quelquefois à leur surface un état verruqueux analogue à celui de certains nsevi verruqueux simples. On observe parfois au visage des nsevi vasculaires et verruqueux ; on peut en voir sur d'autres régions du corps. L'un de nous a observé et fait mouler un nsevus vasculaire verruqueux zoniforme occupant toute la longueur d'un des membres inférieurs, sous forme d'une traînée linéaire située sur le trajet du nerf saphène interne (1).

L'évolution des nsevi est variable. La plupart s'accroissent pendant

(1) Voirai! musée de l'hôpital Saint-Louis la pièce n» 1772, par E. Gaucher.

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les premières années de la vie, puis persistent indéfiniment; quelquesuns rétrogradent et disparaissent spontanément, quand ils sont de petites dimensions; à leur place il reste une tache cicatricielle blanche ou pigmentée. Mais les nœvi vasculaires plus volumineux tendent à progresser en surface et en profondeur; à la face, ils envahissent la muqueuse avoisinante de l'orifice buccal, la muqueuse des joues, de la langue, de la conjonctive, se propagent vers les organes profonds, qu'ils usent ou qu'ils déplacent. Ils constituent donc une lésion grave par la difformité qu'ils produisent, les douleurs névralgiques qu'ils provoquent et l'accroissement qu'ils peuvent prendre. Les nsevi tubéreux, exposés aux conséquences d'un traumatisme, peuvent donner lieu à une hémorragie abondante; ils peuvent aussi devenir le siège de complications inflammatoires et gangreneuses qui amènent, il est vrai, quelquefois, la rétraction de la tumeur.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Les nœvi siègent dans le corps papillaire et la couche supérieure du chorion ; ils sont formés de vaisseaux anciens et nouveaux, dilatés, contournés, communiquant les uns avec les autres ; de plus, on trouve, autour des vaisseaux, une production de tissu conjonctif jeune, plus ou moins abondante suivant la variété de naîvus. Ces altérations sont plus marquées et plus profondes dans les na;vi tubéreux et caverneux.

ÉTIOLOGIE. — Les causes des nsevi vasculaires ne sont pas mieux connues que celles des nsevi pigmentaires. L'opinion qui les attribue à des impressions éprouvées par la mère gravide et qui auraient retenti sur le fœtus n'est pas scientifiquement démontrée {envies, nsevi malerni); mais il faut reconnaître qu'il y a certains faits qui plaident en faveur de cette opinion.

TRAITEMENT. — Si un naevus, loin de rétrocéder après la naissance, ne fait qu'augmenter au bout de quelques semaines ou de quelques mois, il faudra intervenir. On essayera la compression élastique, moyen qui demande beaucoup de temps ; on pourra employer l'application de pâte de Vienne, si le na?vus est superficiel et de petites dimensions; la vaccination, si l'enfant n'a pas encore été vacciné; les scarifications linéaires quadrillées, l'électrocaulère. L'électrolyse avec application du pôle + à l'aiguille implantée dans le naevus, a donné de très beaux résultats. L'aiguille sera mise en communication avec le pôle + qui produit la résolution électrique et la coagulation de la fibrine; le pôle — détruit les tissus et ne doit être appHqué que sur les tumeurs.

TÉLANGIECTASIES CUTANÉES.

Elles sont constituées par la dilatation des capillaires et des plus fines lamifications vasculaires de la peau, et par la néoforin\li-iM

de vaisseaux nouveaux ; elles diffèrent donc complètement des varicosités cutanées. Elles apparaissent sous forme de taches, de plaques, d'une coloration variant du rouge pâle au violet foncé, couvertes de fines arborisations vasculaires.

On peut rencontrer des télangiectasies secondaires dans un certain nombre de dermatoses, dans la kératose pilaire, la chéloïde, le lupus, la sclérodermie, la couperose, le xeroderma pigmentosum, etc.

Mais en dehors de ces télangiectasies symptomatiques, il y a une forme de télangieclasies généralisées, primitives, idiopathiques, dont Téliologie est tout à fait inconnue. Celles-ci sont consliluées par des taches disséminées, plus ou moins marquées suivant les régions, mais pouvant exister partout ; on les observe même à la face et à la plante des pieds. Tantôt ce sont de petites taches isolées, tantôt de larges plaques, de forme irrégulière, d'une coloration générale rose, parsemées de points et de stries d'un rouge plus foncé, sur chacune desquelles on trouve de place en place de petits espaces de peau saine. A la loupe, on voit que ces taches et ces plaques sont formées par un réseau de vaisseaux capillaires à mailles très serrées.

Ces taches s'effacent momentanément par la pression du doigt. Leur coloration augmente sous l'influence de la fatigue, des efforts, des variations de température ; elle est plus marquée le soir à cause de la fatigue de la journée. L'affection présente un développement graduel, mais peut rester stationnaire pendant de longues périodes. Quelques taches, lorsqu'elles sont petites, peuvent disparaître. C'est une maladie de l'âge adulte ; dans le cas publié par Hillairet, qui est le plus connu et le plus important, les lésions avaient débuté à l'âge de cinquante ans. Celte affection ne paraît pas héréditaire.

TÉLANGIECTASIES VERRUQUEUSES OU ANGIORÉRATOME.

Cette lésion, étudiée pour la première fois par Dubreuilh en 1889, puis par Mibelli (1) et Pringle (2), siège aux extrémités, surtout aux doigts et aux orteils, principalement sur leur face dorsale. Elle consiste en de petites élevures purpuriques disparaissant momentanément par la pression, recouvertes le plus souvent par des saillies verruqueuses, de la largeur d'une tête d'épingle ou d'un grain de chènevis, d'une couleur gris jaunâtre ou presque violacée. Elle débute dans les premières années de la vie, puis augmente sans rétrograder. On peut observer plusieurs exemples de cette maladie dans une même famille. La plupart des sujets atteints de cette affection ont les mains cyanotiques ou ont eu des engelures. Pringle

(1) MiDEi.Li, Angiocheratoma {Giornale iluliano délie malailic veneree e delln pelie. juin et sept. 1891).

(2) PmN(;i,E, Sur ran^iokcratome (British Journal of Dermatology, juillet, août, t>ept. 1S91). Voy. également Piffault, Th. de Paris, 1893.

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