‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 162 sur 173 · TRAITEMENT DE LA TEIGNE TONDANTE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA TEIGNE TONDANTE

DIAGNOSTIC DE LA TEIGNE TONDANTE. —Il repose sur la constalalion de plaques grisâtres, couvertes de fines squames, au niveau desquelles les cheveux sont cassés ; il est également basé sur la présence de spores dans les cheveux et dans les squames. Cependant, à première vue, on peut confondre la teigne avec Veczéma et le /)/7;/r/as/s. Dans ces deux maladies il n'y a pas de plaques bien délimitées, les lésions sont diffuses, il n'y a pas de cheveux cassés ; s'il y a de l'alopécie, celle-ci ne se présente pas sous forme de tonsure ; enfin les cheveux ne renferment pas de spores à l'examen microscopique. Dans Veczéma séborrhéique, il y a des plaques circinées, mais elles sont couvertes de squames grasses et larges. On ne confondra pas non plus la tondante avec le psoriasis, qui est caractérisé par des squames épaisses, nacrées, sans chute ni altération des cheveux.

Le diagnostic doit encore être fait avec le favus; celui-ci est constitué pardes godets tout particuliers, d'une couleur jaune soufre les cheveux tombent, mais en entier, et il n'y a pas de cheveux cassés; au-dessous des croûtes, existent des cicatrices rouges caractéristiques qu'on ne voit jamais dans la tondante; l'examen microscopique fera reconnaître les spores du favus, irrégulières, différentes de celles du trichophyton. Enfin le favus présente une odeur de souris particulière et pathognomonique.

La /?e/ade produit aussi des plaques dénudées; mais celles-ci n'ont pas le même aspect, elles sont lisses comme l'ivoire. La pelade à cheveux fragiles pourrait en imposer pour la tondante, mais l'examen microscopique lèvera tous les doutes.

Comment distinguer la tondante à grosses spores de la tondante à petites spores? Dans la première le cheveu est gros, cassé court, très coloré, non engainé ; dans la seconde il est long, fin, grisâtre et couvert à sa base d'une gaine blanchâtre. L'examen microscopique montrera, dans le cheveu trichophytique, des chapelets de spores, tandis que, dans la teigne à petites spores, les spores forment une gaine autour du cheveu malade. Il est vrai que dans la tondante due au Trichophyton ectothrix les spores sont en dehors du chaveu, mais, dans cette espèce de teigne, elles ne forment à la base de la partie aérienne du cheveu qu'une simple collerette et non une véritable gaine.

TRAITEMENT DE LA TEIGNE TONDANTE. — Il comprend: 1° la prophylaxie ; 2» le traitement local ; 3" le traitement interne.

Prophylaxie. — Pour empêcher la contagion, il faut isoler r/^oareusement les enfants malades. En même temps on les traitera, pour prévenir les auto-inoculalions; on s'efforcera de maintenir la tête dans un état de propreté parfait par des savonnages fréquents ou des lotions antiseptiques.

Traitement local. — Il est plutôt palliatif que curatif. D'abord les cheveux seront tenus courts et coupés aux ciseaux, puis on pratiquera

r pilalion. Un bon procédé pour faire apparaître sur la tête les plus petits cercles parasitaires qui pourraient échapper à la vue consiste à badigeonner tout le cuir chevelu avec la teinture d'iode. On est ainsi exactement renseigné sur l'étendue des lésions d'inoculation. Il est bon de faire ce badigeonnage au moins une fois par semaine, après avoir fait couper les cheveux.

On pratiquera l'épilation avec la pince à mors plats; cette épilation est forcément incomplète, parce que les cheveux se cassent au niveau de leur émergence. On ne peut donc songer à extraire tous les cheveux malades; on enlèvera tout ce qu'on pourra, ce sera autant de causes d'infection supprimées. Enfin on épilera aussi les cheveux sains situés autour des plaques, dans une étendue de un à d( ux centimètres, pour être sûr d'avoir enlevé tous les cheveux malades, même ceux qui le sont à peine et pour établir une zone de protection. Cette épilation, qui détermine à la surface de la peau une rougeur très modérée, parfois de la cuisson, doit être répétée plusieurs fois ; quand, au bout d'un mois, les cheveux ont commencé à repousser, si l'on voit que ceux-ci se cassent encore, on recommencera l'épilation, et ainsi plusieurs fois de suite.

Quinquaud avait remplacé l'épilation par le grattage des plaques; au moyen d'une curette on enlevait, en raclant, les squames et les débris de cheveux malades. Ce procédé est plus expédilif et convient pour le centre de la plaque; mais, pour les cheveux de la périphérie, pour ceux qui ne cassent pas, il vaut mieux recourir à l'épilalion.

Après chaque épilation, on lotionnera toute la tête avec la solution parasiticide de Quinquaud (eau distillée, 250 gr. ; alcool, 40 gr. ; biiodure de mercure, 15 centigr. ; bichlorure de mercure, 1 gr.).

La seconde indication consiste à faire sur les plaques des applications parasiticides permanentes. Le mieux, c'est d'appliquer sur les plaques malades un emplâtre antiseptique, destiné à les isoler et à empêcher la dissémination des spores sur les parties saines. Voici la formule de l'emplâtre de Quinquaud : biiodure de mercure, 15 centigr. ; bichlorure de mercure, 1 gr. ; emplâtre simple, 250 gr., La tête sera couverte d'un bonnet. On renouvellera l'emplâtre au bout de deux jours; préalablement on lotionnera la tête avec la solution antiseptique de Quinquaud ou plus simplement avec la liqueur de Van Swieten.

Quand il n'existe plus que quelques cheveux malades, isolés, on pourra précipiter la guérison, en détruisant individuellement par l'éleclrolyse les follicules pileux malades (Wickham et Béclère). Mais il ne sera permis d'employer ce moyen énergique que pour quelques cheveux isolés, car il faut bien savoir que la guérison spontanée de la tondante se produit toujours sans laisser ni cicatrices, ni alopécie, au bout d'un temps assez long, il est vrai (Lailler). Augagneur

ÉRYTHEME CIRCINÉ TRICIIOPHYTIQUE. — DESCRIPTION. 951

a pu dire avec juste raison que le meilleur traitement de la tondante est la puberté.

Souvent, au cours du traitement, il survient des phénomènes de dermile, des éruptions eczémateuses, impétigineuses ; on les combattra par lesémollients, les cataplasmes d'amidon, puis on reprendra le traitement dès qu'on le pourra.

Dans le kérion, on enlèvera les cheveux malades par l'épilation, on calmera l'inflammation à l'aide de prépations émollientes, puis on fera un badigeonnage à la teinture d'iode tous les trois jours seulement.

Traitement interne. — Il sera bon d'administrer aux enfants débiles des toniques, de l'huile de foie de morue, car le mauvais état de la santé générale fait du cuir chevelu, dans une certaine mesure, un terrain favorable à l'extension du parasite.

TRICHOPHYTIE CUTANÉE.

ÉRYTHEME CIRCINÉ TRICHOPHYTIQUE. — TRICHOPHY- TIE SUPPURÉE. — DESCRIPTION. — Cette dermatose débute par une tache rosée, très petite d'abord. Cette tache, arrondie, à peine saillante et très rapidement squameuse, occasionne des démangeaisons assez vives et ne tarde pas à s'étendre à la périphérie ; quelles que soient ses dimensions, elle conserve toujours sa forme circulaire. A sa période d'état, elle présente une étendue variable, de 5 millimètres à 2, 3, 4 centimètres de diamètre. Le centre est jaunâtre, recouvert de fines squames; quelquefois, dans les plaques anciennes, le centre a repris un aspect normal. Les bords de la tache sont légèrement saillants. Lorsque les plaques s'étendent rapidement, elles peuvent parfois former des anneaux incomplets qui, lorsqu'ils sont coupés les uns par les autres, donnent à la plaque unique qui en résulte un aspect polycyclique [Irichophtjiie serpigineuse). Dans d'autres cas, on observe des anneaux concentriques, dus à l'apparition de nouveaux cercles parasitaires, au centre de la lésion primitive, par auto-inoculation secondaire. Quand l'inflammation est plus intense, le bord de la plaque présente des vésicules qui ne tardent pas à se dessécher et à donner lieu à des squames; puis on voit un nouvel anneau vésiculeuxse développer autour du premier {herpès circiné). Parfois on observe même de véritables bulles plus ou moins volumineuses, qui peuvent être d'un diagnostic difficile. Dans d'autres cas, la rougeur et l'infiltration sont plus vives, et il se produit des pustules au centre et sur les bords de la plaque; cette forme se rapproche du sycosis, mais s'en distingue par sa localisation dans l'épidcrme et son siège sur les parties glabres. Elle serait due, d'après Sabouraud, au Tricliophijlon eclothrix pijogenes du chat à cultures blanches.

SIÈGE. — L'érythème circiné siège particulièrement sur les parties^ découvertes, au visage, au cou, aux mains, aux avant-bras et surtout à la face dorsale du poignet ; mais on l'a observé sur toutes les régions du corps, notamment aux aines où on peut le confondre avec Vérythrasma. 11 n'est pas rare de le voir coïncider avec la teigne tondante chez les enfants; parfois on trouve une plaque qui siège en partie sur le cuir chevelu et en partie sur la région glabre voisine représentant sur un point la teigne tondante et sur l'autre l'érythème circiné.

Aux régions palmaire et plantaire, on observe quelquefois la trichophytie cutanée (1); à cause de l'épaississement de la coucha cornée de ces régions, celle-ci présente un aspect tout particulier. Le diagnostic est alors à faire avec la syphilide psoriasiforme.

EXAMEN MICROSCOPIQUE. — Il suffit par le raclage, d'enlever une certaine quantité de squames, de les traiter par une solution de potasse à 40 p. 100, puis de les colorer soit par l'éosine, soit par \& violet de méthyle, pour mettre en évidence le mycélium et les spores. Cet examen révélera la présence du Trichophyton megalosporon endothrix, dans les plaques de trichophytie observées sur les enfants atteints de trichophytie du cuir chevelu et chez les adultes contagionnés. Pour les autres trichophyties cutanées, on trouvera le trichophyton à cultures blanches d'origine animale. (Sabouraud.)

MARCHE. — TERMINAISON. — PRONOSTIC. — Abandonnée à elle-même, l'affection est de longue durée; l'extension des plaques est indéfinie et on en voit apparaître successivement de nouvelles. L'érythème circiné peut cependant guérir spontanément, comme la tondante, après un temps plus ou moins long. Il n'est pas grave par lui-même, mais il est contagieux et peut donner naissance à d'autres localisations de la trichophytie.

DIAGNOSTIC. — On le distinguera facilement de Vérylhème marginé, qui présente une coloration rouge plus vive, dont les bords sont plus saillants, plus élevés ; les plaques d'érythème marginé sont peu squameuses, ne guérissent pas au centre; dans les cas douteux on recourra à l'examen microscopique. — Le pityriasis rosé, que certains auteurs allemands confondent avec la trichophytie cutanée, en est bien distinct : il est généralisé, érythémato-squameux ; parfois ses plaques forment des anneaux {pityriasis circinata), mais ceux-ci sont fixes, n'ont pas de tendances à s'étendre; dans le pityriasis rosé le microscope ne révèle pas trace de spores. — Le microscope empêchera de prendre des plaques discrètes d'eczéma nummulaire oa à'eczéma séborrhéique pour des lésions de trichophytie cutanée. —

1 Djelaleddin Mouhktar, Th. de Paris, 1892.

FOLLICULITES ET PERIFOLLICULITES AGMINÉES. 953

La syphilide circinée est facile à distinguer de l'érythème circiné : la première n'occasionne pas de démangeaisons, oft're une teinte cuivrée caractéristique, siège surtout au tronc. — Le lupus érylhémaleux évolue plus lentement que l'érythème circiné ; au bout de quelque temps, il y a une plaque cicatricielle au centre de la lésion.

TRAITEMENT. — Le meilleur traitement est l'application de teinture d'iode pendant quelques jours de suite ; la peau desquame et reprend peu à peu son aspect normal. Ce traitement a l'inconvénient de colorer les téguments en brun, mais on peut, dans la journée, atténuer cette coloration à l'aide de lotion avec une solution d'iodure de potassium ou d'hyposulfite de soude ; on remettra de la teinture d'iode le soir. On peut remplacer la teinture d'iode par une pommade au turbith ou au calomel. Dans les cas de soulèvements vésiculo-buUeux, dans lesquels les traitements irritants seraient nuisibles, en augmentant l'inflammation cutanée, on appliquerait une pommade à la poudre d'araroba ou de Goa (5 gr. pour 30 gr. d'axonge).

FOLLICULITESETPÉRIFOLLICULITESAGMINÉESTRICHO- PHYTIQUES DES PARTIES GLABRES. — Cette affection, décrite pour la première fois par Leloir et Duclaux, est caractérisée par un placard saillant, en forme de macaron, siégeant sur le dos de la main et deravant-bras,mais pouvant s'observer sur d'autres régions du corps. Ce placard est d'un rouge violacé; sa surface est parsemée d'orifices, donnant à la lésion l'aspect d'une écumoire, et de petits points jaunes purulents qui formeront aussi plus tard des orifices, quand le pus s'en sera écoulé ; souvent, sur cette surface, il y a du pus concrète. Par la pression en masse de la plaque, on fait sourdre par les orifices des gouttes de pus et des sortes de boudins blanchâtres, formés également de pus concret et ressemblant à du vermicelle.

SYMPTOMATOLOGIE. — Cette affection débute par de petites saillies rouges, qui se transforment bientôt en pustules conglomérées; elle a une durée très limitée, en une quinzaine de jours elle tend à disparaître.

A côté de cette forme bénigne, à évolution rapide, il y en a une autre subaiguë, lente et rebelle, étudiée par Quinquaud et Pallier. Ces auteurs en ont distingué cinq variétés : 1° une variété commune qui ressemble à la lésion précédente ; 2° une variété phlegmoneuse ou anihracoïde ; 3° une variété papillomaleuse ; 4° une variété /?seut/oulcéreuse ; 5" une variété serpigineuse.

La troisième forme peut être facilement confondue avec la tuberculose papillomaleuse; cependant la folliculite agminéc a une marche plus rapide, elle est plus suppurative, n'a pas de tendance j\ la sclérose et à la cicatrisation centrale. Dans les cas douteux on fera

l'examen bactériologique et, mieux encore, des inoculations au cobaye.

Au point de vue anatomique, la lésion doit être considérée comme une folliculite et une périfolliculite pilo-sébacée des poils follets. Les poils ont été trouvés sains par Leloir, sans trichophyton ; mais celui-ci a trouvé, dans la lésion cutanée et dans le sang des malades atteints de cette affection, des micrococci. Au contraire, d'après les recherches de Sabouraud, le Trichophyton ectothrix est la cause de cette dermatose; l'examen microscopique est souvent négatif, mais la culture est toujours probante.

TRAITEMENT. — On prescrira des applications de teinture d'iode, ou mieux la cautérisation avec le galvanocautère.

Page 1