‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 163 sur 173 · TRICHOPHYTIES DE LA BARBE · texte numérisé non relu

TRICHOPHYTIES DE LA BARBE

Elles comprennent non seulement celles qui siègent dans l'épiderme, mais aussi et surtout celles qui envahissent le follicule pileux luimême. La première est la trichophytie épidermiqiie, qui ne dilTère pas de la trichophytie cutanée des parties glabres (trichophytie produite par un trichophyton d'origine humaine). Les secondes comprennent : 1° le sycosis trichophytiqiie ou mentagre ; 2° la trichophytie à forme de dermite humide disséminée ; 3° une nouvelle trichophytie sèche à forme d'ichtyose pilaire (Sabouraud). La forme la plus importante de ces trichophylies est le sycosis; c'est la seule que nous étudierons ici.

SYCOSIS ou MENTAGRE. — DESCRIPTION. — Celte affection se présente d'abord sous l'aspect d'une plaque érythémaleuse, légèrement squameuse, sur laquelle les poils sont recouverts d'une sorte de givre formé d'un amas de spores {pityriasis alba parasitaire). A celte période, la lésion est encore superficielle, épidermique, mais les poils ne lardent pas à être envahis par le parasite, de la même façon que dans la teigne tondante. Ces poils sont secs, ternes, décolorés, cassants, engainés. Bientôt les foUicules pileux s'enflamment ;la peau est tuméfîée,rouge et présente autourdes poils despustules qui donnent la sensation de nodosités plus ou moins volumineuses. Au bout d'un certain temps, les lésions sont constituées par un mélange de pustules et de tubercules durs et plus ou moins volumineux. Parfois l'inflammation est plus profonde et forme de petits abcès. Ces pustules s'ouvrent à la surface de la peau, donnant issue à une sécrétion séropurulenle qui agglutine les poils et forme des croûtes plus ou moins épaisses; sous ces croûtes, on trouve parfois des ulcérations fongueuses. En même temps, il n'est pas rare d'observer des furoncles ou des adénites sous-niaxillaires susceptibles de suppurer. Avec

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ces lésions profondes, les poils sont très altérés ou cassés, ou bien ils tombent et ne repoussent plus. La papille est détruite par la suppuration ; la guérison laisse des cicatrices et une alopécie irrémédiable.

La recherche du parasite est assez difficile; c'est plutôt dans les poils follets ou dans le pus des pustules non encore ouvertes qu'on a cliance de le trouver. On examinera une goutte de pus entre deux lamelles, sans coloration. (Sabouraud.)

Le sycosis siège principalement sur le rebord de la mâchoire inférieure ; on le voit encore sur le menton, sur les joues. Dans quelques cas, on l'a rencontré sur le devant de la poitrine, à la région pubienne et même à l'anus. Il cause au début des démangeaisons, puis des cuissons plus ou moins vives, parfois de véritables douleurs. La suppuration produit quelquefois de la fièvre, de l'embarras gastrique, de l'insomnie.

La guérison spontanée du sycosis est possible, mais très rare; les poils repoussent, moins nombreux qu'auparavant et il reste toujours quelques plaques dénudées. Habituellement le sycosis persiste indéfiniment si on ne le traite pas. C'est donc une affection sérieuse, très rebelle et qui laisse des traces de son passage.

Le sycosis trichophytique est produit par le trichophyton du cheval [Trichophyton ectothrix pyogenes, à culture blanche) ; non seulement le poil est entouré par le parasite, mais sa gaine est farcie de spores.

DIAGNOSTIC. — On distinguera le sycosis parasitaire de Veczéma et surtout de Veczcma impéligineux. Ce dernier est recouvert de croûtes, mais il n'est pas limité aux poils et n'est pas accompagné de tubercules indurés. L'eczéma pilaire, localisé à la lèvre supérieure, accompagne le coryza chronique, récidive indéfiniment et ne présente pas l'induration profonde et les nodosités de la mentagre. L'acné diffère du sycosis en ce qu'elle occupe surtout les parties glabres de la face. La syphilide tuberculeuse et pustuleuse donne lieu à un diagnostic assez difficile; cependant elle ne se limite pas aux régions pileuses; les tubercules syphilitiques sont durs, d'une coloration cuivrée; les lésions syphilitiques sont indolentes, recouvertes de croûtes sèches et jaune verdàtre. — Le diagnostic est très difficile entre le sycosis parasitaire et le sycosis simple non Irichophylique : dans le premier, les pustules sont plus volumineuses ; les poils, profondément altérés, se laissent arracher facilement; parfois on observe. d'autres lésions trichophyliques. Dans le sycosis non parasitaire, les pustules sont plus petites, le poil est peu altéré, encore adhérent, et son extraction est douloureuse; l'examen microscopique est parfois nécessaire, mais il est assez difficile à pratiquer.

TRAITEMENT. — Au début, il suffira de faire des applications d& teinture d'iode. Mais, si la lésion est plus profonde, on fera détacher les croûtes au moyen de pulvérisations d'eau boriquée tiède, ou d'application de cataplasmes d'amidon (préparés avec une solution boriquée forte ou une solution de sublimé à 1/1000), ou encore par l'application permanente de compresses de tarlatane imbibées d'eau boriquée. Avec des ciseaux on coupera les poils aussi ras que possible et on épilera les parties malades ; plusieurs épilations successives sont nécessaires ; les épilations seront suivies de lotions avec l'eau boriquée saturée ou avec une solution de sublimé à 1/500. Avec un scarificateur stérilisé on videra les pustules, les abcès dermiques; on scarifiera môme les nodosités, on cautérisera les fongosités avec 1& galvanocautère ; puis, après avoir lavé à l'eau boriquée, on appliquera une pommade antiseptique au turbith, à l'oxyde jaune de mercureou à l'onguent styrax coupé de deux parties d'huile, si les régions^ malades sont trop irritées.

TRICHOPHYTIE DES ONGLES.

On l'observe dans les cas de trichophytie ancienne, à la suite du grattage des plaques du cuir chevelu ou de la peau; il se fait uneinoculation du parasite sous les lamelles cornées de l'ongle. La maladie siège surtout aux ongles des mains, beaucoup plus rarement à ceux des pieds. Les bords latéraux de l'ongle, d'abord envahis, sont épaissis, ternes; puis l'ongle offre une surface irrégulière, couverte de petites taches blanches ou jaunes, et de stries longitudinales et transversales. Au bout d'un temps plus long, l'ongle est tuméfié, friable. Si on examine au microscope les petites taches jaunes ou blanches des ongles malades, on y trouve des spores et des filaments mycéliaux de trichophyton.

Le diagnostic est impossible sans l'examen microscopique, et s'il n'y a pas en même temps des lésions trichophytiques sur la peau, sur le cuir chevelu ou dans la barbe. La trichophytie unguéal& ressemble en effet beaucoup à Veczéma ou au psoriasis des ongles ; le favus des ongles est plus jaune.

Pour traiter cette affection il faut ramollir l'ongle par la macération dans un doigtier de caoutchouc ou plus rapidement par des badigeonnages avec une solution de potasse caustique, puis racler l'ongle deux fois par semaine à l'aide de la pierre ponce pour enlever autant que possible les amas parasitaires. On fera, de plus, des applications, quotidiennes de solution de sublimé à 1/200 ou à 1/100, ou de teinture d'iode (1).

(1) Sadouraud recouvre l'ongle d'un flocon d'ouate trempé dans le liquide suivant : iode, 1 gramme; iockire de potassium, 2 grammes; eau distillée,! litre; puisil applique un doigtier de caoutchouc.

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ÉRYTHRASMA.

DESCRIPTION. — Le parasite de cette affection a été découvert par Burchardt en 1859, L'érythrasma présente le même siège et à peu près le même aspect que Vérythème iniertrigo, aussi a-t-il été assez souvent confondu avec cette dermatose. Son étude a été reprise par Baerensprung, Kôbner, Balzer et Besnier. L'érythrasma est formé par des plaques d'un rouge brunâtre, ou jaunâtre, à bords bien arrêtés, de dimensions variant d'une pièce de 5 francs jusqu'à la grandeur de la main et même davantage. La surface de ces plaques est rugueuse et ne desquame que par le grattage ; les squames sont toujours très fines. Autour de la plaque principale, on voit des plaques plus petites, isolées ou qui se réunissent à celle-ci. Les plaques siègent ordinairement au niveau des plis inguino-scrotaux ou inguino-vulvaires, à la face interne de la partie supérieure des cuisses, parfois dans le pli inlerfessier, sur les cuisses, l'abdomen, sous les aisselles, sur la région antéro-latérale de la poitrine et dans les autres plis articulaires. L'éruption ne s'accompagne pas de démangeaisons, aussi n'est-ce que par hasard qu'on la découvre; elle persiste indéfiniment si elle n'est pas soignée ; et peut être le siège de poussées inflammatoires. Elle frappe surtout les sujets gras et les arthritiques. Elle est due au Microsporon minutissimum, dont les spores, qui siègent dans la couche cornée de l'épiderme, sont les plus petites de toutes celles qui vivent à la surface de la peau; le mycélium du parasite est constitué par des tubes d'une extrême finesse, enchevêtrés les uns avec les autres.

Kôbner a réussi à inoculer l'érythrasma; de Michèle (1) l'a cultivé •et inoculé avec succès.

DIAGNOSTIC. — On distinguera l'érythrasma de Vinlerlrigo, dont la rougeur est plus vive et qui est accompagné d'un suintement qui fait défaut dans l'érythrasma ; ce dernier est toujours sec.

L'eczéma en diflère par ses vésicules et ses croûtes. Le pilyriasis versicolor se caractérise par de larges squames jaunâtres de couleur café au lait, h'érythème circiné Irichophytique se présente sous l'aspect d'une plaque rouge, arrondie, s'étendant à la périphérie, tandis que le centre redevient normal; quelquefois il y a des vésicules sur les bords. Le microscope montrera que les caractères du Trichophyton sont bien différents de ceux du Microsporon minulissiinum; l'emploi d'un fort grossissement (obj. 7 — ocul. 1, Leilz) est nécessaire pour bien voir le Microsporon minulissimum dont la gracilité est extrême, tandis qu'un grossissement faible suffit à faire reconnaître les spores trichophytiques. On examinera les squames

(1) Db Michèle, Giornule internaz. délie science medice, 1890, p. 821.

dans une solution de potasse à 40 p. 100, après macération dans Télher et on colorera la préparation.

TRAITEMENT. — On décapera les plaques d'érythrasma à l'aide (!c frictions au savon noir, puis on fera des badigeonnages à la teinture d'iode ou des lotions avec la solution de sublimé à 1/1000 ou à 1/400. Quand les plaques seront trop irritées, on appliquera la pommade soufrée à 1/10 ou celle de turbith à 1/10.

PITYRIASIS VERSICOLOR.

DESCRIPTION. — Affection cutanée produite par le Microsporon furfur (Eichstedt, 1846). Ce parasite est constitué par un mycélium et des spores. Le mycélium est composé de nombreux tubes, minces, peu ramifiés, de 15 à 40 [ji, de diamètre, s'entre-croisant dans tous les sens ; les spores, de 23 à 80 [x de diamètre, sont arrondies ou ovalaires, très réfringentes et se disposent en groupes ou en amas à l'intéi'ieur des mailles formées parle mycélium. Le parasite siège dans la couche cornée de l'épiderme, ne détermine jamais de lésion profonde; parfois il y a seulement un peu de rougeur. Il est transmissible de l'homme à l'homme, soit directement, soit indirectement parles vêtements, particulièrement les gilets de flanelle, mais seulement sur des sujets prédisposés, cachectiques, phthisiques ou arthritiques.

SYMPTOMATOLOGIE. — L'affection est caractérisée par des taches d'une couleur café au lait ou jaune grisâtre, parfois tirant sur le brun. Elle est localisée le plus souvent sur la région antérieure de la poitrine, mais elle peut occuper le tronc dans sa totalité et même s'étendre sur les membres, en formant une nappe continue. Le grattage, à l'aide de l'ongle, permet d'enlever une couche de squames qui, étalées sur une lamelle de verre dans une goutte de solution de potasse, laissent voir le parasite au microscope. La plupart des sujets n'éprouvent aucun prurit ; quelques-uns ont des démangeaisons assez vives.

DIAGNOSTIC. — Il est très facile : le coup d'ongle, qui détache un copeau de squames, fera distinguer facilement cette dermatose de toutes les maladies hyperchromiques. Parfois l'épiderme ne desquame pas par le grattage et l'on peut alors confondre le pityriasis versicolor avec Yérythrasma ; le siège différent des deux affections et l'examen microscopique éclaireront le diagnostic. Fournier (1) a observé avec Sabouraud, chez un enfant de quinze jours, un pilyriasis versicolor entouré d'une rougeur vive de forme circinée, simulant une éruption syphilitique; le diagnostic ne put être fait que par

(1) Fournier, Bull, de la Soc. de dermat., 12 juillet 1804.

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